Tu passes du temps sur des écrans — pour jouer, regarder des vidéos, parler à tes amis. Et chez toi, parfois, ça crée des tensions. C’est normal : même les adultes spécialistes du numérique galèrent avec ça. Bonne nouvelle : il existe des solutions concrètes, et elles marchent vraiment.
Pourquoi on en parle ?
Les écrans font partie de nos vies. En France, chaque foyer possède en moyenne 9,4 écrans. Les enfants de 6 à 17 ans passent plus de 4 heures 11 par jour devant un écran, hors école. Les adultes, eux, sont à 4h36. Personne n’échappe au sujet.
Quel est le problème ?
Le smartphone, c’est ce que François Saltiel appelle « l’écran total » : il fait tout — regarder des vidéos, jouer, discuter, s’informer. Et il est conçu pour capter ton attention le plus longtemps possible. Du coup, on peut se retrouver à scroller sans vraiment le vouloir, même quand on avait prévu d’arrêter.
Dans les familles, ça crée des conflits. Les parents oscillent entre « dealer » (ils donnent l’écran pour avoir la paix) et « gendarme » (ils posent des règles). Et les enfants trouvent toujours le moyen de retourner les arguments contre les adultes — parce que les parents aussi sont sur leur téléphone.
Quelle est la solution ?
Pas d’interdiction totale. Plutôt une méthode : P.L.A.Y.
P comme Partager : dialoguer sur ce qu’on vit en ligne. Pas seulement comment s’est passée ta journée ? mais aussi comment s’est passée ta journée en ligne ?
L comme Libérer : organiser des moments sans écran, avec des activités qui donnent vraiment envie.
A comme Accueillir : reconnaître les émotions que les écrans provoquent — joie, frustration, colère — sans les minimiser.
Y comme Yes or No : poser des règles claires, mais négociées ensemble, et qui s’appliquent aussi aux adultes.
La clé, c’est le contrat réciproque : ce n’est pas toi contre les écrans, c’est toi et tes parents contre les écrans.

Qui agit ?
François Saltiel est journaliste et producteur à France Culture. Il anime chaque matin l’émission Un monde connecté et chaque vendredi La Fabrique de l’information, une émission qui analyse comment les médias et les réseaux sociaux façonnent nos opinions. C’est un spécialiste du numérique — il suit et décrypte ces sujets depuis plus de dix ans.

