48 % des Français ont utilisé l’intelligence artificielle (IA) générative en 2025, contre 20 % deux ans plus tôt : l’adoption la plus rapide jamais mesurée par le Baromètre du numérique en vingt-cinq ans. Mais derrière ce chiffre, 56 % n’ont pas confiance dans l’IA et 76 % disent ne pas être formés et en ressentir le besoin. Cécile Ravaux, directrice de la mission Café IA, vient parler dans un épisode de Soluble(s) d’un dispositif décentralisé qui réunit déjà plus de 150 000 citoyens autour d’un objectif simple : décider de ses usages numériques en connaissance de cause.
Transcription (Automatisée)
📄 Résumé
Un paradoxe français : adoption massive, culture absente
— Ravi de vous retrouver pour un nouvel épisode de Soluble(s) ! Aujourd’hui, je me demande comment les gens peuvent s’emparer de l’intelligence artificielle, mais de manière démocratique. Et je veux en savoir plus sur les Cafés IA. Vous allez l’entendre, ce ne sont pas des cybercafés nouvelle génération, mais des lieux où on peut en parler entre citoyens. Plus de cent cinquante mille personnes y ont déjà participé partout en France. Bonjour Cécile Ravaux !
— Bonjour Simon, merci beaucoup de m’accueillir pour cet épisode !
— Avec plaisir. Tu es la directrice de la mission Café IA. C’est une démarche d’intérêt public qui a été lancée en deux mille vingt quatre par le Conseil national du numérique. Aujourd’hui, ce dispositif est autonome. Il est hébergé par la Direction générale des entreprises au sein du ministère français de l’économie. On va parler ensemble de l’adoption fulgurante par les Français des IA génératives dont on connaît de plus en plus les petits noms, les noms de service. Alors c’est ChatGPT, évidemment. Gemini, Claude, le Français : Le chat de Mistral, Copilot ou encore Grok. Voilà. Peu à peu, ces chatbots d’intelligence artificielle se sont glissés dans nos quotidiens. Selon l’édition deux mille vingt six du Baromètre du numérique, ce sont quarante huit pour cent des Français qui ont déjà utilisé l’IA générative. Alors c’était trente trois pour cent l’année d’avant, vingt pour cent en deux mille vingt trois. On voit que des paliers assez importants sont franchis d’année en année, mais une courte majorité reste méfiante vis-à-vis de l’IA en général et parmi celles et ceux qui l’utilisent. Il y a des questions, des débats et ceux qui ne l’utilisent pas évoquent en première raison le manque de confiance, le manque de compétences aussi quand cinq pour cent souhaitent tout simplement limiter leur empreinte environnementale. Donc tout va très vite et la fracture numérique qui sépare les Français peut peut-être s’aggraver avec cette nouvelle technologie. Alors on va parler de tout ça. Tu vas nous expliquer pourquoi les Cafés IA se sont donnés pour objectif de permettre à toutes et tous de s’emparer des enjeux de l’intelligence artificielle. Ça se passe localement un peu partout en France. On va aller dans le détail. J’ai hâte d’en savoir plus, notamment sur les sujets discutés, de parler avec toi des défis que pose l’adoption de l’IA. Mais d’abord, on a envie d’en savoir plus sur toi et sur ton parcours. Alors, comment tu t’es retrouvée à t’investir sur ce terrain de l’intelligence artificielle ?
