ℹ️ NOTE : Version texte brut (Markdown) optimisée pour l'ingestion par les IA (LLMs). 🎧 POUR ÉCOUTER LE PODCAST : https://csoluble.media/epsode/transcription-incendies-de-foret-reapprendre-a-vivre-avec-le-feu/ ------------------------------------------------------------------------------------ # [TRANSCRIPTION] Incendies de forêt : Comment réapprendre à vivre avec le feu – Avec Pauline Vilain-Carlotti > Date de publication : 2026-10-28 > Source : Soluble(s) - Podcast par Simon Icard Transcription intégrale d’un épisode de Soluble(s) avec Pauline Vilain-Carlotti, docteure en géographie et spécialiste de la gestion sociale du risque d’incendie de forêt, autrice de L’Épreuve du feu (Flammarion). Après un été 2026 marqué par près de 98 000 hectares brûlés en France, elle explique pourquoi la prévention collective et l’aménagement du territoire sont la clé pour réapprendre à vivre avec le feu. .solu-share-block{ margin: 0.5em 0 0.7em; } .solu-share-wrapper{ display:flex; align-items:center; gap:10px; flex-wrap:wrap; margin:0; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile{ min-height:44px; border:none; border-radius:999px; text-decoration:none; display:inline-flex; align-items:center; justify-content:center; gap:8px; line-height:1.2; box-sizing:border-box; font-weight:500; transition:transform .18s ease, box-shadow .18s ease, background-color .18s ease, color .18s ease; cursor:pointer; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile, .solu-share-toggle{ outline:none; } .btn-ecouter:focus-visible, .btn-ami:focus-visible, .btn-google-source:focus-visible, .btn-share-mobile:focus-visible, .solu-share-toggle:focus-visible, .solu-share-dropdown a:focus-visible{ outline:3px solid #1a73e8; outline-offset:2px; } .btn-ecouter{ background-color:#FF1C2E; color:#fff; padding:11px 20px; font-size:16px; box-shadow:0 2px 6px rgba(255,28,46,0.25); } .btn-ecouter:hover{ background-color:#3A3144; color:#fff; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(58,49,68,0.3); } .btn-ami{ background-color:#3A3144; color:#fff; padding:11px 18px; font-size:15px; white-space:nowrap; box-shadow:0 2px 6px rgba(58,49,68,0.2); } .btn-ami:hover{ background-color:#555; color:#fff; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(0,0,0,0.18); } .btn-google-source{ background-color:#fff !important; color:#1557b0 !important; padding:11px 18px; font-size:15px; white-space:nowrap; border:1px solid #dadce0 !important; box-shadow:0 1px 3px rgba(0,0,0,0.08); } .btn-google-source:hover{ background-color:#f8faff !important; color:#1557b0 !important; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 10px rgba(21,87,176,0.18); border-color:#c4d4f0 !important; } .btn-google-source svg{ width:18px; height:18px; flex-shrink:0; } .btn-share-mobile{ display:none; background-color:#3A3144; color:#fff; padding:11px 18px; font-size:15px; white-space:nowrap; box-shadow:0 2px 6px rgba(58,49,68,0.2); } .btn-share-mobile:hover{ background-color:#555; color:#fff; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(0,0,0,0.18); } .solu-share-toggle{ background-color:#3A3144; color:#fff; border:none; border-radius:999px; width:44px; height:44px; flex:0 0 44px; display:inline-flex; align-items:center; justify-content:center; cursor:pointer; box-shadow:0 2px 6px rgba(58,49,68,0.2); transition:transform .18s ease, background-color .18s ease, box-shadow .18s ease; } .solu-share-toggle:hover{ background-color:#555; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(0,0,0,0.22); } .solu-share-dropdown{ display:flex !important; flex-wrap:wrap !important; gap:6px !important; margin-top:10px !important; opacity:0; max-height:0; overflow:hidden; transform:translateY(-6px); transition:opacity .25s ease, transform .25s ease, max-height .25s ease; pointer-events:none; } .solu-share-dropdown.active{ opacity:1; max-height:200px; transform:translateY(0); pointer-events:auto; } .solu-share-dropdown a{ display:flex; align-items:center; justify-content:center; width:42px; height:42px; border-radius:999px; background-color:#f3f3f3; text-decoration:none; color:#374151; font-size:18px; transition:transform .2s ease, background-color .2s ease, color .2s ease, box-shadow .2s ease; } .solu-share-dropdown a:hover{ transform:translateY(-2px); box-shadow:0 4px 10px rgba(0,0,0,0.12); } .solu-share-dropdown img{ max-width:22px; max-height:22px; } .solu-copy-badge{ margin-left:8px; padding:5px 10px; background:#333; color:#fff; border-radius:999px; font-size:13px; opacity:0; transition:opacity .25s ease; display:inline-block; } .solu-copy-badge.visible{ opacity:1; } .solu-share-row-desktop{ display:flex; align-items:center; gap:8px; } .solu-sr-only{ position:absolute; width:1px; height:1px; padding:0; margin:-1px; overflow:hidden; clip:rect(0,0,0,0); white-space:nowrap; border:0; } @media (max-width:520px){ .solu-share-block{ margin: 0.3em 0 0.5em; } .solu-share-wrapper{ display:grid; grid-template-columns:1fr; gap:10px; align-items:stretch; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile{ width:100%; justify-content:center; font-size:15px; padding:13px 16px; } .btn-share-mobile{ display:inline-flex; } .solu-share-row-desktop{ display:none; } .solu-share-dropdown{ margin-top:8px !important; } .solu-copy-badge{ margin:8px auto 0; display:block; width:max-content; font-size:12px; padding:5px 10px; } } Lire l’article : Incendies de forêt : comment réapprendre à vivre avec le feu ## Feux de forêt : se trompe-t-on de guerre ? Simon Icard : Bonjour, je m’appelle Simon Icard, Vous êtes les bienvenu(e)s dans Soluble(s)! Aujourd’hui, je me demande si on ne se trompe pas de guerre contre les feux de forêt. Cet été deux mille vingt six, la France a vécu sa pire saison depuis cinquante ans. Partout la même demande plus d’avions, plus de pompiers, plus de moyens. Mon invitée a grandi en Corse au rythme des Canadair, puis a passé plus de quinze ans à étudier le feu de la Sardaigne jusqu’en Californie. Et vous allez l’entendre, elle ne propose pas de l’éteindre mieux, mais de réapprendre à vivre avec. Pour sortir de l’urgence qui revient sans cesse. Bonjour Pauline Vilain-Carlotti. Tu es docteure en géographie, chercheuse et spécialiste de la gestion sociale, du risque d’incendies de forêt. Tu es directrice de projet chez