Virginie Sassoon est directrice adjointe du CLEMI, le Centre pour l’éducation aux Médias et à l’Information — l’organisme officiel qui forme les enseignants et les élèves à comprendre et utiliser les médias de manière critique.
Ils forment un couple. Ensemble, ils ont trois enfants : une adolescente de 17 ans et deux garçons de 9 et 6 ans. Chez eux, il y a près de dix appareils connectés. Et Saltiel le dit lui-même : « on a beau être experts du sujet, on galère comme tout le monde. » C’est précisément parce qu’ils ont vécu ces tensions de l’intérieur — et cherché des solutions qui marchent vraiment chez eux — qu’ils ont écrit Faire la paix avec nos écrans (Flammarion, 2025) pour le partager avec tout le monde.
En pratique
La méthode P.L.A.Y. ne s’impose pas — elle se construit en famille. Et elle commence par quelque chose de très simple que Saltiel explique dans l’épisode : on demande souvent à un enfant comment s’est passée ta journée ? en pensant à l’école, aux copains, au foot. Mais on ne lui demande presque jamais comment s’est passée ta journée en ligne ?
Pourtant, la question mérite d’être posée vraiment : qu’est-ce que tu as vu comme images ? Tu as appris quelque chose ? Il s’est passé quelque chose de plaisant, ou au contraire quelque chose qui t’a mis mal à l’aise ? Avec qui tu as parlé ? L’idée, c’est de ne pas dévaloriser ce qui se vit sur internet — parce que ces expériences sont réelles, elles provoquent de vraies émotions. Et en s’y intéressant, les adultes peuvent mieux comprendre ce que traversent les enfants, et faire de l’écran quelque chose de partagé plutôt qu’un espace secret ou interdit.
Autre exemple concret : le contrat réciproque. Plus de téléphone à table — mais pour tout le monde, parents inclus. En échange, on prévoit un jeu de société ou une activité commune. Saltiel insiste : les enfants sont de très fins négociateurs. Dès qu’un parent dit « pose ton téléphone », l’enfant retourne l’argument — « et toi, t’es tout le temps dessus ». Le contrat règle ça : chacun s’engage, adultes compris.
La déconnexion doit être joyeuse — c’est le mot que Saltiel répète. Si le « sans écran » ressemble à une punition, ça ne tient pas. Il faut des alternatives vraiment désirables, pas juste un vide à remplir.
Le savais-tu ?
Depuis janvier 2025, le nouveau carnet de santé français recommande officiellement : pas de smartphone connecté avant 13 ans, et pas d’accès seul aux réseaux sociaux avant 15 ans.
Ce que tu peux faire
- Poser une question originale à tes parents ce soir : comment s’est passée ta journée en ligne ?
- Proposer un pacte : tout le monde pose son téléphone pendant le dîner — parents compris.
- Essayer le JOMO : choisir de ne pas regarder son téléphone pendant une heure, et voir si ça fait du bien.
- Apprendre à repérer quand une appli cherche à te garder dessus plus longtemps que tu ne voulais.
Quelques mots clés
Société amphinétique — un mot inventé par François Saltiel et Virginie Sassoon. Amphi vient du grec et signifie « des deux côtés » — comme dans amphithéâtre ou amphibie. Nétique évoque le numérique et internet. Ensemble, ça désigne notre monde où vie connectée et vie déconnectée s’entremêlent en permanence, sans frontière nette.
Technoférence — quand un écran interrompt un moment avec quelqu’un. Par exemple : ton parent qui regarde son téléphone pendant que tu lui parles, juste à cause d’une notification.
JOMO — Joy Of Missing Out : la joie de se déconnecter volontairement, de rater l’accessoire pour profiter du présent.
FOMO — Fear Of Missing Out : la peur de rater quelque chose si on n’est pas connecté. L’opposé du JOMO.
Interopérabilité — le droit de transporter ses données (amis, abonnés) d’une plateforme à une autre. Aujourd’hui, ce n’est pas encore possible sur les réseaux sociaux.
EMI — Éducation aux Médias et à l’Information : apprendre à comprendre comment fonctionnent les médias et internet, pour ne pas se laisser manipuler. Pour Saltiel, c’est « notre seule arme » face aux grandes plateformes.
Les écrans, ça rend accro ? Voici comment s’en faire des alliés
Avec François Saltiel · Journaliste, France Culture & co-auteur avec Virginie Sassoon
On est tous accros… même les adultes 😬
En France, chaque foyer possède en moyenne 9,4 écrans. Les enfants passent plus de 4 heures par jour devant un écran hors école. Les adultes aussi. Et tout le monde galère à trouver l’équilibre.
La méthode P.L.A.Y. 🎮
P comme Partager : dialoguer sur ce qu’on vit en ligne. Pas seulement comment s’est passée ta journée ? mais aussi comment s’est passée ta journée en ligne ?
L comme Libérer : organiser des moments sans écran, avec des activités qui donnent vraiment envie — pas juste un vide à remplir.
A comme Accueillir : reconnaître les émotions que les écrans provoquent — joie, frustration, colère — sans les minimiser.
Y comme Yes or No : poser des règles claires, mais négociées ensemble, et qui s’appliquent aussi aux adultes.
Ce qui ne marche pas 🚫
Deux erreurs très fréquentes que François Saltiel et Virginie Sassoon ont repérées dans les familles :
La déconnexion punition
Si « sans écran » ressemble à une punition, ça ne tient pas. La déconnexion doit être joyeuse et désirée, sinon elle échoue.
Les règles sans exemple
Les enfants sont de fins négociateurs : si les parents sont sur leur téléphone, les règles se retournent contre eux. Le contrat engage tout le monde.
Agir concrètement ✅
- 💬Poser une question originale à tes parents ce soir : « Comment s’est passée ta journée en ligne ? »
- 🤝Proposer un pacte : tout le monde pose son téléphone pendant le dîner — parents compris.
- 😌Essayer le JOMO : choisir de ne pas regarder son téléphone pendant une heure, et voir si ça fait du bien.
- 👀Apprendre à repérer quand une appli cherche à te garder dessus plus longtemps que tu ne voulais.
Le carnet de santé a changé en 2025 🏥
Depuis janvier 2025, le nouveau carnet de santé français recommande officiellement : pas de smartphone connecté avant 13 ans, et pas d’accès seul aux réseaux sociaux avant 15 ans.
Pour tout comprendre 📖
« Ce n’est pas toi contre les écrans, c’est toi et moi contre les écrans. »
— François Saltiel · Journaliste & producteur · France Culture
Simon Icard (avec IA)
POUR ALLER PLUS LOIN
- Lire : « Faire la paix avec nos écrans », Flammarion https://editions.flammarion.com/faire-la-paix-avec-nos-ecrans/9782080476845

Écouter : François Saltiel à la radio sur France Culture ou dans l’application Radio France :
- 8h50 : “Un monde connecté” chaque matin
- “La Fabrique de l’information”, le vendredi à 14h
Et aussi :
- Le site du Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI)
- Le Baromètre du Numérique 2025 (Credoc, en PDF)
TIMECODES
00:00 Introduction : Faire la paix avec nos écrans
01:55 Le parcours de François Saltiel : le numérique comme fenêtre sur le monde
03:39 Le smartphone : l’écran amplificateur qui a tout bouleversé
04:49 La réalité des parents : osciller entre « gendarme » et « dealer »
06:23 La « parentalité numérique » : une génération de pionniers
08:29 Sentiment d’impuissance et fin du mythe du « monde virtuel »
11:37 Une clé du dialogue : « Comment s’est passée ta journée en ligne ?
12:46 La méthode P.L.A.Y. (Partager, Libérer, Accueillir, Yes/No)
16:17 La captivité numérique : comprendre le piège des données
18:57 L’interopérabilité : pourquoi on ne peut pas emmener ses abonnés avec soi
20:09 L’éducation aux médias : notre seule véritable arme
22:21 « La Fabrique de l’information » sur France Culture
23:23 Merci à François Saltiel
24:48 Fin




