Dans un épisode de Soluble(s), Charline Schmerber, psychopraticienne à Montpellier et cofondatrice du Réseau des professionnels de l’accompagnement face à l’urgence écologique (RAFUE), déroule le fil des émotions que provoque la crise climatique. Dix questions pour comprendre l’éco-anxiété et savoir quoi en faire.
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1. L’éco-anxiété est-elle une maladie mentale ?
Non. Elle ne figure pas dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Charline Schmerber rappelle que le terme lui-même est jugé pathologisant par beaucoup de personnes concernées, qui ne s’y reconnaissent pas.
2. Qu’appelle-t-on « éco-émotions » ?
L’ensemble des émotions déclenchées par la crise écologique : tristesse, colère, peur, insécurité, impuissance et culpabilité. Le mot « anxiété » n’en couvre qu’une partie.
3. Quelle différence entre éco-anxiété et solastalgie ?
L’éco-anxiété est une détresse prospective, tournée vers ce qui vient. La solastalgie, forgée par l’Australien Glenn Albrecht, est rétrospective : la perte ou la dégradation d’un lieu de réconfort, ressentie sans avoir quitté ce lieu.
4. Combien de Français sont concernés, et qui ?
Selon l’étude publiée en 2025 par l’Observatoire de l’éco-anxiété avec l’Agence de la transition écologique (ADEME), 4,2 millions de Français sont éco-anxieux : 5 % fortement, 5 % très fortement — soit environ 2,1 millions qui auraient besoin d’un suivi psychologique. Près de 420 000 présentent un risque sévère de bascule vers un trouble anxieux ou une dépression réactionnelle. Les 25-34 ans arrivent en tête, devant les 15-24 ans et les 50-64 ans.
5. Faut-il chercher à faire taire sa peur ?
Non. Charline Schmerber commence par la légitimer : la peur signale un danger réel. Elle propose ensuite d’aller à sa rencontre, de lui associer une sensation ou une couleur, plutôt que de la refouler.
6. Qu’est-ce que le deuil écologique ?
La perte de quelque chose qu’on ne retrouvera pas — un paysage, une saison. Ses patients lui décrivent un été devenu redoutable, vécu d’un lieu climatisé à un autre, quand il était auparavant synonyme de vacances et de liberté.
7. La colère écologique est-elle un problème ?
Elle la juge saine : elle dit non à une injustice et contient une énergie. Tout dépend de sa direction — réinjectée dans le monde, elle mobilise ; retournée contre soi, elle épuise.
8. Comment sortir de la culpabilité climatique ?
En lui opposant la responsabilité, tournée vers l’extérieur là où la culpabilité ne regarde que soi. Derrière la culpabilité, elle entend souvent une loyauté envers ceux qui souffrent davantage — une énergie plus utile si elle va au collectif.
9. Que veut dire « composter » ses émotions ?
S’autoriser à toutes les ressentir, agréables comme désagréables, parce qu’elles ont toutes une fonction — sans rester coincé dans l’une d’elles. L’étymologie du mot émotion contient movere : le mouvement.
10. Quand consulter, et vers qui ?
Quand le sommeil se dérègle, que la concentration s’effondre, que les ruminations tournent en boucle ou que des idées noires apparaissent. Direction le médecin traitant, un psychiatre, ou le dispositif Mon soutien psy (douze séances par an). Le RAFUE propose un annuaire de praticiens formés, sur asso-rafue.com. En cas de détresse, le 3114 est joignable gratuitement 24h/24 en France.
Simon Icard (résumé avec IA)
Important
Si tout cela pèse sur votre quotidien, parlez-en à votre médecin traitant. En cas de détresse ou d’idées noires :
- 3114 — gratuit, 24h/24
- 0800 32 123
- 143 — La Main Tendue
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN

Lire le livre : Petit guide de (sur)vie pour éco-anxieux, éditions Philippe Rey https://www.librairiesindependantes.com/product/9782848769707/
– Le site de Charline Schmerber : https://www.solastalgie.fr
– Son profil LinkedIn : https://fr.linkedin.com/in/charlineschmerber
– Le RAFUE et son annuaire de professionnels : https://asso-rafue.com
Et aussi: L’étude sur l’éco-anxiété (Observatoire de l’éco-anxiété / ADEME) : https://www.ademe.fr/presse/communique-national/eco-anxiete-quelles-menaces-sur-la-sante-mentale-des-francais/
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⏱️ TIMECODES
00:05 — Ouverture : un été 2026 sous les vagues de chaleur
00:26 — Charline Schmerber, son parcours depuis la canicule de 2019
04:32 — L’éco-anxiété n’est pas dans le DSM : de quoi parle-t-on ?
05:48 — Stress pré-traumatique et stress post-traumatique
06:51 — La peur : ce qu’elle signale, comment la travailler
08:07 — L’image du lion : légitimer la peur
09:06 — Quand l’inquiétude bascule : les signaux d’alerte
10:08 — Idées noires : le moment où l’accompagnement passe la main
10:52 — La tristesse et le recul des glaciers
12:46 — Solastalgie : le faux jumeau rétrospectif
13:43 — Photographier, écrire : que faire de la perte d’un lieu
14:46 — La vallée de Hunter : l’engagement contre la solastalgie
17:11 — Le deuil écologique : perdre l’été qu’on a connu
20:01 — La colère contre l’inaction : pourquoi elle est saine
21:26 — Le post du gouvernement du 22 juillet et la colère qu’il soulève
22:10 — Culpabilité : avion, voiture thermique, écogestes
23:33 — La boulangerie : culpabilité toxique ou culpabilité ordinaire
24:02 — De la culpabilité à la responsabilité
25:34 — « Composter » ses émotions : mode d’emploi
27:34 — Des solutions à puiser dans le collectif
28:06 — Pourquoi les solutions ne sont pas qu’individuelles
30:45 — Sommeil, concentration, ruminations : quand consulter
32:37 — Le RAFUE : annuaire et cercles de parole
34:20 — Clôture : où trouver de l’aide, 3114 et numéros






