ℹ️ NOTE : Version texte brut (Markdown) optimisée pour l'ingestion par les IA (LLMs). 🎧 POUR ÉCOUTER LE PODCAST : https://csoluble.media/epsode/transcription-sol-vivant-eau-cultures-adapter-fermes-climat/ ------------------------------------------------------------------------------------ # [Transcription] Sol vivant, eau, cultures : des solutions pour adapter nos fermes au climat ? — avec Serge Zaka > Date de publication : 2026-07-20 > Source : Soluble(s) - Podcast par Simon Icard 📝 Article source .solu-share-block{ margin: 0.5em 0 0.7em; } .solu-share-wrapper{ display:flex; align-items:center; gap:10px; flex-wrap:wrap; margin:0; } .btn-ecouter, .btn-ami, .btn-google-source, .btn-share-mobile{ min-height:44px; border:none; border-radius:999px; text-decoration:none; display:inline-flex; align-items:center; justify-content:center; gap:8px; line-height:1.2; box-sizing:border-box; font-weight:500; transition:transform .18s ease, box-shadow .18s ease, background-color .18s ease, color .18s ease; 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Aujourd’hui, je veux comprendre comment l’agriculture doit et peut s’adapter au réchauffement climatique qui est en cours. Les défis sont immenses, mais vous allez l’entendre, les solutions existent. Bonjour Serge Zaka ! Serge Zaka : Et bonjour à tous! ## Des orages à l’agroclimatologie : le parcours d’un lanceur d’alerte Simon Icard : Tu es ingénieur agronome, un docteur en agro climatologie. Tu as fondé à Agro Climat 2050 et tu as créé le premier service cartographique Agro-climatique. Tu nous diras de quoi il s’agit dans l’épisode. C’est gratuit, c’est en ligne, c’est en France. Tu as les instruments pour deviner à quoi l’agriculture va -t-elle être exposée dans les années qui arrivent, et notamment à l’horizon deux mille cinquante. Tu as aussi l’auteur chez Harper Collins de Orages sur le climat, un livre sous titré l’Agro climatologie ouvre un espoir pour notre avenir sur terre. Alors je pose vite le contexte parce qu’il compte. Cet été nous a déjà mis une claque on peut dire. Depuis la fin mai, la France a vécu déjà trois vagues de chaleur d’affilée. La première, c’était le vingt deux mai. Un événement « millénaire » selon le climatologue Christophe Cassou. La deuxième vague, vous vous en souvenez sûrement si vous êtes en France, c’était du dix sept au trente juin. Elle a fait tomber tous les records, notamment les vingt quatre et vingt cinq juin, qui étaient devenus les journées les plus chaudes jamais enregistrées en France, jusqu’à quarante trois virgule huit degrés. Ce jour là, à Saintes, soixante douze départements en vigilance rouge le même jour. C’était une première depuis que les cartes de Vigilance canicule étaient éditées par Météo-France. Et avec la sécheresse qui s’installe, les incendies ne sont plus seulement une affaire méridionale Au 13/07, 32 000 hectares avaient déjà été parcourus par le feu en France depuis janvier. Le tableau est sombre. C’est plus que sur toute la saison deux mille vingt cinq. Les incendies remontent vers le nord. Et le neuf juillet, pour être complet, et vous allez bien comprendre dans cet épisode pourquoi je le mentionne ici, le Haut Conseil pour le climat a publié un verdict sans appel « la France n’est pas prête et doit changer d’échelle ». En première ligne, notre agriculture. On va en parler ensemble quatre vingt neuf milliards d’euros. l’Agriculture en France, première puissance agricole d’Europe, mais des défis immenses. Comment ce secteur vital. Déjà le changement climatique. Comment se prépare t il au climat de demain? Un demain proche puisque l’État français retient une trajectoire de réchauffement de plus deux virgule sept degrés en deux mille cinquante plus quatre degrés en deux mille cent. Serge, tu l’as compris avec cette introduction, j’aurai plein de questions concrètes à te à te poser. On va bien sûr parler des solutions, mais tu le sais, en début d’épisode, je me montre toujours curieux du parcours de mes invités. Tu as commencé par les orages. Les orages ne te quittent pas d’ailleurs mais gamin, tu les chassais déjà! Comment on passe de de la passion pour la photo d’orages à un doctorat en agro climatologie? Parle nous un peu de toi. Serge Zaka : Alors le parcours est assez simple au final. C’est vrai qu’ agro climatologue c’est un mot un peu barbare, mais le parcours est assez simple puisque j’ai commencé à me passionner pour la météorologie à l’âge de neuf ans. Effectivement, par la chasse à l’orage notamment, et je fais partie de l’association Infoclimat. J’en suis vice président. C’est l’association à but non lucratif des passionnés de météorologie de France. Et rapidement, avec cette passion, je me suis dit il faut que j’en fasse quelque chose, pas que je fasse vivre que de ma passion, c’est à dire faire de la météo et du climat, mais de l’appliquer peut être à l’architecture, à la santé humaine ou animale, à la forêt, à l’agriculture. Et j’ai décidé de faire agronomie pour pouvoir appliquer mes connaissances de météorologie sur l’agriculture. Donc j’ai fait ingénieur agronome et puis ensuite j’ai fait. J’ai rejoint à la fois ma passion et mon cursus scolaire dans un diplôme d’agro météorologie. Donc j’ai fait une thèse en agro météorologie. C’est assez simple une passion, un métier et on regroupe les deux pour en faire son métier. Simon Icard : Et on peut dire que tu ne manques pas de travail avec cette époque, et notamment l’horizon du changement climatique qui s’accélère. Mais il y a un moment dans ton parcours où le scientifique est devenu un lanceur d’alerte. Quelque chose t’a t il décidé? À un moment, tu t’es dit je vais sortir de mes de mes travaux scientifiques, seulement de mon petit monde et il faut que je parle de tout ça au plus de monde possible et y compris dans ce podcast. Qu’est ce qui t’a décidé à prendre la parole sur ces sujets? Serge Zaka : Alors il est vrai que quand on veut devenir chercheur, c’est souvent académique. On travaille sur des publications scientifiques dans des centres de recherche en anglais qui ne sont pas forcément accessibles par le grand public. Et j’ai réalisé parce que dans mon métier, on n’a pas besoin toujours d’être dans un centre de recherche. Il suffit d’ouvrir la fenêtre, de regarder la date de chant des cigales, on peut regarder la date de floraison des cerisiers, on peut regarder la chute des feuilles pour les arbres en été, les incendies également pour les feux de forêt. On peut regarder les rendements agricoles, les dates d’implantation, la production prairial pour la prairie, les pertes de production de lait pour les animaux d’élevage. Enfin bref, c’est hyper concret mon métier, on peut le voir à travers la fenêtre quand on quand on s’y intéresse. Et ce que j’ai réalisé quand j’ai fait mes études, c’est que les conséquences du changement climatique sur l’agriculture n’étaient pas forcément comprises, ni même discutées, ni même interprétées par les décideurs, que ce soit les maires, la région, le Département, voire même le ministère de l’Agriculture donc l’État. Ce n’était pas forcément compris. Et donc, à partir du moment où on ne connaissait pas les résultats de recherche, on ne pouvait pas appliquer les décisions et les solutions qui soient adéquates. Donc, j’ai voulu sortir des centres de recherche parce que j’ai constaté au fil du temps que les solutions proposées par les chercheurs d’excellence françaises n’étaient pas lues ou même mises en place sur le terrain. Elles n’étaient même pas comprises. Donc mon objectif, c’est de faire de la recherche et de la transférer aux décideurs pour qu’on puisse prendre les meilleures décisions pour s’adapter. ## Le portrait-robot de l’agriculture française en 2026 Simon Icard : Des informations, des données et des clés et surtout les transmettre. l’Agriculture, parlons en. C’est le cœur de cet épisode. On répète que la France est la première puissance agricole d’Europe. C’est dix sept pour cent de la production du continent. Mais concrètement, elle est faite de quoi cette puissance? C’est quoi le portrait robot de nos champs aujourd’hui, en deux mille vingt six, des grandes cultures, de l’élevage des fruits, on pense à la