Warucène. C’est un bureau d’étude, de recherche et d’innovation dédié à la prévention des feux de forêt. Ton terrain, je le disais, c’est la Corse, la Méditerranée, la Sardaigne, la Grèce, le Portugal, mais aussi à l’étranger, la Californie. Tu publies. L’épreuve du feu. Habiter autrement la terre chez Flammarion. Alors la géographie, ce n’est pas simplement savoir réciter des capitales, c’est la science qui étudie comment les sociétés habitent, aménagent et transforment leur territoire. Une géographie des risques, tu nous le diras sûrement, ne regarde pas d’abord la flamme comme le pompier, ni l’arbre comme le forestier, ni même le thermomètre comme le climatologue, elle regarde l’endroit où le feu rencontre les humains, où l’on construit, où l’on cultive, qui décide, qui agit, bref, nous et le feu sur nos territoires. ## Été 2026, un bilan record pour les incendies en France Simon Icard : Le contexte, vous le connaissez. Au sortir de cet été deux mille vingt six, selon l’Office national des forêts, ce sont environ quatre vingt dix huit mille hectares de végétation qui ont brûlé forêts, terres agricoles, espaces naturels compris. C’est cinq fois la moyenne des vingt dernières années. Il y a eu vingt et un mille départs de feu, cet été deux mille vingt six. Le feu le plus marquant est parti de Saumos en Gironde quarante deux mille hectares, deux cent vingt mille personnes évacuées, deux cent quarante habitations détruites dont cent quatre vingt trois dans la seule commune du Porge. Alors je ne vais pas faire tout le bilan, mais les feux de forêt ont marqué nos esprits cet été encore. Et le GIEC, les scientifiques du GIEC rappellent que le risque va continuer d’augmenter à mesure que le réchauffement climatique progresse. ## Une enfance rythmée par les Canadair en Corse Simon Icard : Mais d’abord, vous le savez, je me montre toujours curieux du parcours de mes invités en début d’épisode. Alors, tu racontes dans ton livre une enfance corse rythmée par les Canadair qui réveillent la maison à la fin de la sieste, le feu était une partie du décor peut être banal. C’était comment grandir avec avec ce risque incendie? Pauline Vilain-Carlotti : Pour commencer, je vais faire une petite précision. Je n’ai pas grandi en Corse. C’est la Corse. C’était là où vivaient mes grands parents et je les rejoignais depuis que je suis toute petite, voire bébé jusqu’à enfin, jusqu’à ce que je commence ma thèse. Donc tous les étés, et j’ai passé généralement à peu près deux à trois mois en Corse avec eux chaque année, et j’y revenais aussi souvent pendant le pendant les vacances d’hiver. Donc mes parents m’envoyaient encore. Donc effectivement, la Corse faisait au moins un tiers de mon année. Et ça explique en partie pourquoi une Parisienne a travaillé sur les incendies de forêt, ce qui initialement, quand on est géographe et qu’on a fait ses études à Paris, c’est pas le risque qui intéresse le plus. Mais moi, c’est celui qui a marqué mon enfance. parce que le feu faisait partie du paysage, Il faisait partie du paysage. Déjà parce que les couleurs, parce que les espaces brûlés. Mais ils faisaient partie d’un autre type de paysage sensible le paysage sonore, pas que visuel. Donc c’est le ballet des Canadair au dessus de la maison, de manière très fréquente, quasiment quotidienne, où moi, enfant, je regardais passer ces gros avions jaunes qui annonçaient que le feu était là, mais avec pas ce sentiment de menace qu’on a aujourd’hui. Effectivement, on en voyait des moyens aériens, on éteignait les feux, mais j’ai pas connaissance dans mon enfance de très grands incendies qui auraient détruit des maisons, qui auraient tué des personnes. C’était un phénomène qui pouvait arriver, qu’on savait éteindre et pour lequel on avait encore une petite préparation territoriale. Moi, j’ai grandi donc dans les années quatre vingts quatre vingt dix, il y avait déjà du tourisme, il y avait déjà l’étalement urbain dont on va reparler par la suite, mais il y avait encore aussi des espaces qui étaient entretenus, parcourus et un traitement de la végétation qui permettait aussi davantage de sécurité par rapport à aujourd’hui. On avait moins de résidences secondaires isolées un peu partout sur le territoire. Et moi, j’ai vu changer justement notre rapport au feu, mon rapport au feu. Et j’ai surtout vu évoluer les paysages et les territoires dans une dynamique de résidencialité où on a construit toujours plus de d’habitations, dans des endroits pas forcément appropriés, où on a perdu le lien avec le feu aussi, en abandonnant les espaces ruraux et où notre modification de nos manières d’habiter ont produit des vulnérabilités qui aujourd’hui nous mettent en difficulté face au problème des incendies et nous rendent donc particulièrement sensibles à la question. Simon Icard : Les incendies, notre rapport aux incendies. Alors. ## Ager, saltus, silva : le village méditerranéen comme coupe-feu Simon Icard : Tu évoques ton enfance. Ton grand père s’est installé à la retraite près d’Ajaccio, mais dans une villa moderne. Autour de lui, il a recréé le schéma des villages corses: un potager, un verger, le tout arrosé, un jardin d’ombre, des lisières défrichées autour. Est ce que ce jardin c’est un peu la grille de lecture de ce que tu proposes dans ta réflexion et dans ton essai? Pauline Vilain-Carlotti : Tout à fait. Mais c’est une. C’est une lecture a posteriori. C’est à dire que moi, enfant, je. Le jardin, c’était mon terrain de jeu et c’était le jardin nourricier aussi. C’est que c’est en devenant géographe que j’ai commencé à comprendre pourquoi mon grand père avait organisé son jardin. Ainsi, il a toujours refusé de revenir au village. Il voulait la modernité lui aussi. D’une certaine manière, il a contribué à cette transformation du territoire et en s’installant dans un lotissement construit ex nihilo à la fin des années soixante dix, en périphérie d’Ajaccio. Mais sa maison, elle, était organisée comme les villages traditionnels, donc on avait la l’espace bâti et en première périphérie, donc tout au pourtour des un jardin, on va dire d’agrément; d’ornement avec plutôt donc des fleurs. Et ensuite on avait la partie potagère. Donc là il avait énormément de plantes potagères, Il avait. D’une certaine manière, le