Tu poses une question à une intelligence artificielle, et elle te répond en une seconde. Mais d’où viennent ses réponses ? Le journaliste Christophe Payet a enquêté. Il a découvert qu’il n’existe pas seulement quelques IA célèbres, mais des milliers d’autres, souvent plus petites et plus transparentes.
Pourquoi on en parle ?
Selon le Baromètre du numérique 2026, près d’un Français sur deux de 12 ans et plus a déjà utilisé une intelligence artificielle générative. Les plus connues s’appellent ChatGPT, Gemini ou Claude. Elles écrivent des textes, fabriquent des images, répondent aux questions. Elles sont surtout fabriquées par quelques grandes entreprises américaines. Christophe Payet a écrit un livre pour montrer qu’on peut faire autrement.
Quel est le problème ?
Une IA apprend en « lisant » et en « regardant » une énorme quantité de textes et d’images. Ce sont ses données d’entraînement. Pour les IA les plus connues, on ne sait pas exactement lesquelles. C’est un secret d’entreprise.
Or, si ces données contiennent des idées toutes faites, l’IA peut les répéter. On appelle ça un biais. Par exemple, selon Christophe Payet, quand on demande à ChatGPT l’image d’un médecin, il dessine presque toujours un homme blanc. Pourtant, des médecins, il y en a de toutes sortes. Cet été, une autre IA a même répété un préjugé sur des personnes selon leur pays. L’entreprise a corrigé ses réponses.
Pour Christophe Payet, parler à ces IA, c’est un peu comme écouter un chercheur très brillant… sans jamais voir ses sources. Et en croyant tout ce qu’il dit.
Quelle est la solution ?
Christophe Payet défend d’autres IA : les petits modèles. Ils sont beaucoup plus légers que les grandes IA. Ils peuvent fonctionner sur un simple ordinateur, sans passer par d’immenses centres de données. Selon lui, ils peuvent consommer jusqu’à cent fois moins d’énergie que les grands.
Beaucoup de ces petits modèles sont ouverts. On dit aussi « open source », en anglais. Cela veut dire qu’on sait sur quoi ils ont été entraînés. Plus de secret : on peut vérifier.
Et puisqu’ils sont plus petits, on peut les entraîner pour un besoin précis. Une petite IA bien entraînée peut alors être plus utile qu’une très grande.
Mais Christophe Payet le dit aussi : ce n’est pas à chacun de tout régler seul. Il demande que les citoyens et leurs représentants aient leur mot à dire sur ces outils, au lieu de laisser quelques entreprises tout décider.
Qui agit ?
Christophe Payet est journaliste. Il a cocréé PhantasIA, une émission sur Arte. Il y a rencontré des artistes, des chercheurs et des développeurs qui inventent d’autres façons d’utiliser l’IA. Il a aussi écrit un livre, GuérillIA, qui explique comment chacun peut reprendre la main sur ces outils.
Son idée de départ tient en une phrase : « Il n’y a pas de fatalité, il n’y a pas qu’une seule voie, il y a des alternatives. » Autrement dit : rien n’est décidé d’avance.
Lui-même utilise une IA pour l’aider dans ses recherches, comme un partenaire de réflexion. Mais jamais pour écrire à sa place.
En pratique
En Afrique du Sud, une start-up appelée Lelapa AI a créé une petite IA : InkubaLM. Elle a été entraînée dans cinq langues africaines : l’isiZulu, le yoruba, le haoussa, le swahili et l’isiXhosa. Pourquoi ? Parce que les grandes IA comme ChatGPT ont appris avec très peu de textes dans ces langues. Selon Christophe Payet, elles sont donc presque « aveugles » à ces langues et à la culture de ceux qui les parlent. Grâce à InkubaLM, des habitants peuvent accéder à des services publics ou à des informations de santé dans leur propre langue.
Autre avantage des petits modèles : on peut les installer directement sur son ordinateur. Christophe Payet résume : « J’ai juste besoin de mon ordinateur branché sur ma prise secteur. »
Le savais-tu ?
L’IA peut aussi aider à découvrir la vérité ! Des journalistes du monde entier s’en sont servi pour trier 12 millions de documents. Grâce à ce tri, ils ont pu révéler une grande enquête : les Pandora Papers. Sans l’IA, jamais ils n’auraient pu lire tout ça à la main.
Ce que tu peux faire
- Avant d’utiliser une IA, pose-toi trois questions : pourquoi j’utilise cet outil ? Qu’est-ce que je viens y chercher ? Est-ce que je lui demande de faire quelque chose que je pourrais apprendre à faire moi-même ?
- Ne crois pas tout ce qu’une IA te répond. Demande-toi d’où vient l’information, et vérifie dans un livre ou sur un site sérieux.
- Repère les idées toutes faites : si une IA montre toujours le même genre de personne, demande-toi pourquoi.
- La plupart des IA sont réservées aux plus grands. Avant d’en utiliser une, parles-en avec un adulte.
Quelques mots clés
- Intelligence artificielle générative : un programme qui fabrique du texte, des images ou du son quand on lui pose une question.
