--- episode: ep127 title: "Éco-anxiété : que faire de sa peur, sa colère et sa culpabilité ? — avec Charline Schmerber" guest: "Charline Schmerber" date: 2026-08-03 duration: "00:36:24" category: "Société" mood: "déculpabilisant" besoin: "Comment faire avec la peur, la colère et la culpabilité que me donne la crise climatique, sans culpabiliser ni me résigner ?" question_principale: "Que faire de la peur, de la tristesse, de la colère et de la culpabilité provoquées par la crise écologique ?" actions_concretes: "Nommer chaque émotion plutôt que la faire taire, transformer la culpabilité en responsabilité en réinjectant cette énergie dans une association ou un collectif citoyen, et consulter via l\'annuaire du RAFUE ou son médecin traitant si le sommeil et le quotidien sont durablement atteints." resume: "4,2 millions de Français sont éco-anxieux, et ce n\'est pas une maladie. Charline Schmerber montre que ces émotions sont un signal à composter, et que les solutions se jouent autant dans le collectif que dans le cabinet." related_md: page: "https://csoluble.media/epsode/eco-anxiete-peur-colere-culpabilite-charline-schmerber/md" transcription: "https://csoluble.media/epsode/transcription-eco-anxiete-peur-colere-culpabilite-charline-schmerber/md" faq: "https://csoluble.media/epsode/faq-eco-anxiete-charline-schmerber/md" junior: "https://csoluble.media/epsode/junior-eco-anxiete-peur-colere-culpabilite-charline-schmerber/md" --- ℹ️ NOTE : Version texte brut (Markdown) optimisée pour l'ingestion par les IA (LLMs). 🎧 POUR ÉCOUTER LE PODCAST : https://csoluble.media/epsode/eco-anxiete-peur-colere-culpabilite-charline-schmerber/ ------------------------------------------------------------------------------------ # Éco-anxiété : que faire de sa peur, sa colère et sa culpabilité ? — avec Charline Schmerber > Date de publication : 2026-08-03 > Source : Soluble(s) - Podcast par Simon Icard 4,2 millions de Français sont éco-anxieux : 5 % fortement, 5 % très fortement — soit environ 2,1 millions de personnes qui auraient besoin d’un suivi psychologique — et près de 420 000 présentent un risque sévère de basculer vers une dépression réactionnelle ou un trouble anxieux. C’est ce que mesure l’étude publiée en 2025 par l’Observatoire de l’éco-anxiété, porté par Econoïa en partenariat avec l’Agence de la transition écologique (ADEME). L’été 2026 ne desserre pas l’étau : une quatrième vague de chaleur s’installe, des mégafeux brûlent en Gironde et dans les Landes, et le Haut Conseil pour le climat jugeait le 9 juillet que « la France n’est pas prête » face aux impacts du réchauffement. Alors que fait-on de l’angoisse que tout cela produit ? Charline Schmerber, psychopraticienne à Montpellier et cofondatrice du Réseau des professionnels de l’accompagnement face à l’urgence écologique (RAFUE), déroule le fil de ces émotions dans un épisode de Soluble(s). .solu-share-block{ margin: 0.5em 0 0.7em; } .solu-share-wrapper{ display:flex; align-items:center; gap:10px; flex-wrap:wrap; margin:0; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile{ min-height:44px; border:none; border-radius:999px; text-decoration:none; display:inline-flex; align-items:center; justify-content:center; gap:8px; line-height:1.2; box-sizing:border-box; font-weight:500; transition:transform .18s ease, box-shadow .18s ease, background-color .18s ease, color .18s ease; cursor:pointer; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile, .solu-share-toggle{ outline:none; } .btn-ecouter:focus-visible, .btn-ami:focus-visible, .btn-google-source:focus-visible, .btn-share-mobile:focus-visible, .solu-share-toggle:focus-visible, .solu-share-dropdown a:focus-visible{ outline:3px solid #1a73e8; 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près de 420 000 présentent un risque sévère de bascule (Observatoire de l’éco-anxiété avec l’ADEME, 2025). - L’éco-anxiété ne figure pas dans le DSM : ce n’est pas une maladie mentale, mais un ensemble d’éco-émotions — tristesse, colère, peur, insécurité, impuissance, culpabilité. - La solastalgie, néologisme de Glenn Albrecht, en est le faux jumeau rétrospectif : la perte ou la dégradation d’un lieu de réconfort, sans avoir quitté ce lieu. ### Ce qu’on peut faire - Rejoindre une association ou un collectif citoyen : c’est l’engagement, et non la seule introspection, qui fait reculer la détresse. - Transformer la culpabilité en