1. Pourquoi parle-t-on autant de fake news aujourd’hui ?
Parce que la défiance envers les médias est massive — 61 % des Français se déclarent défiants (39e Baromètre La Croix–Verian–La Poste, janvier 2026) — et parce que la désinformation est accélérée par les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle (IA) générative. NewsGuard recensait en 2025 au moins 2 089 sites d’information non fiables générés par IA dans 16 langues.
2. Comment les jeunes s’informent-ils en 2026 ?
70 % des adolescents s’informent via TikTok, dont 55 % des 11-13 ans. 81 % déclarent ne plus savoir à qui faire confiance pour s’informer (étude e-Enfance/3018, janvier 2026). HugoDécrypte est connu de 90 % d’une classe selon Lise Pressac, et suivi par 22 % des moins de 35 ans en France, à égalité avec TF1 comme marque de référence (Reuters Institute 2025). Hugo Travers, son fondateur, a été auditionné par la commission Culture du Sénat en avril 2026.
3. Quel rôle joue l’IA générative dans la manière de s’informer ?
41 % des Français utilisent l’IA pour s’informer, dont 13 % chaque jour (Baromètre La Croix 2026). 56 % des ados font confiance aux réponses de l’IA et 40 % ne les remettent jamais en cause. 48 % des 18-24 ans s’en servent pour résumer des articles jugés trop complexes (Reuters Institute Digital News Report 2026). Plus inattendu : lors de son dernier atelier dans un collège de Seine-Saint-Denis, Lise Pressac a entendu plusieurs élèves lui confier que l’IA était devenue leur confidente.
4. Quelle est la méthode pour vérifier une information ?
Lise Pressac la résume en un mot qu’elle transmet en atelier : source. « Il faut plusieurs sources concordantes avant de sortir une information. » Le livre Stop aux fake news détaille dix indices simples : se méfier des titres racoleurs, vérifier qui parle, lire les commentaires, regarder la date de publication, croiser les sources, utiliser la recherche d’image inversée via Google Reverse Image, signaler les contenus suspects.
5. Comment reconnaître un deepfake ou une image générée par IA ?
Pour les images : compter les doigts, observer les émotions, traquer les détails étranges. Pour les vidéos, chercher un point de référence (une webcam, une autre source visuelle). Lise Pressac alerte : « On a de la chance pour pas très longtemps encore. » Le plus inquiétant désormais : le travestissement de la voix, qui permet de faire dire à peu près n’importe quoi à n’importe qui.
6. Pourquoi les jeunes cerveaux sont-ils plus vulnérables aux fake news ?
Parce que le cerveau n’est pas complètement constitué jusqu’à trente ans, et que les fausses informations jouent sur les émotions davantage que sur la raison. « Prendre le temps, ce n’est même pas quinze minutes, c’est juste entre deux secondes et quinze secondes supplémentaires », rappelle Lise Pressac. Comme le résume Thomas Huchon, cité dans le livre : « On ne croit pas tous aux fake news, mais on est tous capables de croire à une fake news. »
7. Qu’est-ce que la théorie de Brandolini ?
Citée dans le livre : « Il est plus rapide de créer une fausse information que de la vérifier et la démonter. » L’énergie nécessaire pour démentir une fake news est sans commune mesure avec celle qu’il faut pour la produire. « La première personne dont il faut se méfier, c’est nous », ajoute Lise Pressac — face à nos propres émotions et nos biais.
8. Qu’est-ce que l’EMI et le CLEMI ?
L’EMI est l’éducation aux médias et à l’information, officiellement inscrite dans les programmes scolaires. Le CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), rattaché au Réseau Canopé du ministère de l’Éducation nationale, en est l’opérateur national. Il forme les enseignants et organise chaque année la Semaine de la presse et des médias dans l’École, qui mobilise plus de 220 000 enseignants.
9. Quelles associations interviennent auprès des jeunes et des adultes ?
Lise Pressac travaille notamment avec Transonore (résidences longues en collèges de Seine-Saint-Denis, financées par le département) et Lumières sur l’info (réseau de journalistes fondé fin 2016 après les attentats, présidé par Damien Fleurot, qui va à la rencontre des publics hors les murs scolaires).
10. Concrètement, par où commencer pour s’éduquer aux médias ?
Lire Stop aux fake news (éd. Magenta), s’abonner à des sources fiables, croiser systématiquement, vérifier les images via Google Reverse Image, lire les commentaires, et surtout : ralentir avant de partager. « On peut tous être acteur de cette information », insiste Lise Pressac.
Simon Icard (résumé avec IA)
POUR ALLER PLUS LOIN
Lire : “Stop aux fake news” par Lina Fourneau et Lise Pressac (Editions Magenta), 19 € https://magenta-editions.fr/sans-tabou/521-stop-aux-fake-news.html
Éducation aux médias et à l’information : les associations évoquées
- Transonore : https://transonore.fr/nos-ateliers/
- Lumières sur l’info : https://lumieres.info/
Et aussi le site officiel du CLEMI – Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information
TIMESCODES
00:00 — Introduction et présentation de Lise Pressac
02:00 — D’où vient la conviction de l’éducation aux médias
04:30 — Une question de citoyenneté, fait vs opinion
05:08 — L’EMI dans les programmes : ce qui marche vraiment
05:54 — HugoDécrypte connu de 90 % d’une classe
08:30 — Le cerveau pas constitué jusqu’à 30 ans, émotions vs raison
12:00 — Hugo Travers, ChatGPT et l’IA pour s’informer
14:14 — L’IA confidente des élèves : témoignages d’atelier
16:53 — Deepfakes : Thomas Huchon, les détails à scruter
17:30 — La voix, ce qui inquiète vraiment
21:31 — La méthode de l’incendie en face du collège
22:32 — L’exemple Hollywood : trois L et une webcam
26:16 — Théorie de Brandolini : l’asymétrie production / démenti
27:30 — Boucles WhatsApp et émotions
29:10 — Transonore : résidences longues dans les collèges du 93
31:48 — Un métier tout à fait ordinaire
32:08 — Lumières sur l’info : aller-vers les publics éloignés
32:19 — Marseille, le port, le sympathisant du professeur Raoult
33:32 — Une journée par an consacrée à l’éducation aux médias
33:45 — Boulogne-sur-Mer, l’autre France à 1h30 de TER
34:46 — Conclusion