terrain n’était pas plat, mais là où il avait installé son potager, c’était plat, mais il avait recréé un presque un système de terrasses. Et donc il y avait cette partie là, et puis un peu plus loin, donc le verger avec les arbres fruitiers. Le jardin de mon grand père n’était pas. Enfin si, il était arrosé, il l’arrosait régulièrement, nécessairement, puisqu’il en avait besoin pour la croissance de ces plantes, mais c’était quand même une végétation relativement sèche et sur les pourtours, donc de la maison. C’est là qu’on allait retrouver plutôt les arbres, qui étaient donc très très éloignés du bâti. J’ai jamais connu d’arbres en contact avec la maison de mon grand père, et derrière, on avait un terrain qui était qui ne nous appartenait pas, qui était un terrain commun mais pour lequel mon grand père entretenait aussi les abords, participait au défrichement. Et c’est en devenant géographe, après que je me suis rendu compte qu’effectivement, les villages de l’intérieur Corse, mais aussi en Sardaigne d’une manière générale dans le monde méditerranéen, étaient donc organisés. Donc sur le modèle traditionnel de l’ager, saltus, silva. Donc l’ager, le champ, le saltus, l’espace, pas pâturer l’espace de parcours et la silva, la forêt selon une dynamique concentrique où on s’éloignait au fur et à mesure, donc de l’espace plus sauvage et de la végétation spontanée. Et c’est ce modèle territorial. Il est le fruit donc d’un aménagement fait pour la subsistance des populations, qui donc avait besoin d’espace de végétation, alimentaire et aussi nourricière pour pour les animaux d’élevage. Mais il est aussi une réflexion en termes de vulnérabilité spatiale, c’est à dire que c’est. Cette organisation permet la création de coupe-feu qui sont de plus en plus importants à mesure qu’on s’approche donc des enjeux qu’il faudrait défendre en cas d’incendie et qui montrent une manière donc de considérer le phénomène incendie non pas comme un risque complètement exogène, mais bien comme une menace faisant partie de l’environnement. Le feu a façonné les espaces méditerranéens, la végétation en est tributaire et on a su vivre avec et aménager les espaces, justement pour limiter la propension d’endommagement. Parce que le feu en soi n’est pas un problème, il n’est qu’un. Il n’est un problème que quand il y a des enjeux qui pourraient être endommagées. Et cette conscience là, donc, on l’a eu pendant très longtemps, et c’est ce qui a permis une organisation du territoire qui permettait de limiter la propagation des incendies, de faire en sorte que le feu, un feu de forêt qui se déclarait, n’allait à perdre en intensité au fur et à mesure qu’il s’approchait des espaces où il y avait des enjeux à défendre. Et cette manière d’aménager, nous l’avons perdue. Nous l’avons perdue parce que la déprise agricole, donc une baisse de population des des populations rurales et agricoles, la perte d’intérêt pour les filières rurales, mais aussi nous l’avons perdue parce que nous avons au fur et à mesure choisi de nous installer au plus proche de la nature des espaces boisés. Nous avons cherché dans notre manière d’habiter moderne la fréquentation, la proximité avec les espaces végétalisés, créant de fait des interfaces habitats, forêts qui aujourd’hui nous mettent profondément en danger. ## Cause humaine et changement climatique : qui allume, qui aggrave Simon Icard : Alors quand on t’écoute, on a. On se remémore aussi quand même les images des incendies de ces derniers étés, notamment deux mille vingt six. On entend à cette époque surtout le mot de canicule, de sécheresse, de réchauffement climatique. Tu rappelles pourtant que plus de neuf incendies dix sur dix ont une cause humaine. Alors quelle différence on doit faire entre celui ou celle qui allume le feu, ce qui est à l’origine du feu et ce qui le fait grandir, prospérer par les temps qui courent? Pauline Vilain-Carlotti : Alors pour comprendre ça, parce que effectivement, cet été, il y a eu un vague débat sur le fait que les incendies seraient d’origine humaine, remettrait en cause le changement climatique. Il n’y a pas de lien entre les deux propositions, et le changement climatique est à quasiment cent pour cent d’origine humaine. Donc on peut très bien avoir des effets anthropiques qui vont avoir un effet sur le climat et et l’ensemble est lié. Pour expliquer tout ça, il faut revenir à ce qu’est le feu. Le feu n’est pas un phénomène en soi, c’est une combinaison dynamique. Pour qu’il y ait un feu, il faut a minima trois composants. La première, c’est la combustible. Donc ça, ça va être tout ce qui a trait à la végétation. La biomasse, ça peut être aussi pas de la biomasse et plein de choses qui brûlent, mais il faut un combustible. Il faut aussi un comburant. Ça, le comburant dans le feu, c’est l’oxygène. l’Air autour de nous, quelque chose sur lequel nous n’avons pas de maîtrise, et ça nous environne et on n’a pas la main dessus. Et le troisième élément, c’est la source d’activation. Donc la source de chaleur. Et elle, elle est dans quatre vingt dix, quatre vingt dix pour cent des cas d’origine humaine. Mais on peut pour sur le feu, on peut agir sur l’ensemble donc, des de ces éléments. Et c’est là que le changement climatique a un effet sur les incendies de forêt, c’est à dire qu’il n’est pas la cause des incendies. il en est, on va dire la la l’élément favorisant puisque la la source de chaleur. Évidemment, mettre le feu aux mois d’automne sous une pluie battante, ça fonctionne beaucoup moins bien que mettre le feu quand derrière il fait quarante degrés, que l’hydrométrie ambiante est et est très basse parce que l’air est très sec, mais aussi le sol est très sec et que la sécheresse du sol, elle, a un effet sur la dessiccation des plantes et des végétaux, qui va donc fournir un matériau combustible hautement combustible. Donc il faut comprendre les effets du changement climatique comme des facteurs aggravant le la problématique des incendies, et pas comme une cause conséquence. Mais il y a bien un lien entre les deux. Et les vagues de chaleur toujours plus précoces, toujours plus intenses de ces dernières années, ont un effet sur l’allongement de la saison incendie qui traditionnellement commençait. En gros, c’était la période