responsabilité : réinjecter cette énergie vers l’extérieur au lieu de la retourner contre soi. - Consulter si le sommeil, le travail ou les liens sont durablement atteints — médecin traitant, psychiatre, dispositif Mon soutien psy, annuaire du RAFUE. ### Passages clés - 04:59 — Pourquoi le mot « éco-anxiété » est jugé pathologisant, et ce qu’il recouvre vraiment. - 08:07 — L’image du lion : la peur est un signal, pas un symptôme. - 12:46 — Solastalgie et éco-anxiété, le faux jumeau expliqué. - 23:33 — La boulangerie : distinguer culpabilité toxique et culpabilité ordinaire. - 25:56 — « Composter » ses émotions, mode d’emploi. ### Aller plus loin Le point distinctif : l’éco-anxiété n’est pas un trouble à faire taire mais une énergie à réorienter — de l’individuel vers le collectif. ## Un mot trop étroit pour ce qu’il recouvre L’éco-anxiété n’a pas de définition consensuelle, et beaucoup de gens ne se reconnaissent pas dans ce terme jugé pathologisant. Charline Schmerber préfère parler d’éco-émotions : derrière l’anxiété se cachent la tristesse, la colère, la peur, l’insécurité, l’impuissance et beaucoup de culpabilité. Elle-même est passée par là — « je suis une éco-anxieuse qui va mieux ». Elle emprunte à la psychiatre américaine Lise Van Susteren la notion de stress pré-traumatique : l’inquiétude qui précède le choc. Avec les incendies de cet été, un stress post-traumatique bien réel s’y ajoute chez les personnes évacuées. ## La peur fait son travail, le lion aussi Face à un patient qui redoute l’avenir, elle légitime d’abord. « Si vous voyez un lion dans la rue, vous n’allez pas aller vous jeter sur le lion », explique-t-elle : « la peur, elle est bien là pour dire qu’il y a un problème ». Certains lui disent faire le deuil de leur avenir. Le travail consiste alors à aller à la rencontre de cette peur, à lui associer une sensation, une couleur, plutôt qu’à la faire taire. ## Le moment où l’accompagnement passe la main Il existe des échelles de mesure pour évaluer les degrés d’éco-anxiété et repérer quand elle devient délétère pour la qualité de vie. Charline Schmerber s’appuie surtout sur la pluridisciplinarité : elle renvoie vers le médecin traitant ou vers un psychiatre dès que ses propres limites risquent d’être dépassées. Elle raconte le message reçu de la compagne d’un patient, très inquiète : son conjoint disait ne plus se voir continuer, face à la destruction du vivant et à la hausse des températures. Dans ces cas-là, elle passe un contrat avec la personne — « il faut absolument que vous puissiez aller voir un médecin, parce que là, mes limites à moi dans l’accompagnement peuvent être dépassées ». Les signaux qu’elle surveille sont concrets : insomnies, incapacité à tenir sa journée, ruminations en boucle, idées noires. Si ces signes sont là, le médecin traitant est la première porte, et un traitement peut être envisagé. En cas de détresse ou d’idées noires, le 3114 est joignable gratuitement 24 heures sur 24 en France ; en Belgique, le 0800 32 123 ; en Suisse, la Main Tendue au 143. ## Solastalgie : le deuil d’un été qu’on ne reverra pas La solastalgie, forgée par l’Australien Glenn Albrecht dans les années 2000, est le faux jumeau de l’éco-anxiété : une détresse rétrospective, quand l’éco-anxiété est prospective. Sa définition tient en une ligne — « la perte ou la dégradation d’un lieu de réconfort », sans avoir quitté ce lieu. Ses patients décrivent un deuil concret : l’été n’est plus un temps de vacances et de liberté mais une saison redoutée, passée d’un lieu climatisé à un autre. L’un d’eux s’est retrouvé coincé dans un feu et a dû être évacué. Là encore, elle refuse de « mettre un baume » trop vite. Ce qui soulage, montrent les travaux d’Albrecht, c’est l’engagement : dans la vallée de Hunter, en Australie, des riverains de mines de charbon à ciel ouvert se sont mobilisés contre l’ouverture d’un nouveau site. « On ne restaure pas le territoire perdu », mais on retrouve du mouvement. ## Une colère saine, et la publication du gouvernement qui l’a réveillée La colère, elle l’assume : « il y a une énergie dans la colère à partir du moment où on décide de la réinjecter dans le monde et pas de la retourner contre soi ». Reste à savoir où cette énergie va. Le 22 juillet 2026, quatre jours avant cet enregistrement et en pleine crise des incendies du Sud-Ouest, le compte Instagram du gouvernement publie « Comment