— Alors j’ai un parcours complètement atypique. J’ai fait beaucoup de choses, notamment dans la communication. J’ai fait des études de communication, j’ai bossé dans des médias en région au départ à Lille parce que je suis une ch’timi. Et puis au fil du temps, et on va dire à partir de deux mille dix deux mille onze, parce que je suis vieille maintenant j’ai quarante cinq ans, mais j’ai orienté donc mes sujets, donc communication. Je me suis lancée en freelance pour aider notamment des ONG et apporter mes compétences auprès des acteurs qui étaient utiles pour la planète, donc les associations protection de l’environnement et aussi tout l’univers de l’économie collaborative. Donc c’est tout ce qui est lié à l’open source. Donc à l’époque on parlait à peine du DIY par exemple, donc du Do it Yourself ou des communs. L’open source. Et ce sont des sujets qui ont commencé vraiment à rentrer dans mon environnement et dans des choses qui me passionnaient. Et donc, juste avant de démarrer, donc il y a maintenant un an et demi, à la mission Café IA. J’étais responsable éditoriale du grand salon RSE, Produrable, qui pendant deux jours a réuni plus de six cents speakers. Donc tous des dirigeants qui venaient parler un peu de leur politique RSE interne. Ce qui m’a donné l’occasion de rencontrer Gilles Babinet qui à l’époque était le coprésident du Conseil national du numérique et qui connaissait aussi mes actions en parallèle, bénévoles. Donc voilà. Chargée de com pour des ONG de protection de la planète. Et également, et c’est là le côté un petit peu atypique, je suis coprésidente de Burning Man France, l’association française les French Burners. Et donc j’ai des compétences pour animer des communautés et ce qui a beaucoup plu, ce côté décalé à Gilles Babinet, en même temps avec la mission Café IA qui est un projet un peu atypique qui rejoint une politique publique d’inclusion numérique. La mission Café IA a pour objectif, tu vois, donc de rassembler les gens pour les faire échanger sur les enjeux de l’IA et toute cette communauté de personnes, c’est la mission Café IA ou les Cafés IA. C’est vraiment un dispositif qui est décentralisé. Chacun peut faire un Café IA et on a une communauté d’animateurs. Donc voilà, le lien entre la mission Café IA et mes expériences précédentes viennent de tout ça.
— Savoir communiquer, parler de l’intérêt général et mettre en réseau, parler à des communautés. On va aller dans le détail dans cet épisode, on va parler d’intelligence artificielle générative. C’est celle qui peut rédiger, créer des images, des vidéos ou du code informatique. Je le disais dans l’introduction l’adoption de cette très jeune technologie est très rapide. Quarante huit pour cent des Français y ont recours. C’est vingt huit points de plus en deux ans. L’utilisation de l’IA est particulièrement élevée chez les jeunes. Ils sont quatre vingt cinq pour cent lorsqu’ils ont entre dix huit et vingt quatre ans à l’utiliser régulièrement, chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures aussi, soixante seize pour cent d’adoption. Cécile, commençons par parler donc de cette adoption. Comment les Français se sont-ils concrètement emparés de l’IA ? Alors, d’après les études, mais surtout d’après ce que tu observes dans les Cafés IA sur le terrain, est-ce qu’ils s’en servent un peu comme un moteur de recherche plus puissant ou tu vois déjà d’autres usages émerger ?
— Voilà, c’est tout le sujet, c’est les gens qui ont accès au numérique utilisent l’IA qui est arrivée comme ça, d’un coup, gratuitement, pour en faire des recherches toutes simples qu’on pourrait faire sur Google. Il y a très peu d’outils de sensibilisation qui permettent aux gens justement d’en avoir une utilisation éclairée. Donc la démarche Café IA est vraiment arrivée à point nommé pour pouvoir permettre, eh bien, d’une part, à tous les citoyens de comprendre les enjeux de l’IA et aussi de pouvoir soit améliorer leurs connaissances, soit poser leurs questions ou balayer leurs craintes par rapport à cette technologie. En tout cas, le Café IA représente vraiment un outil important et à disposition de tous en tant qu’animateur. Tout le monde peut être animateur de Café IA ou simplement en venant y participer pour justement venir lever toutes ces craintes.
— Je t’entendais dire le mot gratuit. C’est vrai que ça a participé à l’adoption, mais est-ce qu’il y a une différence concrète d’usage entre les offres gratuites et les offres payantes ? C’est tout un monde qui sépare ces deux offres.
— Oui oui, en effet, on est limité en version gratuite et c’est ce qu’utilisent quand même beaucoup de citoyens. Et ce qu’on cherche aujourd’hui, c’est vraiment donner des clés de compréhension aux citoyens pour qu’ils puissent au moins avoir une utilisation plus rationnelle, on va dire. Et puis un élément important, c’est que dans un Café IA, on n’est pas là pour vendre de l’IA. Les gens qui n’utilisent pas l’IA, c’est très bien. On est simplement là pour leur donner vraiment des clés pour qu’ils comprennent ce que c’est et comment ça fonctionne.