estivale, plutôt fin juin, mi septembre. Aujourd’hui, ça commence en mai et ça finit en octobre. Et la tendance va plutôt se poursuivre. Donc, dans cet allongement de la saison incendie, les incendies sont aussi plus fréquents puisque une maladresse dans quatre vingt dix pour cent des causes humaines. La plupart du temps, ce sont des causes accidentelles. C’est notre négligence coupable qui produit des étincelles. Les conditions étant propice à la propagation des incendies, donc la fréquence des incendies augmente aussi mécaniquement. Et l’autre effet qu’il faut noter, c’est que pendant longtemps, l’incendie, c’était, c’est ce que je disais en introduction, la Parisienne qui travaille sur les incendies, l’incendie de forêt, c’est une problématique zonale méditerranéenne dont on ne parle pas. Une fois qu’on a passé Avignon d’une certaine manière et aujourd’hui, avec l’augmentation des conditions météorologiques favorables aux incendies, on se rend compte que la problématique remonte vers le nord, que de plus en plus de départements doivent y faire face, sont touchés. On l’a vu cet été avec des incendies en forêt de Fontainebleau. Donc choc psychologique pour une partie de l’île de France, pas du tout acculturée au risque et avec qui n’avait pas l’idée que ça pouvait les menacer, ou en tout cas pas en deux mille vingt six. Bien que les prévisions du GIEC montraient justement déjà cette tendance à l’exacerbation du phénomène, y compris dans les régions plus septentrionales. ## Mégafeu : un mot qui masque le rôle écologique du feu Simon Icard : Autre mot qu’on entend beaucoup, celui de mégafeu. Il a envahi nos écrans, nos journaux et autres postes de radio. Il faut dire que les journalistes, on adore les expressions fortes aussi, des lieux communs. Mais mégafeu, c’est une notion qui est mal définie, et tu dis aussi, qu’il peut servir de paravent, mais de paravent, à quoi? Qu’est ce que ça nous empêche de voir quand on. Quand on évoque d’abord l’idée d’un feu incontrôlable qui incendie tout sur son passage? Pauline Vilain-Carlotti : Alors il y a deux questions dans la question. Le mégafeu. Moi c’est une notion qui me pose problème parce que elle n’est pas stable, parce que tout le monde se personne ne se met d’accord sur. Initialement, le mégafeu, ça sert à définir un très grand feu, sauf que il n’y a pas de seuil très clair sur à quel, à partir de quand on est un très grand feu. Les incendies nord américains généralement sont de très grande ampleur parce que on est sur des des états qui sont très étendus et où la doctrine n’est pas la même que chez nous. C’est à dire que pendant longtemps on a laissé brûler les incendies dans les zones naturelles où il n’y avait pas d’enjeux à défendre. Parce que justement, on considère que l’incendie, le feu, fait partie des écosystèmes et que, en l’absence donc de vulnérabilités pour lesquelles il faudrait envoyer des moyens de secours, on doit laisser aussi le rôle écologique du feu faire son office et donc laisser brûler. C’est ce qui explique qu’on ait de très grands incendies. Et alors, comment on compare? À partir de quel moment on est un mégafeu ou on ne l’est pas? Et on se rend compte que ces dernières années, on est rentré dans une logique presque de labellisation où c’est c’est la course au plus grand. Ensuite, on fait des rapprochements avec est ce que c’est le plus grand? Depuis quand donc cette course sans fin, à savoir si on va pouvoir être labellisé mégafeu ne nous apporte pas grand chose. En plus, il faut revenir strictement à la nature du mot. Le feu, c’est le phénomène, il est neutre. L’incendie, c’est déjà le feu qui est devenu ingouvernable. Maintenant on va mettre le mégafeu pour parler d’un incendie ingouvernable, mais on a réutilisé le terme de feu. Bon, on finit par s’y perdre complètement et ça n’apporte rien au débat. Et surtout, ça occulte complètement la part positive du feu, c’est à dire son rôle écologique sur les écosystèmes. Le problème des incendies, c’est pas de sa enfin, c’est pas sa taille, ça va être plutôt sa fréquence. Parce que un incendie ponctuel qui n’occasionne pas de dommages et qui donc aurait brûlé principalement de la végétation dans des zones habituées, typiquement la végétation méditerranéenne, il va avoir un rôle bénéfique sur la biodiversité. Généralement après un incendie. La biodiversité, elle, est maximale dans les trois à cinq ans qui suivent. Pourquoi? Parce qu’il a ouvert le milieu. Donc on va avoir d’une certaine manière l’incendie fait table rase. Derrière, la régénération naturelle se fait et de nouvelles essences et espèces viennent coloniser le milieu. Tout le monde peut bénéficier à ce moment là de la lumière, puisque le milieu est ouvert. Et au fur et à mesure de la croissance des végétaux, les différentes strates de végétation vont se stabiliser, commencer à se fermer et on va avoir une petite perte en biodiversité au sens de diversité biologique, donc avec un système de concurrence. L’ouverture du milieu fait revenir aussi d’autres populations animales. Donc on a un écosystème qui se recrée après l’incendie. Le problème, c’est quand les incendies deviennent trop fréquents. Cette fois ci, effectivement, on n’a pas cette possibilité de régénération. On va épuiser les sols, on va avoir une perte des capacités d’échanges en eau aussi, des problèmes d’érosion, éventuellement de glissement de terrain une fois qu’on a les pluies d’automne. Donc la question n’est pas de savoir si le feu est très grand, la question est de savoir si son intensité mais aussi sa fréquence. Donc, ceci étant posé, le mégafeu, il ne nous apporte pas grand chose et en plus maintenant on parle de méga hyper giga feu. C’est la course à l’hyperbole, au sensationnalisme. Et on oublie aussi quelque chose, c’est à dire que il y a un terme et c’est un terme émotionnel, mais il ne dit rien en fait, du strict point de vue émotionnel. Parce que justement, on a parlé de la remontée des incendies vers le Nord, les pays qui ne sont pas du tout habitués à la problématique, la Belgique, les Pays-Bas, quand ils ont un incendie chez eux qui fait deux cents ou trois mille hectares, c’est un très grand feu pour eux. C’est quelque chose d’inédit. C’est quelque chose qui vient aussi un peu perturber leur vision