- Données d’entraînement : tout ce que l’IA a « lu » ou « vu » pour apprendre.
- Biais : une erreur qui revient toujours dans le même sens, souvent parce que l’IA a appris des idées toutes faites.
- Petit modèle : une IA plus légère, qui peut fonctionner sur un ordinateur sans passer par d’énormes centres de données.
- Modèle ouvert (open source) : une IA dont on sait comment et avec quoi elle a été entraînée.
- Esprit critique : l’habitude de vérifier, de se demander d’où vient une information et si elle est juste.
Qui a appris à l’IA tout ce qu’elle sait ?
Avec Christophe Payet · journaliste, cocréateur de PhantasIA (Arte)
Tu poses une question à une intelligence artificielle, et elle te répond en une seconde. Mais d’où viennent ses réponses ? Le journaliste Christophe Payet a enquêté. Il a découvert qu’il n’existe pas seulement quelques IA célèbres, mais des milliers d’autres, souvent plus petites et plus transparentes.
Des IA qui apprennent en secret
Une IA apprend en « lisant » et en « regardant » une énorme quantité de textes et d’images : ses données d’entraînement. Pour les IA les plus connues, c’est un secret d’entreprise. Si ces données contiennent des idées toutes faites, l’IA peut les répéter. On appelle ça un biais.
Des petites IA, ouvertes et sobres
Christophe Payet défend les petits modèles. Plus légers, ils peuvent fonctionner sur un simple ordinateur. Beaucoup sont ouverts (on dit aussi « open source », en anglais) : on sait sur quoi ils ont été entraînés. En Afrique du Sud, InkubaLM a appris cinq langues que les grandes IA connaissent mal, faute de textes. Et ce n’est pas à chacun de tout régler seul : Christophe Payet demande que les citoyens et leurs représentants aient leur mot à dire.
Grande IA ou petite IA ?
Toutes les IA ne se ressemblent pas.
Grande IA
Elle tourne dans d’immenses centres de données. On ne sait pas exactement avec quoi elle a appris.
Petite IA
Elle peut tourner sur un simple ordinateur. Souvent ouverte : on sait sur quoi elle a été entraînée.
Agir concrètement ✅
- 🤔Avant d’utiliser une IA, demande-toi pourquoi tu l’utilises, et si tu pourrais apprendre à le faire toi-même.
- 🔎Ne crois pas tout ce qu’elle répond : vérifie dans un livre ou sur un site sérieux.
- 👀Repère les idées toutes faites : si une IA montre toujours le même genre de personne, demande-toi pourquoi.
- 🧑🏫La plupart des IA sont réservées aux plus grands : parles-en avec un adulte avant d’en utiliser une.
L’IA peut aussi aider à révéler la vérité
Des journalistes du monde entier s’en sont servi pour trier 12 millions de documents. Grâce à ce tri, ils ont révélé une grande enquête : les Pandora Papers. À la main, jamais ils n’auraient pu tout lire !
Pour tout comprendre 📖
« Il n’y a pas de fatalité, il n’y a pas qu’une seule voie, il y a des alternatives. »— Christophe Payet · Journaliste et producteur · Auteur de GuérillIA (Seuil)
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
📖 GuérillIA, Christophe Payet (Seuil) : https://www.seuil.com/ouvrage/guerillia-christophe-payet/9782021631500
📺 PhantasIA (Arte) : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-026494/phantasia/
🎬 Sonique, le studio de Christophe Payet : https://www.instagram.com/sonique.studio/
📷 Christophe Payet sur Instagram : https://www.instagram.com/christophe.payet/
🤗 Hugging Face, les Spaces pour tester des modèles ouverts : https://huggingface.co/spaces
TIMECODES
00:00 — Introduction : l’IA générative s’installe dans nos vies
03:31 — Le parcours de Christophe Payet, de France Culture à PhantasIA
06:38 — « Il n’y a pas de fatalité » : l’IA hégémonique et ses alternatives
07:46 — Pourquoi parler de guérilla culturelle
09:59 — La première règle de la guérilla, transposée à l’IA
11:17 — IApocalypse : les marchands de peur
11:41 — Le technopium, ou le marketing de la peur
14:44 — À qui parle-t-on ? Des IA sans transparence
16:08 — L’espace latent, zone à défendre
18:02 — D’où viennent les biais de l’IA
19:00 — Garder un rapport critique à ses usages
21:25 — Gemini, un Algérien et un Italien
23:37 — Un enjeu démocratique : intimité, CAF, gouvernance
26:54 — L’IA au service du contre-pouvoir : Pandora Papers, Ukraine
29:21 — InkubaLM, une IA entraînée sur des langues africaines
29:46 — Les petits modèles de langage
32:01 — Jusqu’à cent fois moins d’énergie, et en local
35:14 — Hugging Face, porte d’entrée vers les modèles ouverts
38:16 — Les Spaces pour tester gratuitement
39:47 — Le rejet de l’IA, une impasse
42:05 — Data poisoning : des grains de sable dans la machine
43:44 — Claude, un interlocuteur et jamais un auteur
46:15 — Garder son esprit critique