— C’est un peu, je parlais de la fracture numérique, mais c’est un peu une technologie qui s’impose. Il faut la connaître et après libre à soi évidemment de s’en servir ou pas.
Qu’est-ce qu’un Café IA concrètement ?
— Alors les Cafés IA, ça part d’une demande présidentielle. En mai deux mille vingt quatre, Emmanuel Macron a appelé à un grand débat généralisé sur l’intelligence artificielle. Mais entre une commande publique et un samedi matin dans une ville de province où des gens parlent entre eux, comment ça se traduit opérationnellement ? Je me demande de quoi on parle concrètement dans un Café IA. À quoi ça ressemble vraiment ? Alors tu disais il y a une communauté d’animateurs, mais décris-nous un peu.
— Alors depuis cette annonce, la mission Café IA a été, comme tu l’as indiqué aussi tout à l’heure, développée via le Conseil national du numérique. Aujourd’hui, on est indépendant, toujours rattaché à la Direction générale des entreprises, mais indépendant. Le Conseil national du numérique de son côté continue ses missions. Nous, en fait, on a mis en place donc un site qui s’appelle cafeia.org, sur lequel on a tout d’abord proposé des formats d’animation qui sont accessibles à tout le monde. Donc tout le monde peut animer un Café IA avec ou sans connaissance particulière sur cette technologie. Et ce qu’on recherche, c’est : moins on s’y connaît, plus le Café IA est intéressant en fait. Et ça se justifie par les formats d’animation qu’on propose, puisqu’en fait ce sont des jeux pédagogiques ludiques où on a simplement à suivre les règles des jeux pour animer et surtout partager des clés de compréhension aux participants. Donc c’est ça qui fait toute la valeur du Café IA. On a des principes, ça fonctionne vraiment comme une communauté, un mouvement. Pour rejoindre la démarche Café IA, animer un Café IA, ça veut dire réaliser un événement qui est gratuit pour le public, qui est accessible à tout le monde, qui est agnostique. On n’est pas là pour faire la promo de quelque chose et d’une IA en particulier. Et puis c’est pas descendant, donc à partir des jeux, c’est ce qui est assez magique, on crée du lien et les gens apprennent énormément et peuvent avoir des clés de compréhension. J’en parle beaucoup mais c’est vraiment le sujet, en faisant appel à leur esprit critique et c’est vraiment le sujet majeur.
— On comprend bien cette mise en réseau, cette communauté. Vous fournissez le nécessaire pour pouvoir déployer de façon assez simple dans les villes, dans les villages, même des Cafés IA. On va se mettre du côté des participants. Quand les gens arrivent dans la salle, de quoi ont-ils peut-être vraiment peur, de quoi ont-ils envie de parler ? Quels sont les sujets qui reviennent le plus souvent autour de la conversation ? Parce que c’est surtout une conversation finalement ?
Ce dont les gens ont vraiment peur
— Exactement, c’est un temps d’échange, de débat et je ne vais pas te surprendre, mais les questions, enfin les sujets qui reviennent souvent, c’est : l’IA va détruire le monde, va détruire mon métier, l’IA c’est dangereux. Donc c’est vraiment des questions très classiques et c’est vraiment ça qui revient dans les Cafés qui peuvent se dérouler au fin fond de la campagne, dans la Creuse ou même partout en France et dans les grandes villes également. Le fait d’avoir des formats d’animation qui soient vraiment bien adaptés et qui traitent l’ensemble des sujets, qui vont présenter comment on prompte, la sécurité, les datas, l’histoire de l’IA, les fake news. Ce sont tous des sujets qu’on aborde à travers des jeux de cartes. Donc les gens en jouant apprennent une multitude de choses.