des paysages qui peut être traumatique. Est ce que ils ont le droit au terme de mégafeu? Non. Mais alors comment on traite cette part émotionnelle de l’incendie? Comment on intègre aussi la perception que les gens vont avoir des conséquences de l’incendie sur leur paysage, sur leur quotidien et la manière dont ils l’ont vécu. Donc moi je trouve que le mégafeu, ça ne dit rien et et qu’il vaut mieux s’en passer. ## Extinction systématique : les limites de la doctrine française Simon Icard : Alors regardons comment la France se défend aujourd’hui. Parce qu’il y a une doctrine claire depuis les années quatre vingt dix, on attaque chaque feu naissant le plus vite possible. L’objectif, c’est, je crois, moins d’un hectare parcouru avant, jusqu’au moment de l’arrivée des secours. Éteindre les incendies le plus vite possible. Il faut dire que ça marche dans quatre vingt dix sept pour cent des feux d’après les données officielles, car ils ont été éteints avant dix hectares. Alors que penses tu de cette approche? Est ce qu’elle est tenable, notamment dans le contexte que tu évoques, qu’est celui du réchauffement climatique? Pauline Vilain-Carlotti : Alors la doctrine française de l’attaque des feux naissants, elle est née dans les années quatre vingt dix avec la mission Vulcain, précisément en mille neuf cent quatre vingt quatorze, je crois, et c’est une doctrine, on va dire, de lutte dans une vision très aléa centrée. Donc on ne concerne, on ne considère que le feu en tant qu’aléa et pas du tout les vulnérabilités. Donc on va aller éteindre systématiquement tout incendie qui se déclenche, indépendamment de s’il pourrait y avoir des pertes et des dommages un et indépendamment du rôle écologique que le feu pourrait avoir. On est vraiment dans une doctrine strictement opposée au feu. Pour un pays comme la France, ça se tient d’une certaine manière, c’est à dire qu’on n’a pas de grands, de vastes espaces naturels où on pourrait circonscrire le feu à son pourtour en limitant juste l’extension sur les espaces vulnérables. Donc cette logique d’extinction systématique, étant donné l’étalement urbain, le mitage des enjeux, elle fait sens. Le problème, c’est que aujourd’hui, on se retrouve dans une. C’est à dire qu’elle a. Elle a. Elle a les défauts de ses qualités, si vous pouvez me passer. L’expression, c’est que l’on a limité, donc la possibilité d’utiliser le feu pour entretenir les milieux et ouvrir les milieux. Donc en éteignant systématiquement tous les incendies, on a une grosse croissance de la biomasse. Ce qui fait qu’aujourd’hui, tous ces petits feux qui auraient pu faire leur office et limiter la charge combustible des territoires, et bien on se retrouve dans des espaces qui sont très combustibles. Et on a parlé de la déprise agricole et rurale tout à l’heure. Comme il n’y a plus personne d’autre pour entretenir ces espaces, on a une fermeture des paysages et donc une augmentation de de matières combustibles à proximité des zones habitées. Donc, on vient chercher, dans une logique résidentielle, la proximité avec les espaces boisés, mais eux aussi, ils sont en croissance puisqu’il n’y a plus ni le feu ni les les populations rurales pour les entretenir et limiter justement leur leur extension. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on se retrouve dans une situation où les incendies sont aussi plus fréquents, parce qu’il y a plus de matières combustibles pour pour les alimenter. Et on m’a un peu parlé cet été des incendies de nouvelle génération, les incendies convectifs. C’est le cas. C’est ce qu’il y a eu par exemple dans les Landes et en Gironde. Donc c’est pas des mégafeux, ce sont des incendies convectifs. Les incendies convectifs, pour qu’ils se produisent, il faut. Ils ont un lien évidemment avec le changement climatique et avec l’augmentation de la sécheresse et des fortes températures, mais ils ont aussi un lien avec la biomasse combustible. C’est à dire que pour qu’il y ait un incendie convectifs, donc qui va créer son propre système météo et devenir complètement ingouvernable avec des changements de direction et de vent qui le rend très difficile en termes de lutte. Il faut donc qu’il y ait une biomasse très importante. Et cette biomasse très importante, C’est nous qui l’avons laissée proliférer avec le manque d’entretien des territoires et des paysages actuels. ## Ce que les collines méditerranéennes révèlent du risque incendie Simon Icard : En t’écoutant, mais aussi en lisant ton livre, on a bien l’impression que le feu se décrypte d’abord par le paysage. Tu décris donc ces collines méditerranéennes qui se ferment depuis le dix neuvième siècle, des cultures qui disparaissent, tu le disais, la végétation devient alors une une muraille. C’est c’est du combustible aussi, du pain béni quelque part pour ces. Pour ces feux naissants. Quand tu regardes aujourd’hui, en deux mille vingt six, une colline, disons toujours dans la zone méditerranéenne, qu’est-ce que ça nous indique? Qu’est ce que tu vois du risque incendie en cours? Pauline Vilain-Carlotti : Ben je vois justement la catastrophe qui vient. Je vois la charge combustible des territoires qui compte tenu des des conditions météorologiques que nous connaissons chaque année et qui vont se poursuivre est un peu une bombe à retardement. Je vois aussi tout ce qu’on a perdu en termes de liens aussi avec. Avec ces espaces boisés, ces collines boisées. C’est à dire qu’aujourd’hui on les considère comme un décor de carte postale. Mais avec le déclin justement des de, la déprise agricole, le déclin des populations rurales, on a aussi perdu le lien nourricier avec ces espaces qui ne sont plus fréquentés que pour la récréation, d’une certaine manière. Donc on a perdu une partie de notre relation avec ces espaces de nature. C’est ce qui fait qu’on n’est plus capable de voir le rôle écologique du feu, qu’on n’est plus capable aussi de voir comment on peut les entretenir et pas simplement en jouir indéfiniment comme étant à notre service d’urbains en manque de nature. Et le fait de ne les fréquenter que ponctuellement, sans les connaître, sans savoir comment ils ont été façonnés, sans savoir à quoi ils ont pu servir. C’est là aussi où nous, par notre méconnaissance, nous pouvons aussi mettre le feu