ℹ️ NOTE : Version texte brut (Markdown) optimisée pour l'ingestion par les IA (LLMs). 🎧 POUR ÉCOUTER LE PODCAST : https://csoluble.media/epsode/transcription-secheresse-historique-pluie-hiver-adaptation-yves-tramblay/ ------------------------------------------------------------------------------------ # [TRANSCRIPTION] Sécheresse historique : pourquoi la pluie de l’hiver n’a pas suffi — avec Yves Tramblay > Date de publication : 2026-09-30 > Source : Soluble(s) - Podcast par Simon Icard Transcription intégrale d’un épisode de Soluble(s) avec Yves Tramblay, hydrologue et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Il y explique pourquoi l’hiver très pluvieux n’a pas empêché la sécheresse historique de 2026 et quels leviers préparent la France aux sécheresses à venir : réduction des fuites, zones humides, stockage de l’eau, cultures adaptées, réutilisation des eaux usées. .solu-share-block{ margin: 0.5em 0 0.7em; } .solu-share-wrapper{ display:flex; align-items:center; gap:10px; flex-wrap:wrap; margin:0; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile{ min-height:44px; border:none; border-radius:999px; text-decoration:none; display:inline-flex; align-items:center; justify-content:center; gap:8px; line-height:1.2; box-sizing:border-box; font-weight:500; transition:transform .18s ease, box-shadow .18s ease, background-color .18s ease, color .18s ease; cursor:pointer; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile, .solu-share-toggle{ outline:none; } .btn-ecouter:focus-visible, .btn-ami:focus-visible, .btn-google-source:focus-visible, .btn-share-mobile:focus-visible, .solu-share-toggle:focus-visible, .solu-share-dropdown a:focus-visible{ outline:3px solid #1a73e8; outline-offset:2px; } .btn-ecouter{ background-color:#FF1C2E; color:#fff; padding:11px 20px; font-size:16px; box-shadow:0 2px 6px rgba(255,28,46,0.25); } .btn-ecouter:hover{ background-color:#3A3144; color:#fff; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(58,49,68,0.3); } .btn-ami{ background-color:#3A3144; color:#fff; padding:11px 18px; font-size:15px; white-space:nowrap; box-shadow:0 2px 6px rgba(58,49,68,0.2); } .btn-ami:hover{ background-color:#555; color:#fff; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(0,0,0,0.18); } .btn-google-source{ background-color:#fff !important; color:#1557b0 !important; padding:11px 18px; font-size:15px; white-space:nowrap; border:1px solid #dadce0 !important; box-shadow:0 1px 3px rgba(0,0,0,0.08); } .btn-google-source:hover{ background-color:#f8faff !important; color:#1557b0 !important; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 10px rgba(21,87,176,0.18); border-color:#c4d4f0 !important; } .btn-google-source svg{ width:18px; height:18px; flex-shrink:0; } .btn-share-mobile{ display:none; background-color:#3A3144; color:#fff; padding:11px 18px; font-size:15px; white-space:nowrap; box-shadow:0 2px 6px rgba(58,49,68,0.2); } .btn-share-mobile:hover{ background-color:#555; color:#fff; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(0,0,0,0.18); } .solu-share-toggle{ background-color:#3A3144; color:#fff; border:none; border-radius:999px; width:44px; height:44px; flex:0 0 44px; display:inline-flex; align-items:center; justify-content:center; cursor:pointer; box-shadow:0 2px 6px rgba(58,49,68,0.2); transition:transform .18s ease, background-color .18s ease, box-shadow .18s ease; } .solu-share-toggle:hover{ background-color:#555; transform:translateY(-1px); box-shadow:0 4px 12px rgba(0,0,0,0.22); } .solu-share-dropdown{ display:flex !important; flex-wrap:wrap !important; gap:6px !important; margin-top:10px !important; opacity:0; max-height:0; overflow:hidden; transform:translateY(-6px); transition:opacity .25s ease, transform .25s ease, max-height .25s ease; pointer-events:none; } .solu-share-dropdown.active{ opacity:1; max-height:200px; transform:translateY(0); pointer-events:auto; } .solu-share-dropdown a{ display:flex; align-items:center; justify-content:center; width:42px; height:42px; border-radius:999px; background-color:#f3f3f3; text-decoration:none; color:#374151; font-size:18px; transition:transform .2s ease, background-color .2s ease, color .2s ease, box-shadow .2s ease; } .solu-share-dropdown a:hover{ transform:translateY(-2px); box-shadow:0 4px 10px rgba(0,0,0,0.12); } .solu-share-dropdown img{ max-width:22px; max-height:22px; } .solu-copy-badge{ margin-left:8px; padding:5px 10px; background:#333; color:#fff; border-radius:999px; font-size:13px; opacity:0; transition:opacity .25s ease; display:inline-block; } .solu-copy-badge.visible{ opacity:1; } .solu-share-row-desktop{ display:flex; align-items:center; gap:8px; } .solu-sr-only{ position:absolute; width:1px; height:1px; padding:0; margin:-1px; overflow:hidden; clip:rect(0,0,0,0); white-space:nowrap; border:0; } @media (max-width:520px){ .solu-share-block{ margin: 0.3em 0 0.5em; } .solu-share-wrapper{ display:grid; grid-template-columns:1fr; gap:10px; align-items:stretch; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile{ width:100%; justify-content:center; font-size:15px; padding:13px 16px; } .btn-share-mobile{ display:inline-flex; } .solu-share-row-desktop{ display:none; } .solu-share-dropdown{ margin-top:8px !important; } .solu-copy-badge{ margin:8px auto 0; display:block; width:max-content; font-size:12px; padding:5px 10px; } } 📝 Article source📄 FAQ ## Un hiver gorgé de pluie, une sécheresse historique en 2026 – Bonjour, je m’appelle Simon Icard, vous êtes les bienvenu(e)s dans Soluble(s)! Aujourd’hui je m’intéresse à l’eau, celle qui nous a tant manqué cet été deux mille vingt six. Je me demandais comment un pays qui sortait d’un hiver gorgé de pluie avait pu basculer en quelques semaines dans une sécheresse historique. Et vous allez l’entendre, ce n’est pas qu’une affaire de pluie, mais il y a des leviers pour