— Alors comment on prompte ? C’est un mot que tout le monde ne connaît pas encore. Alors ceux qui l’ont adopté le savent, c’est qu’est-ce qu’on se demande ? Qu’est-ce qu’on rédige ? Qu’est-ce qu’on dit à son intelligence artificielle ?
— C’est ça. Pour qu’elle nous réponde en fait.
— C’est la commande, le prompt, qui est rentré dans le dictionnaire. Il y a deux camps dans le débat public sur l’IA. Tu le disais, les enthousiastes qui voient là une révolution magique, les inquiets aussi sur les conséquences pour l’emploi, sur la désinformation dans les médias. Est-ce que ces deux camps se retrouvent clairement autour de la table ? Tu nous disais un peu, mais que produisent ces débats ? Comment vous y répondez sur place et qu’est-ce qu’il en ressort en fait ?
— Alors c’est ça qui est très intéressant et qui est assez magique dans un Café IA, c’est que le fait de jouer et de rassembler des gens qui ont des connaissances complètement différentes, parfois opposées. Et bien le fait de recréer du lien entre citoyens, parce qu’en plus on est de plus en plus isolés. Entre ceux qui utilisent l’IA et qui posent plus de questions à personne et qui font tout par eux-mêmes, et les gens qui sont perdus et qui sont isolés tout simplement physiquement, le fait de les rassembler autour d’un jeu, tout le monde est à égalité. Alors il y a des gens qui ont plus de connaissances que d’autres. Et ce qu’on constate, et c’est ce qui se passe un peu partout, c’est que tout en sachant qu’on est toujours guidé par les jeux, tu as ton attention qui est focus sur un sujet au moment où on en parle. Et bien il y a un bel esprit de bienveillance parce que, on va dire les personnes sachantes ou les personnes passionnées qui viennent au Café IA parce que ça s’appelle Café IA, ils ont envie, ils sont là par curiosité, ils viennent découvrir ce qui va se passer. Et bien les gens prennent conscience du décalage de connaissances et bien souvent, les personnes qui s’y connaissent bien sont ravies de pouvoir apporter des conseils pour tous les participants. Donc tu as un véritable échange qui se crée. Et comme je le disais, il n’y a pas d’échange descendant réalisé par l’animateur. L’animateur a juste un rôle de facilitateur et de gestion du temps pour le jeu justement. Donc les échanges sont ultra intéressants et bienveillants parce qu’on a des questions des gens qui sont un peu largués et c’est rassurant pour tout le monde parce que tout le monde se pose les mêmes questions, et les gens qui en connaissent un petit peu plus sont très contents de pouvoir partager des petites connaissances au sein d’une discussion.
— On va prendre certains des sujets dans un instant. On va parler du monde du travail, mais aussi de l’information, de l’environnement. Mais pour quelqu’un qui écoute cet épisode et qui se dit finalement l’IA, j’en entends parler mais je ne sais pas quoi en faire, je me sens un peu largué. Par où tu lui conseillerais de commencer ? Tout simplement parce qu’il se pose des questions de cas d’usages pour l’intelligence artificielle. Alors peut-être en commençant par la sphère privée, dans son quotidien.
— Alors nous sur le site Café IA, on a ce qu’on appelle les fiches action. Ce sont des fiches qu’on peut télécharger. Alors oui, tout est open source et est libre de droit. Donc tout le monde peut aller consulter les contenus et dans les fiches action, pour ne pas laisser les gens seuls après justement ce temps d’échange, de partage, on balaye les craintes de chacun, on propose des actions pour par exemple aller plus loin dans ses recherches personnelles et en apprendre un petit peu plus à travers des MOOC qui sont vulgarisés, accessibles, gratuits, ouverts à tous. On propose aussi des formations, on oriente vers des partenaires publics qui proposent des formations. En fait, chaque personne peut venir y trouver les clés pour poursuivre leur apprentissage pour ceux qui le souhaitent, par eux-mêmes, de façon individuelle.
— Vous avez différents ateliers, aussi des ateliers Wikipédia, des formats pour parler de deep fakes. Alors c’est quoi le lien que l’on peut faire entre apprendre à utiliser l’IA et apprendre à ne pas se faire induire en erreur ? Alors là, niveau novice, qu’est-ce qu’il faut absolument savoir avant de commencer son premier prompt à l’IA ?