vigne. Quel est le portrait robot de notre agriculture? Serge Zaka : Alors en France, on a une diversité de terroirs exceptionnelle. On a une diversité de terroirs et c’est le terroir, c’est le sol, le climat et l’homme. C’est le triptyque entre les trois. C’est la définition même du terroir. Donc on a des sols très différents, des altitudes très différentes, des montagnes, des plaines, des marais, des côtes, une ouverture à la mer. On a également de la vigne, de l’arboriculture, du maraîchage, des grandes cultures, de la production animale. Enfin, on a tout! Des bocages, des paysages beaucoup plus ouverts aussi dans la Beauce. C’est la diversité agricole française qui en fait son succès. Après, il y a des défauts, il y a des qualités également sur la qualité. Il faut savoir qu’on est un équilibre très intéressant entre la productivité et la qualité. Contrairement à d’autres pays développés où ils ont un déséquilibre entre la productivité avec une qualité inférieure, la France accorde. Et d’ailleurs, c’est très intéressant dans un pays développé parce qu’elle accorde encore une importance très importante aux terroirs, aux produits de …, de qualité, aux AOC et aux IGP, chose qu’on ne retrouve pas forcément ne serait ce qu’en Angleterre. Vous allez en Angleterre, ils n’ont pas la même, le même apport culinaire que peut avoir la même passion que peut avoir un français pour ses fromages, son vin, son cassoulet, son sous, ses petits plats régionaux et toutes ses déclinaisons et sous déclinaisons régionales qu’on puisse avoir. Donc ça en fait une force. Sa force, donc équilibre entre qualité et quantité. Il y a cependant des défauts, notamment au niveau de l’utilisation de certains pesticides, au niveau impact environnemental. Mais ces défauts, progressivement, les agriculteurs commencent à réfléchir à des alternatives, même si ce n’est pas encore assez rapide à mon goût. Il faudrait d’ailleurs investir dans la recherche à ce niveau, parce que seul l’agriculteur ne peut pas résoudre tous les problèmes. Donc ce sont des qualités en réalité. Par contre, il y a un défaut principal, c’est qu’en étant attachés à nos terroirs tels qu’ils sont maintenant, le Camembert par là, le Comté par ci, le Salers par là. Le cassoulet ici. La moutarde ici. Enfin, vous savez très bien de quelle région je parle à chaque fois que je parle de ces produits là, mais en étant attachés à nos terroirs, c’est une forme aussi de boulet, on va dire, de de boulet mais qui a été positif jusqu’à présent. Mais c’est un boulet à la transition. On n’arrive pas à sortir de ces terroirs et de créer les terroirs du futur. Typiquement, on a l’impression qu’en deux mille cinquante, on aura toujours du lait au même endroit, du camembert au même endroit, le Salers au même endroit, le maïs au même endroit pour nourrir les canards au même endroit. Enfin non non non, en fait, on a du mal de cette qualité et de cette exception qu’on avait en France. On a nos traditions qui nous suivent et nos traditions. C’est un frein à l’évolution. Ce que je propose dans une évolution agricole, c’est pas forcément une évolution. On a l’impression que l’évolution va forcément être négative, que forcément on va produire de mauvais produits de terroir. La réalité est qu’on peut produire de nouveaux produits de terroir, de très bons produits du terroir mais adaptés aux sécheresses et aux canicules. On va en discuter. C’est l’évolution des filières. C’est une forme d’adaptation au changement climatique. ## Gel tardif, canicules, manque de froid : les risques déjà à l’œuvre Simon Icard : Des forces, des faiblesses. Alors je reste un petit moment sur les risques climatiques. J’aimerais bien les connaître. Quels sont les principaux risques climatiques qui touchent déjà l’agriculture en France? Serge Zaka : Alors, il y a des principaux risques climatiques que nous avons connu, notamment depuis deux mille dix neuf. On les a tous connus. Si on prend par exemple l’année deux mille vingt et un, on a eu une très forte douceur à la sortie de l’hiver, une floraison précoce et ayant toujours des risques de gel en avril, une très forte perte de rendement en avril à cause de gel d’avril. La floraison précoce est un des risques du changement climatique, donc l’exposition gel d’avril l’est également. Deuxième point deux mille vingt deux et deux mille vingt six, c’est à peu près pareil. On a eu trois canicules en deux mille vingt deux comme en deux mille vingt six pour le moment, et une sécheresse majeure, donc l’augmentation de la fréquence des canicules, leur intensité et puis le débordement sur mai et septembre. C’est aussi un point qui pose, notamment pour les cultures d’été. C’est un petit peu moins important pour les cultures d’hiver comme le blé, l’orge ou le colza, qui vont être cultivés de l’automne jusqu’au printemps, voire la fin du printemps. Sur ces cultures là d’hiver, c’est plutôt des excès d’eau. Ça, c’est plutôt deux mille vingt trois et deux mille vingt quatre. On a eu des excès d’eau, donc on a des excès d’eau d’hiver, des sécheresses très importantes en été. Et le dernier point, le dernier point, un des facteurs le plus connu, on va dire en arboriculture, mais le moins connu du grand public, c’est le manque de froid. Le manque de froid est très néfaste pour la qualité de la floraison des arbres fruitiers. Un arbre fruitier. Il a une très bonne floraison. Si l’hiver a été froid. S’il y a un bon cumul de froid, la floraison est bonne et derrière, si on a une bonne floraison, on peut avoir un bon rendement. Bon bien sûr, faut pas qu’il ait de canicule et de sécheresse entre temps ou d’excès d’eau sur la floraison. Mais ceci dit, il y a un potentiel d’avoir un bon rendement. Donc je résume. douceur hivernale avec floraison précoce. Problèmes de manque de froid sur ces floraisons justement. Canicule qui deviennent de plus en plus fréquentes et intenses. Sécheresses qui deviennent de plus en plus longues et qui impactent notamment les cultures d’été et en hiver, les excès d’eau qui impactent les cultures hivernales. ## Agrométéorologie ou agroclimatologie : gérer la semaine ou préparer 2050 Simon Icard : Ce sont des aléas météorologiques que connaissent bien les agriculteurs. Comment deviennent ils des risques climatiques? Est ce que tu peux nous faire de façon très pédagogique cette différence qui n’est pas très claire pour les non spécialistes entre la météo et le climat? Mais avec l’exemple de l’agriculture. Serge Zaka : Je vais le comparer de façon originale en parlant d’agro météo et d’agro climato l’agrométéorologie. C’est par exemple ce qui se passe cette semaine (13/07/26). Là, l’Agriculteur Il y a une canicule qui est prévue, une quatrième d’ailleurs qui devrait peut être arriver dans les prochains jours, mais il y a une canicule en cours. Qu’est ce que l’éleveur met en place pour protéger ses animaux d’élevage? Est ce qu’il faut irriguer le maïs ou est ce que il faut talquer par exemple certaines variétés de pommes. Talquer, c’est mettre de la poudre blanche pour éviter que la pomme s’échauffe, pour éviter les brûlures. Donc ça, c’est typiquement du court terme. l’Agro météo, c’est de la réaction à ce qui se passe dans la semaine pour protéger la culture actuelle. La météo c’est le court terme, l’Agro climato c’est différent. Je reprends les mêmes exemples. Par exemple est ce qu’il faut que j’adapte mon bâtiment d’élevage par rapport à l’évolution de la fréquence des canicules en été? Est ce qu’il faut que je rajoute la brumisation et de la ventilation? Est ce que c’est un investissement qui est intéressant à long terme? Parce que le climat c’est du long terme? Est ce que pour ma pomme, ma pomme que je dois talquer aujourd’hui? Est ce qu’au contraire l’arbre va dépérir et va se retrouver plutôt à Bruxelles plutôt que à Toulouse? Est ce que les filières vont remonter vers le nord? Quelle filière implanter, quel type de pratique avoir sur le sol à long terme pour qu’il soit adapté aux sécheresses et aux canicules? Est ce que je dois changer de race de vaches laitières ou carrément d’espèce? Plutôt avoir des chèvres et des moutons parfois plus résistants aux fortes chaleurs. Donc ça c’est des questions