mieux s’y préparer face au changement climatique. Bonjour Yves Tramblay! – Bonjour! – Tu es hydrologue, directeur de recherche à l’IRD, l’Institut de recherche pour le développement. Tu travailles notamment sur les sécheresses et les inondations. Tu as participé à Explore 2, le programme scientifique qui simule l’avenir de nos rivières et de nos nappes jusqu’en deux mille cent. Autrement dit, quand on se demande à quoi ressemblera l’eau en France dans vingt cinq ans. C’est en partie vers tes travaux qu’on se tourne. Je pose vite le contexte parce qu’il est tout frais. Dans l’épisode précédent de ce podcast. Julien Nicolas de Copernicus revenait avec nous sur la chaleur record de l’été. Aujourd’hui, je voudrais voir ce que cette chaleur a fait à notre eau. Et ce qui m’a le plus marqué, c’est un contraste entre un hiver particulièrement pluvieux avec un mois de février record depuis mille neuf cent cinquante neuf. Et pourtant, c’est dès le début de l’été et jusqu’en cette fin septembre, les sols n’ont jamais été aussi secs à cette saison, les nappes baissent encore, des restrictions ont été décidées, parfois même des villages ont dû être ravitaillés par camion-citerne. Mais bon, le plus troublant, c’est peut être ce calcul de Météo France cet été qui nous a paru hors norme, correspondait à un été ordinaire dans une France réchauffée à plus quatre degrés. C’est précisément la trajectoire sur laquelle la France a choisi de s’adapter au réchauffement climatique. Alors Yves, on va essayer, grâce à toi, de tout comprendre, de savoir ce qui s’est passé cet été et pourquoi la pluie ne suffit plus. Et tu nous parleras bien sûr des solutions qui existent. Mais d’abord, tu le sais, je me montre toujours curieux du parcours de mes invités en début d’épisode. Hydrologue c’est pas un métier très connu. Parle nous un peu de toi et comment tu en es arrivé à l’eau? ## Hydrologue : le parcours d’Yves Tramblay et la science de l’eau – Ah oui, l’hydrologie c’est la science de l’eau et ça recouvre pas mal de disciplines assez différentes finalement, puisqu’il y a des gens qui travaillent sur la quantité d’eau comme moi, d’autres sur la qualité, tout ce qui est pollution, contaminants, etc. Alors l’hydrologie, c’est une vieille science pourtant, puisque depuis des millénaires l’homme stocke l’eau, construit des barrages, fait des canaux pour l’irrigation et donc on a un lien fort avec, on va dire l’opérationnel, c’est à dire les ingénieurs, les gens qui construisent justement des ouvrages puisqu’ils ont besoin de chiffres en fait, de quantité d’eau par exemple, qui s’écoule pour dimensionner la taille d’un barrage, d’un réservoir, etc. Donc c’est aussi une science de la terre, c’est à dire qu’on essaye de comprendre les processus hydrologiques, l’interaction justement entre la surface de la Terre et l’atmosphère. Et c’est là plus précisément que je travaille, c’est à dire j’essaye de comprendre c’est quoi les impacts du changement climatique sur ce cycle de l’eau, et en particulier les extrêmes, c’est à dire les crues, les inondations et d’autre part les sécheresses. – Et est ce que tu sais dire pourquoi tu t’es penché sur ce sujet? Qu’est ce qui t’a amené à devenir hydrologue? – Alors moi j’ai commencé mes études plutôt en climatologie pour l’étude du climat jusqu’à mon master. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de partir faire une thèse de doctorat au Canada, au Québec. Expérience très enrichissante Et en fait, j’ai toujours été intéressé par la compréhension de la nature. D’abord du climat. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de faire une thèse. Alors souvent, on choisit la thèse parce qu’on a envie de travailler sur un sujet, mais aussi surtout parce qu’on a l’occasion de le faire. Mais je cherchais clairement sur ces thématiques un sujet, voilà, lié à de la modélisation appliquée aux sciences de l’environnement. Et c’est comme ça que j’ai commencé à me spécialiser en hydrologie. ## Sécheresse 2026 : pourquoi la chaleur a vidé les sols – L’hydrologie. Alors parlons de ce qu’on vient de vivre tous ici, en métropole, en Europe de l’Ouest. Selon le dernier bulletin du BRGM, les bureaux, le Bureau de recherches géologiques et minières, soixante deux pour cent des nappes souterraines sont sous la normale, quatre vingt un pour cent étaient encore en baisse en septembre et la sécheresse des sols restait historique au moment de de ce tournage. Septembre deux mille vingt six. Alors qu’est ce qui s’est passé concrètement pour en arriver là? – Il s’est passé tout ce qu’on a connu au printemps avec des vagues de chaleur successives. Alors c’est drôle, Enfin non, c’est pas drôle, mais en février, j’ai été interviewé sur France 2 au journal de vingt heures et j’expliquais Attention, c’est pas parce qu’on a eu un mois de février, un hiver très très pluvieux qu’on ne risque pas d’avoir des épisodes de sécheresse cet été. Alors, j’étais manifestement un oiseau de mauvais augure, puisque c’est exactement ce qui s’est passé. Et en fait, là, il faut bien comprendre qu’on est passé en terme d’humidité du sol en record absolu. C’est à dire qu’au début février, mars, je crois, on a tapé dans la valeur maximale qu’on avait observée en France. Donc les sols étaient à Bordeaux, dans plusieurs régions, dans beaucoup de régions. Et cet été, on est exactement à l’inverse, c’est à dire qu’on est arrivé sur le record bas. Avec le plus bas niveau d’humidité du sol atteint il me semble au cours de l’été d’un début fin août début septembre. Et ça, c’est directement lié aux températures qu’on a eues. C’est complètement inédit d’avoir des canicules aussi fortes dès le mois de mai. Et il faut comprendre plus il fait chaud, plus l’eau s’évapore. Ça, c’est de la physique de primaire. Mécaniquement, ça veut dire que même si on a de l’eau dans