— Alors moi je ne vais pas être l’experte pour donner les conseils clés pour faire le premier prompt. En fait, on cherche vraiment à mobiliser les gens sur les enjeux et à travers les jeux. Parce que si par exemple on parle de deep fakes, donc les images fausses en fait qui ont été générées par l’IA. Il y a encore un an, on était tout à fait capables de déceler une véritable image d’une fausse. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Donc il n’y a pas d’outil miracle à part faire appel à son esprit critique. Et c’est la prise de conscience qu’on essaye de faire, qu’on démontre pendant un Café IA. Donc c’est pour ça que les jeux sont bien adaptés puisque voilà, on confronte les gens à leur propre esprit critique pour qu’ils prennent conscience que, en fait, maintenant, c’est à eux de réfléchir, c’est à eux d’aller contrôler à droite à gauche en fonction de la source de l’image. Mais tu vois, on ne va jamais aller nous recommander quelque chose en particulier ou une IA. On reste agnostique pendant le Café IA où nous, en tant que mission Café IA, on reste agnostique, on donne simplement des infos qui peuvent être sur l’environnement, la souveraineté, etc. Mais on ne fait la promo de rien du tout en fait.
L’IA au travail : briser le tabou
— Alors l’IA au travail, ou plus exactement, parlons de pourquoi Café IA milite aussi pour provoquer des discussions sur l’IA dans le monde de l’entreprise, dans les TPE, les PME et également dans la fonction publique avec les agents publics qui organisent aussi des Cafés IA. Donc dans toutes ces structures, dans le monde du travail. Quand on évoque l’IA en entreprise, on pense à deux sujets : la productivité et les gains de productivité dans son travail, mais aussi peut-être des menaces sur l’emploi, tout ça est encore un peu flou. Il y a la question de la souveraineté des données. C’est vraiment les sujets sur lesquels s’animent des Cafés IA dans le monde du travail, ou c’est beaucoup plus surprenant que ce que je ne le dis ?
— Non, en fait, c’est bien les grands sujets. Et mon point de vue, c’est qu’il est essentiel de faire un Café IA en entreprise. Pourquoi ? Parce que le sujet y est un peu tabou. Entre les personnes qui ne savent pas s’ils peuvent l’utiliser ou non, qui à l’arrivée de la transformation numérique dans l’entreprise, ne savent pas ce qui va se passer. Donc ça crée énormément de craintes, de tabous. Et pour rassurer et pour que cette transformation se passe doucement et avec les collaborateurs ou les salariés, c’est de mener une réflexion collective avant tout. Et le Café IA, comme c’est vraiment un outil de démocratie, un dispositif fait pour faire parler les gens. On a un format qui est adapté aux entreprises. Avant cette transformation, mettre en place le Café IA permet de mener une réflexion collective autour de la charte de bonnes pratiques par exemple. Donc en fait, tu peux très bien te dire : voilà, nous on va mettre l’IA, on ne sait pas encore trop comment ça va se passer dans notre PME, et puis il faut le faire digérer et accepter à l’ensemble des collaborateurs. Et bien le premier réflexe à avoir, c’est de créer un moment, un temps d’échange bienveillant, convivial, où on en parle de manière ouverte et avec un objectif qui est clairement annoncé en disant voilà, on fait ce temps d’échange pour mettre en place ensemble notre charte d’usage interne, mais on sollicite l’ensemble des collaborateurs pour l’écrire ensemble. C’est une première approche qui est pour moi essentielle dans l’entreprise.
— Un moment de dialogue et donc de débat, même parfois dans l’entreprise, sans tabou. Alors peut-être en amont la définition d’une politique par l’entreprise, de ce qu’elle veut faire de l’IA justement. Peut-être en parler, car là on ne parle pas des grands groupes qui ont déjà déployé des solutions, mais des petites entreprises qui sont parfois un petit peu livrées à elles-mêmes face à ces technologies.