long terme. Et donc le climat c’est le long terme, à la différence de la météo qui est le court terme. ## Canicule de 2026 : des bâtiments d’élevage à adapter Simon Icard : Tout à l’heure tu parlais des forces, faiblesses. Est ce que tu dirais que la crise climatique qui frappe déjà le secteur. C’est, j’allais dire un coup dur supplémentaire ou ça peut, paradoxalement, à cause de cette faiblesse, devenir un moteur pour sa réinvention. Tu te situes de quel côté? Si, si, je te propose ce choix. Serge Zaka : On peut voir les choses dans les deux sens. Le fait d’avoir été très fortement impacté par les canicules de deux mille vingt six est une forme de faiblesse et de non anticipation. Tandis que peut être en se disant qu’en se prenant ce mur, peut être que ça va nous faire réagir à long terme. Alors moi j’aurais préféré qu’on écoute les scientifiques il y a vingt ans et qu’au lieu de se prendre le mur pour réagir, qu’on ait réagi en amont. Typiquement, il y a certains bâtiments d’élevage du nord ouest de la France qui sont très bien, très propres mais qui sont pas forcément fait pour les canicules. Et donc dans certains bâtiments on peut avoir une très forte mortalité. Je rappelle qu’on a eu entre trois et six millions de mortalité de volailles durant la canicule de juin. On n’a pas encore les chiffres de juillet. Donc investir dans des ventilations, brumisations et types d’aération du bâtiment ou changement de couleur, changement de matériaux. Cela suggère qu’il y a des investissements à faire. Sauf que les agriculteurs n’étant pas rémunérés à leur juste valeur, ayant des difficultés économiques, enchaînant les différentes crises, ils ne peuvent pas actuellement investir dans ce type de bâtiment. Du moins, ce serait économiquement trop risqué. On est dans une impasse où l’agriculteur ne peut plus faire ses travaux de transition. Et puis on prend du retard plus les travaux de transition sont coûteux. Donc pour moi, il faut faire mettre en place tout un système d’évolution au niveau de la fourche à la fourchette. C’est pas que l’agriculteur qui doit soutenir tout ça. L’agriculteur bien sûr, travaille sur ce sujet. Ensuite, il y a les industries agroalimentaires qui achètent à ces agriculteurs qui peuvent investir. Également, il y a également le consommateur qui peut travailler sur l’achat de matériaux français, notamment pour investir dans ces évolutions. Et ensuite on a l’Etat qui peut être un chef d’orchestre, ou les régions ou les départements sur l’évolution de ces filières agricoles. Donc non, moi je peux pas dire que c’est bien d’avoir pris une canicule en deux mille vingt six, ça nous prend un mur et nous fait prendre conscience. Bah en fait c’est tellement dommage de devoir prendre conscience par pas par le fait accompli, au lieu d’écouter les scientifiques et d’anticiper en amont sur l’augmentation de cette fréquence de canicules. Plus on retardera l’adaptation, plus elle sera coûteuse, en réalité. ## Gaz à effet de serre : un secteur émetteur qui peut stocker du carbone Simon Icard : Et il faut le dire de façon objective, que le compte n’y est pas encore pour l’agriculture en termes de baisse des émissions de CO2, parce que c’est une des particularités de ce secteur. C’est un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, mais c’est aussi celui qui peut faire partie le plus peut être de la solution avec, si on omet les transports et les voitures électriques par exemple, le Haut Conseil pour le climat a été sévère cette année avec l’agriculture, les émissions du secteur n’ont baissé que de zéro virgule sept pour cent en un an. Mais toi tu dis! Donc on commençait à l’entendre que l’agriculture, c’est aussi une partie de la solution. Explique nous ce paradoxe comment un secteur qui est émetteur encore aujourd’hui fortement, peut devenir un secteur porteur de solutions? Serge Zaka : Alors l’agriculture, il me semble que c’est dix neuf pour cent des gaz à effet de serre français. Le transport reste devant, il me semble, à quelques pour centages près, que c’est trente pour cent et il reste l’industrie à dix neuf pour cent, à peu près comme l’agriculture. l’Agriculture a ce pouvoir d’être à la fois émetteur de gaz à effet de serre. Alors les principaux pôles, c’est le méthane. La moitié des émissions viennent notamment des héros des animaux type bovin. Donc c’est le méthane, le méthane qui sort et qui est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant, de l’ordre de dix fois plus, à vingt fois plus puissant que le CO2. Il faudra juste vérifier cet ordre de grandeur parce que je l’ai oublié (N.D.L.R: 80 fois sur 20 ans). Donc le méthane fait une très grosse partie du problème. Ensuite, nous avons les engrais et nous avons tout ce qui est séchage, tracteurs, transports, etc qui peuvent également faire partie des des émissions de gaz à effet de serre. Alors, on dit aussi que c’est une des solutions parce que l’agriculture a le seul pouvoir, tout comme le sol, la forêt. Je mets de côté la sylviculture, le l’océan, pardon, l’agriculture peut, en travaillant sur le paysage, l’arbre, le sol, stocker du carbone, c’est à dire grâce à la photosynthèse. La photosynthèse, c’est le processus inverse de la respiration. La respiration, c’est je prends de l’oxygène et je relargue du CO2. C’est ce qu’on fait, nous, en discutant. Là, par exemple, tandis que l’arbre va prendre du CO2 et relarguer de l’oxygène, il fait l’inverse. Et ce carbone qui reste piégé donc dans la feuille, va en faire les feuilles, les tiges, le bois et puis ensuite ça va se décomposer sur le sol. Les micro-organismes vont récupérer ce carbone en mangeant les feuilles, les tiges, le bois qui se décomposent et les micro-organismes mourants vont venir déposer ce carbone ensuite dans le sol pour faire l’humus et la vie d’ailleurs de ce sol. Donc, c’est à dire que les techniques agricoles peuvent, par exemple, en plantant des haies, en entretenant certains, certaines haies ou même certaines forêts, en plantant certains arbres dans les pâtures, en plantant des arbres parfois dans les parcelles comme l’agroforesterie, en plantant des arbres dans les vignes également, en travaillant sur un sol plus vivant qui stocke mieux le carbone, comme moins de labour, plus de couverts végétaux. Le couvert végétal, c’est aussi des végétaux qui permettent de récolter du carbone de l’air quoi. Même le maïs, même le tournesol, ce sont des plantes qui récupèrent du carbone de l’air. l’Irrigation, d’ailleurs, participe à la récupération du carbone de l’air puisqu’elle accélère la photosynthèse. Cependant, le problème, c’est pas l’accélération, la photosynthèse, mais c’est la disponibilité en eau parce qu’il y a une limite. Après sur l’irrigation bien entendu, mais il faut à la fois réduire les émissions de gaz à effet de serre et augmenter le stockage du carbone. C’est à dire qu’une des sources de financement de l’agriculture, ça va être sûrement de payer ces stockage du carbone, de planter ces et de planter ces arbres isolés dans les pâtures, de remodifier l’ensemble du climat et donc en maîtriser l’écoulement de l’eau, le microclimat et le vent. Ça fait partie aussi des solutions. Le paysage fait partie des solutions par rapport au changement climatique. ## Le sol vivant, première des solutions Simon Icard : C’est, j’entends. C’est une proposition forte que tu as et que tu que tu martèles quelque part de donner un rôle rémunéré aux agriculteurs pour ces services rendus à, j’allais dire, par la nature, mais aussi dans la lutte contre le réchauffement climatique. Tu as décrit un l’agroécologie. Donc, arrêter de labourer, couvrir les sols, les sols, c’est vraiment très important dans la solution. Comment sont nos sols aujourd’hui et comment pourraient ils aller mieux? Serge Zaka : Alors, il n’est plus envisageable de parler de solutions sans parler du sol. Quand on parle de solutions agricoles, on est obligé de faire l’agronomie. C’est pas que de la technique, c’est pas que de l’OGM, c’est pas que de l’irrigation, du numérique. Le sol c’est la base. Qu’on soit d’accord, le sol c’est la base. Et malheureusement, depuis mille neuf cent quarante cinq jusqu’à à peu près aux années deux