--- episode: ep130 title: "Intelligence artificielle : pourquoi mener une guérilla culturelle - Avec Christophe Payet" guest: "Christophe Payet" date: 2026-10-12 duration: "00:48:23" category: "Société" mood: "Inspirant" besoin: "Comment utiliser l\'IA sans subir ses biais ni dépendre des géants de la tech ?" question_principale: "Comment se réapproprier l\'intelligence artificielle sans la rejeter ni la subir ?" actions_concretes: "Tester gratuitement des modèles ouverts dans les Spaces de Hugging Face" resume: "Les grands modèles d\'IA comptent des milliers de milliards de paramètres et restent des boîtes noires. Christophe Payet défend des petits modèles ouverts, jusqu\'à cent fois moins énergivores selon lui, et adaptés aux langues et besoins locaux." related_md: page: "https://csoluble.media/epsode/intelligence-artificielle-guerilla-culturelle-christophe-payet/md" transcription: "https://csoluble.media/epsode/transcription-intelligence-artificielle-guerilla-culturelle-christophe-payet/md" faq: "https://csoluble.media/epsode/faq-guerilla-culturelle-ia-christophe-payet/md" junior: "https://csoluble.media/epsode/junior-intelligence-artificielle-guerilla-culturelle-christophe-payet/md" --- ℹ️ NOTE : Version texte brut (Markdown) optimisée pour l'ingestion par les IA (LLMs). 🎧 POUR ÉCOUTER LE PODCAST : https://csoluble.media/epsode/intelligence-artificielle-guerilla-culturelle-christophe-payet/ ------------------------------------------------------------------------------------ # Intelligence artificielle : pourquoi mener une guérilla culturelle – Avec Christophe Payet > Date de publication : 2026-10-12 > Source : Soluble(s) - Podcast par Simon Icard Près d’un Français sur deux a déjà utilisé une intelligence artificielle (IA) générative, surtout via quelques outils américains. Christophe Payet, journaliste et producteur, cocréateur de PhantasIA sur Arte, fondateur du studio Sonique et auteur de GuérillIA (Seuil), refuse le rejet comme la soumission. Dans un épisode de Soluble(s), il défend une réappropriation : des petits modèles ouverts, frugaux et « créolisés », pensés pour des besoins précis. .solu-share-block{ margin: 0.5em 0 0.7em; } .solu-share-wrapper{ display:flex; align-items:center; gap:10px; flex-wrap:wrap; margin:0; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile{ min-height:44px; border:none; border-radius:999px; text-decoration:none; display:inline-flex; align-items:center; justify-content:center; gap:8px; line-height:1.2; box-sizing:border-box; font-weight:500; transition:transform .18s ease, box-shadow .18s ease, background-color .18s ease, color .18s ease; cursor:pointer; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile, .solu-share-toggle{ outline:none; } .btn-ecouter:focus-visible, .btn-ami:focus-visible, .btn-google-source:focus-visible, .btn-share-mobile:focus-visible, .solu-share-toggle:focus-visible, .solu-share-dropdown a:focus-visible{ outline:3px solid #1a73e8; outline-offset:2px; 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Christophe Payet réclame une gouvernance démocratique des modèles et de leurs données. - Les grands modèles ont des limites : biais hérités de leurs données, inadaptation à certains contextes culturels et linguistiques. Selon Christophe Payet, un petit modèle ouvert, bien entraîné pour un usage précis, peut être plus efficace, consommer jusqu’à cent fois moins d’énergie et tourner en local. - Bien employée, l’IA peut aider à résoudre des problèmes : la coalition internationale de journalistes des Pandora Papers n’aurait pas pu trier 12 millions de documents sans logiciels d’IA. ### Ce qu'on peut faire - Tester gratuitement des modèles ouverts, par catégorie (texte, image, voix), dans les Spaces de Hugging Face. - Demander les sources de chaque réponse d’une IA, cliquer sur les liens et vérifier. - Réclamer une gouvernance démocratique des modèles d’IA et de leurs données d’entraînement. ### Passages clés - 06:38 — « Il n’y a pas de fatalité » : l’IA hégémonique et ses alternatives. - 11:41 — Le technopium, ou le marketing de la peur. - 16:08 — L’espace latent, zone à défendre. - 32:01 — Jusqu’à cent fois moins d’énergie, et en local. - 38:16 — Les Spaces pour tester gratuitement. ### Aller plus loin Le point fort de cette approche : s’emparer d’outils ouverts et frugaux, plutôt que de rejeter l’IA ou de la subir. ## Une guerre asymétrique face aux géants de la tech Christophe Payet est entré dans l’IA par les marges artistiques. En fabriquant PhantasIA, il a rencontré chaque mois des artistes, des chercheurs et des développeurs qui détournaient ces outils. De cette observation est née une réflexion, puis un essai qui vise à reprendre le pouvoir sur l’IA. Son point de départ : « il n’y a pas de fatalité, il n’y a pas qu’une seule voie, il y a des alternatives ». Il emprunte sa grammaire au Manuel du guérillero urbain de Carlos Marighella (1969), sans aucune dimension violente. La guérilla est le mode de combat des guerres asymétriques, ici face à des acteurs parmi les plus riches de la planète. Il en retient la première règle, transposée au numérique : « se réapproprier les armes de l’ennemi pour les détourner et les retourner contre lui ». ## IApocalypse et « technopium » Cette rentrée, l’alerte est venue des patrons de l’IA eux-mêmes. Dario Amodei, à la tête d’Anthropic, l’entreprise qui fabrique Claude, a appelé à ralentir la course, rejoint par Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk. Le lendemain, Donald Trump rejetait ces appels au nom de la compétition avec la Chine. Même le pape Léon XIV a appelé à « désarmer l’IA » dans sa première encyclique, Magnifica Humanitas. Christophe Payet parle d’une séquence d’« IApocalypse », portée par les « doomers », ces prophètes de la fin du monde. Pour lui, ce discours tient à ceux qui le portent. Les patrons des principales IA baignent dans une même culture, avec un rapport à leur technologie quasi mystique, presque millénariste. « Eux-mêmes se prennent pour des prophètes, si ce n’est pour des demi-dieux », estime-t-il. Leur récit alterne la rédemption, quand leurs créations sauveraient l’humanité, et la damnation, quand elles la dépasseraient. Il nomme cette croyance le « technopium », clin d’œil à l’opium du peuple de Karl Marx : un récit qui anesthésie. Il sert aussi des intérêts bien réels : la peur fascine, attire les capitaux et place ses promoteurs en seuls régulateurs possibles. Sans nier les risques de sécurité, il pointe ce que ce récit relègue au second plan : « À quoi bon parler de datacenters ou de perte de quelques milliers d’emplois si le problème c’est la fin de l’humanité ? » ## L’espace latent, zone à défendre L’espace latent, c’est l’endroit où un modèle range ce qu’il a appris, sous forme de relations statistiques entre des idées : une galaxie de points reliés entre eux. Pour Christophe Payet, « c’est là que reposent tous nos imaginaires à venir ». Or les données d’entraînement des modèles propriétaires restent secrètes. Les biais viennent de ces données. Fin août, des internautes ont montré que Gemini, l’IA de Google, conseillait d’appeler la police à quelqu’un qui se disait seul avec un Algérien, et proposait de parler gastronomie s’il s’agissait d’un Italien. Google a reconnu le problème et corrigé ces réponses. Mais pour Christophe Payet, d’autres biais, moins explicites et plus insidieux, restent présents dans chaque conversation avec une IA. Ces IA uniformisent selon lui les représentations du monde, selon les présupposés de leurs concepteurs. ## Un enjeu démocratique, un outil de contre-pouvoir L’enjeu démocratique touche d’abord notre vision du monde. Nous nous informons de plus en plus auprès d’IA qui restent des boîtes noires. Christophe Payet décrit le réflexe que crée le résumé IA de Google : on ne va plus lire les sites d’information, mais une synthèse rédigée par une IA dont on ignore les présupposés idéologiques. Depuis le 22 juillet 2026, ces Aperçus IA sont