facilement et et donc avoir des comportements qui ne sont pas appropriés et qui sont négligents puisqu’on est dans une une relation simplement de service, services écosystémiques, services de récréation. Donc je vois cette perte de relation avec les espaces de nature et Et surtout, ce qui est intéressant aussi, c’est de voir ce qu’il y a après un incendie, c’est à dire que l’incendie tout à l’heure, je l’ai dit, il fait un peu table rase, et quand ces, ces espaces enmaquisés brûlent, on voit réapparaître derrière comment ils ont été façonnés. On voit ressortir les terrasses agricoles, on voit réapparaître un mur de pierres sèches et on revoit tout ce qu’on a perdu en termes d’organisation, tout ce qui faisait cette civilisation agro-pastorale dans la région méditerranéenne, tous les anciens liens entre les espaces végétalisés et les humains qui réapparaissent une fois que le feu est passé. ## Un modèle concentrique transposable aux villes et aux métropoles Simon Icard : Alors dans les solutions que tu dessines déjà, on t’entend il y a quelque part convoquer le passé et récupérer des bonnes pratiques. Mais comment les transposer dans les modes de vie actuels? Si on reprend cette image des villages avec des cercles concentriques qui éloignent quelque part le. La plus grosse masse de combustible des habitations, Comment se saisir de ces connaissances là dans un monde en deux mille vingt six, où il y a plutôt des villes parfois qui touchent la lisière de forêts, ou alors, à l’inverse des villas totalement isolées dans les massifs. Comment retrouver le sens de cette prévention? Est ce que c’est faisable tout simplement? Pauline Vilain-Carlotti : Moi je pense que c’est faisable. Il ne s’agit pas de tous redevenir éleveurs dans une bergerie. Mais, il faut nécessairement commencer à penser systémique. C’est un mot qu’on emploie beaucoup, mais j’ai l’impression que personne ne voit vraiment comment on fait des liens. C’est à dire que aménager les territoires pour être résilients face à l’incendie, ça veut dire ne pas être résilients, seulement face à l’incendie. Aujourd’hui, on a d’autres enjeux et je ne parle pas simplement de territoires ruraux, je parle aussi de villes moyennes ou de métropoles qui sont de plus en plus souvent menacées par ces incendies. Ce modèle concentrique dont j’ai parlé au début, il peut très bien être transposé, pas de la même manière. Mais déjà il faut traiter la question des interfaces habitat forêt, limiter la constructibilité, se saisir des outils qui existent comme les plans de prévention des risques qui vont permettre donc de définir des projets d’urbanisme, de limiter donc l’étalement urbain sous. Pour la nécessité de la sécurité collective. Pour le moment, ça repose strictement la prévention sur des logiques individuelles avec les obligations légales de débroussaillement. Il faut collectiviser tout ça, il faut le penser du point de vue global sur des plans de prévention des risques qui sont ensuite opposables à l’urbanisme. Ensuite sur un projet global d’aménagement à l’échelle des communes et des intercommunalités, il faut intégrer le risque d’incendies de forêt à la planification, mais avec les autres aléas aussi, qui sont les enjeux de demain. Le modèle dont j’ai parlé tout à l’heure, on a une nécessité de rafraîchissement dans les villes. On a besoin, pour faire face à l’aléa chaleur, d’avoir de la végétalisation, mais on a besoin que cette végétation soit entretenue, elle soit humide pour éviter de fournir un matériau combustible. Donc il va falloir à un moment donné recréer ces fameux jardins, soit d’agrément, soit vivriers. On a des enjeux de sécurité alimentaire en France et pour ça, ça veut dire se poser la question, en terme de filière agricole aussi, de comment on peut recréer une agriculture urbaine, une agriculture pas urbaine, mais d’avoir des espaces qui assurent non seulement la résilience face à la chaleur, qui limitent l’endommagement face aux incendies et qui sont aussi des espaces vivriers. On peut aussi, on parle beaucoup ces dernières années, notamment de du rôle du pastoralisme. Donc réintégrer le pastoralisme, ça veut dire lui permettre d’avoir des conditions d’existence, donc de faire vivre une filière d’élevage. Pour ça, ça passe par des pas simplement leur mettre à disposition du foncier qui est le nerf de la guerre, mais aussi des moyens d’équipement pour pour le travail, donc d’élevage, ça peut être des abattoirs, des entrepôts de transformation. Il faut avoir une pensée aussi, pas simplement risque, mais aussi développement économique des territoires. Donc, c’est c’est l’ensemble de ces éléments qu’il faut mettre ensemble de manière systémique, j’y reviens, pour penser un projet global de développement territorial qui tienne compte des aléas, qui tienne compte de des enjeux économiques et qui soit un, on va dire, non pas le retour du passé, mais bien l’adaptation au changement climatique qui vient. ## Défendabilité et obligations légales de débroussaillement Simon Icard : Et ça passe aussi, et on le sent dans le débat public par peut être par une évolution des obligations. Alors celle du débroussaillement, elles ne fonctionnent pas très bien. D’ailleurs tu dis ces obligations légales, on comprend parce qu’elles reposent beaucoup sur l’individuel et pas sur le collectif. Comme, comme tu le disais, on entend dans cette interview qu’il y a une question de dosage entre les atouts du feu loin des habitations, et la nécessité aussi de d’éloigner ce risque là. On parle peut être bientôt dans la loi de défendabilité des territoires. C’est une différence avec la notion et la philosophie actuelle? Pauline Vilain-Carlotti : La défendabilité, justement, c’est le fait que l’on ait besoin d’avoir des espaces, donc qui limitent l’endommagement, mais aussi qui permettent aux moyens de secours et de lutte d’intervenir. Ça fait partie des enjeux aussi, des obligations légales de débroussaillement qui visent justement à limiter la propension d’endommagement de l’incendie, mais qui doivent permettre aussi aux pompiers d’intervenir en sécurité. Parce que intervenir sur une maison qui est complètement en friche et où il y a de la végétation partout, qui prend feu. C’est en fait, c’est très dangereux pour pour les services de