mille, le sol est devenu un support pour les racines des végétaux, support qu’il n’y a pas forcément trop d’intérêt à appartenir la plante. Et puis on lui apporte des produits de synthèse pour pouvoir fertiliser derrière. Et ça, c’est une agriculture qu’on avait eu en tête depuis mille neuf cent quarante cinq. Qui a forcément, et heureusement, beaucoup évolué ces trente dernières années, notamment puisque l’agriculteur considère maintenant que le sol n’est pas qu’un support, mais une source d’eau et de fertilité. Le taux de carbone du sol, qui représente, on va dire, la vie de ce sol, a tendance à avoir baissé suivant les régions. Par exemple beaucoup pour les sols viticoles ou les grandes plaines ouvertes, comme la Beauce, entre autres. Mais ceci dit, ils ne sont pas morts, contrairement à ce qu’on peut dire. Par exemple, on dit sols sont morts, ils sont infertiles. Non, ils ont commencé à perdre de leur vitalité, parfois de façon assez importante. Mais un sol mort remet beaucoup de temps à retrouver sa vie, puisqu’il n’y a plus l’activité microbienne qui lui permet de retrouver sa vie. Tandis qu’un sol ralenti est un sol que si on revient sur des techniques qui remettent en place le micro-organisme. C’est un sol qui va reprendre rapidement entre deux et sept ans pour avoir un résultat satisfaisant. Donc quelles sont ces pratiques? C’est moins ou pas de labour bien sûr, selon le type de sol, selon sa profondeur, selon le taux d’argile aussi. Certains sols très argileux, il faut les labourer de temps en temps. Bien sûr, il y a le couvert végétal qui lui, va permettre de stocker du carbone et de faire remonter le taux de matière organique. Le non labour, lui, va permettre d’avoir une structure verticale par les galeries des insectes qui eux mêmes vont labourer le sol au fil des années, très lentement. Avec ces galeries aussi verticales, on peut avoir une absorption de l’eau qui est meilleure. Le tout et l’objectif, c’est qu’on fasse baisser la température du sol grâce au couvert végétal et qu’on retienne mieux l’eau dans ce sol par la vie du sol. Plus le sol est vivant, plus l’eau est stockée dans ce sol. Alors jusqu’à une certaine limite. Bien sûr, s’il tombe huit cents mm en trois mois, Oui, le sol sera inondé comme tous les autres. Ou s’il ne pleut pas pendant un an comme dans les Pyrénées Orientales il y a quelques années. Ben oui, là, le sol est aussi sec. C’est un tampon. Ça fait gagner quelques jours, quelques semaines sur l’installation d’une sécheresse ou d’une inondation, mais ça ne permet pas de s’affranchir des plus gros extrêmes climatiques. Donc le sol premier point est l’une des solutions les plus importantes. ## Quelles cultures pour la France de 2050 ? Simon Icard : On comprend en t’écoutant qu’il y a tout un chapelet de solutions, que c’est multifactoriel, qu’il n’y a pas de solution miracle, mais que, avec avec la science, avec les connaissances, on peut aller dans la bonne direction. Et je rappelle notre trajectoire, en tout cas celle qui a été retenue par l’État, c’est plus deux virgule sept degrés en deux mille cinquante. C’est la température à laquelle il faut se préparer. Quelles cultures, dans ce contexte, vont monter vers le nord du pays? Qu’est ce qui arrive par le sud et qu’est ce qu’on devrait accepter peut être devoir laisser partir ailleurs en France? Serge Zaka : J’aime beaucoup ce concept de multi-solutions que tu parlais. Je reviens juste sur le sol deux minutes. Par exemple, si tu as un sol très peu profond mais très vivant, très peu profond. La profondeur du sol garanti on va dire. La profondeur de l’éponge, le sol c’est comme une éponge. Si tu as une éponge de un cm, elle stockera moins d’eau que si tu as une éponge de cinq cm. Bon, le sol à trente cm de profondeur, c’est un sol pas très profond. Dans la Beauce par exemple, on peut avoir jusqu’à deux mètres de profondeur, ce qui est très intéressant pour les racines. Sur un sol qui soit vivant, non labouré, avec du couvert végétal, s’il est peu profond et qu’on met du maïs dessus et qu’il fait quarante degrés très sec, bah c’est pas logique. Derrière, il faut aussi savoir qu’est ce qu’on plante sur ce sol, ça va pas résoudre tout le problème. Si par exemple on prend le maïs, Le maïs j’aime bien le prendre puisque toutes les. Les modélisations agroclimatiques autour de Toulouse par exemple, montrent une baisse du rendement du maïs, notamment sur les sols les moins profonds, donc ceux qui gardent le moins d’eau. Notamment Aussi, quand on n’a pas d’irrigation, on a une stabilisation, par contre, des rendements du maïs dans les sols les plus profonds avec irrigation, à condition de pouvoir irriguer. Ceci dit, suivant les arrêtés sécheresse. Donc c’est très risqué de travailler uniquement sur du maïs dans le sud ouest de la France. Ça veut pas dire qu’il ne va pas disparaître, ça veut dire que il y aura peut être moins de surfaces en maïs, mais il faut développer autre chose. Et le problème, ça vient de cette autre chose. Qu’est ce qu’on peut mettre à la place du maïs pour garder une économie? N’oublions pas que c’est une économie, l’agriculture, et que derrière il va falloir que ça soit productif, que ça nourrisse les hommes, les animaux, que ça fasse que ça soit à la fois rentable, que quelqu’un l’achète, que quelqu’un le stocke et le transforme et tout ça. Alors vous allez me dire bon, prendre le sorgho, par exemple, le sorgho, il est plus résistant aux chaleurs et aux sécheresses en laboratoire par exemple, et c’est effectivement le cas. Par contre, sur le terrain, bah le sorgho aussi, il subit les sécheresses et il n’a pas la même qualité nutritive que le maïs. Il ne produit pas la même biomasse aussi que le maïs. Il n’est pas aussi rentable. Donc, c’est là où on voit le problème, c’est que si on veut remplacer certaines cultures par d’autres, il faut en développer la filière, donc améliorer la génétique, la correspondance avec les sols locaux, les dates de semis, les dates de fertilisation, toute, toute, toute la chaîne, toute la chaîne de transport, de logistique, de transformation, d’investissement, de stockage, de refroidissement, de. Enfin, c’est énorme, c’est énorme. En fait, c’est pas juste l’agriculteur qui travaille là dessus. Donc on aura de nouvelles remontées. On peut parler du sorgho si on améliore sa génétique, on peut parler de la pêche plate qui débarque dans le sud de la France, du kaki par exemple, le melon qui remonte aussi dans le nord de la France, le maïs, le tournesol qui remonte en Normandie et dans le nord de la France, mais qui disparaissent progressivement par le sud de la France. l’Huile d’olive qu’on implante de plus en plus autour de Toulouse et de Bordeaux, alors qu’avant c’était plutôt en Méditerranée. Très intéressant parce qu’on prend des filières espagnoles qui se désertifient. Les légumes d’été type courgettes, melons, tomates, donc la ratatouille, tout ce qui est de la ratatouille, et bien eux ont tendance à remonter vers la Normandie, Nantes Nantes qui produit de la mâche, de la salade, du poireau actuellement pour faire un petit peu cliché, désolé pour les Nantais, mais derrière on pourra derrière planter de l’aubergine, du melon, de la tomate en été et ce sera très intéressant. C’est à dire que savoir qu’est ce qu’on produit, où on produit suivant l’évolution climatique, c’est aussi une très grosse maille d’adaptation au changement climatique. C’est d’ailleurs mon cœur de métier. Mais pour cela, le seul frein c’est qui est majeur, c’est le développement des filières qui doit faire investir les départements, les régions, l’État, les industries agroalimentaires, les agriculteurs, les consommateurs, les cantines. Ça ne peut pas être qu’agricole cette évolution. ## Des agriculteurs prêts, des moyens qui manquent Simon Icard : Et on peut aussi entendre une certaine angoisse peut être chez les agriculteurs eux mêmes. Tu vas nous dire quelles sont les remontées du terrain? Ce sont les premiers concernés pour leurs revenus, pour pour se projeter dans l’avenir. Mais est ce que tu dirais? Je crois connaître la réponse, mais que les compétences sont déjà là, à portée de main et que. Et qu’avec un bon accompagnement, cette