Dans un épisode de Soluble(s), Christophe Payet, journaliste et producteur, cocréateur de PhantasIA sur Arte et auteur de GuérillIA (Seuil), explique pourquoi l’IA dominante n’est pas une fatalité. Biais cachés, technopium, petits modèles ouverts : ses pistes pour reprendre la main, sans rejeter l’IA ni la subir.
1. Qu’est-ce que la « guérilla culturelle » de Christophe Payet ?
C’est une stratégie non violente, inspirée du Manuel du guérillero urbain de Carlos Marighella (1969). La guérilla est le mode de combat des guerres asymétriques. Face aux géants de la tech, sa première règle consiste à se réapproprier les armes de l’adversaire pour en faire des outils d’émancipation.
2. Qu’est-ce que le « technopium » ?
C’est le nom que Christophe Payet donne au récit d’une IA toute-puissante, qui nous sauverait ou nous détruirait, en clin d’œil à l’opium du peuple de Karl Marx. Selon lui, ce discours quasi mystique, porté par les patrons de l’IA eux-mêmes, attire les capitaux et masque des problèmes concrets comme les data centers ou l’emploi.
3. Qu’est-ce que l’espace latent ?
C’est l’endroit où un modèle range ce qu’il a appris, sous forme de relations statistiques entre des idées, comme une galaxie de points reliés entre eux. Christophe Payet en fait une « zone à défendre ».
4. D’où viennent les biais des IA ?
Ils viennent des données d’entraînement, qui restent secrètes pour les modèles propriétaires. Fin août, Gemini conseillait d’appeler la police à quelqu’un qui se disait seul avec un Algérien, et proposait de parler gastronomie pour un Italien. Google a depuis corrigé ces réponses, mais selon Christophe Payet, des biais plus insidieux persistent.
5. Pourquoi est-ce un enjeu démocratique ?
Ces IA, qui restent des boîtes noires, influencent d’abord notre vision du monde, notamment via les résumés IA de Google. Elles s’installent ensuite dans nos vies et jusque dans les services publics. Christophe Payet réclame une gouvernance démocratique des modèles et de leurs données d’entraînement.
6. Qu’est-ce qu’un petit modèle de langage ?
C’est un modèle de quelques centaines de millions de paramètres au plus, contre des milliers de milliards pour les grands modèles. Selon Christophe Payet, il peut consommer jusqu’à cent fois moins d’énergie et tourner sur un simple ordinateur.
7. Que veut dire « créoliser » l’IA ?
C’est s’emparer de la technologie avec sa propre langue, sa culture et ses enjeux locaux. Exemple : InkubaLM, un modèle sud-africain de 400 millions de paramètres, entraîné sur cinq langues africaines.
8. Comment tester des modèles ouverts sans être développeur ?
Christophe Payet recommande les Spaces de Hugging Face. On peut y essayer gratuitement, par catégorie, des modèles de texte, d’image ou de voix.
9. Christophe Payet est-il contre l’IA ?
Non. Il rappelle que l’IA a permis aux journalistes des Pandora Papers de trier 12 millions de documents. Il défend un usage critique : se demander ce qu’on délègue, exiger les sources et vérifier les réponses. Il plaide aussi pour des petits modèles ouverts et frugaux. Lui-même utilise Claude comme partenaire de recherche, jamais pour écrire à sa place.
10. Que peut-on faire dès aujourd’hui ?
Se demander, avant chaque usage, quel savoir-faire on délègue. Demander les sources de chaque réponse et vérifier les liens. Et désactiver l’utilisation de ses conversations pour l’entraînement, dans les paramètres de son chatbot.
Simon Icard (résumé avec IA)
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
📖 GuérillIA, Christophe Payet (Seuil) : https://www.seuil.com/ouvrage/guerillia-christophe-payet/9782021631500
📺 PhantasIA (Arte) : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-026494/phantasia/
🎬 Sonique, le studio de Christophe Payet : https://www.instagram.com/sonique.studio/
📷 Christophe Payet sur Instagram : https://www.instagram.com/christophe.payet/
🤗 Hugging Face, les Spaces pour tester des modèles ouverts : https://huggingface.co/spaces
TIMECODES
00:00 — Introduction : l’IA générative s’installe dans nos vies
03:31 — Le parcours de Christophe Payet, de France Culture à PhantasIA
06:38 — « Il n’y a pas de fatalité » : l’IA hégémonique et ses alternatives
07:46 — Pourquoi parler de guérilla culturelle
09:59 — La première règle de la guérilla, transposée à l’IA
11:17 — IApocalypse : les marchands de peur
11:41 — Le technopium, ou le marketing de la peur
14:44 — À qui parle-t-on ? Des IA sans transparence
16:08 — L’espace latent, zone à défendre
18:02 — D’où viennent les biais de l’IA
19:00 — Garder un rapport critique à ses usages
21:25 — Gemini, un Algérien et un Italien
23:37 — Un enjeu démocratique : intimité, CAF, gouvernance
26:54 — L’IA au service du contre-pouvoir : Pandora Papers, Ukraine
29:21 — InkubaLM, une IA entraînée sur des langues africaines
29:46 — Les petits modèles de langage
32:01 — Jusqu’à cent fois moins d’énergie, et en local
35:14 — Hugging Face, porte d’entrée vers les modèles ouverts
38:16 — Les Spaces pour tester gratuitement
39:47 — Le rejet de l’IA, une impasse
42:05 — Data poisoning : des grains de sable dans la machine
43:44 — Claude, un interlocuteur et jamais un auteur
46:15 — Garder son esprit critique