les sols, si les températures sont très fortes pendant très longtemps, et bien mécaniquement, toute cette eau s’évapore et part vers l’atmosphère. Et ça, c’est le principal mécanisme qui a causé ce qu’on a vu cet été, avec aussi une baisse des précipitations associées. On a eu, je crois, une anomalie de moins quarante pour cent de pluie, surtout au début, fin printemps début de l’été. Donc ça, voilà, c’est les deux mécanismes qui sont à l’origine de ce qu’on a observé. ## Sols, rivières, nappes : les trois visages de la sécheresse – Alors on parle de LA sécheresse, mais en fait, il y a des, différentes strates, si je peux dire. Il y a les nappes, tu le disais, il y a les sols, les rivières aussi. Tu peux nous aider à démêler ça. Est ce que tout est au rouge? Quelle est la situation qui était la plus inquiétante cet été finalement? – Oui, c’est important de le préciser, comme tu disais, puisque là tu parlais du bulletin de l’état des nappes. Les nappes souterraines, c’est un des compartiments du cycle de l’eau, mais ce n’est pas le seul. Donc, grosso modo, on regarde l’eau au niveau des sols et c’est peut être le plus important, notamment pour la végétation, puisque les racines, concrètement des plantes et des cultures faites par l’homme ont besoin de cette eau dans le sol pour pour croître et pour produire. Donc là, c’est la sécheresse agricole au niveau des sols. Ensuite, on a au niveau des cours d’eau, puisque l’eau contenue dans les sols ou quand il pleut fort, l’eau ruisselle par les. Enfin, sur les sols, jusqu’à atteindre les cours d’eau, les rivières. Et là, on parle de sécheresse hydrologique. Donc, quand on a des niveaux anormalement bas, et c’était le cas cet été, on a battu le record, je crois, du nombre de petits cours d’eau qui s’assèchent. Et là aussi, c’est de l’eau utile pour les activités humaines, notamment parce qu’il y a des régions où on n’a pas de nappes souterraines suffisantes. Donc on pompe de l’eau dans les cours d’eau, notamment pour l’irrigation. Et ensuite, troisième compartiment, troisième volet, effectivement les nappes souterraines. Il faut comprendre que ces trois compartiments réagissent différemment quand il y a un coup de chaud comme ça. On les appelle aussi des fois l’effet sèche-cheveux dans les médias, même si je n’aime pas trop cette expression. En fait, les sols sont les premiers à, comment dire, à perdre de l’eau par évaporation et par évapotranspiration. Donc la transpiration par les plantes. Deuxième niveau au niveau des cours d’eau. Donc quand les sols sont très secs, il y a moins d’écoulement et potentiellement moins d’eau dans les cours d’eau. Et troisième niveau, les nappes. Et les nappes. C’est un peu paradoxal puisque c’est souvent des nappes assez profondes, donc ils sont à l’abri en fait, de l’évaporation en profondeur. Et par exemple, dans pas mal de régions, notamment chez nous je crois, vers Montpellier, les pluies de cet hiver, en fait, ont été tellement abondantes qu’elles ont permis de recharger certaines nappes. Et ces nappes, en fait, ont passé tout le printemps et même une partie de l’été sans trop de problème. Donc voilà, il faut vraiment distinguer au niveau géographique. En France, dans les différents contextes de géologie locale, il y a différents types de nappes et elles ne réagissent pas du tout à un stress hydrique de la même manière. ## Eau potable : restrictions et coupures pendant la sécheresse – Alors on a vu cet été, alors pas dans toute la France évidemment, mais dans certaines localités, dans. Essentiellement des villages, des camions citernes qui ravitaillent le château d’eau parce qu’il était presque à sec. Dans l’Yonne, en Alsace, dans le Finistère. Je le disais, il y a des départements, quatre vingt treize départements qui sont sous restrictions, avec plus ou moins de restrictions, mais soixante quatorze départements français sont en crise. Est ce une situation exceptionnelle ou un avant goût de la future normale? Si on parle de l’eau potable. – Alors les deux c’est. C’est à la fois exceptionnel d’avoir effectivement autant de. De zones en stress. Alors il faut distinguer quelques petits éléments quand même. C’est que. Donc, à l’échelle de la France, je crois qu’on a eu près de soixante dix mille personnes avec des coupures d’eau. Alors, c’est catastrophique pour ces personnes, il n’y a pas de questions là dessus. Mais je veux dire, c’est pas non plus à grande échelle. Il y a soixante huit ou soixante neuf millions d’habitants en France. Donc voilà, les coupures d’eau au robinet, ça touche principalement les zones alimentées par un captage qui peut être amené à s’assécher une rivière par exemple, si c’est un petit cours d’eau, qui devient asséchée. Mais à grande échelle, en fait, on ne s’attend pas à une baisse de capacité à assouvir les besoins, enfin à, comment dire, à produire de l’eau potable. C’est mal dit, mais on prend l’idée. Voilà. Donc ça c’est une première chose. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des restrictions, ça veut dire que pour justement sécuriser l’eau potable, donc l’eau qu’on a au robinet, on va arrêter certains usages non prioritaires. C’est tout l’objet des arrêtés sécheresse. Donc, on va arrêter peut être de laver les voitures à grandes eaux dehors, on va arrêter d’arroser son jardin, de remplir les piscines. C’est un peu du bon sens. L’irrigation aussi agricole est interdite dans de nombreux cas pour justement assurer que voilà, on puisse avoir de l’eau au robinet. Et ça, ça reste la première priorité. Ensuite, sur l’avenir, effectivement, malheureusement, c’est exactement le type de situation dont on sait qu’on va avoir à. Comment dire, à affronter de plus en plus fréquemment dans le futur. Tous les scénarios indiquent une augmentation forte des sécheresses, avec à la fois une baisse des débits, notamment