transition peut se faire relativement brève échéance? Serge Zaka : Mais clairement, les agriculteurs ne sont pas stupides. Si par exemple, on investit dans la pistache du côté de Cavaillon, ils vont savoir comment la planter, ils vont se renseigner, ils vont se former, Il faut leur faire confiance. Mais derrière tout ça, il en faut les moyens, il en faut les moyens, il en faut déjà la confiance. Parce que c’est vrai que, au niveau agricole, on a plus l’impression qu’on est des grands, grands, grands pollueurs et que tout va mal alors qu’il y a des efforts qui sont faits. Je ne cache pas du tout qu’il peut y avoir des problématiques par rapport aux produits phytosanitaires notamment, mais qu’il y a des évolutions qui sont faites et qu’il faut les encourager. Il faut plus être dans l’encouragement que dans la dénonciation, sinon on va tous patiner. Et donc dans cette dans cette évolution là, les agriculteurs, ils sont capables de faire ces transitions à condition qu’on leur donne les garanties que ces nouvelles productions seront achetées et qu’elles seront achetées au prix qui correspond aussi à leur prix d’investissement pour amortir ces investissements. Et malheureusement, on n’a pas ces garanties là. Donc, c’est un espèce de serpent qui se mord la queue. Des agriculteurs qui veulent faire évoluer, mais ils n’ont pas les moyens d’évoluer. l’Etat n’a pas les moyens de leur donner. Donc on a de plus en plus de pertes de rendement et donc on a de plus en plus d’enveloppes à donner aux agriculteurs pour faire des pansements sur ces pertes de rendement. Et donc on a moins d’argent pour investir sur le long terme. Et on pense qu’au court terme, enfin c’est enfin, on est dans un cercle vicieux, alors qu’on aurait les moyens techniques, c’est juste les moyens financiers qui manquent. On a les moyens techniques, les cartographies d’aires de répartition des cultures. Je les fais régulièrement, je les diffuse sur les réseaux sociaux, je travaille avec l’Etat sur ce sujet. On a ces connaissances là, on pourrait très facilement inventer de nouvelles recettes. On pourrait inventer de nouveaux plats régionaux. On l’a fait pendant tous ces derniers siècles. Le cassoulet, la choucroute ne sont pas arrivés d’un don divin. Ça a été toute une construction sociale, économique sur un territoire. On peut le refaire, mais il en faut les moyens. Moi, vraiment, le seul aspect qui bloque, c’est qu’on ne se donne pas les moyens à long terme d’investissement. C’est pas trois milliards, mais c’est des centaines de milliards d’euros qu’il faudrait, en incluant la forêt aussi dans cette problématique là. Simon Icard : Oui, et puis je le disais, le les ressources, enfin le produit des ventes de l’agriculture en France, c’est quatre vingt neuf milliards d’euros en deux mille vingt cinq. Ça donne quand même une idée de l’ampleur des productions en France et de ce qu’il faut considérer. Et je me demandais est ce que on peut dire aujourd’hui, d’après tes modélisations, que certaines des cultures bien connues en France vont disparaître? C’est à dire qu’elles ne seront plus plus sur le territoire, mais elles vont remonter au nord ou ailleurs. Serge Zaka : Alors, il peut y avoir plusieurs raisons de disparition, soit climatiques, soit économiques, par exemple de la concurrence moins chère à l’étranger. Donc là on va se garder ou soit carrément que les agriculteurs disparaissent. On est sur une pente descendante en nombre d’agriculteurs. Là, on va garder justement le climatique, on va considérer que le reste se passe bien. Alors, on a une diversité tellement importante de climats en France que on ne pourra pas voir la disparition de certaines cultures. Soit elles remonteront en altitude, en latitude, donc vers le nord ou vers les sommets des montagnes, mais on ne peut pas avoir une disparition, même pour le maïs qui est tant décrié, par exemple le maïs, on a des hausses de rendement qui sont attendues en Normandie et en Nord-Pas-de-Calais. Donc, ce sera une culture qui pourrait être intéressante. Plus au nord, on aura quelques champs de maïs, plus au sud, puisqu’on aura une évolution génétique. D’ici là, je l’espère, qui permettra quand même de garder un rendement suffisant, mais Pas pour en faire le premier pilier de l’économie du territoire. C’est à dire qu’on aura peut être quelques champs qui resteront quelques pour centages du côté de Toulouse. Par contre, en parallèle, il va falloir développer bien sûr de nouvelles filières à la place du maïs. Sur le nouveau potentiel, on a tout un nouveau potentiel de maraîchage et d’arboriculture qui pourrait arriver par le sud de la France, et notamment du côté du nord ouest de la France. Ça pourrait être très intéressant. Pour le lait aussi, on aura des difficultés très importantes. On verra par exemple la perte de vitalité, voir disparition dans certains coins des vaches laitières très sensibles aux fortes chaleurs dans le sud de la France. Par contre, du côté de la Normandie, du Nord-Pas de Calais ou de la Bretagne, on aura toujours une ambiance thermique qui pourrait être favorable à la production de lait, avec quelques canicules cependant en été. Mais ce sera mieux que dans les autres régions. Le problème principal va être la nutrition avec le maïs et le fourrage qui pourraient manquer en certains étés. Donc voilà, il n’y a pas de disparition. C’est un redispatchement dans des cultures vers le Nord. Par contre, on a l’apparition de nouvelles filières qu’on n’avait pas du tout l’habitude d’avoir par le sud de la France. ## Modélisation agricole : comment travaille un agroclimatologue Simon Icard : On va dans un instant, on parlait d’un sujet important, un sujet qui peut fâcher aussi certaines personnes, C’est le sujet de l’eau. Mais je me dis qu’en écoutant, certaines personnes doivent se demander mais sur quels outils travaille t il? Avec quels matériaux travaille t il pour pouvoir nous dire tout ça justement de façon scientifique? Comment tu procèdes en quelques mots? Serge Zaka : Alors moi je me rattache aux résultats du GIEC, c’est à dire que le GIEC nous transmet des séries climatiques qui nous permettent de se projeter dans une ambiance climatique future. Or, dans nos centres de recherche agronomique, on a aussi des chercheurs très pertinents, très intéressants, notamment l’INRAE, qui ont travaillé sur la courbe de réponse à la température du maïs, du tournesol, la réponse à l’indice hydrique des sols, donc la sécheresse du blé, de l’orge, du colza, de la fétuque, de la luzerne. Des graminées fourragères. Ce que mangent les animaux dans les pâtures, par exemple, des prairies et tout ça. Il y a plein de petits bouts comme ça qui ont été faits par des chercheurs qui ont été très spécialisés sur une plante ou un sujet. Donc, toutes ces équations, on les récupère, on en fait un modèle, c’est à dire que on va pouvoir reprendre la croissance de la plante en 3D parce qu’on connaît la photosynthèse, on connaît la croissance de la feuille, la croissance de la tige. Il y en a qui a bossé sur les racines, sur les échanges de minéraux avec le sol, sur l’eau, dans les sols, enfin bref, tellement de connaissances qu’on peut reproduire une plante en 3D. On va lui appliquer un climat futur et voir comment se comporte ensuite la plante en 3D, et donc en évaluer si elle va subir des pertes de rendement dues à la canicule, à la sécheresse. C’est ce qu’on appelle la modélisation agricole. C’est une agrégation de toutes les connaissances expérimentales qu’on a eu depuis un siècle et demi, dans un seul et même grand calculateur qui permet de reproduire la plante. Et donc on lui applique un climat futur. C’est comme ça en fait, qu’on travaille. Donc c’est de la modélisation où des indices agroclimatiques. Enfin voilà. Et ça nous permet de faire des cartographies de perte de rendements, de voir que le rendement remonte en Russie, disparaît par le sud ouest de la France. Et tout ça nous permet d’anticiper à vingt trente ans. Parce que tout ce que je vous ai dit sur le sol et les filières jusqu’à présent, le sol, c’est entre deux et sept ans pour trouver un équilibre. Et les filières, c’est vingt à trente ans, c’est hyper long, en