Juin et juillet 2026 forment la période juin-juillet la plus chaude jamais enregistrée en Europe occidentale : 21,62 °C, soit 2,79 °C au-dessus de la moyenne 1991-2020. En France, l’été qui s’achève est le plus chaud jamais mesuré depuis le début des relevés, en 1900. Le premier de ces chiffres est produit par le Copernicus Climate Change Service (C3S), le service climat du programme européen d’observation de la Terre, à partir d’ERA5, une base qui reconstitue le climat du globe heure par heure depuis 1940. Julien Nicolas, climatologue et chercheur senior au C3S, raconte comment se fabrique un chiffre climatique.
L’essentiel
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.Julien Nicolas explique comment les observations de milliers d’instruments deviennent, via un modèle unique rejoué depuis 1940, les chiffres qui qualifient le climat européen et mondial.
Ce qu’on sait
- Juin et juillet 2026 forment la période juin-juillet la plus chaude jamais enregistrée en Europe occidentale : 21,62 °C, soit 2,79 °C au-dessus de la moyenne 1991-2020.
- L’Europe se réchauffe de 0,56 °C par décennie depuis le milieu des années 1990, contre 0,27 °C au niveau mondial.
- Ces chiffres proviennent d’ERA5, une réanalyse qui reconstitue les conditions climatiques du globe heure par heure depuis 1940, en assimilant des dizaines de millions d’observations quotidiennes dans un modèle unique.
Ce qu’on peut faire
- Vérifier soi-même un record annoncé sur Climate Pulse, gratuit et mis à jour quotidiennement.
- Adosser les politiques d’adaptation locales aux données ouvertes du Climate Data Store plutôt qu’à des moyennes approximatives.
- Consulter chaque avril le rapport du C3S sur l’état du climat en Europe : glaciers, cours d’eau, humidité des sols, au-delà de la seule température.
Passages clés
- 06:56 — Copernicus, un regard sur l’Europe et sur le monde.
- 08:04 — « Un été extrême, un été exceptionnel ».
- 15:00 — El Niño et le record de température des océans.
- 21:53 — Ce qu’est vraiment une réanalyse.
- 33:13 — L’Europe, « un des points chauds du changement climatique ».
- 43:14 — Ce que Copernicus fait, et ce qu’il ne fait pas.
Aller plus loin
Le point fort de cette approche : des données publiques, gratuites et vérifiables par chacun, produites en amont de toute interprétation politique.
Un été européen sans précédent, mais pas partout
Julien Nicolas décrit « un été extrême, un été exceptionnel tant par la précocité et la persistance et l’intensité de la chaleur », un été qui a « battu des records à la fois de chaleur et de sécheresse en même temps ». Il replace aussitôt cet été dans une lignée : la multiplication des vagues de chaleur et des sécheresses observée depuis plusieurs années en donnait les signes précurseurs.
Les chiffres du C3S le confirment. Juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais mesuré en Europe occidentale, à 20,74 °C, plus de 3 °C au-dessus de la normale. Juin et juillet pris ensemble n’ont jamais été aussi chauds dans cette même Europe occidentale, devant 2022.
À l’échelle du globe, le bulletin publié le 10 août place juillet 2026 à 16,90 °C, soit 1,47 °C au-dessus de l’ère préindustrielle : deuxième mois de juillet le plus chaud jamais mesuré, à égalité avec 2024 et derrière 2023.
Le C3S pose lui-même une nuance. Sur l’ensemble des terres européennes, ce même mois de juillet n’arrive qu’au onzième rang, à 20,49 °C. Le continent a connu un fort contraste entre un ouest surchauffé et une Europe orientale et scandinave sous la moyenne. L’Europe qui suffoquait était, en réalité, une moitié d’Europe.
Les océans ont eux aussi marqué la saison. Le 22 août, la température moyenne quotidienne de surface hors zones polaires a atteint 21,1 °C dans les données ERA5 : record absolu, devant les 21,09 °C de mars 2024. La date surprend autant que la valeur, puisque le pic annuel tombe habituellement en mars ou avril, après l’été austral. Julien Nicolas cite El Niño, en développement dans le Pacifique équatorial, comme un des facteurs principaux de ce record, et le juge probablement le plus intense jamais observé.
