L’eau douce est la ressource la plus précieuse de la planète. Et pourtant, elle disparaît de plus en plus vite. Charlène Descollonges, ingénieure hydrologue, explique pourquoi — et surtout, comment on peut agir.
Pourquoi on en parle ?
Les sécheresses durent plus longtemps. Les inondations sont plus brutales. Et ce n’est pas uniquement la faute du réchauffement climatique. Avant même de perturber le climat, les humains ont déréglé le cycle de l’eau. C’est le sujet de cet épisode.
Quel est le problème ?
Quand il pleut, l’eau devrait s’infiltrer dans le sol, nourrir les nappes phréatiques, alimenter les rivières doucement. Mais aujourd’hui, elle ruisselle — elle glisse sur le bitume, les champs tassés, les parkings — et file directement vers la mer sans s’arrêter.
Résultat : les nappes phréatiques ne se rechargent plus correctement. Les sols s’assèchent. Et on manque d’eau là où on en a besoin.
L’empreinte eau : bien plus que ce qu’on voit
Tu utilises 146 litres d’eau potable par jour — pour te laver, boire, cuisiner. C’est déjà beaucoup. Mais si on compte toute l’eau cachée dans ce qu’on mange, ce qu’on porte et ce qu’on achète, ça monte à 4 900 litres par jour. C’est l’équivalent de 25 baignoires pleines.
Cette eau « invisible », c’est ce qu’on appelle l’empreinte eau. Produire un kilo de bœuf, par exemple, nécessite des milliers de litres d’eau — pour faire pousser les céréales qui nourrissent l’animal, l’abreuver, nettoyer les élevages. Et tout ça, on ne le voit pas quand on mange un steak.
80 % de cette empreinte vient de ce qu’on mange. Et plus on mange de viande rouge, plus elle est élevée.
Quelle est la solution ?
Ralentir l’eau. Lui redonner le temps de s’infiltrer dans le sol.
Ça s’appelle l’hydrologie régénérative. L’idée : recréer des paysages qui retiennent l’eau naturellement — des zones humides, des haies, des arbres, des prairies, des petites mares. Et dans les villes, enlever le béton pour laisser l’eau s’infiltrer à nouveau.
Qui agit ?
Charlène Descollonges est ingénieure hydrologue et conférencière. Elle a cofondé l’Association pour une hydrologie régénérative et écrit le livre L’eau – Fake or not (Tana Éditions). Elle milite pour qu’on repense complètement la façon dont on aménage nos territoires autour de l’eau.

En pratique
Dans les villes, des solutions existent déjà : déconnecter les réseaux d’assainissement et d’eaux pluviales, remplacer le bitume par des surfaces végétales ou perméables, créer des jardins de pluie — des petits bassins qui collectent l’eau de pluie et la laissent s’infiltrer doucement.
À la campagne, on peut travailler sur les pentes pour casser le ruissellement, recréer des corridors boisés le long des rivières, et restaurer les zones humides disparues.
Les élu·es locaux ont un rôle clé : ce sont eux qui décident de l’aménagement du territoire.
Le savais-tu ?
En 2023, la Dordogne était presque à sec en été — et a atteint des niveaux de crues historiques à l’automne. Ce n’est pas une contradiction : c’est exactement ce que prédit le changement climatique. Des sécheresses plus longues, suivies de pluies plus violentes.
Ce que tu peux faire
- Manger moins de viande : c’est le levier le plus puissant pour réduire ton empreinte eau.
- Parler-en autour de toi : demander à ta mairie de végétaliser les trottoirs, c’est concret et possible.
- Soutenir des agriculteurs locaux qui prennent soin des sols et plantent des arbres.
- Éviter le gaspillage alimentaire : chaque aliment jeté, c’est aussi de l’eau gaspillée.
Quelques mots clés
- Nappe phréatique : réservoir d’eau souterrain, alimenté quand l’eau s’infiltre dans le sol. Si le sol est bétonné, elle ne se recharge plus.
- Ruissellement : quand l’eau de pluie glisse sur le sol sans s’infiltrer et part directement vers les rivières ou les égouts.
- Hydrologie régénérative : nouvelle approche qui cherche à réparer le cycle de l’eau en aménageant le territoire différemment — moins de béton, plus de nature.