Environnement : quand un prompt pèse deux heures de YouTube
— On parle beaucoup de l’IA comme d’un outil aux promesses d’avenir assez exceptionnel pour la productivité. Mais de plus en plus de voix s’expriment pour rappeler son empreinte écologique, son coût important. Les centres de données très gourmands en énergie. Des modèles qui consomment énormément de ressources. Des impacts sur l’environnement. Les chiffres sont assez difficiles à donner car ils dépendent beaucoup du matériel, des pays et de l’année, mais l’empreinte écologique est grandissante. Je voudrais obtenir ton témoignage sur ce point. Sur le terrain, dans les Cafés IA, est-ce que ce sujet revient spontanément ? Le sujet de l’IA et de l’environnement.
— Oui oui, c’est toujours un des points clés. Ça c’est sûr. L’environnement, le travail et la protection, la sécurité, on va dire, sont vraiment les trois points qu’on retrouve sur chacun des Cafés IA. Alors pour ça, et c’est ce que je disais au début, donc on n’a pas besoin d’être expert de l’IA pour mener un Café IA. Et pour ça on a plein d’outils. C’est-à-dire que pour montrer un peu l’empreinte énergétique du prompt ou simplement de l’IA, on utilise, on invite les gens à utiliser Compar:IA qui est une plateforme qui permet donc de prompter et qui, quand tu lances ton prompt, tu as la réponse de deux IA différentes et anonymes. Donc en fait, tu peux voter sans savoir quelle IA te répond, mais tu fais voter les gens et tu leur dis ah ben moi je préfère la réponse A, moi je préfère la réponse B, etc. Et ensuite tu as la révélation des modèles et au moment de la révélation des modèles, tu as également leur empreinte énergétique. Et là tu as une vraie prise de conscience. Quand tu vois que le prompt correspond à par exemple deux heures de YouTube, là, les gens se disent ah oui, ah ben je vais peut-être pas m’amuser à demander la météo, quel temps il fait demain ou qu’est-ce que je mets demain ? Parce que effectivement, ça n’a pas de sens. Donc c’est un outil pour nous qui est indispensable et qui est présenté à chaque fois. Et quand tu utilises ça, tu as une vraie prise de conscience et l’animateur n’a pas besoin d’être un expert en environnement pour présenter ces données. En fait, elles sont concrètes tout de suite et en direct.
— Compar:IA. Je mets le lien dans la description, c’est intéressant. Alors c’est vrai que les spécialistes de l’environnement ont tendance à dire, sans juger, qu’il faut se poser la question de son usage de l’IA et peut-être l’utiliser que pour des choses qui ont une véritable valeur ajoutée. À distinguer en effet de la simple recherche internet.
La Semaine de l’IA pour tous
— On va dire un mot de l’actualité au moment de la diffusion de cet épisode. Parce qu’on se parle alors que la Semaine de l’IA pour tous se déroule partout en France. Qu’est-ce qui se cache derrière cette opération ? C’est une sorte de Café IA géant ?
— On peut dire ça oui. Un Café IA géant. C’est-à-dire que donc nous déjà la mission Café IA, on a des animateurs partout en France, il y a plus de deux mille animateurs partout sur le territoire, essentiellement des conseillers numériques et des médiateurs numériques qui sont donc à disposition des citoyens et qui lancent auprès de leur public les Cafés IA pour justement l’objectif de départ, que ce soit Café IA ou la Semaine de l’IA pour tous, c’est vraiment lutter contre la fracture numérique. Et voilà ! Présenter les enjeux de l’IA auprès du plus grand nombre. En fait, ça c’est vraiment indispensable. Aujourd’hui, à l’heure où l’IA va très très vite, c’est de pouvoir au moins expliquer et présenter ce qu’est l’IA au plus grand nombre. Pendant cette Semaine de l’IA, tout le monde, comme la démarche Café IA est complètement décentralisée, c’est un mouvement, donc tout le monde peut rejoindre le mouvement. On a une cartographie sur le site qui présente les animateurs, mais tout le monde peut s’inscrire comme animateur. Tout le monde peut inscrire également son Café IA sur la carto. Comme ça on voit ce qui se passe autour de chez soi et on peut même solliciter quelqu’un. Alors il y a des porteurs d’initiatives qui font ça bénévolement parce qu’ils ont envie de mener une opération nationale et voilà, participer à ce grand mouvement.
