Tu connais des enfants qui vivent dans le même quartier depuis toujours, mais qui ne connaissent personne d’un autre quartier de la même ville ? À Marseille, c’est la réalité de beaucoup d’élèves. Marion Chapulut a eu une idée pour changer ça : jumeler des classes de primaire qui ne se seraient jamais rencontrées. Plus de 2 800 enfants ont déjà vécu l’expérience.
Pourquoi on en parle ?
En France, les enfants qui grandissent dans des familles riches et les enfants qui grandissent dans des familles modestes ne vont quasiment jamais dans la même école. Ils vivent dans des quartiers différents, et la carte scolaire (qui décide dans quelle école tu vas selon où tu habites) reflète ces séparations. Résultat : deux enfants du même âge peuvent grandir à trois kilomètres l’un de l’autre… sans jamais se croiser.
Quel est le problème ?
Ce n’est pas seulement une question de rencontre manquée. Les inégalités scolaires commencent très tôt. Dès le CP, l’écart de niveau en français entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés atteint déjà 41 points. Et cet écart se creuse d’environ 10 % chaque année tout au long du primaire.
À l’entrée en 6e, 41 % des enfants de cadres ont de bons résultats en français — contre seulement 6 % des enfants dont les parents sont sans emploi. Ce n’est pas une question d’intelligence. C’est le résultat d’un environnement très différent dès le plus jeune âge.
Marion Chapulut explique aussi que le cerveau de l’enfant commence à mettre en place des « barrières » vis-à-vis de ceux qui sont différents très tôt, avant même le collège. Si on n’agit pas pendant le primaire, il devient beaucoup plus difficile de faire évoluer ces représentations ensuite.
Quelle est la solution ?
Le Grand Bain, c’est un programme qui jumelle des classes de primaire de quartiers très différents. Une classe d’un quartier favorisé et une classe d’un quartier populaire — même niveau scolaire, mais réalités sociales opposées — vont passer toute une année à se découvrir.
Ça commence par trois mois de correspondance. Les élèves s’écrivent des lettres, livrées à vélo à travers Marseille. Ensuite vient la première rencontre physique, sous forme de jeux appelés « olympiades de la rencontre ». Puis les deux classes se rendent visite dans leurs quartiers respectifs — chaque groupe montre à l’autre son épicerie, son école, son quotidien. L’année se termine par un grand festival où les productions communes sont célébrées.
Qui agit ?
Marion Chapulut est la fondatrice et présidente de CitizenCorps, une association marseillaise créée en 2016. Après des expériences dans l’audiovisuel et aux États-Unis, elle a créé Le Grand Bain en 2021. Depuis, plus de 2 800 enfants à Marseille ont participé au programme.
En pratique
Le jumelage ne se fait pas au hasard. L’équipe utilise l’indice de position sociale (IPS), un indicateur officiel de l’Éducation nationale, pour s’assurer que les deux classes jumelées viennent vraiment de milieux très différents. On jumelle des CP avec des CP, des CM1 avec des CM1.
Les enseignants sont au cœur du programme. Ils ne sont pas mis de côté — au contraire, le Grand Bain leur redonne un rôle sur la citoyenneté. 95 % des enseignantes disent retrouver du sens et de la motivation grâce au programme.
Quand des frictions apparaissent (et elles arrivent), l’équipe ne les cache pas. Des ateliers de réflexivité réunissent les enfants avec des sociologues pour parler de ce qui les a choqués, blessés ou dérangés. La friction devient une occasion d’apprendre.
Le savais-tu ?
Des élèves d’un quartier populaire ont cru que leurs correspondants leur mentaient parce qu’ils avaient parlé d’une piscine et de poules dans leur jardin. De l’autre côté, des élèves d’un quartier favorisé ont eu du mal à comprendre que des lettres avec des fautes d’orthographe pouvaient quand même être écrites avec beaucoup de soin et d’envie. Ces malentendus ont conduit Marion Chapulut à créer les ateliers de réflexivité — pour travailler justement ces représentations avec les enfants.
Ce que tu peux faire
- Parles-en autour de toi : est-ce que tu connais des enfants d’autres quartiers de ta ville ? Qu’est-ce qui pourrait aider à se rencontrer ?
- Observe ton école : est-ce que tes camarades viennent tous du même quartier, ou de milieux différents ?
- Si tu es curieux·se : demande à un adulte de chercher legrandbain-ecole.fr — le programme s’étend à d’autres villes françaises.
Quelques mots clés
Ségrégation scolaire — quand les élèves de milieux sociaux différents n’ont pas accès aux mêmes écoles, souvent parce qu’ils habitent dans des quartiers séparés.
Indice de position sociale (IPS) — un chiffre calculé par l’Éducation nationale pour mesurer la composition sociale d’une école. Plus l’IPS est élevé, plus les familles sont favorisées.