en été. Et en plus, ces épisodes extrêmes qui sont les sécheresses, qui sont qui vont être de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses. ## Où est passée l’eau de l’hiver ? Le cycle de l’eau expliqué – Revenons sur ce contraste. Tu le disais, l’hiver a été… La France et certains endroits particulièrement gorgés d’eau. Trente cinq pour cent de pluie en plus au mois de février est un mois record. Au total, quarante pour cent de déficit de pluie l’été. On voit un peu la symétrie des deux avec des des sols qui l’hiver étaient au maximum de leur humidité. Et pourtant, début juillet, les sols atteignant un niveau de sécheresse jamais observé, on l’a bien dit. Mais toute cette eau de l’hiver où elle est passée? Concrètement, comment cette eau peut elle disparaître? Tu parlais d’évaporation, mais est ce qu’on peut aller un peu plus loin? – Alors comme disait l’autre, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Donc effectivement, l’eau sur Terre, c’est une quantité finie. Par contre, elle n’est pas forcément tout le temps au même endroit, au même moment. Ça, c’est extrêmement important de le noter. Donc ça veut dire l’eau, elle est entre guillemets perdue pour nous, mais pas pour d’autres, pour les cours d’eau, pour la mer, les écoulements, le cycle de l’eau en fait. Voilà, c’est important de le préciser parce qu’on entend souvent ce message de la part D’aménageurs qui nous disent que l’eau est perdue. Ben non, en fait, ça s’appelle le cycle de l’eau et c’est la nature. Ça c’est important, je pense, de le mettre en préambule. Ensuite, l’eau, elle est passée où? Donc une grande partie de l’eau s’est infiltrée dans les sols, dans les nappes et là où il y a des nappes qui se rechargent, on va dire rapidement, il faut distinguer en fait des nappes qui vont avec un ou deux épisodes de pluie un peu fort par le biais de fissures, etc permettent d’infiltrer une partie importante de l’eau et d’autres nappes, au contraire, qui se rechargent sur des temps extrêmement longs. Et ce n’est pas un orage, ce n’est pas un hiver pluvieux qui vont suffire à les recharger. Donc la nuance est extrêmement importante. Donc une partie de l’eau s’est infiltrée et l’autre, effectivement, a ruisselé. Et ce sont les images catastrophiques d’inondations qu’on a vu dans plusieurs régions, notamment dans la partie ouest de la France. Donc l’eau n’est pas perdue, mais en tout cas, on ne peut pas la stocker de manière de manière systématique. Et il faut rappeler quelque chose, c’est que dans nos scénarios d’évolution, on attend effectivement une augmentation des sécheresses dans la période estivale notamment. Certains scénarios pointent vers une augmentation des pluies en hiver. Mais il faut bien rappeler que c’est des scénarios futurs. Donc déjà, il y a de fortes incertitudes. Personne ne connaît l’avenir avec certitude, sinon ça se saurait je crois! Et puis c’est peut être dans le Nord est de la France, où il y a des zones où on a un signal robuste sur une augmentation. C’est pas du tout généralisé à l’échelle de tout le territoire. Et surtout, surtout, c’est très sujet à ce qu’on appelle la variabilité du climat. Rien ne nous dit qu’on ne va pas avoir des épisodes de sécheresse pluriannuelle, et on ne peut pas dire que ça n’a pas existé, puisqu’on a eu un exemple frappant dans les Pyrénées orientales. Je rappelle qu’on a eu trois ou quatre ans consécutifs de sécheresse à Perpignan. Il a plu en deux mille vingt trois deux cents mm. C’est ce qu’il pleut normalement à Marrakech, un peu plus au sud. Donc voilà. Donc en fait, ça ne veut absolument pas dire si on a un signal peut être à la hausse des pluies hivernales dans des régions du nord de la France. J’insiste là dessus, dans le nord de la France. En fait, rien ne nous dit que par ailleurs, on n’aurait pas, par exemple, des années extrêmement sèches qui mettraient du coup en péril une stratégie d’adaptation qui reposerait uniquement sur on va tout stocker l’eau de cet hiver et on est tranquille pour l’été. Voilà, c’est un peu plus complexe que ça. ## Réchauffement climatique et sécheresses : existe-t-il un seuil ? – On comprend que tout ne dépend donc pas des précipitations. Dans ce. Dans l’élaboration des sécheresses, on comprend aussi, et on l’a tous vécu en trois mots, c’est la chaleur aussi qui joue un rôle important. Et avec le réchauffement climatique, l’élévation des températures moyennes en France va forcément jouer un rôle. Et c’est dans des scénarii. Plus trois virgule six degrés pour l’été deux mille vingt six. Cinquante trois jours de canicule contre trente trois l’année deux mille vingt deux. On voit que les canicules jouent un rôle important. Est ce qu’on sait dire que qu’Il y a des seuils de températures qui précipitent? Sans jeu de mots qui précipitent les choses dans les scénari, Je pensais à cette à ces horizons plus deux degrés plus deux virgule sept plus trois degrés. Est ce que les sécheresses vont s’accélérer à partir d’un certain seuil? – Non, il n’y a pas vraiment de seuil. Par contre, même dans le GIEC, il y a des figures qui montrent très clairement que le degré de sévérité des sécheresses futures est directement relié à l’augmentation des températures et donc de l’émission de gaz à effet de serre. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que si on limite la hausse des températures globales, on va mécaniquement limiter l’impact des sécheresses. Pas que chez nous, mais dans la majeure partie des régions du monde, puisque là encore, c’est issu du rapport du GIEC et de nombreux travaux qui montrent que le principal moteur de cette aggravation des sécheresses, c’est pas forcément les précipitations qui baissent dans certaines régions. Il y a beaucoup de régions où on a surtout la variabilité qui domine. En Méditerranée, par exemple, on n’a pas de signal à un assèchement en termes de précipitations. On a une quantité de pluie qui varie énormément d’une année à l’autre. Ça, c’est une caractéristique du climat méditerranéen et beaucoup de zones semi-arides. Par contre, l’autre signal important, c’est la hausse des températures et c’est vraiment cette hausse des températures qui pilote l’aggravation des sécheresses à venir. Donc non, il n’y a pas d’effet de seuil. Par contre, on peut estimer qu’il y a des seuils pour la végétation par exemple. Alors moi je ne suis pas du tout expert en agronomie, mais il y a des experts qui vont nous expliquer qu’au delà de quarante cinq degrés, de certaines températures un peu élevées, on a concrètement de la mortalité directe des plantes, etc. Donc là, oui, c’est des effets de seuil qui peuvent entraîner, on va dire, un cercle vicieux, c’est à dire une sécheresse importante associée à des canicules. Ça peut entraîner de la mortalité d’espèces à grande échelle, des feux de forêt. Ça ne vous a pas échappé qu’on a vu des Canadair dans la Seine cet été. C’était complètement inédit. Et en fait, ces accidents de parcours, quelque part, des sécheresses marquantes peuvent avoir des conséquences en cascade et sur assez peu de temps finalement, provoquer potentiellement une modification assez rapide des paysages. ## Incendies, zones humides, fuites : les trois axes de l’adaptation – Les paysages, c’est un mot important d’ailleurs pour les incendies plus de quatre vingt dix mille hectares brûlés. Et puis on s’est rendu compte qu’avec l’hiver particulièrement pluvieux, de la végétation sous les arbres, je schématise, a pu rapidement se développer, mais elle s’est asséchée aussi quasi immédiatement. Quelques mois plus tard, ça a dopé les incendies. Les paysages, les zones humides, les haies, les sols vivants, tout ça, ce sont des notions qu’on a déjà abordées dans ce podcast, dans Soluble(s). Mais c’est aussi important dans Dans l’appréhension du futur pour la gestion de l’eau? – Alors oui, effectivement. Alors il faut vraiment. Il faut vraiment. Alors là, si on parle de l’adaptation, il faut vraiment voir ça de manière globale. C’est un peu déprimant de voir dans le cercle, enfin dans le dans les médias, d’entendre parler d’arguments phares. Alors si on résume bêtement, s’il fait chaud, on met de la clim, s’il y a des inondations, il faut curer les cours d’eau et s’il y a de la sécheresse, il faut construire des bassines et des barrages. Je veux dire, c’est un peu léger comme arguments. Si on se base, là encore, c’est pas du tout des opinions personnelles, mais si on lit un peu les rapports du GIEC qui se traduisent maintenant aussi très facilement avec les outils sur Internet. Si on regarde le Haut Conseil pour le climat, il y a toute une série de mesures qui sont recommandées. Et, si on peut résumer, il y a trois axes en fait à mener de front. En fait, le premier, c’est gestion de la demande, donc travailler sur les économies d’eau, l’efficacité des usages, la tarification, la réduction des fuites. Il faut rappeler qu’on perd vingt pour cent de l’eau dans les réseaux d’eau potable en France. Donc quelque part, si on se dit qu’on va réduire ces fuites, on peut gagner potentiellement, allez, dix à quinze pour cent d’eau si on met cette projection. Donc ok, on gagne dix dix pour cent d’eau par rapport à se dire oui mais dans le futur il y aura peut être des pluies plus importantes en hiver, donc on va faire des barrages. Vous voyez ce que je veux dire? Dans un cas, c’est un pari sur l’avenir assez incertain avec les scénarios climatiques, dans l’autre, ce n’est pas un pari du tout. On sait qu’on va récupérer dix à quinze pour cent d’eau. Donc voilà, je trouve ça un peu aberrant qu’on ne place pas, par exemple, cet argument comme base de l’adaptation. Deuxième partie les solutions fondées sur la nature. Donc là, effectivement, restaurer les zones humides, favoriser le stockage en eau dans les sols. Il faut se rappeler que pendant depuis quarante, cinquante ans, on va dire, la stratégie, c’est plutôt de drainer au maximum les terres agricoles, etc. On a vu un exemple dans le Marais poitevin, par exemple. Et le troisième volet, donc ce qu’on appelle les solutions fondées sur la nature, le deuxième volet, et le troisième volet, c’est effectivement les solutions techniques, les barrages, les bassines, là où c’est adapté, la désalinisation, avec par contre beaucoup d’effets secondaires négatifs en terme environnemental, de pollution. Voilà. Mais tout ça, en fait, il faut comprendre que c’est un mélange, un mix de solutions et on ne peut pas avoir une solution qui marche dans tous les territoires. C’est nécessairement adapté au contexte local. Type de sol. Type de végétation, type de sous sol. Quels usages économiques, notamment pour l’agriculture? Et c’est à partir de ça qu’on peut distinguer un mix de solutions qui soient adaptées à un territoire particulier. ## Sobriété en eau et cultures adaptées au climat – On va prendre quelques unes de ces solutions pour en parler un peu plus en détail. Un mot revient souvent quand on évoque l’eau, c’est la sobriété. Rendons le concret. En France, l’agriculture représente soixante et un pour cent de l’eau réellement consommée, l’Eau potable vingt quatre pour cent. Les centrales onze pour cent, l’industrie quatre pour cent. Évidemment, cela varie aussi selon les les années et les circonstances. Mais il y a un phénomène assez logique soixante pour cent de la consommation de l’eau se concentre l’été, justement quand nos rivières ne portent que qu’une partie de l’eau. Concrètement, en termes de sobriété, comment doit on l’aborder? Alors on peut parler peut être des décideurs, des agriculteurs ou même des habitants. C’est quoi la sobriété pour les années à venir? – Alors la sobriété, ce n’est pas retourner à l’âge