gérer l’éco-anxiété ? ». Une publication partagée par Gouvernement (@gouvernementfr) Le message rappelle ce qu’est cette détresse face à la menace climatique ; les commentaires, eux, se remplissent de reproches adressés à l’exécutif sur son action environnementale. Charline Schmerber le constate : la publication « a fait beaucoup ressentir de colère aux personnes qui l’ont vu ». Son grief à elle ne porte pas sur le contenu — elle juge l’explication « très juste » — mais sur son horizon : « il y a des solutions individuelles de se responsabiliser, de faire des petites choses. Mais en fait, à aucun moment il y a se remettre en question d’un point de vue politique, systémique ». D’où sa conclusion, qui donne le ton de tout l’épisode : « cette colère, elle est saine ». Et son corollaire — l’importance « de politiser les choses et de vraiment prendre conscience que tout est systémique ». ## De la culpabilité toxique à la responsabilité L’avion, la voiture thermique faute d’alternative, le sentiment de ne pas « en faire assez » : la culpabilité écologique s’installe vite, et la culpabilité vis-à-vis des enfants revient très souvent en consultation. Charline Schmerber la distingue de la culpabilité ordinaire, celle qu’on ressent après avoir écrasé le pied de son voisin dans une boulangerie. Elle lui oppose la responsabilité : « la responsabilité c’est vraiment tourné vers l’extérieur, là où la culpabilité, on va regarder ce qu’on fait soi ». Derrière la culpabilité, elle entend surtout une loyauté envers ceux qui souffrent davantage — des patients qui lui confient avoir accès à une piscine et à la climatisation quand d’autres n’ont aucun refuge. Lâcher cette culpabilité et réinjecter l’énergie récupérée dans le collectif serait, selon elle, plus utile à ces personnes-là. ## Impuissance, urgence, solitude : ce que dit son enquête de 2019 Le carrousel de l’épisode s’arrête à la culpabilité. D’autres éco-émotions occupent pourtant une place centrale dans les travaux de Charline Schmerber, en dehors de cet entretien. L’enquête en ligne qu’elle a menée fin 2019 auprès de plus de mille personnes, faute de données françaises disponibles à l’époque, en fait ressortir cinq majoritaires : la colère, la tristesse, l’impuissance, la peur et l’espoir. L’impuissance est la plus mesurable des cinq. Trente pour cent des répondants décrivaient une forme d’éco-paralysie, une incapacité à se mettre en mouvement, et 9 % oscillaient entre l’envie d’agir et la difficulté à le faire. Mais 61 % déclaraient traverser leur éco-anxiété grâce à des actions concrètes — transition écologique du foyer, réduction des déchets, alimentation plus responsable, achats auprès de producteurs locaux — quand d’autres évoquaient une envie d’engagement collectif. Le sentiment d’urgence, lui, a un revers qu’elle décrit ailleurs : idées obsessionnelles, anticipation de scénarios catastrophes, perte d’appétit, épuisement émotionnel, psychique et physique. Un tableau qui, selon elle, fait penser aux syndromes du burn-out. Reste la solitude, la moins visible. Sur son site solastalgie.fr, elle pointe la difficulté d’être perçu par son entourage comme un rabat-joie ou un porteur de mauvaises nouvelles — un décalage qui alimente à son tour le sentiment d’impuissance. L’espoir, enfin, figure parmi les cinq émotions majoritaires : la lucidité écologique ne produit pas que des affects désagréables. C’est aussi pourquoi le RAFUE parle de plus en plus d’éco-émotions et d’éco-lucidité, plutôt que d’éco-anxiété, pour ne pas pathologiser une réaction saine. ## Composter ses émotions, un geste et pas une formule Le mot vient de son propre parcours. Composter, ce n’est pas convertir le désagréable en joie : c’est s’autoriser à tout ressentir. « Il y a des émotions agréables et désagréables, mais elles ont toutes une fonction », pose-t-elle — à condition de ne pas rester coincé dans l’une d’elles trop longtemps. L’étymologie fait le reste : movere, le mouvement. De sa propre crise existentielle sont nés son cabinet, ses accompagnements de groupe et le RAFUE. ## Ce que le cabinet ne peut pas faire seul L’éco-anxiété se ressent individuellement, mais « les solutions, c’est pas du tout à ne regarder qu’à travers le prisme de l’individuel ». Elle verrait beaucoup moins de monde en consultation, dit-elle, si la partie collective prenait de meilleures décisions. D’où l’éco-colère de cet