arrivés en France avec le Mode IA, une recherche conversationnelle. Selon une étude du Pew Research Center, les internautes cliquent deux fois moins souvent sur un lien quand un résumé IA s’affiche. Ces outils s’installent ensuite dans nos vies sans que nous l’ayons choisi : messageries, smartphones, mais aussi usages administratifs, industriels et militaires. Ils entrent même dans les services publics. Christophe Payet cite l’exemple des organismes sociaux. La Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) attribue à chaque allocataire un score de suspicion, utilisé pour choisir qui sera contrôlé. Accusé de cibler les plus précaires, cet algorithme est contesté devant le Conseil d’État par 25 organisations. Tout se joue, selon lui, en amont, dans « l’enjeu capital du contrôle de ces bases de données et de la transparence ». D’où son appel : « on ne peut pas laisser aux mains de quelques entreprises privées le pouvoir de décider du fonctionnement, du déploiement et des usages » de ces outils. Christophe Payet n’est pas anti-IA pour autant. Sans elle, la coalition internationale de journalistes des Pandora Papers n’aurait jamais pu trier 12 millions de documents. En Ukraine, des ONG et des activistes s’en sont servi pour détecter la propagande russe et repérer des colonnes militaires. ## Petits modèles, grande pertinence Les grands modèles de langage (LLM), ceux qui font tourner ChatGPT, Gemini ou Claude, comptent des milliers de milliards de paramètres. Un petit modèle en compte au plus quelques centaines de millions. Selon Christophe Payet, il peut consommer jusqu’à cent fois moins d’énergie et tourner sur un simple ordinateur, sans data center. C’est le socle de ce qu’il appelle « créoliser » l’IA, l’un des verbes d’action de son livre. Plutôt que de subir une technologie pensée ailleurs, il s’agit de s’en emparer avec sa propre langue, sa culture et ses enjeux locaux. Son exemple vient d’Afrique du Sud. InkubaLM, conçu par la start-up Lelapa AI, est un modèle de 400 millions de paramètres. Il a été entraîné sur l’isiZulu, le yoruba, le haoussa, le swahili et l’isiXhosa, et permet des applications d’accès aux services publics ou à des données de santé. Bien entraîné, un petit modèle « peut être plus efficace qu’un grand modèle ultra puissant, en plus d’être frugal ». ## Hugging Face, porte d’entrée lucide Pour essayer, Christophe Payet recommande Hugging Face, créée par trois Français, où des chercheurs du monde entier partagent modèles et données. Sans naïveté : l’entreprise est américaine, et Nvidia a annoncé un accord pour la racheter. Ses Spaces permettent de tester gratuitement des modèles par catégorie (texte, image, voix). De quoi constater que « l’IA c’est pas ChatGPT ou Gemini » : utiliser l’IA ne se résume pas à choisir entre ces deux assistants, il en existe une multitude d’autres, souvent ouverts et spécialisés. ## Des grains de sable dans la machine La résistance prend aussi d’autres formes. Les mobilisations locales contre l’implantation de data centers vont, selon lui, peser de plus en plus politiquement. Certains activistes pratiquent le data poisoning : ils glissent sur des sites web des données corrompues, invisibles à l’œil nu, que les aspirateurs de données des IA avalent. Une pratique « à la frontière de la légalité », reconnaît-il. Une étude menée par Anthropic avec l’Institut britannique de sécurité de l’IA et l’Institut Alan Turing, publiée en octobre 2025, montre que seulement 250 documents malveillants peuvent créer une porte dérobée dans un modèle, quelle que soit sa taille. ## Un interlocuteur, jamais un auteur Christophe Payet assume d’utiliser Claude pour ses recherches, comme partenaire de réflexion. « Je l’utilise jamais pour écrire à ma place », précise-t-il, pour ne pas déléguer « nos savoirs faire et nos artisanats propres et spécifiques ». Sa méthode tient en quelques questions à se poser avant chaque usage. Pourquoi j’utilise cet outil ? Qu’est-ce que je viens y chercher ? « Est-ce que j’y substitue un savoir-faire qui m’est propre et que je risque de perdre progressivement ? » Ensuite, il demande les sources, clique sur les liens et cherche les non-dits de chaque réponse. La guérilla culturelle commence là, par une vigilance que chacun peut exercer dès sa prochaine conversation avec une IA. L’encadré de la rédaction ### Vos conversations entraînent-elles l’IA ? Par défaut, vos échanges avec un chatbot peuvent servir à entraîner les modèles. Ce réglage se désactive en quelques clics. - ⚙️ChatGPT : dans Paramètres, puis Contrôles des données, décochez « Améliorer le modèle pour tous ». Vos conversations restent dans votre historique, mais ne servent plus à l’entraînement. - ⚙️Claude : l’option « Aidez à améliorer nos modèles d’IA » se trouve dans Paramètres, puis Confidentialité. - ⚙️Vibe, l’assistant de Mistral qui a remplacé Le Chat : décochez « Activer le partage de données » dans Contrôle des données, y compris en version gratuite. - ⚙️Gemini : cela passe par la page d’activité de votre compte Google. Un geste simple pour reprendre la main sur vos propres données, en attendant une vraie gouvernance des modèles. L’encadré de la rédaction ### Comment l’IA a servi à cet épisode Comme Christophe Payet, je préfère dire clairement où l’IA est intervenue. Préparation Recherche de faits d’actualité avec Perplexity. Avec Claude, synthèse de mes notes de lecture de GuérillIA et de mes recherches dans une note préparatoire, puis plusieurs allers-retours sur les questions que j’avais écrites, dans l’angle que j’avais choisi. Son Après l’enregistrement, Adobe Podcast m’a aidé à retirer un peu de la résonance liée au lieu de tournage et à améliorer l’égalisation du son. Transcription Produite par Adobe Podcast, puis corrigée et validée par moi. Écrits et diffusion Les formats écrits, dont cet article, ont été corédigés avec Claude, puis entièrement relus et modifiés par moi. Claude m’aide aussi à décliner les posts pour les réseaux sociaux et m’a assisté pour mettre ces contenus en ligne sur le site du podcast. Il a enfin codé ces deux encadrés et le bloc « L’essentiel » en haut d’article. Ce qui me revient L’angle, les questions, l’interview, le montage et les choix éditoriaux restent les miens. Écoutez. Simon Icard (rédigé avec IA) ### 🔗 POUR ALLER PLUS LOIN 📖 GuérillIA, Christophe Payet (Seuil) : https://www.seuil.com/ouvrage/guerillia-christophe-payet/9782021631500 📺 PhantasIA (Arte) : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-026494/phantasia/ 🎬 Sonique, le studio de Christophe Payet : https://www.instagram.com/sonique.studio/ 📷 Christophe Payet sur Instagram : https://www.instagram.com/christophe.payet/ 🤗 Hugging Face, les Spaces pour tester des modèles ouverts : https://huggingface.co/spaces ### TIMECODES 00:00 — Introduction : l’IA générative s’installe dans nos vies03:31 — Le parcours de Christophe Payet, de France Culture à PhantasIA06:38 — « Il n’y a pas de fatalité » : l’IA hégémonique et ses alternatives07:46 — Pourquoi parler de guérilla culturelle09:59 — La première règle de la guérilla, transposée à l’IA11:17 — IApocalypse : les marchands de peur11:41 — Le technopium, ou le marketing de la peur14:44 — À qui parle-t-on ? Des IA sans transparence16:08 — L’espace latent, zone à défendre18:02 — D’où viennent les biais de l’IA19:00 — Garder un rapport critique à ses usages21:25 — Gemini, un Algérien et un Italien23:37 — Un enjeu démocratique : intimité, CAF, gouvernance26:54 — L’IA au service du contre-pouvoir : Pandora Papers, Ukraine29:21 — InkubaLM, une IA entraînée sur des langues africaines29:46 — Les petits modèles de langage32:01 — Jusqu’à cent fois moins d’énergie, et en local35:14 — Hugging Face, porte d’entrée vers les modèles ouverts38:16 — Les Spaces pour tester gratuitement39:47 — Le rejet de l’IA, une impasse42:05 — Data poisoning : des grains de sable dans la machine43:44 — Claude, un interlocuteur et jamais un auteur46:15 — Garder son esprit critique