réalité, ça veut dire que je dois savoir en deux mille cinquante est ce qu’il s’adapte sur un territoire pour pouvoir développer une filière? Si c’est un arbre, un pistachier, un abricotier, une pêche plate, un kaki, un néflier, un avocat, de la mangue, de la figue de barbarie, enfin, il y a énormément de choses, on n’est pas à court de solutions. Et bien il faut que je sache en amont où le planter. Parce que l’arbre, il va mettre cinq ans pour produire son premier fruit et dix à quinze ans pour avoir une taille suffisante pour être intéressant. Donc, on ne peut pas juste planter l’arbre en deux mille cinquante, il faut le planter en amont et anticiper. ## Une vision politique à trente ans ? « Non » Simon Icard : La France est un pays très administré, une démocratie aussi. Il y a des plans d’adaptation. Alors tu disais que c’était insuffisant, qu’on n’allait pas assez vite, notamment sur le volet financier. Mais dirais tu quand même qu’il y a cette vision à vingt, trente, quarante, cinquante ans sur les espèces au niveau des ministères ou du Parlement? Serge Zaka : Non, non, non, la réponse est claire, c’est non. Enfin là, il y a peut être une vision à la fin de l’année pour le ministère. Voilà. Et il y a plein d’autres enjeux que le climat a aussi l’Ukraine. Tu as aussi la guerre, tu as aussi plein d’autres enjeux géopolitiques. Mais non, on n’a pas une vision à vingt, trente ans. Pourtant, le ONF a travaillé avec l’INRAE il me semble. Je ne suis pas sur de l’association des deux, des deux. Mais on a travaillé sur le site Clim Essences avec un S. FR pour savoir quelles essences forestières s’adaptera dans quelle région. D’ici deux mille cinquante et deux mille cent. Là, je travaille actuellement sur la même chose au niveau des arbres fruitiers, au niveau des grandes cultures, au niveau de plein de choses. Oui, on a cette vision, on peut l’avoir, mais on n’y tend pas, on n’y tend pas. On a toujours le même pour centage de champs de maïs à peu près dans le sud ouest de la France, Le blé, le colza sont à peu près au même endroit. On a quelques agriculteurs qui, par leurs initiatives personnelles, prennent des risques économiques pour investir dans une nouvelle filière. Mais on ne peut pas avoir une économie régionale, nationale, internationale avec des agriculteurs qui qui n’ont pas les moyens d’en faire connaître ces nouveaux AOC IGP, ces nouveaux signes de qualité, ces nouvelles. Non, c’est pas possible, Il faut vraiment qu’on ait une vision plus globale et plus long terme et qu’on a clairement, clairement pas, actuellement. ## Réserves d’eau : entre stockage inévitable et mal-adaptation Simon Icard : On entend ton ton alerte et on espère pour les agriculteurs qu’elle parviendra dans les bureaux, à l’Assemblée nationale, dans les ministères. Je dézoome un peu. Donc, sur l’eau, évidemment, sans eau, rien ne pousse, on le sait tous. Mais c’est aussi un sujet qui fâche. C’est peut être un sujet lié à l’agriculture qui est devenu de plus, qui est redevenu de plus en plus politique, un sujet vital. Il anime ces dernières années régulièrement le débat public, à mesure que des sécheresses se font connaître et certaines solutions émergent, contestées pour certaines. Je veux parler de la gestion de la ressource en eau, de son utilisation pour l’agriculture. Tu viens justement de publier quelque chose de très parlant sur les réseaux sociaux. C’est une image satellite du centre ouest qui montre que même les parcelles qui sont irriguées souffrent beaucoup plus en deux mille vingt six que en deux mille vingt cinq, au même endroit, avec la même irrigation. Pourquoi? Parce que certains seuils de chaleur ont été dépassées et tu écris l’Eau ne suffit plus à éviter les pertes de rendement. Alors explique nous où se situe désormais dans cette prévision deux mille cinquante? Le débat sur l’eau. Tu dis que stocker de l’eau va devenir inévitable. Le Haut Conseil pour le climat, lui, vient de qualifier les méga-bassines, qui sont une des techniques de stockage de l’eau de Mal-adaptation. La Cour des comptes rappelle que les prélèvements pour l’irrigation ont plus que doublé en dix ans, alors que l’eau renouvelable baissait de quatorze pour cent sur ces dix dernières années. Donc on a on a moins d’eau disponible que Que faut il faire? Où est la ligne entre une réserve d’eau utile et une mal-adaptation selon toi? Serge Zaka : Ben c’est là où effectivement, oui, c’est le cas. On sait que c’est un discours très passionnel qu’on peut entendre à la télévision. La question qu’on me pose souvent quand je passe à la télévision, c’est est ce que je suis pour ou contre les mégabassines. Alors déjà le terme mégabassines j’aime pas trop ce terme. Et ensuite pour et contre. J’aime pas du tout cette question parce qu’on ne peut pas être pour ou contre dans un élément où il y a énormément aussi. C’est un millefeuille au milieu, au milieu de ce oui et de ce non. Il y a du peut être sur certains types de sols, peut être sur certains types de cultures, peut être pour certains agriculteurs, peut être dans un certain souci économique aussi par rapport à cette réserve en eau, peut être sous certaines formes de réserves en eau, il y a plein de formes de réserves en eau, ou peut être par rapport à une évolution agricole en parallèle. C’est là où c’est important. Moi mon problème n’est pas de savoir s’il faut stocker cette eau, c’est juste inévitable dans un contexte d’évolution climatique. Oui, il va falloir stocker de l’eau, c’est juste inévitable. Mais il y a le mais derrière. On s’arrête là, à la télévision, on s’arrête à Oui, derrière, il y a le mais, il y a le mais et le mais. C’est pourquoi on va stocker cette eau pour quel système agricole? Pour quel type d’agriculteur? Pour combien d’agriculteurs, Pour quel rôle économique sur le territoire et combien de réserves en eau il y aura sur le territoire? Il y a plein de questions qui se posent derrière. Parce que si c’est par exemple faire une réserve en eau pour irriguer, je prends le cas le plus extrême. C’est pas toujours le cas, le principal, mais c’est le cas le plus extrême pour irriguer du maïs dans le centre ouest de la France, maïs destiné à l’export pour nourrir des animaux ou pour nourrir des animaux français, d’ailleurs. Là c’est une forme de mal-adaptation. Par contre, si vous voulez, on peut garder le maïs si on a plus de haies autour de cette parcelle pour limiter le vent et limiter l’écoulement de l’eau lors notamment des orages estivaux, sans non plus mettre des partout. C’est pas ce que je dis, c’est quelques haies un peu plus d’arbres sur le territoire pour limiter le l’évapotranspiration, notamment lorsque le vent souffle par le nord est ce qu’on appelle la bise. Un vent très sec, notamment dans le centre ouest de la France. Premier point. Deuxième point un sol plus vivant, moins de labour ou pas de labour, plus de couverts végétaux. Bien sûr, dans le cas du possible, si le couvert végétal ne pousse pas parce qu’il fait trop sec, bah c’est pas grave, on en mettra sur une autre partie de l’année. Donc une gestion paysagère et du microclimat plus intéressant, Une gestion aussi du sol. Une génétique peut être de semis si on garde ce maïs qui soit un petit peu plus performante avec le temps, un système d’irrigation peut être connecté, plus performant. OK, donc là on commence à avoir quelque chose qui ressemble plus à un puzzle de solutions que une énorme pièce de puzzle qui est la réserve en haut et la seule, la seule solution. Derrière, si ce n’est pas suffisant, il va falloir réfléchir à des espèces qui consomment moins d’eau, c’est à dire peut être passer à du tournesol, peut être passer à du sorgho. Bien sûr, il faut en faire une évolution génétique pour qu’il soit plus performant, plus nutritif pour les animaux. Derrière, on peut voir aussi la présence des animaux sur le territoire. Le but n’est pas de réduire les animaux, peut être réduire leur taille, changer d’espèce également, repenser l’élevage dans sa globalité aussi dans notre système de consommation, réduire la consommation de viande par exemple en arrêtant d’importer de la viande et en la mangeant uniquement local sur le territoire pour permettre