Après un hiver très pluvieux, la France a connu son été le plus chaud jamais mesuré. Au 20 septembre 2026, l’humidité des sols atteint un niveau record bas pour un mois de septembre, et 84 % du territoire connaît une sécheresse décennale. Dans un épisode de Soluble(s), Yves Tramblay, hydrologue, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et contributeur du programme Explore2 sur l’avenir de l’eau en France, explique pourquoi la pluie de l’hiver n’a pas suffi et quels leviers préparent le pays aux sécheresses d’un climat qui se réchauffe.
L’essentiel
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.Après un hiver très pluvieux, la chaleur de l’été 2026 a plongé la France dans une sécheresse historique : l’hydrologue Yves Tramblay en explique les mécanismes et les leviers d’adaptation face aux sécheresses à venir.
Ce qu’on sait
- L’hiver a apporté 35 % de pluie en plus, puis l’été 2026, le plus chaud mesuré en France depuis 1900, a évaporé cette eau (Météo-France).
- Au 20 septembre, 84 % du territoire est en sécheresse des sols au moins décennale, un record pour un mois de septembre (Météo-France).
- Environ un litre d’eau potable sur cinq se perd dans les réseaux (OFB), et moins de 1 % des eaux usées traitées sont réutilisées (Cerema).
Ce qu’on peut faire
- Placer la réduction des fuites des réseaux d’eau potable à la base des plans d’adaptation locaux.
- Restaurer les zones humides et favoriser l’infiltration de l’eau, dans les parcelles agricoles comme dans les nouveaux aménagements urbains.
- Adapter les cultures au climat qui vient et rémunérer les agriculteurs pour leurs pratiques environnementales.
- Respecter les arrêtés sécheresse et équiper son logement de réducteurs de pression et d’appareils économes.
Passages clés
- 04:53 — Pourquoi l’hiver record n’a pas empêché la sécheresse.
- 06:50 — Sols, rivières, nappes : trois compartiments, trois réactions.
- 18:24 — Les trois axes d’adaptation et le levier des fuites.
- 25:00 — Le stockage face aux sécheresses de plusieurs années.
- 31:24 — Réutilisation des eaux usées : moins de 1 % en France.
Aller plus loin
Le point fort de cette approche : la réduction des fuites apporte un gain d’eau qui ne dépend d’aucun scénario climatique.
Un hiver record, puis la chaleur a tout repris
Selon le bilan climatique de l’été de Météo-France, l’hiver avait apporté 35 % de pluie en plus, avec le mois de février le plus pluvieux depuis 1959. Les sols atteignaient alors le maximum d’humidité jamais observé. Quelques mois plus tard, ils touchaient le record inverse. Pour Yves Tramblay, le mécanisme principal tient en une phrase : « plus il fait chaud, plus l’eau s’évapore ».
L’été 2026 a été le plus chaud mesuré en France depuis 1900, avec une anomalie de +3,6 °C et 40 % de pluie en moins.
Du record d’humidité au record de sécheresse
En quelques mois, les sols de 2026 sont passés d’un extrême à l’autre.
35 % de pluie en plus, et le mois de février le plus pluvieux depuis 1959. Début février, l’humidité des sols dépasse tout ce qui avait été observé.
L’été le plus chaud mesuré en France depuis 1900, avec une anomalie de +3,6 °C et près de 40 % de pluie en moins. L’eau des sols s’évapore et repart vers l’atmosphère.
« Plus il fait chaud, plus l’eau s’évapore. Ça, c’est de la physique de primaire. » — Yves Tramblay, 05:56
Au 20 septembre, l’indicateur national d’humidité des sols se situe à un niveau record pour un mois de septembre.
Sources : Météo-France, bilan climatique de l’été 2026 et indicateur national d’humidité des sols. Anomalie de température et normales d’humidité des sols calculées sur la période 1991-2020.
Sols, rivières, nappes : trois vitesses de sécheresse
Les sols perdent leur eau en premier, par évaporation et par la transpiration des plantes. Les cours d’eau suivent, parce que l’eau ne s’écoule plus jusqu’à eux.
Les nappes réagissent plus lentement, selon leur géologie. Certaines se rechargent en quelques épisodes de pluie, d’autres « se rechargent sur des temps extrêmement longs ». Mi-septembre, 62 % des points suivis par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) restaient sous les normales.
Où est passée l’eau de l’hiver ? Une partie s’est infiltrée, l’autre a ruisselé vers les rivières et la mer. « Ça s’appelle le cycle de l’eau et c’est la nature », rappelle l’hydrologue.
Trois axes pour les sécheresses à venir
« Tous les scénarios indiquent une augmentation forte des sécheresses », prévient Yves Tramblay. En s’appuyant sur le GIEC et le Haut Conseil pour le climat, il décrit trois axes à mener de front : la gestion de la demande, les solutions fondées sur la nature, et les solutions techniques là où elles sont adaptées.
Environ un litre sur cinq se perd dans les réseaux d’eau potable. Réduire ces fuites apporte un gain qui ne dépend d’aucun scénario climatique : « on sait qu’on va récupérer dix à quinze pour cent d’eau ».
Le deuxième axe consiste à restaurer les zones humides et à favoriser l’infiltration. Il va à l’inverse de la grande vague de drainage agricole des années 1970 et 1980.
Le stockage, un outil parmi d’autres
La loi d’urgence agricole, promulguée en août, vise à doubler les volumes de stockage d’eau agricole d’ici 2035. Pour l’hydrologue, les barrages ont leur place, et « le problème, c’est de bien les dimensionner avec les autres aspects à prendre en considération ».