Il coupe court, en revanche, à l’idée que le phénomène dicterait notre météo. Son influence sur le climat européen est beaucoup plus ténue, statistiquement moins claire que sur le bassin Pacifique : ce sont les conditions de l’Atlantique Nord qui pèsent davantage chez nous.
Au moment de l’enregistrement, le 2 septembre, le bilan d’août du C3S n’était pas encore publié. Le bulletin mensuel devait sortir quelques jours plus tard.
La France, au cœur de la moitié chaude du continent
Dans ce contraste ouest-est, la France s’est retrouvée du mauvais côté. Juillet 2026 y a été le mois le plus chaud jamais enregistré depuis le début des relevés, en 1900, tous mois confondus. Et selon Météo-France, l’été a compté cinquante-trois jours de vague de chaleur sur quatre-vingt-douze, contre trente-trois lors du précédent record de 2022, avec 40 % de déficit de pluie.
L’épisode du 17 au 30 juin restera dans les archives. Les 24 et 25 juin, la température moyenne sur vingt-quatre heures a atteint 30 °C à l’échelle du pays, du jamais-vu tous mois confondus, devant les 29,4 °C du 5 août 2003. Le 25 juin, 72 départements étaient en vigilance rouge canicule, situation inédite depuis la création du dispositif en 2004.
Julien Nicolas refuse pourtant la surprise, et il le montre en comparant. La canicule d’août 2003 restait jusqu’ici « la plus intense et la plus longue » pour la France et l’Europe de l’Ouest. La vague de juin 2026 a été plus courte qu’elle, mais plus intense ; celle de fin juillet et d’août, plus longue. D’où sa formule : un été exceptionnel et « en quelque sorte prévisible ». Nul ne pouvait dire à l’avance que 2026 serait l’année frappée plutôt que 2027, mais les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) annonçaient des conditions « plus fréquentes, plus intenses ». Sur les vagues de chaleur recensées en France depuis 1947, plus de la moitié se sont produites après 2010.
Le dôme de chaleur, cet anticyclone qui refuse de bouger
Le mot a circulé tout l’été, souvent résumé à une remontée d’air saharien. Le mécanisme compte plusieurs étages.
Tout commence par un anticyclone puissant qui s’installe et ne bouge plus, dans ce que les météorologues appellent une situation de blocage, quand le courant-jet ondule et se fige. Sous cette zone de hautes pressions, l’air des couches supérieures descend lentement vers le sol : c’est la subsidence. En descendant, cet air subit une pression de plus en plus forte, il se comprime, et cette compression le réchauffe sans qu’aucune chaleur ne lui soit apportée de l’extérieur. Le ciel se dégage, les nuages ne se forment plus, l’ensoleillement fait le reste. Julien Nicolas décrit des conditions anticycloniques stationnaires qui « favorisent donc un temps ensoleillé », et rappelle que l’effet est maximal quand l’épisode tombe au moment du solstice d’été, comme en juin.
L’air chaud venu du sud compte parmi les ingrédients fréquents en Europe occidentale. Le chercheur cite des « remontées d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord » parmi les évolutions de la circulation atmosphérique. Mais c’est le couvercle anticyclonique qui piège cette chaleur et la fait durer.
Puis le sol prend le relais. La chaleur accélère l’évaporation, les sols s’assèchent, et un sol sec ne refroidit plus rien : c’est ce que les scientifiques appellent une sécheresse éclair. Après un début d’année très pluvieux, la France a basculé en quelques semaines.
Comment naît un dôme de chaleur
Quatre étapes qui s’enchaînent, et se renforcent.
Une zone de hautes pressions s’installe sur une région et ne bouge plus, plusieurs jours voire plusieurs semaines.
En descendant vers le sol, il subit une pression croissante, il se comprime, et cette compression le réchauffe sans qu’aucune chaleur ne lui soit apportée de l’extérieur.
Sans nuages, l’ensoleillement fait le reste. L’effet est maximal quand l’épisode tombe au moment du solstice d’été.
Des conditions anticycloniques stationnaires qui « favorisent donc un temps ensoleillé » — Julien Nicolas, 11:55
La chaleur accélère l’évaporation, les sols s’assèchent, et un sol sec ne tempère plus rien.
Vocabulaire des météorologues pour ces quatre temps : situation de blocage quand le courant-jet ondule et se fige, subsidence pour la descente lente de l’air, sécheresse éclair pour l’assèchement rapide des sols.