à nos éleveurs d’être mieux rémunérés et d’éviter de manger de la viande pas chèrr venant d’Ukraine par exemple, pour ne citer que l’Ukraine ou l’Amérique du Sud ou la Pologne. Simon Icard : On entend toutes les nuances, en effet, et notamment cette pensée en système que finalement, les prochaines installations agricoles continuent de travailler autour de l’eau, parfois avec des réserves, mais avec ce paramètre beaucoup plus saillant de sa rareté peut être, ou de son abondance à certains moments. Quel est le rapport entre l’eau et l’agriculture que l’on peut projeter à l’horizon deux mille cinquante? Serge Zaka : C’est effectivement des excès d’eau durant la partie hivernale, avec un peu plus d’incertitude au sud de la France, c’est plus vers le nord de la France, surtout le Nord Est. On a plus de certitudes par rapport à l’augmentation de l’eau en hiver. Par contre, on a pas mal de certitudes sur la diminution de l’eau en été qui, avec l’augmentation de la température augmentant l’évapotranspiration, provoqueront des sécheresses plus longues. Donc, on a une accentuation du cycle de l’eau dans les deux sens. Qui dit accentuation, qui dit il faut trouver des solutions pour garder notre eau le maximum possible. C’est ce qu’on appelle des tampons aux excès. Il faut tamponner l’excès d’eau et tamponner l’excès, tamponner l’inondation et tamponner la sécheresse. Pour ça, les réserves en eau sont intéressantes sous toutes leurs formes. Il n’y a pas que le modèle Sainte-Soline (79), bâches plastiques, eau des nappes phréatiques. On a aussi l’eau d’écoulement, les autres déversements, les eaux, les barrages de chute de montagne, etc. Qui peuvent être intéressants pour l’irrigation ou pour d’autres formes sur l’économie. Premier point, ça c’est le plus simple à comprendre, c’est quand il y a de l’excès. On retient pour le déficit. Par contre, il faut comprendre qu’un paysage en lui même en entier peut retenir de l’eau. l’Eau peut être comprise dans les végétaux, dans le sol des forêts, dans le sol, des pâtures dans le sol, des haies ou alors tout simplement dans certains sols plus vivants avec plus d’humus. En fait, l’eau c’est pas juste de l’eau en dehors du système agricole pour irriguer, c’est aussi de l’eau dans le système agricole, c’est l’eau verte qu’on appelle ça. Donc il va falloir absolument travailler aussi sur la structuration des paysages. Quand on a des excès d’eau et mettre des haies, par exemple, perpendiculaire au sens de la pente, permettre de ralentir la course de l’eau sur une pente et de laisser le temps de s’infiltrer. Là, on va me dire mais qui finance tout ça? Parce que c’est toujours une. C’est le nerf de la guerre. Les finances en Suisse. En Suisse, les régions, les villes, les villes, les impôts locaux financent les des agriculteurs. C’est à dire qu’ils considèrent que la gestion paysagère et écologique d’un paysage autour du village fait partie de la vie du village. C’est à dire que s’il y a énormément d’arbres, un écoulement d’eau ralenti, il y a moins de coulées de boue et un écoulement d’eau ralenti, c’est de l’eau qui s’infiltre dans les nappes phréatiques. S’il y a plus d’arbres, c’est aussi un climatiseur, la nuit, quand il y a un petit peu de vent pendant une canicule et que l’air frais rentre dans le village. Enfin, ça c’est des services écosystémiques, services rendus par les écosystèmes pour l’homme qui sont rémunérés. Ils ne payent pas que ce qu’ils achètent à manger, ils payent ce que l’agriculteur fait en plus de faire à manger, la gestion de l’eau, la gestion des paysages et la température des paysages. ## Rémunérer les services écosystémiques des agriculteurs Simon Icard : On entend depuis le début de cet épisode, dans ce que tu nous expliques, que l’accompagnement futur des agriculteurs sera absolument central selon toi pour réussir. Donc la rémunération pour les services écosystémiques, donc pour les paysages et la nature. Payer un agriculteur pour le carbone stocké, tu nous as dit les haies à entretenir, être rémunérés comme en Suisse. Une autre idée. Est ce que le le le système des subventions tel qu’il est pensé aujourd’hui, s’il était remanié, suffirait ou c’est d’après toi beaucoup plus d’argent qu’il faudra mobiliser? Est ce qu’on a une idée de ça? Tout à l’heure tu parlais de milliards parce que les Français, les Européens ont en tête la politique agricole commune. Pour l’instant, elle n’est pas du tout orientée vers ça. Mais est ce que voilà, est ce qu’on a les moyens? Pour faire simple. Serge Zaka : Ah ben clairement pas en fait. En fait, l’agriculteur dans les tables administratives, on le voit comme une surface et en rendements. Une surface emprise au sol, un rendement et on n’a pas assez de financements sur ce qu’on appelle les services écosystémiques. Alors, dans les nouvelles formes de la PAC, je crois qu’il y a eu des nouvelles choses qui ont été ajoutées, que je ne connais pas par cœur, parce que la PAC, c’est un millefeuille administratif juste insupportable. Mais d’ailleurs c’est un problème l’administratif, au passage, pour les agriculteurs, on n’en a pas parlé! Mais si vous voyez par exemple prenant la PAC, on rémunère encore trop sur la quantité produite, on ne rémunère pas aux services écosystémiques rendus à l’écosystème pour pouvoir produire plus durablement. Ça, c’est une très grosse problématique. Je ne suis pas en train de dire de planter des arbres partout et de manger des arbres, Non, on ne va pas manger des arbres. Le but, c’est quand même d’avoir une production agricole suffisante et intéressante. Mais c’est que ces arbres plantés ont un rôle dans la production. C’est pas juste pour faire beau, ralentir l’eau, ralentir le vent, ralentir l’évapotranspiration, faire de l’ombrage, protéger les animaux. Voilà, ils ont un rôle dans la production, donc il ne faut pas en mettre trop parce que sinon, dans ce cas là, on n’aura plus rien à manger. Mais il ne faut pas ne pas en mettre du tout parce que dans ce cas là, on sera exposé à tous les vents et tous les soleils. Donc il faut comprendre que le métier d’agriculteur, pour qu’il fasse une transition climatique, il faut le reconnaître, pas qu’ uniquement à sa quantité produite mais à sa qualité. Les signes de qualité et aussi au sol, au carbone qu’il a stocké, à l’écoulement de l’eau qu’il a réussi à retenir pour l’infiltration dans les nappes phréatiques, à la présence de l’arbre, des kilomètrages de haies qu’il doit entretenir pour les insectes, pour les oiseaux, parfois à la diminution des produits phytosanitaires s’il le peut, pour pouvoir baisser la pression aussi sur l’environnement. Donc c’est parfois même de l’énergie et de l’énergie. Alors les biogaz, je connais pas très bien. Ceci dit, sur les biogaz, il faut faire attention par rapport à la nutrition animale que ça remplace pas la nutrition animale. Pour le maïs par exemple, en cas de sécheresse, il y a la production d’énergie verte, les panneaux solaires au dessus des pâtures, voire au dessus des cultures bien sûr, pas à la place des cultures, parce que là je serai forcément contre. Ou alors sur les toits, les poulaillers ou les laiteries, ou les entrepôts. l’Agriculteur, il a un métier qui est plus complexe que ce qu’on pense. Il ne produit pas qu’à manger, il rend des services à l’écosystème ou du moins il essaye de les rendre au maximum. Et derrière, il a aussi un rôle énergétique. ## Apporter de la nuance dans le débat Simon Icard : On sent ton attachement à l’agriculture et aux agriculteurs. C’est d’ailleurs peut être quelque chose qui va surprendre des personnes qui ne sont pas très au fait de l’écologie, parce que parfois on oppose les objectifs climatiques aux objectifs de l’agriculture. Mais les agriculteurs eux mêmes, comment reçoivent ils ton ton discours? Serge Zaka : Je travaille beaucoup avec les agriculteurs. Moi, mon but, je peux faire des erreurs. Tu vois, par exemple dans mon discours là, je t’ai fait deux trois imprécisions. Peut être que certains agriculteurs ont un peu grincé des dents ou personnes du grand public, parce que il y a eu peut être deux trois trucs qui n’ont pas forcément été parfaitement précis. Mon objectif n’est pas d’être