de pierre. Soyons concrets. C’est effectivement essayer d’optimiser les usages, de mettre en adéquation la quantité d’eau disponible qu’on a et comment on s’en sert. Alors il faut noter plusieurs choses. C’est que de facto, on est sur une tendance assez vertueuse au niveau des ménages, puisqu’on a tous maintenant des réducteurs de pression dans certains robinets. On a des appareils avec, vous savez, les A+ B+ pour expliquer qu’ils sont de plus en plus efficients et refaire la même chose mais avec moins d’eau. Donc ça veut vraiment dire que techniquement c’est possible. Donc ça, c’est un premier axe fondamental. Deuxième axe, effectivement, l’irrigation qui est quand même aussi très, très, très important. En tout cas, c’est un levier extrêmement intéressant. Sur l’irrigation, il faut quand même repenser, et ça, je parle sous le contrôle de mes collègues agronomes ou aussi quelqu’un comme Serge Zaka, que vous devez connaître, qui explique qu’il faut, à un moment donné, se reposer la question de est ce que les plantes sont adaptées à leur nouveau climat et leur nouveau terroir? Et ça, c’est pas du tout anodin. Ça vous a pas échappé que des gens commencent à planter des vignes en Angleterre, en Belgique, aux Pays-Bas? Donc voilà. Donc, plutôt que de subir en fait ces événements extrêmes, il faut vraiment une politique proactive de se poser ces questions là. Un exemple très concret en France, continuer à avoir du maïs dans le sud ouest, qui est quasiment la région qui se dessèche le plus. Maïs une plante tropicale qui demande son maximum d’irrigation en été, on voit bien qu’il y a peut être un petit problème à ce niveau là. Donc est ce qu’il ne faudrait pas se dire Voilà, il faut déplacer ces cultures plus vers le nord, se poser la question aussi le maïs. Je crois qu’une grande partie du maïs c’est à la fois pour l’alimentation animale. Je sais pas vous, mais moi je ne mange pas du maïs tous les jours et d’autre part pour l’exportation. Donc ça aussi c’est des choix, on va dire macroéconomique. Est ce qu’il ne faut pas privilégier dans un contexte d’eau contraint comme le sud ouest? Je parle du bassin Adour-Garonne. Est ce qu’il ne faut pas privilégier des productions qui servent plus directement à la consommation des populations? Voilà, donc c’est toute une série de mesures. On nous parle toujours du bon sens. Voilà, là c’est du c’est du vrai bon sens sur Est ce que nos cultures sont toujours adaptées au territoire, là où elles poussent? – Et on retient, la sobriété selon toi, « c’est pas revenir à l’âge de pierre ». Alors c’est vrai qu’en préparant cette émission, alors je sais évidemment qu’il ne faut pas généraliser, mais alors justement, à la lumière de l’eau et des sols et des nappes, il y a des différences très importantes selon les régions, en fonction de la géologie elle même. Là tu parlais du sud ouest qui a besoin peut être de plus d’irrigation contrairement à d’autres régions. C’est à dire que les régions en métropole ne réagissent pas forcément aux mêmes événements climatiques de la même manière. – Oui. Je reviens sur ce que tu dis, pas forcément plus d’irrigation, tout dépend de ce qu’on y fait pousser. Si par exemple on développe, je ne sais pas, des oliviers dans le sud ouest qui seraient très adaptés, c’est pas du tout la même demande en irrigation que du blé par exemple, du maïs ou autre. Donc voilà les besoins en irrigation, ils sont complètement dictés par le type de culture qu’on fait et effectivement aussi par le territoire. Mais c’est dans un second temps, on va dire. ## Stockage de l’eau et bassines : un outil parmi d’autres – Le stockage de l’eau. Tu en parlais, les auditeurs et les auditrices de Soluble(s) en entendent régulièrement parler aussi, c’est très présent dans le débat public, notamment sous l’effet de de la pression en eau qui s’accentue avec le changement climatique. Beaucoup, à commencer par la FNSEA, le principal syndicat agricole en France, estiment qu’il faut donc stocker davantage l’eau l’hiver pour l’été. C’est d’ailleurs un objectif qui a été intégré à la loi d’urgence agricole au mois d’août deux mille vingt six, qui veut doubler le stockage d’ici neuf ans. Alors tu commençais déjà à l’aborder. On se demande et on a besoin de scientifiques comme toi pour savoir si c’est une solution adaptée ou à nuancer le stockage de l’eau dans ces fameuses mégabassines. Mais il n’y a pas que ça. – Oui alors c’est une solution, mais ce n’est pas LA solution. Et c’est là le problème de ce débat. Quand j’entends, là, dans les médias, que pour demander ces aides aux agriculteurs qui sont absolument nécessaires, il n’y a pas de question là dessus de dire en même temps, dans la même interview que il est hors de question pour l’instant de remettre en cause le modèle agricole. On voit qu’il y a un petit problème quand même. Donc voilà, se dire qu’on va sauver l’agriculture telle qu’elle est aujourd’hui en mettant, en la mettant sous perfusion de bassines, de barrages, etc. Ça n’a pas de sens. Un exemple concret là aussi. Le problème, c’est qu’on ne parle pas dans le vide, c’est que on a des exemples concrets. La sécheresse qui a eu, notamment dans les Pyrénées-Orientales, qui a touché aussi la Catalogne chez nos collègues espagnols et on a vu des barrages à sec. Donc ça veut dire quoi? Ça veut dire que si on construit des barrages, on espère remplir l’hiver, mais que malheureusement on a une sécheresse qui dure un, deux, trois ans et qu’on retrouve des niveaux bas de ces réservoirs. Les cultures qu’on aura faites dans ces régions en se disant c’est tout bon, on a nos réservoirs. En fait, on va avoir un problème d’autant plus grave que, s’il n’y avait pas eu ces barrages. Voilà. Et donc ça, c’est quelque chose d’assez fondamental. Et, je répète, en climat changeant dans le futur, on s’attend à une beaucoup