- Zone humide : marais, prairie inondable, bord de rivière… Ces milieux stockent l’eau et abritent une biodiversité immense. On en a détruit 50 % en 60 ans.
- Empreinte eau : toute l’eau utilisée pour fabriquer ce qu’on consomme — un jean, un steak, un téléphone. Elle est souvent invisible, mais énorme.
- Bassin versant : territoire naturel dans lequel toutes les eaux de pluie convergent vers un même cours d’eau. C’est l’unité de base pour gérer l’eau localement.
Et si on apprenait à l’eau à prendre son temps ?
Avec Charlène Descollonges · Ingénieure hydrologue & Association pour une hydrologie régénérative
L’eau douce est la ressource la plus précieuse de la planète. Et pourtant, elle disparaît de plus en plus vite. Charlène Descollonges explique pourquoi — et surtout, comment on peut agir.
L’eau file trop vite 💨
Quand il pleut, l’eau devrait s’infiltrer dans le sol. Mais aujourd’hui, elle ruisselle sur le bitume et les champs tassés, et file à la mer sans s’arrêter. Les nappes phréatiques ne se rechargent plus. Et notre empreinte eau — toute l’eau cachée dans ce qu’on mange et consomme — est bien plus grande qu’on ne le croit.
Ralentir l’eau pour la garder 🌊
L’hydrologie régénérative, c’est l’idée de recréer des paysages qui retiennent l’eau naturellement : zones humides, haies, arbres, petites mares. Dans les villes, on enlève le béton pour laisser l’eau s’infiltrer à nouveau. À la campagne, on travaille sur les pentes et les cours d’eau. L’eau doit faire le chemin le plus long possible avant de rejoindre la mer.
En ville et à la campagne 🏙️🌾
Deux niveaux d’action complémentaires pour ralentir l’eau là où on vit.
En ville
Désimperméabiliser : remplacer le bitume par des surfaces végétales, créer des jardins de pluie, séparer les réseaux d’eaux pluviales et d’assainissement.
À la campagne
Recréer des haies et corridors boisés, restaurer les zones humides, travailler les pentes avec des petites retenues pour casser le ruissellement.
Agir concrètement ✅
- 🥦Manger moins de viande rouge — c’est le levier le plus puissant pour réduire ton empreinte eau.
- 🏡Demander à ta mairie de végétaliser les trottoirs et de créer des jardins de pluie.
- 🧺Éviter le gaspillage alimentaire — chaque aliment jeté, c’est aussi de l’eau gaspillée.
- 🌾Soutenir des agriculteurs locaux qui prennent soin des sols, plantent des arbres et préservent les haies.
La Dordogne : à sec l’été, en crue l’automne
En 2023, la Dordogne était presque à sec en été — et a atteint des niveaux de crues historiques à l’automne. Ce n’est pas une contradiction : c’est exactement ce que prédit le changement climatique. Des sécheresses plus longues, suivies de pluies plus violentes. Le cycle de l’eau s’emballe.
Pour tout comprendre 📖
« Nos besoins d’eau excèdent la capacité des hydrosystèmes à fournir de l’eau en quantité suffisante. »
— Charlène Descollonges · Ingénieure hydrologue · Association pour une hydrologie régénérative
POUR ALLER PLUS LOIN
- Consulter le site de l’association cofondée par notre invitée :
Association « pour une hydrologie régénérative » - Lire le livre : “L’eau – Fake or not” par Charlène Descollonges – Tana éditions


- Les cours en ligne : “Les enjeux de l’eau – Comprendre, gérer et régénérer le cycle de l’eau” https://www.sator.fr/cours/les-enjeux-de-leau
TIMECODES
00:00 Introduction
01:17 Son parcours
02:21 Ingénieure et Hydrologue : c’est quoi ce métier concrètement ?
04:33 Les activités humaines perturbent le cycle de l’eau
07:53 Des conflits d’usages de l’eau
10:49 L’hydrologie régénérative
13:27 L’exemple du Rhône et de l’Arve
16:57 Ralentir l’eau en “désimperméabilisant” les sols
19:11 Empreinte eau individuelle : comment la diminuer ?
22:01 L’impact du changement climatique sur le cycle de l’eau
23:20 L’importance d’agir localement sur les causes
25:38 Merci à Charlène Descollonges !
Fin
Propos recueillis par Simon Icard.