ERA5, la machine derrière les chiffres du climat
Quand le C3S annonce « le mois le plus chaud jamais enregistré », le chiffre vient d’une réanalyse. Elle s’appelle ERA5, et c’est elle qui alimente les bulletins climatiques mensuels du service depuis 2019. Aucune station ne mesure directement ce nombre.
La précision compte, car tous les chiffres du climat ne se fabriquent pas ainsi. Quand Météo-France qualifie un été de plus chaud jamais mesuré, il s’appuie sur son indicateur thermique national : la moyenne des températures minimales et maximales relevées dans trente stations de référence réparties sur le territoire, série tenue depuis 1947. Des mesures directes, agrégées. Deux méthodes, deux échelles, deux chiffres qu’il vaut mieux ne pas confondre.
Stations au sol, ballons-sondes, bouées, capteurs embarqués sur les avions, satellites : la matière première est immense et hétérogène. Elle est injectée dans un modèle météorologique par un procédé appelé assimilation. Pour les seules observations satellitaires, le volume quotidien « se mesure en dizaines de millions », précise-t-il.
Ces satellites ne sont d’ailleurs pas seulement les Sentinel européens. Le service utilise aussi des instruments conçus et gérés par d’autres agences, en Europe et ailleurs dans le monde. « Cette collaboration internationale est absolument essentielle et elle repose vraiment sur le partage de ces données », souligne le chercheur.
L’exercice revient à rejouer la prévision météo sur le passé, heure par heure, depuis 1940, avec un système de prévision moderne, gelé dans sa version opérationnelle de 2016 pour garantir la cohérence de la série. Le modèle reste donc le même sur toute la période. Comparer 1955 et 2026 revient à comparer deux climats plutôt que deux générations d’instruments, car le réseau d’observation n’a cessé de changer : avant la fin des années 1970, les données satellitaires étaient quasi inexistantes.
ERA5 va bien au-delà de la température. La réanalyse reconstitue un vaste ensemble de données climatiques, y compris des variables que personne ne mesure directement partout : Julien Nicolas cite les « flux d’énergie, de surface par exemple, ou même des précipitations ». Les rapports européens s’appuient sur la même matière pour suivre les glaciers, la température des cours d’eau ou l’humidité des sols. Et c’est encore ERA5 qui a livré le record océanique du 22 août.
Reste à savoir où s’arrête le service. Les projections climatiques à 2050 ou 2100, celles qui nourrissent le débat public, sont établies dans le cadre des rapports du GIEC, « non pas par le service Copernicus ». Le C3S travaille sur le climat passé et sur des prévisions saisonnières, à l’échelle de « quelques mois, de six mois, typiquement », ce qui lui permet notamment de suivre l’évolution d’El Niño dans le Pacifique équatorial.
Comment se fabrique un chiffre climatique
de millions
Stations au sol, ballons-sondes, bouées, capteurs embarqués sur les avions, satellites. Immense et hétérogène.
Toutes ces observations sont injectées dans un modèle météorologique unique, qui les combine avec sa propre prévision.
L’exercice est rejoué heure par heure depuis 1940, sur l’ensemble du globe, de la surface au sommet de l’atmosphère.
« Nous refaisons essentiellement l’exercice de prévision météorologique avec des données du passé. »
ERA5 alimente les bulletins climatiques mensuels du C3S depuis 2019. Accès libre via le Climate Data Store.
L’Europe, point chaud : quatre facteurs et un albédo qui s’efface
Le rapport annuel du C3S sur l’état du climat en Europe, publié fin avril avec l’Organisation météorologique mondiale, chiffre le phénomène : 0,56 °C de réchauffement par décennie en Europe depuis le milieu des années 1990, contre 0,27 °C au niveau mondial. Julien Nicolas parle d’« un des points chauds du changement climatique ».
Premier facteur : les continents chauffent plus vite que les océans, qui couvrent 70 % de la planète. Deuxième : la couverture de neige recule, et avec elle son pouvoir réfléchissant, ce que les climatologues appellent l’albédo : la part du rayonnement solaire qu’une surface renvoie vers l’espace. Une surface enneigée renvoie l’essentiel de ce rayonnement, un sol nu l’absorbe. L’effet joue surtout en hiver et au printemps, et concerne particulièrement l’Europe centrale, orientale et les Alpes.