précis à la virgule du centième près. Mon objectif, c’est d’apporter de la nuance dans le débat. C’est mon principal rôle. C’est à dire que on ne dit pas oui ou non à certains sujets, on a du peut être. On travaille avec le vivant, on travaille sur le court terme, le long terme. C’est de rappeler le court terme, le long terme, la nuance, les chiffres scientifiques, les faits, les opinions. Enfin voilà, c’est d’essayer d’être le plus propre possible et d’apporter de la nuance et de la nuance dans le débat. Par exemple, peut être que le discours que j’ai eu sur certains sols ne sont pas adaptés aux sols méditerranéens, mais plutôt aux sols de la Beauce. Peut être que certains discours sur l’eau ne sont pas du tout adaptés au sud ouest par rapport aux sécheresses, mais ils seront peut être plus intéressant à Lille. Mais c’est que j’aimerais bien que cette. Qu’on comprenne enfin qu’il y a une forme de diversité qu’il va falloir respecter et notamment dans les formes d’adaptation à l’agriculture, qu’on le respecte. Donc. Ceci dit, pour revenir à la question, je travaille beaucoup avec les agriculteurs. Je fais une centaine de formations et de conférences par an à des milliers d’agriculteurs sur ce sujet. Donc, c’est cette année, il me semble, que j’ai touché vingt sept mille agriculteurs pour l’instant. C’est beaucoup, C’est beaucoup, que ce soit en ligne ou en présentiel. Simon Icard : Oui, parce qu’ils sont environ cinq cent mille en France. Serge Zaka : Oui, c’est ça. C’est ça. Alors vingt sept mille, ça paraît ridicule par rapport à cinq cent mille, mais il y a eu les années d’avant aussi où j’ai touché d’autres agriculteurs. Je parle de sur deux mille vingt six et donc je ne compte pas les réseaux sociaux, là, les réseaux sociaux, j’ai plusieurs millions de vues, parfois sur certains posts, sur Twitter, sur LinkedIn, sur Facebook, sur Instagram, sur Blue Sky. Donc il y a beaucoup d’agriculteurs qui me suivent. Alors, encore une fois, je peux avoir un discours qui n’est pas toujours parfait parce que certains agriculteurs sont extrêmement spécialisés dans leur domaine, connaissent par cœur leurs types de sols et leur type de culture, et leur génétique et tous les produits phytosanitaires qu’ils utilisent et tout ça, qu’ils maîtrisent parfaitement leur sujet. Moi, je ne suis pas agriculteur, je ne peux pas tout connaître par cœur. Par contre, pour le grand public, j’aime bien rapporter un peu de nuance pour montrer que les débats ne sont pas si simples que ça, qu’on peut les voir à la télévision. ## agrometeorologie.fr : la météo des cultures en accès libre Simon Icard : Et j’imagine qu’ils reconnaissent cette nuance chez toi. On l’a tout à fait entendu. Alors il nous reste quelques minutes pour parler de ce projet que tu portes à bout de bras et qui est déjà en ligne, et qui est dans le fil rouge de cette transmission des connaissances. C’est sur Agro Climatologie point com. Parle nous de ces cartes, de ces modélisations que tu rends public. À qui sont-elles destinées? Serge Zaka : Alors ça dessert toutes les personnes qui travaillent avec le végétal, pas forcément que les agriculteurs. Ça peut être une mamie dans le Cantal qui a un grand potager. Typiquement, les cartes d’agro méthodologie Point com ou point fr sont des cartes de la météo, des vaches, la météo des poulets, la météo du maïs, la météo du blé. Donc, c’est un petit peu les risques de perte de rendement par rapport aux données météorologiques de la semaine à venir. Est ce que la canicule va faire diminuer de sept pour cent les productions de lait dans certaines régions? Est ce que c’est plus dans le sud, moins dans le Nord? Quel jour sera le plus important? Voilà, c’est pour qu’on anticipe en fait les pertes de rendement sur les animaux d’élevage, sur les cultures, sur les risques à venir de gel, de canicule, de sécheresse. Quels sont les impacts? Tout ça, ça me parait important de les aborder. Ça, c’est le premier service de ce style de cartographie météo de plein de cultures qui existent dans le monde. C’est la première fois dans le monde qu’on fait ça. Pourtant, c’est assez simple à faire. C’est des équations de centre de recherche qu’on a appliqué à des prévisions météo et on en fait une cartographie. Donc on a la le séchage des fleurs, par exemple de courgettes, de tomates quand il fait trop chaud, les risques d’effet sèche cheveux pour les risques de feux de forêt. On a les risques de feux de forêt. On a le pollen aussi. On a les pertes de production de lait pour les vaches en fonction des canicules, les pertes de production pour les arbres en fonction de la. Du gel sur floraison. L’évapotranspiration. Enfin. Ouais, c’est assez compliqué à maîtriser, mais quand on le comprend, qu’on le maîtrise, qu’on comprend les indicateurs, et bah c’est assez didactique après. Et les agriculteurs, ils ont déjà trois cent cinquante mille je crois. On a sorti le site il y a un peu plus d’un an, on a déjà eu trois cent cinquante mille visites. C’est pour un site sur lequel je suis pas non plus la pub tous les jours, c’est déjà beaucoup. Simon Icard : C’est des outils d’aide à la décision pour ceux qui ne sont pas sur le terrain, dans la compréhension réelle, sur des prévisions à court terme de ce qu’on a dit. Serge Zaka : Aide à l’anticipation c’est hyper important d’anticiper. Simon Icard : Et donc le rendez vous est pris, c’est en ligne Agro Climatologie point fr. Alors, et comme les deux fonctionnent, je sais que tu fais appel à la générosité du public pour financer ce projet. Je mettrai cela dans la description de l’épisode. Je crois qu’on a été très complet. Merci pour ton temps, ta pédagogie, la nuance aussi. Mon invité était donc aujourd’hui Serge Zaka, docteur en agro climatologie, fondateur d’Agro Climat deux mille cinquante. La cartographie donc, est en ligne. Je le disais au début de l’épisode, on peut te retrouver en librairie avec Orages sur le climat, c’est chez Harper Collins et on peut évidemment te suivre sur les réseaux sociaux où tu décortiques chaque épisode climatique en temps réel, On te retrouve absolument partout je pense. Serge Zaka : Oui c’est ça, c’est vraiment sur beaucoup de plateformes ! Simon Icard : Serge merci d’être passé dans Soluble(s)! Serge Zaka : Merci à vous. Simon Icard : Et c’est déjà la fin de cet épisode. Merci à vous de l’avoir suivi. S’il vous a plu, notez-le, partagez-le et parlez-en autour de vous. Vous pouvez aussi nous suivre sur notre site internet, csoluble.media. A bientôt 😉 ### 🔗 POUR ALLER PLUS LOIN  🗺️ agrometeorologie.fr — le service d’agrométéorologie gratuit de Serge Zaka : https://www.agrometeorologie.fr  📸 Serge Zaka, chasseur d’orages — sa galerie photo : https://serge-zaka.com/  📖 « Orages sur le climat – L’agroclimatologie ouvre un espoir pour notre avenir sur terr »», Serge Zaka (HarperCollins) https://www.harpercollins.fr/products/orages-sur-le-climat-1  Suivre sur les réseaux sociaux : LinkedIn – X – BlueSky – Instagram – Facebook ### ⏱️ TIMECODES : 00:00 — Bienvenue dans Soluble(s) 00:24 — Serge Zaka, agroclimatologue : présentation et contexte de l’été 2026 03:21 — Des orages à l’agroclimatologie : le parcours 04:49 — Du laboratoire au terrain : transmettre aux agriculteurs 06:16 — Le portrait-robot de l’agriculture française 09:58 — Gel tardif, canicules, manque de froid : les risques déjà là 12:04 — Agrométéorologie ou agroclimatologie : la semaine ou 2050 13:54 — Canicule de juin : 3 à 6 millions de volailles mortes, adapter les bâtiments 16:25 — Un secteur émetteur qui peut stocker du carbone 20:35 — « Le sol, c’est la base » 23:56 — Le puzzle de solutions : quelles cultures pour la France de 2050 28:23 — Des agriculteurs prêts, des moyens qui manquent 30:57 — Pourquoi les fermes disparaissent 33:39 — Comment travaille un agroclimatologue : les modèles du GIEC 36:35 — Une vision politique à trente ans ? « Non » 38:17 — L’eau : stockage « inévitable » et mal-adaptation 43:44 — Excès d’eau en hiver et l’exemple suisse de la rémunération 46:56 — L’agriculteur, grand oublié des politiques publiques 50:25 — Apporter de la nuance dans le débat 53:08 — Le service cartographique en accès libre 56:43 — Conclusion