— La Semaine de l’IA pour tous. On y retrouve des ateliers, des conférences. Est-ce que tu as quelques éléments du programme ?
— Tout à fait. Alors sur la Semaine de l’IA, donc c’est marrainé par madame la ministre Anne Le Hénanff. Donc, pendant toute une semaine complète, donc du dix huit au vingt quatre mai prochain, il y a plus de mille deux cents événements qui sont prévus partout en France et dans les DOM-TOM, en Corse, enfin vraiment partout sur le territoire français. Il y a aussi bien des Cafés IA que des conférences, que des formations, que des projections de documentaires pour informer sur ce qu’est l’IA. Chacun fait le format qu’il souhaite en fonction de son statut et de son public.
— Le rendez-vous est pris. Toutes les ressources et les liens dans la description de l’épisode. On a noté que les personnes qui veulent organiser des Cafés IA, ils peuvent le faire assez simplement, se rapprocher de vous, aller sur le site internet de la mission Café IA. Cécile Ravaux, directrice de cette mission Café IA était dans Soluble(s). Toutes les infos dans la description et le site est très facile à taper puisque c’est cafeia.org. Café au singulier. Vous êtes aussi sur les réseaux sociaux ?
— Oui, sur LinkedIn et Instagram !
— L’IA : en parler et s’en emparer. Cécile, merci d’être passée dans cette émission !
— Merci infiniment Simon !
— Voilà, c’est la fin de cet épisode. Si vous l’avez aimé, notez-le, partagez-le et parlez-en autour de vous. Vous pouvez aussi nous retrouver sur notre site internet, csoluble.media. À bientôt !
TIMECODES
00:00 — Introduction et chiffres clés du Baromètre du numérique 2026
00:30 — Présentation de Cécile Ravaux, directrice de la mission Café IA
02:46 — Un parcours atypique : communication, ONG, open source, Burning Man France
04:07 — La rencontre avec Gilles Babinet et l’arrivée à la mission Café IA
05:50 — « C’est vraiment un dispositif qui est décentralisé »
10:02 — Comment fonctionne concrètement un Café IA ?
11:00 — « Moins on s’y connaît, plus le Café IA est intéressant »
11:59 — Une démarche agnostique : ni promotion, ni catastrophisme
12:26 — Faire appel à l’esprit critique des participants
13:58 — Les jeux de cartes pédagogiques comme outil central
15:52 — Bienveillance et partage entre niveaux de connaissance différents
16:39 — Le rôle de l’animateur-facilitateur
17:58 — Les fiches action et ressources open source
18:49 — Ateliers Wikipédia et lutte contre les deep fakes
20:56 — Café IA en entreprise : TPE, PME, fonction publique
21:49 — « Le sujet y est un peu tabou » dans les entreprises
22:24 — « Mener une réflexion collective avant tout »
22:52 — Co-construire une charte d’usage interne
25:23 — L’empreinte énergétique de l’IA, un sujet récurrent
25:35 — Compar:IA : la plateforme qui rend visible l’impact environnemental
26:20 — « Deux heures de YouTube » : l’effet de la révélation
27:47 — 2 000 animateurs, essentiellement des conseillers et médiateurs numériques
28:15 — La Semaine de l’IA pour tous, du 18 au 24 mai 2026
29:35 — Marrainage par la ministre Anne Le Hénanff
30:29 — Où retrouver la mission Café IA : cafeia.org, LinkedIn, Instagram
POUR ALLER PLUS LOIN
→ Site officiel : https://cafeia.org
→ Semaine de l’IA pour tous : https://semaine-ia.fr
→ Comparateur d’IA Compar:IA : https://comparia.beta.gouv.fr
→ Baromètre du numérique 2026 (Arcep) : ICI