Carte scolaire — le système qui détermine dans quelle école tu vas selon ton adresse.
Compétences socio-émotionnelles — la capacité à comprendre ses propres émotions, à aller vers les autres, à gérer les conflits et à sortir de sa zone de confort.
Réflexivité — la capacité à prendre du recul sur ce qu’on a vécu, à se demander pourquoi on a réagi d’une certaine façon.
Jumelage — le fait d’associer deux classes (ou deux écoles) pour qu’elles travaillent ensemble sur un projet commun.
Quand des enfants de quartiers différents apprennent à se connaître
Avec Marion Chapulut · CitizenCorps
À Marseille, des enfants du même âge peuvent grandir à trois kilomètres l’un de l’autre sans jamais se croiser. Marion Chapulut a eu une idée pour changer ça : jumeler des classes de primaire qui ne se seraient jamais rencontrées. Plus de 2 800 enfants ont déjà vécu l’expérience.
Des inégalités qui se creusent dès le CP
Les enfants de milieux différents ne vont quasiment jamais dans la même école. Et les inégalités scolaires commencent très tôt — bien avant le collège.
Le Grand Bain : une année entière pour apprendre à se rencontrer
Le Grand Bain jumelle des classes de primaire de quartiers très différents. Le jumelage s’appuie sur l’indice de position sociale (IPS) pour s’assurer que l’écart entre les deux classes est réel. Puis toute une année se déroule — étape par étape.
4 étapes pour plonger ensemble 🏊
La rencontre ne s’improvise pas. Elle se prépare, elle se construit, et elle se célèbre.
Les lettres
6 échanges de courriers entre correspondants, livrés à vélo à travers Marseille. On s’écrit avant de se voir.
Les Olympiades
La première rencontre physique : jeux, brise-glaces, ateliers. « C’était ma journée de l’école préférée » — Ilona, CM1.
Les rencontres mensuelles
Chaque mois : un projet artistique commun (danse, théâtre, podcast…) et deux visites de quartier croisées.
Le Festival
Enfants, parents, artistes et enseignants réunis pour célébrer ce qui a été fait ensemble. Le point final d’une aventure humaine.
Agir concrètement ✅
- 💬Parles-en autour de toi : est-ce que tu connais des enfants d’autres quartiers de ta ville ?
- 👀Observe ton école : tes camarades viennent-ils tous du même quartier, ou de milieux différents ?
- 🙋Tu es enseignant, parent ou directeur d’école ? Demande à un adulte de chercher legrandbain-ecole.fr — le programme s’étend à d’autres villes françaises.
Des lettres qui ont surpris tout le monde !
Des élèves d’un quartier populaire ont cru que leurs correspondants leur mentaient parce qu’ils avaient parlé d’une piscine et de poules dans leur jardin. De l’autre côté, des élèves d’un quartier favorisé ont eu du mal à comprendre que des lettres avec des fautes d’orthographe pouvaient quand même être écrites avec beaucoup de soin et d’envie. Ces malentendus ont conduit Marion Chapulut à créer les ateliers de réflexivité.
Pour tout comprendre 📖
« La mixité, il faut qu’elle soit désirée, on ne peut pas l’imposer. »— Marion Chapulut · Fondatrice et présidente · CitizenCorps
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
- Le Grand Bain — site du programme : legrandbain-ecole.fr
- CitizenCorps — l’association : citizencorps.fr
- Inégalités sociales dans l’enseignement scolaire (INSEE, 2025) : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8612522?sommaire=8612596
- Note DEPP n° 24.21 — Inégalités sociales de compétences (juin 2024) : https://www.education.gouv.fr/depp/evolution-des-inegalites-sociales-de-competences-au-fil-du-temps-et-de-la-scolarite-452484
⏱ TIMECODES:
00:00 — Introduction et présentation du programme
01:56 — Parcours de Marion : de l’ESSEC à CitizenCorps
04:00 — RockCorps et la naissance du projet associatif
06:14 — Pourquoi agir dès le primaire : barrières cognitives et cerveau de l’enfant
07:28 — L’écart se creuse de 10 % par an entre classes sociales
08:43 — La France archipel et la fragmentation sociale
09:42 — Marseille, ville de cent un villages
12:50 — Le jumelage par indice de position sociale
13:33 — Le rôle central des enseignants
14:43 — Les lettres livrées à vélo
15:54 — Les olympiades de la rencontre
17:44 — Les visites de quartier croisées
19:44 — La piscine, les poules et le choc des représentations
20:13 — Les ateliers de réflexivité
23:44 — Le festival de fin d’année
26:26 — La mesure d’impact : cabinet Kimso
26:42 — 59 % se sont sentis respectés
29:55 — La mixité désirée, pas imposée
31:28 — Essaimage en métropole et autres villes
33:04 — Intégration à la formation des enseignants à l’INSPE d’Aix-Marseille
34:13 — Conclusion