été, sur le manque de Canadair notamment, et sur des incendies qu’on aurait pu davantage anticiper au vu des étés précédents. Ses débouchés : les associations, les collectifs citoyens — et un geste plus modeste, « aller voir ses voisins, voir ce dont ils ont besoin ». Elle insiste sur la durée : l’éco-anxiété est souvent saisonnière, la réponse doit être pérenne. Le RAFUE, qu’elle a cofondé, réunit psychopraticiens, psychologues cliniciens, psychothérapeutes, coachs, sophrologues et médecins autour de cercles de parole et du travail qui relie, méthode créée par l’activiste américaine Joanna Macy. Il propose au grand public un annuaire de praticiens sélectionnés : « Ne rentre pas qui veut ». Écoutez. Simon Icard (rédigé avec IA) Ce qui remet en mouvement ### Transformer l’émotion en pouvoir d’agir L’éco-anxiété se ressent seul, mais elle se traverse à plusieurs. Les leviers que décrit Charline Schmerber pointent tous vers l’extérieur. - 🤝Rejoindre une association ou un collectif citoyen : les travaux d’Albrecht montrent que c’est l’engagement, pas la seule introspection, qui fait reculer la détresse. - 🔄Transformer la culpabilité en responsabilité : réinjecter l’énergie vers l’extérieur au lieu de la retourner contre soi. - 🌱« Composter » ses émotions : s’autoriser à toutes les ressentir, sans rester coincé dans l’une d’elles. - 🏡Recréer du lien de proximité — aller voir ses voisins, savoir ce dont ils ont besoin avant la prochaine vague de chaleur. Ce que le cabinet ne peut pas seul ### Les limites à garder en tête Dans la durée L’éco-anxiété est souvent saisonnière ; la réponse, elle, doit être pérenne — pas calée sur la seule vague de chaleur. Pas que l’individuel Elle verrait beaucoup moins de monde en consultation si les décisions collectives étaient meilleures. Le seuil du soin Insomnies, incapacité à tenir sa journée, ruminations en boucle, idées noires : quand ces signaux durent, l’accompagnement passe la main. Direction le médecin traitant ou un psychiatre. En cas de détresse ou d’idées noires : 3114 en France (gratuit, 24h/24) · 0800 32 123 en Belgique · 143 (Main Tendue) en Suisse. Dispositif Mon soutien psy : 12 séances par an. Annuaire du RAFUE : asso-rafue.com. ### 🔗 POUR ALLER PLUS LOIN Lire le livre : Petit guide de (sur)vie pour éco-anxieux, éditions Philippe Rey https://www.librairiesindependantes.com/product/9782848769707/  – Le site de Charline Schmerber : https://www.solastalgie.fr – Son profil LinkedIn : https://fr.linkedin.com/in/charlineschmerber  – Le RAFUE et son annuaire de professionnels : https://asso-rafue.com Et aussi: L’étude sur l’éco-anxiété (Observatoire de l’éco-anxiété / ADEME) : https://www.ademe.fr/presse/communique-national/eco-anxiete-quelles-menaces-sur-la-sante-mentale-des-francais/  Important Si tout cela pèse sur votre quotidien, parlez-en à votre médecin traitant. En cas de détresse ou d’idées noires : - France3114 — gratuit, 24h/24 - Belgique0800 32 123 - Suisse143 — La Main Tendue ### ⏱️ TIMECODES 00:05 — Ouverture : un été 2026 sous les vagues de chaleur 00:26 — Charline Schmerber, son parcours depuis la canicule de 2019 04:32 — L’éco-anxiété n’est pas dans le DSM : de quoi parle-t-on ? 05:48 — Stress pré-traumatique et stress post-traumatique 06:51 — La peur : ce qu’elle signale, comment la travailler 08:07 — L’image du lion : légitimer la peur 09:06 — Quand l’inquiétude bascule : les signaux d’alerte 10:08 — Idées noires : le moment où l’accompagnement passe la main 10:52 — La tristesse et le recul des glaciers 12:46 — Solastalgie : le faux jumeau rétrospectif 13:43 — Photographier, écrire : que faire de la perte d’un lieu 14:46 — La vallée de Hunter : l’engagement contre la solastalgie 17:11 — Le deuil écologique : perdre l’été qu’on a connu 20:01 — La colère contre l’inaction : pourquoi elle est saine 21:26 — Le post du gouvernement du 22 juillet et la colère qu’il soulève 22:10 — Culpabilité : avion, voiture thermique, écogestes 23:33 — La boulangerie : culpabilité toxique ou culpabilité ordinaire 24:02 — De la culpabilité à la responsabilité 25:34 — « Composter » ses émotions : mode d’emploi 27:34 — Des solutions à puiser dans le collectif 28:06 — Pourquoi les solutions ne sont pas qu’individuelles 30:45 — Sommeil, concentration, ruminations : quand consulter 32:37 — Le RAFUE : annuaire et cercles de parole 34:20 — Clôture : où trouver de l’aide, 3114 et numéros