Les projections du programme Explore2 annoncent des hivers plus humides, des étés plus secs et des débits d’été en baisse. Selon Yves Tramblay, la hausse des pluies hivernales n’est robuste que dans certaines zones, notamment le Nord-Est, et « rien ne nous dit qu’on ne va pas avoir des épisodes de sécheresse pluriannuelle ». En Catalogne, de telles sécheresses ont laissé des barrages à sec, et les cultures qui comptaient sur ces réservoirs en sont devenues plus vulnérables.
Des cultures en décalage avec leur territoire
L’agriculture représente 61 % de l’eau réellement consommée en France, et environ 60 % de la consommation se concentre l’été, selon les données 2023 du Service des données et études statistiques (SDES). Yves Tramblay interroge la place du maïs, une plante tropicale irriguée en plein été, dans le Sud-Ouest, l’une des régions qui s’assèchent le plus.
>> Lire aussi : Sol vivant, eau, cultures : des solutions pour adapter nos fermes au climat ? — avec Serge Zaka
Accompagner les agriculteurs dans cette transition est un investissement : planifier l’adaptation « coûte beaucoup moins cher que devoir supporter des catastrophes répétées ». Il cite l’exemple de la Suisse, où l’État rétribue les services écosystémiques des agriculteurs par des paiements directs, à condition qu’ils respectent les prestations écologiques requises (PER).
Moins de 1 % d’eaux usées réutilisées
La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) reste marginale en France : moins de 1 %, selon le Cerema. Aux Sables-d’Olonne, une expérimentation affine ces eaux avant d’en faire de l’eau potable, une première en Europe. Pour Yves Tramblay, ce chiffre montre qu’« on n’a pas pris complètement la mesure » des besoins d’adaptation.
Quatre leviers pour les sécheresses à venir
Gestion de la demande, solutions fondées sur la nature, solutions techniques : les trois axes se mènent de front, territoire par territoire.
- Réduire les fuites. Selon Yves Tramblay, on récupère 10 à 15 % d’eau, un gain qui ne dépend d’aucun scénario climatique.
- Restaurer les zones humides et favoriser l’infiltration, à l’inverse de la grande vague de drainage agricole des années 1970 et 1980.
- Rémunérer les pratiques environnementales. En Suisse, l’État rétribue les services écosystémiques des agriculteurs par des paiements directs, à condition qu’ils respectent les prestations écologiques requises.
- Affiner les eaux usées traitées. Aux Sables-d’Olonne, une expérimentation vise à en faire de l’eau potable, une première en Europe.
Les limites à regarder en face
La loi d’urgence agricole vise à doubler le stockage d’eau agricole d’ici 2035. Mais la hausse des pluies hivernales n’est robuste que dans certaines zones, comme le Nord-Est, et des sécheresses de plusieurs années ont laissé des barrages à sec en Catalogne.
Elle représente 61 % de l’eau réellement consommée en France, et environ 60 % de la consommation se concentre l’été. Le maïs, plante tropicale irriguée en plein été, reste cultivé dans le Sud-Ouest, l’une des régions qui s’assèchent le plus.
Moins de 1 % des eaux usées traitées sont réutilisées en France. Pour Yves Tramblay, ce chiffre montre qu’« on n’a pas pris complètement la mesure » des besoins d’adaptation.
Sources : Service des données et études statistiques (SDES), données 2023 ; Cerema ; Yves Tramblay, hydrologue et directeur de recherche à l’IRD, entretien Soluble(s).
Écoutez.
Simon Icard (rédigé avec IA)
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
Institut de recherche pour le développement (IRD) : https://www.ird.fr/
Explore2, les futurs de notre ressource en eau (ministère de la Transition écologique) : https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/explore2-futurs-notre-ressource-eau
Explore2, des futurs de l’eau (OFB) : https://ofb.gouv.fr/explore2-des-futurs-de-eau
Une sécheresse des sols historique (Météo-France) : https://meteofrance.com/actualites/une-secheresse-des-sols-historique
Suivi des nappes phréatiques (BRGM) : https://www.brgm.fr/fr/nappes-phreatiques-suivi-eau-souterraine
Suivre Yves Tramblay sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/yves-tramblay-475ab0366
TIMECODES
00:00 — Introduction : l’été 2026 et le paradoxe d’un hiver gorgé de pluie
02:28 — L’hydrologie, science de l’eau, et le parcours d’Yves Tramblay
04:23 — Nappes et sols : l’état des lieux de septembre 2026
04:53 — La chaleur, principal moteur de la sécheresse
06:50 — Sols, rivières, nappes : trois compartiments, trois réactions
08:52 — Eau potable : restrictions et usages prioritaires
11:06 — Où est passée l’eau de l’hiver ?
14:18 — La hausse des températures pilote l’aggravation des sécheresses
17:05 — Incendies et paysages : une vision globale de l’adaptation
18:24 — Trois axes d’adaptation et le levier des fuites
20:12 — La sobriété : optimiser les usages de l’eau
22:17 — Le maïs dans le Sud-Ouest et les cultures adaptées
24:08 — Le stockage de l’eau face aux sécheresses de plusieurs années
27:09 — Accompagner les agriculteurs : le coût de l’adaptation
29:18 — Villes : infiltration et vision de territoire
31:07 — Réutilisation des eaux usées : moins de 1 % en France
32:54 — Le dessalement, une option locale
34:12 — Conclusion