plus forte variabilité. Et là encore, je suis désolé, on a un exemple cette année, un record de pluie en février, une sécheresse extrême cet été. Donc voilà, c’est visiblement possible, c’est déjà arrivé et ça va arriver de plus en plus fréquemment. Donc effectivement, il n’y a aucune. Enfin, d’un point de vue de, d’hydrologue, en fait, il n’y a pas de problème sur le stockage de l’eau. Il y a des barrages qui datent depuis depuis des centaines d’années, un peu partout sur la planète, mais le problème, c’est de bien les dimensionner avec les autres aspects à prendre en considération. Et le problème du débat public tel qu’il est posé aujourd’hui par certains acteurs, je précise là dessus, il y a quand même des gros lobbys agricoles, notamment de l’agriculture productiviste, qui visent notamment à travailler à l’exportation. C’est pas du tout les gens qui font pousser les tomates et les salades que vous achetez à côté de chez vous. Il faut être très clair là dessus. Voilà, il y a quand même un débat qui est très biaisé vers OK, on va faire du stockage et c’est tout, ça continue comme ça. ## Agriculture : financer la transition et accompagner les agriculteurs – Je reste une ou deux minutes avec toi sur l’agriculture et tu évoquais Serge Zaka. On peut renvoyer les auditeurs à un des épisodes précédents, mais tu as pris la parole dans une tribune dans le quotidien La Tribune cet été avec Blaise Desbordes de Max Havelaar France, tu indiquais. Je résume en quelque sorte que l’adaptation, c’était aussi la question de savoir qui peut se permettre de changer et qu’il fallait pouvoir aider les agriculteurs justement à à faire cette transition qui intègre aussi l’hydrologie. C’est pour ça aussi que, selon toi, une bonne gestion de l’eau passe par un revenu agricole correct? – Oui. Alors c’est évident qu’il y a besoin d’aides pour la transition et il faut, là aussi, il y a beaucoup d’études, notamment dans le domaine de l’économie, qui montrent que le coût de l’adaptation, c’est à dire de planifier en avance ce qu’on va faire pour s’adapter au changement climatique, ça coûte beaucoup moins cher que devoir supporter des catastrophes répétées comme là on parle peut être de milliards d’euros d’aides nécessaires pour cette sécheresse. On fait quoi si ya a Même l’an prochain, c’est pareil, on refait un chèque de deux milliards. Enfin, on voit bien qu’il y a quelque chose qui ne marche pas sur le long terme. Donc effectivement, c’est indispensable d’aider les agriculteurs à à les accompagner dans cette transition. On ne change pas des filières écoles comme ça dans les différentes régions pour planter. Par exemple, là, j’ai un voisin qui a planté des vignes, moi j’habite dans le Pic Saint-Loup, dans à côté de Montpellier. Il faut sept ans. En fait, entre le moment où on plante une vigne et où elle commence à produire en tout cas du vin d’appellation. Chez nous, Pic Saint-Loup, c’est un exemple concret. Voilà sept ans, qu’est ce qu’on fait? Quoi? C’est pas du tout planter une salade qui pousse au printemps. Voilà. Donc oui, il y a un besoin d’accompagnement et d’aide. Et notamment, on peut citer l’exemple en Suisse où des agriculteurs sont rémunérés pour des, comment dire, des des pratiques environnementales. Je me rappelle plus le terme des services.. – Des services. – Oui, voilà. Et ça, c’est. Voilà, c’est des choses extrêmement intéressantes puisque quand même les agriculteurs, vu leur emprise sur le territoire, les différentes régions françaises, ce sont des vrais acteurs, en fait, de ces de transition, il ne faut pas l’oublier. – ## Villes et infiltration : adapter l’aménagement urbain – Alors, on a très peu de temps pour l’aborder. Mais évidemment, on a beaucoup parlé d’agriculture parce que, je le rappelle, c’était soixante et un pour cent de la consommation d’eau en France, mais beaucoup d’habitants, beaucoup d’habitants du pays résident dans des villes aussi. Est ce que l’aménagement urbain peut. Peut se transformer, DOIT se transformer? Pour retenir cette eau dont tu parlais à qui ruisselle lors des événements importants. On parle de jardins éponge. Est ce qu’il y a des des solutions phares qui sont nécessaires et qu’on peut mettre en place assez rapidement? – Oui alors assez rapidement je sais pas. Parce que changer la structure d’une ville, ça ne se fait pas comme ça, surtout dans des. Dans les villes historiques qu’on a chez nous un peu partout. Et effectivement, il faut regarder. Imaginons un parking bétonné et un parc. Un parc urbain. C’est évident que l’eau s’infiltre pas de la même manière. Et en fait, il y a la problématique dans les villes, mais surtout en amont. Si effectivement on a des villes. Et l’exemple qu’on a eu en Espagne, à Valence. Fortes inondations. Il y a certes le côté urbain qui joue, mais surtout le cours d’eau en amont qui était aménagé, etc. Donc donc voilà, ça montre quand même que c’est ça demande une vision un peu plus globale que d’adapter une ville en particulier. C’est plutôt une ville dans son territoire, avec des pratiques agricoles en amont, par exemple préserver des zones humides, de favoriser l’infiltration plutôt que le ruissellement rapide à l’échelle des parcelles. Tout ça en amont. On se dit bien que ça va avoir un impact sur les villes. Par contre, c’est absolument vrai qu’il y a un besoin fort d’adapter nos villes et effectivement, par le biais par exemple, de nouvelles normes de construction, quand on construit désormais des nouvelles zones urbanisées, de nouveaux ensembles, des parkings, etc. Il y a des techniques qu’on connaît maintenant pour favoriser l’infiltration de l’eau localement. ## Réutilisation des eaux usées et dessalement de l’eau de mer – Parmi les solutions, nous sommes nombreux à se demander s’il existe des solutions techniques, technologiques. Évidemment, l’eau