secours et de lutte. Donc, ils ont besoin d’avoir des espaces où sur lesquels ils vont être en sécurité, et plus globalement sur les obligations légales de débroussaillement qui sont moins strictement individuelles, mais qui concernent les gestionnaires de réseaux dont on ne parle quasiment jamais. On a des fois des obligations qui sont moins du fait de la prévention, soit des ouvrages, soit des équipements, et plus de la création de zones d’appui à la lutte pour les services de secours. Donc, oui, il faut organiser la défendabilité du territoire, c’est à dire permettre aux pompiers de pouvoir intervenir. Mais encore une fois, on reste trop pour le moment, à mon avis, dans une une logique individuelle qui repose trop sur des propriétaires ou des structures gestionnaires et qui ne sont pas pensés dans leur globalité. Donc une fois, dès qu’il y a une défaillance dans la mise en œuvre, finalement, on ne peut pas avoir un territoire suffisamment résilient puisqu’il dépend de trop de parties prenantes en même temps. Pour les obligations légales de débroussaillement, c’est très clair, c’est une réglementation qui aujourd’hui est mise en œuvre à respecter au mieux dans trente pour cent des cas et et qui pose plein de problèmes qui sont très clairement identifiés. C’est à dire que sur le principe ça marche très bien, mais sauf que ça a été pensé comme un problème de géométrie. Vous avez un périmètre à débroussailler de à partir de votre maison et indépendamment des des limites de propriété. Ça ne marche pas comme ça, les territoires. On a des voisins, on a des gens qui vivent ensemble ou qui des fois ont du mal à vivre ensemble. Donc on va avoir des conflits, des conflits de valeurs, des conflits d’usage. Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui on a une réglementation, sans doute la réglementation française la moins impliquée, alors qu’elle est une absolue nécessité dans les années à venir. ## Débroussaillement : de l’obligation individuelle à la mutualisation Simon Icard : Alors oui, ces obligations de débroussaillement, obligation légale, Alors, il y a des amendes. Il faut rappeler ça quand même dans obligation, il y a aussi des conséquences. Les. Les montants des amendes sont calculées au mètre carré, mais il n’y a pas de crédit d’impôt, En tout cas, il n’y a plus de crédit d’impôt pour. Pour participer à ces débroussaillement. Comment peuvent faire les gens qui n’ont pas les moyens? Est ce que c’est un obstacle à titre individuel? Pauline Vilain-Carlotti : Très clairement, dans les limites identifiées pour la mise en œuvre des obligations légales de débroussaillement, il y en a plusieurs. La première est une ressource, un manque de ressources physiques. C’est à dire que si vous voulez le faire vous même, et bien ça demande de l’énergie. Ça veut dire que si vous êtes âgé ou en situation de handicap, potentiellement vous ne pouvez pas la faire. Et dans ces cas là, vous devez donc payer une entreprise pour le faire pour vous. Et les coûts au mètre carré sont quand même assez élevées. Donc là, on arrive à une limite en termes de ressources financières. Et comme ça repose strictement sur votre responsabilité individuelle, forcément c’est une question derrière d’inégalité, inégalité dans la mise en sécurité et et de problème, donc de d’égalité de traitement entre entre les citoyens. Une autre limite qu’on peut citer, c’est que on a parlé de cette cette tendance à la résidentialité, notamment dans la zone méditerranéenne. Pour le moment, les obligations légales de débroussaillement concernent principalement la zone méditerranéenne et là encore, on a de plus en plus d’arrêtés préfectoraux dans de nouveaux départements. Les nouveaux territoires du feu, tel que le définit le Plan national d’adaptation au changement climatique. Donc par exemple, le Le Loir et Cher, le Cher, bientôt en Bretagne sans doute aussi. Mais pour le moment, on est plutôt dans une dans la zone méditerranéenne où il y a beaucoup de résidences secondaires. Ces résidences secondaires, ça veut dire qu’on a des propriétaires absents. Donc eux, c’est pas forcément un problème de ressources physiques ou de ressources financières, c’est simplement qu’ils ne sont pas là pour le mettre en œuvre, ce débroussaillement qui doit se faire à une période donnée. C’est à dire qu’on ne va pas débroussailler au mois de juillet. Donc il faut être là toute l’année pour la mise en sécurité des territoires. Et effectivement, donc c’est les limites des obligations légales de débroussaillement font qu’elle est très peu mise en œuvre. Et vous l’avez tu l’as dit tout à l’heure, le il y a des amendes, sauf que, en fait, il n’y a pas vraiment d’amende mises en place. La coercition fait défaut, ne serait ce que parce qu’en fait ça ne repose que sur des individus, mais aussi des communes, et que vous avez des relations de pouvoir et des relations des des besoins en termes de mandat de la part des élus, pour vous fâcher avec la quasi totalité de votre population, ça va être aussi un peu compliqué. Et puis il faut être capable d’envoyer des gens expertiser sur place pour vérifier que les obligations ont été faites ou pas faites. Donc en fait, il n’y a pas le personnel dédié pour la coercition, Il n’y a pas non plus la volonté d’être dans une logique punitive. Et je ne pense pas que la solution passe par la coercition. La solution passera par la mutualisation, c’est à dire que le feu, c’est un aléa dynamique, ça ne s’arrête pas aux limites de propriété. Donc ça, et ça ne s’arrête pas à l’échelle de la parcelle, c’est quelque chose qui se se propage. Tant qu’il y a du combustible. La réflexion sur la diminution de la charge combustible des territoires, elle doit se penser à l’échelle des territoires. Donc ça n’empêche pas de faire de la sensibilisation pour que chacun mette un peu en sécurité sa maison et qu’on ait conscience de comment de la dynamique de propagation des incendies, De ce qu’il faut faire pour réduire la vulnérabilité. Mais je pense que la prévention doit reposer sur une structure collective. Donc, le traitement des interfaces et des lisières intégrées à un plan de paysage global à l’échelle des communes et des intercommunalités, et une mutualisation qui peut passer par soit des associations, soit