Hiver très pluvieux, été le plus chaud jamais mesuré, sols au plus sec : dans un épisode de Soluble(s), Yves Tramblay, hydrologue et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), décrypte la sécheresse de 2026 et les leviers pour affronter celles qui viennent.
Pourquoi un hiver aussi pluvieux n’a-t-il pas évité la sécheresse ?
À cause de la chaleur. Après un hiver à 35 % de pluie en plus, l’été 2026 a été le plus chaud mesuré en France depuis 1900, avec 40 % de pluie en moins, selon Météo-France. « Plus il fait chaud, plus l’eau s’évapore », résume Yves Tramblay. Gorgés d’eau en février, les sols ont atteint un record de sécheresse à la fin de l’été.
Sols, rivières, nappes : quelle différence ?
Les sols s’assèchent en premier, par évaporation et transpiration des plantes : c’est la sécheresse agricole. Les cours d’eau suivent quand l’écoulement diminue : c’est la sécheresse hydrologique. Les nappes, plus profondes, réagissent plus lentement, et très différemment selon la géologie locale.
Où est passée l’eau de l’hiver ?
Une partie s’est infiltrée vers les nappes, l’autre a ruisselé jusqu’aux rivières et à la mer, parfois en inondations. Certaines nappes se rechargent en quelques pluies, d’autres sur des temps très longs. « Ça s’appelle le cycle de l’eau et c’est la nature », rappelle l’hydrologue.
L’eau du robinet est-elle menacée ?
Les coupures touchent surtout des communes alimentées par un petit captage ou un cours d’eau qui s’assèche. Pour protéger l’eau potable, les arrêtés sécheresse suspendent les usages non prioritaires : lavage des voitures, arrosage des jardins, remplissage des piscines, et souvent l’irrigation agricole.
Quels leviers face aux sécheresses à venir ?
Trois axes à mener de front : gestion de la demande, solutions fondées sur la nature, solutions techniques là où elles sont adaptées. Le levier le plus sûr : les fuites, qui font perdre environ un litre d’eau potable sur cinq. Les réduire permettrait de récupérer 10 à 15 % d’eau, selon lui.
Faut-il stocker davantage d’eau ?
La loi d’urgence agricole vise à doubler le stockage d’eau agricole d’ici 2035. Pour Yves Tramblay, les barrages ont leur place s’ils sont bien dimensionnés. La hausse des pluies hivernales projetée par Explore2 reste incertaine selon les régions, et des sécheresses de plusieurs années ont déjà laissé des barrages à sec en Catalogne.
Comment l’agriculture peut-elle s’adapter ?
Elle représente 61 % de l’eau consommée en France, selon le Service des données et études statistiques (SDES). L’hydrologue invite à vérifier que les cultures correspondent à leur nouveau climat, comme le maïs irrigué en plein été dans le Sud-Ouest. Il cite la Suisse, qui rétribue les services écosystémiques des agriculteurs par des paiements directs.
Les villes peuvent-elles mieux retenir l’eau ?
Un parc infiltre l’eau bien mieux qu’un parking bétonné. L’essentiel se joue aussi en amont, avec des zones humides préservées et des parcelles agricoles qui favorisent l’infiltration : les inondations de Valence, en Espagne, l’ont montré selon lui. De nouvelles normes de construction peuvent aussi favoriser l’infiltration locale.
Recycler les eaux usées ou dessaler l’eau de mer ?
La France réutilise moins de 1 % de ses eaux usées traitées, selon le Cerema, et une expérimentation aux Sables-d’Olonne vise l’eau potable. Le défi : éliminer des polluants comme les résidus médicamenteux. Le dessalement, très gourmand en énergie et producteur de saumure, reste selon lui une option locale d’urgence.
Simon Icard (résumé avec IA)
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
Institut de recherche pour le développement (IRD) : https://www.ird.fr/
Explore2, les futurs de notre ressource en eau (ministère de la Transition écologique) : https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/explore2-futurs-notre-ressource-eau
Explore2, des futurs de l’eau (OFB) : https://ofb.gouv.fr/explore2-des-futurs-de-eau
Une sécheresse des sols historique (Météo-France) : https://meteofrance.com/actualites/une-secheresse-des-sols-historique
Suivi des nappes phréatiques (BRGM) : https://www.brgm.fr/fr/nappes-phreatiques-suivi-eau-souterraine
Suivre Yves Tramblay sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/yves-tramblay-475ab0366
TIMECODES
00:00 — Introduction : l’été 2026 et le paradoxe d’un hiver gorgé de pluie
02:28 — L’hydrologie, science de l’eau, et le parcours d’Yves Tramblay
04:23 — Nappes et sols : l’état des lieux de septembre 2026
04:53 — La chaleur, principal moteur de la sécheresse
06:50 — Sols, rivières, nappes : trois compartiments, trois réactions
08:52 — Eau potable : restrictions et usages prioritaires
11:06 — Où est passée l’eau de l’hiver ?
14:18 — La hausse des températures pilote l’aggravation des sécheresses
17:05 — Incendies et paysages : une vision globale de l’adaptation
18:24 — Trois axes d’adaptation et le levier des fuites
20:12 — La sobriété : optimiser les usages de l’eau
22:17 — Le maïs dans le Sud-Ouest et les cultures adaptées
24:08 — Le stockage de l’eau face aux sécheresses de plusieurs années
27:09 — Accompagner les agriculteurs : le coût de l’adaptation
29:18 — Villes : infiltration et vision de territoire
31:07 — Réutilisation des eaux usées : moins de 1 % en France
32:54 — Le dessalement, une option locale
34:12 — Conclusion