Troisième facteur : la circulation atmosphérique évolue, avec des situations anticycloniques plus durables. Le quatrième surprend. Depuis les années 1980, la pollution de l’air a fortement reculé en Europe et les aérosols qui réfléchissaient le rayonnement solaire ont diminué. Julien Nicolas insiste sur ces « effets très bénéfiques pour la santé des populations ». La facture thermique, elle, se paie surtout en été, quand le rayonnement est le plus intense.
Un cinquième facteur joue en été, à l’échelle des sols de tout un pays. Les sécheresses plus fréquentes limitent l’évapotranspiration, cette évaporation des sols combinée à la transpiration de la végétation, qui « a un effet refroidissant sur l’air ». Moins d’évapotranspiration amplifie donc la chaleur. Julien Nicolas cite en illustration les plantations d’arbres engagées dans les villes comme « mesures d’atténuation des effets de la chaleur ».
S’y ajoute la proximité de l’Arctique, qui se réchauffe trois à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale et perturbe le courant-jet. Le réchauffement n’est d’ailleurs pas uniforme d’un bout à l’autre du continent : en valeur annuelle, précise le chercheur, la façade atlantique se réchauffe un peu moins vite que le centre et l’est de l’Europe.
1,5 °C : le seuil est acté, la durée reste ouverte
L’entretien a été enregistré le jour de la publication du rapport Limiting the Overshoot du Programme des Nations unies pour l’environnement. Julien Nicolas en tire une phrase nette : il est « quasi certain que nous allons dépasser cette limite. La question est de savoir de combien et pour combien de temps ».
Le seuil de 1,5 °C est la cible la plus ambitieuse de l’Accord de Paris. Le franchir déplace l’enjeu vers l’ampleur et la durée de ce dépassement. « Chaque fraction de degré compte », rappelle le chercheur.
Sur le moyen d’y parvenir, il est direct : cela passe par « la diminution et la réduction drastique et rapide des émissions de gaz à effet de serre » liées aux activités humaines. Le climat du passé ne reviendra pas, les conséquences engagées se comptant en siècles. L’ampleur de ce qui vient reste, elle, entre nos mains.
Le thermomètre est public
Les données du C3S sont gratuites et ouvertes à tous. Le Climate Data Store héberge les jeux complets, ERA5 compris ; l’application Climate Pulse affiche la température du globe et des océans, mise à jour quotidiennement, sur des cartes interactives.
S’y ajoutent un bulletin climatique mensuel et, chaque avril, un rapport sur l’état du climat en Europe, que Julien Nicolas présente comme un point d’entrée vers l’ensemble des données produites par le service.
L’été a montré l’importance des politiques d’adaptation, observe le chercheur, et l’adaptation commence par un préalable : « pour s’adapter à un climat qui change, il est important de savoir et d’évaluer les conséquences ». Savoir avant de décider. Les données existent, elles sont gratuites, et personne n’a besoin d’une autorisation pour les ouvrir.
Écoutez.
Simon Icard (rédigé avec IA)
POUR ALLER PLUS LOIN
- Service Copernicus pour le changement climatique : https://climate.copernicus.eu
- Climate Data Store : https://cds.climate.copernicus.eu
- Climate Pulse : https://pulse.climate.copernicus.eu
Et aussi : Météo-France : Bilan climatique de l’été 2026 (juin-juillet-août)
TIMECODES
00:06 — Avant de s’adapter, savoir : les données et l’été 2026
02:59 — Des sciences politiques à la climatologie
05:59 — Copernicus, une équipe au Centre européen et un réseau
08:04 — « Un été extrême, un été exceptionnel »
11:27 — Météo ou climat : le mécanisme du dôme de chaleur
14:14 — El Niño et le record de température des océans
20:03 — Dans les coulisses : qui mesure, avec quels instruments
21:53 — Ce qu’est vraiment une réanalyse
26:57 — L’assimilation, des dizaines de millions d’observations par jour
28:14 — Les satellites ne sont pas que les Sentinel
31:26 — Pourquoi l’Europe se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale
36:20 — Le facteur qui surprend : la pollution de l’air qui recule
43:10 — Ce que Copernicus fait, et ce qu’il ne fait pas
45:18 — 1,5 °C : le seuil acté, la durée en jeu
48:02 — Savoir avant de décider : les données pour l’adaptation
51:10 — Climate Pulse, le thermomètre en accès libre