nécessite des ouvrages importants. On en connaît certains, mais de nouvelles solutions peuvent elles s’imposer? On expérimente notamment le recyclage des eaux usées dans les, aux Sables-d’Olonne, pour produire de l’eau potable. Mais la France est très en retard sur la réutilisation. La REUT, elle, réutilise moins de un pour cent des eaux usées traitées selon le Cerema. Pourquoi si peu en France? Est ce que là il y a des marges de manœuvre? – Oui, Sur la réutilisation des grosses marges de manœuvre, on peut citer l’Italie, l’Espagne qui de mémoire je crois, sont autour de sept et quinze pour cent de réutilisation. Donc la réutilisation, c’est quoi? C’est de l’eau. Donc on a utilisé notre robinet à la maison qui part ensuite dans les stations d’épuration et qui est traité et ensuite qui est soit rejetée à la mer dans les cours d’eau, ce qui est le cas majoritairement en France, soit remis dans le circuit pour d’autres usages. Alors il peut être remis dans le circuit pour l’eau potable, mais à condition d’avoir été traité correctement. Il faut savoir que tous les polluants, notamment peut être des résidus médicamenteux, etc ne sont pas forcément tous éliminés par les stations d’épuration. Donc ça c’est un petit souci technique quand même. Et sinon, ça peut être utilisé notamment pour l’irrigation tout simplement des zones agricoles, à condition de s’assurer qu’on ne réinjecte pas des polluants dans le milieu. Et c’est là, je pense, le principal problème. Mais oui. Alors, si on cite ceci, ce chiffre de un pour cent sur la France, ça montre bien qu’en France, on n’a pas pris complètement la mesure de ce qui se passe et des besoins d’adaptation à grande échelle de notre territoire face aux sécheresses. – Pour mieux s’adapter, faudra t il dessaler ou désaliniser? Je ne sais pas comment on dit l’eau de mer en métropole, on sait que ces ouvrages existent. Il y a des champions industriels français d’ailleurs, mais la métropole n’en a pas besoin actuellement. Mais va t on avoir recours à ça? – Alors effectivement, la désalinisation c’est une des options techniques qui est utilisée dans beaucoup de pays, je crois que c’est fait pas mal, notamment en Israël, en Algérie. Mais en fait, comme toute solution technique, il y a des avantages. Donc là, c’est d’avoir de l’eau issue de l’eau de mer, concrètement et des inconvénients. Et dans le cas de la désalinisation, les inconvénients sont quand même très élevés. Déjà, il y a des techniques actuelles, demandent énormément d’énergie. Donc ça c’est un souci, ça consomme beaucoup d’énergie. Et d’autre part, ça pollue par le biais de l’émission de saumure. Donc le sel qu’on a retiré de l’eau, il faut bien le mettre quelque part. Et là, pour l’instant, il n’y a pas de solution technique, enfin à ma connaissance. Alors je ne suis pas non plus un expert du sujet. On a des gens qui travaillent là dessus. Donc voilà, ça veut dire quoi? Ça veut dire que peut être localement, pour sécuriser une situation catastrophique d’approvisionnement en eau potable, peut être que le dessalement, ça peut être une option, mais localement, dans un contexte particulier, mais à grande échelle, ça ne me paraît pas être une solution adéquate. ## Suivre les travaux d’Yves Tramblay – Et je renvoie à tes travaux pour aller encore plus loin, je mets plein d’informations dans la description des liens et notamment vers l’IRD vers aussi Explore 2. Yves Tramblay, hydrologue, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, était dans dans Soluble(s). On peut aussi te retrouver facilement sur les réseaux sociaux. Tu prends la parole souvent sur LinkedIn je crois? – Oui, j’essaye de faire un peu de vulgarisation là dessus et il me semble que c’est un média intéressant pour ça. – Merci de l’avoir fait ici aussi. On y voit plus clair après cet été record. Merci Yves d’être passé dans Soluble(s)! – Merci à toi! – Et c’est déjà la fin de cet épisode. Merci à vous de l’avoir suivi. S’il vous a plu, notez-le, partagez-le et parlez-en autour de vous. Vous pouvez aussi nous suivre sur notre site internet, csoluble.media. À bientôt 😉 ### 🔗 POUR ALLER PLUS LOIN Institut de recherche pour le développement (IRD) : https://www.ird.fr/ Explore2, les futurs de notre ressource en eau (ministère de la Transition écologique) : https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/explore2-futurs-notre-ressource-eau Explore2, des futurs de l’eau (OFB) : https://ofb.gouv.fr/explore2-des-futurs-de-eau Une sécheresse des sols historique (Météo-France) : https://meteofrance.com/actualites/une-secheresse-des-sols-historique Suivi des nappes phréatiques (BRGM) : https://www.brgm.fr/fr/nappes-phreatiques-suivi-eau-souterraine Suivre Yves Tramblay sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/yves-tramblay-475ab0366 ### TIMECODES 00:00 — Introduction : l’été 2026 et le paradoxe d’un hiver gorgé de pluie02:28 — L’hydrologie, science de l’eau, et le parcours d’Yves Tramblay04:23 — Nappes et sols : l’état des lieux de septembre 202604:53 — La chaleur, principal moteur de la sécheresse06:50 — Sols, rivières, nappes : trois compartiments, trois réactions08:52 — Eau potable : restrictions et usages prioritaires11:06 — Où est passée l’eau de l’hiver ?14:18 — La hausse des températures pilote l’aggravation des sécheresses17:05 — Incendies et paysages : une vision globale de l’adaptation18:24 — Trois axes d’adaptation et le levier des fuites20:12 — La sobriété : optimiser les usages de l’eau22:17 — Le maïs dans le Sud-Ouest et les cultures adaptées24:08 — Le stockage de l’eau face aux sécheresses de plusieurs années27:09 — Accompagner les agriculteurs : le coût de l’adaptation29:18 — Villes : infiltration et vision de territoire31:07 — Réutilisation des eaux usées : moins de 1 % en France32:54 — Le dessalement, une option locale34:12 — Conclusion