la charge de la commune, avec une taxe dédiée pour le débroussaillage légal et et donc permettre de mettre en sécurité les territoires de manière collective. ## Prévention ou lutte : budget, pompiers volontaires et culture du risque Simon Icard : Puisque je parlais des amendes, elles sont passées de trente à cinquante euros par mètre carré non débroussaillé récemment. Alors on parlait d’argent, tu as lâché le mot prévention. Et puis tout au long de cet épisode, on a compris qu’il s’agit. Il s’agit de ça. Même quand tu dis qu’il faut laisser brûler de façon contrôlée certaines certaines zones. La lutte contre les incendies en France repose sur des moyens nationaux, la sécurité civile, mais aussi départementaux, avec les fameux services départementaux d’incendie et de secours, les SDIS. C’est un budget total qui atteint six virgule deux milliards d’euros en deux mille vingt cinq. Mais ce montant couvre toutes les missions, pas seulement les incendies. Et difficile de de savoir précisément combien la lutte incendie coûte. Tu évoques plus de trois cents millions d’euros, mais seulement dix millions pour la prévention. Est ce que c’est là aussi qu’il y a d’immenses marges de manœuvre si on parle budgétairement? Pauline Vilain-Carlotti : Mais très clairement, la prévention des incendies tout l’été, tout le monde dit le mot prévention. Mais concrètement, quel est le budget dédié à la prévention Quant à chaque incendie, ce qui nous revient, c’est il faut acheter les Canadair, il faut il faut qu’on ait plus de pompiers, il faut sans doute acheter des Canadair, il faut sans doute qu’il y ait plus de pompiers. Ou du moins, il faut que nos pompiers soient en capacité d’intervenir puisque aujourd’hui, toute leur saison, ils ont fait les vagues de chaleur, les malaises, la défaillance du système hospitalier, puis ensuite ils ont couru derrière les feux tout le reste de la période. Donc avec un épuisement des personnels qui est quand même dramatique. Il faut savoir aussi que les pompiers en France, ils reposent principalement sur des pompiers volontaires, donc c’est des gens qui ont un travail salarié à côté. C’est un système qui arrive à bout de souffle, donc pour lequel il va falloir trouver une solution. Mais la prévention, on vient d’en parler, la prévention, elle repose strictement sur des logiques individuelles. Le budget qui y est dédié est assez médiocre. Quand on parle de prévention, on va, nous, nous sortir les budgets pour mettre en œuvre des plans de massifs. Mais ce n’est pas simplement ça, la prévention. La prévention, ça veut dire tout ce qui a trait, donc, à l’aménagement du territoire, donc les dotations pour les communes et pas simplement l’aménagement des territoires forestiers, donc l’aménagement forestier. Ça veut dire aussi la sensibilisation et une acculturation aux risques. Ces questions là, pour le moment, mis à part faire des affiches sur les jets de mégots, on est quand même pas très au fait de des dynamiques d’incendies. C’est très peu enseigné dans les programmes scolaires. Je pense qu’il y a un vrai rôle à jouer pour à l’école en termes d’acculturation aux risques, puisque c’est un risque qui est très, très mal traité en termes de de géographie, on en parle très peu et qui est pas particulièrement enseigné non plus dans les sciences naturelles. Voilà. Donc il y a une formation globale de la population à à consolider, et ça fait aussi partie de la prévention. ## Agriculteurs, savoirs locaux et fin de l’épisode Simon Icard : Oui, de connaissances, de réapprendre certaines certaines actions, certains gestes qu’on ne connaissait pas du tout. Alors, cet été, on a vu des agriculteurs prêter main forte aux secours, aux services de secours. Il y a cette envie de protéger son territoire et évidemment, mais encore faut il l’avoir appris ou réappris. Ce voyage dans les solutions et même dans nos territoires est à faire. Dans ton livre, on peut te retrouver en librairie. Je rappelle son titre L’épreuve du feu, Habiter autrement la terre, c’est paru chez Flammarion. Pauline Vilain-Carlotti, docteure en géographie, était donc dans Soluble(s). Merci d’être passée dans cette émission! Pauline Vilain-Carlotti : Merci à vous. Simon Icard : Et c’est déjà la fin de cet épisode. Merci à vous de l’avoir suivi. S’il vous a plu, notez-le, partagez-le et parlez-en autour de vous. Vous pouvez aussi nous suivre sur notre site internet, csoluble.media. à bientôt 😉 ### TIMECODES 00:00 — Se trompe-t-on de guerre contre les feux de forêt ? 00:44 — Présentation de Pauline Vilain-Carlotti 01:52 — Le bilan de l’été 2026 03:02 — Des étés corses au rythme des Canadair 06:02 — Le jardin du grand-père, un coupe-feu 08:29 — Ager, saltus, silva : le modèle des villages agropastoraux 11:02 — Cause humaine et changement climatique 13:49 — Une saison des feux de mai à octobre 15:20 — Pourquoi le mot « mégafeu » ne dit rien 18:21 — Le rôle écologique du feu 20:34 — La doctrine d’attaque des feux naissants 23:44 — Les incendies convectifs 24:42 — Ce que révèle une colline méditerranéenne 27:09 — Ce que le feu fait réapparaître 28:32 — Le modèle concentrique transposé aux villes 30:12 — Rafraîchissement urbain et jardins vivriers 31:05 — Le pastoralisme comme outil de prévention 32:35 — La défendabilité des territoires 34:36 — Débroussaillement : 30 % d’application 35:17 — Le coût du débroussaillement pour les ménages 38:30 — De la coercition à la mutualisation 39:53 — Lutte contre prévention : la question budgétaire 41:27 — Des pompiers volontaires à bout de souffle 42:25 — L’éducation au risque à l’école 43:02 — Conclusion ### 🔗 POUR ALLER PLUS LOIN L’Épreuve du feu. Habiter autrement la Terre (Flammarion) : https://editions.flammarion.com/lepreuve-du-feu/9782080162731 Pauline Vilain-Carlotti sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/pauline-vilain-carlotti-phd-66b2777/ La stratégie française de lutte contre les feux de forêt (Observatoire de la forêt) : https://observatoire.foret.gouv.fr/themes/la-strategie-francaise-de-lutte-contre-les-feux-de-foret Rapport de la mission parlementaire (septembre 2026) : https://www.banquedesterritoires.fr/sites/default/files/2026-09/Rapport%20_Feux%20de%20for%C3%AAt%2027092026.pdf Géorisques, feux de forêt : https://www.georisques.gouv