Sept millions d’auditeurs, 400 correspondants, trois émissions par semaine depuis 2009. Anne-Cécile Bras, rédactrice en cheffe adjointe environnement à RFI et présentatrice de C’est pas du vent, raconte comment l’émission tient le cap face au backlash climatique : s’appuyer sur la science, valoriser les solutions de terrain du Sénégal à la Norvège, et répondre à la défiance par les faits.
📄 Résumé
Transcription (Automatisée)
Introduction
– Simon Icard : Heureux de vous savoir à l’écoute et bienvenue dans un nouvel épisode de Soluble(s). Vous le savez, ici, on pense que les médias font partie de la solution et aujourd’hui on va parler d’infos sur l’environnement et vous allez l’entendre. Mon invitée informe sur l’impact des humains à l’échelle planétaire, et elle nous aide à prendre ce sujet au sérieux et à savoir ce qu’il se passe aux quatre coins du monde. Bonjour Anne-Cécile Bras !
– Anne-Cécile Bras : Bonjour Simon, bonjour à tous !

Photo: RFI.
– Simon Icard : Tu es journaliste. Tu es une rédactrice en cheffe adjointe à l’environnement à RFI (Radio France Internationale) où tu proposes « C’est pas du vent », une émission qui mêle reportages et discussions, qui va sur le terrain, sur tous les continents et qui touche sept millions d’auditeurs dans l’espace francophone. C’est un poste d’observation formidable sur ce qu’il se passe sur la planète. Tu vas nous aider à y voir plus clair sur les progrès, sur les reculs que tu constates et que tu décryptes dans tes émissions trois fois par semaine depuis deux mille neuf. On va aller dans les coulisses de ton émission C’est pas du vent et de ton travail de journaliste environnement. À l’heure où les actualités internationales sont marquées chaque jour par les conséquences des crises climatiques et celle de la biodiversité. Alors je le dis de suite, tu traites autant des problèmes que des réponses qui émergent sur le terrain et parmi les décideurs.
Parcours d’Anne-Cécile Bras
Alors, Anne-Cécile, tu le sais. Dans ce podcast, on veut toujours en savoir plus sur nos invités en début d’émission. Tu fais du journalisme depuis vingt cinq ans, parle nous un peu de ton parcours. Est ce que tu sais pourquoi tu es devenue journaliste et pourquoi tu t’es spécialisée dans l’environnement?
– Anne-Cécile Bras : Je sais pourquoi je suis devenue journaliste, parce que je pense que tous les matins quand j’arrivais dans la cuisine à l’heure du petit déjeuner, il y avait France Inter dans la cuisine et ça a bercé toutes mes matinées avant d’aller à l’école et à l’âge de quatorze ans, je voulais être journaliste parce que je me disais c’est quand même génial. C’est un métier où apparemment on peut parler à tout le monde et où on peut satisfaire sa curiosité. Donc voilà, j’ai toujours voulu faire ce métier. Donc ensuite j’ai eu mon bac, j’ai fait une prépa littéraire, un DEA d’histoire contemporaine et ensuite une école de journalisme.
– Simon Icard : Et l’environnement est venu à toi un peu par hasard ou tu l’as un peu cherché si je peux dire?
– Anne-Cécile Bras : Alors pas du tout. En fait, j’ai commencé à travailler, j’ai travaillé dans plusieurs médias. Mais bon, on va passer cette étape. J’ai commencé à. J’ai eu ma première émission, on va dire, sur RFI en mille neuf cent quatre vingt dix huit, sur l’emploi. Ensuite, j’ai eu des émissions sur l’alimentation à l’échelle mondiale et puis sur l’actualité des femmes. J’ai aussi travaillé pendant deux ans à la rédaction au Service France et en deux mille neuf, il y avait la Conférence des Nations unies sur le climat de Copenhague, qui suscitait beaucoup d’espoirs à l’époque, puisque on espérait y atteindre ce qu’on a atteint six ans plus tard. Finalement, avec l’accord de Paris en France. Et dans cette perspective, RFI a voulu créer une émission quotidienne. Donc au départ, c’était une émission quotidienne sur l’environnement. Elle a été quotidienne pendant trois ans, du lundi au vendredi, et je ne connaissais strictement rien à l’environnement, à part le fait que je travaillais quand même à RFI depuis quelques années et que j’avais travaillé donc sur les femmes, sur l’agriculture. Donc j’avais quelques bases, mais j’ai appris vraiment en lisant, en faisant, en allant faire des reportages, en rencontrant des scientifiques. Voilà, je suis une journaliste qui a appris sur le terrain.
Naissance de « c’est pas du vent »
– Simon Icard : Oui et le terrain, c’est là où ça se passe, évidemment. Alors j’en viens à C’est pas du vent. Cette émission est donc née en janvier deux mille neuf, il y a dix sept ans. l’Écologie était assez peu traitée dans les médias à l’époque. Quelle était l’ambition éditoriale de départ? C’était pour alerter, pour informer, pour donner des solutions? Peut être même les trois à la fois?
– Anne-Cécile Bras : Alors justement, comme je le disais, elle a été créée dans la perspective de cette conférence de Copenhague. Donc il y avait une prise de conscience. En fait, les. C’est assez amusant, la médiatisation de ces enjeux environnementaux, ça varie. C’est un peu par vagues. Donc, en deux mille neuf, il y a eu une grosse vague dans la perspective de cette conférence de Copenhague. d’Ouverture éditoriale à l’environnement. On voyait des chroniques surgir, on voyait des émissions, etc. Donc C’est pas du vent a fait partie de cette volonté de mettre l’environnement au cœur de l’éditorial. Et puis ensuite, comme la conférence a été un échec retentissant en deux mille dix-deux mille onze, c’est retombé pour beaucoup de gens et nous en fait. la grande ténacité, la grande fierté, j’ai envie de dire pour C’est pas du vent, c’est que nous avons survécu à toutes les tempêtes et que voilà, nous sommes toujours là dix sept ans plus tard. Et voilà. Et a priori, pour l’instant, ça devrait durer.
Dimension internationale de RFI
– Simon Icard : On le souhaite. Et ce qui vous distingue avantageusement, c’est aussi une dimension internationale, évidemment sur RFI, une dimension très vaste, géographique, mais aussi éditoriale. Vous couvrez l’environnement sur tous les continents. RFI Je le disais, c’est sept millions d’auditeurs en francophonie. Votre public est aussi large que la mappemonde. l’Environnement, c’est aussi ce qui nous entoure de façon sémantique. En quoi cela, cette dimension internationale? En quoi ça change votre manière de construire l’émission? Si je compare à ce qu’on peut avoir en tête pour des émissions qui ont un territoire, un auditoire national, comment vous prenez en compte ça?
– Anne-Cécile Bras : Juste une petite correction sur RFI, c’est soixante millions d’auditeurs à travers le monde, sept millions, ce sont les chiffres approximatifs de C’est pas du vent. Sachant que c’est très difficile quand on est à l’échelle internationale, d’avoir une mesure exacte de l’audience. Donc, c’est un peu à la louche, dans les villes principales et dans les secondes villes des pays où nous émettons. Alors, RFI C’est un réseau très, très vaste et en fait, ça change tout d’émettre à l’international parce que, surtout quand on parle d’environnement, on ne peut pas parler de solution franco-française. Moi, je parle aussi bien à des gens qui habitent en France, qui habitent au Canada, qui habitent aux États-Unis, au Vietnam et beaucoup en Afrique, puisque le grand bassin francophone, c’est évidemment l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. RFI a quand même cent vingt sept relais FM dans le monde et donc ça change le ton, ça change la manière de regarder les les sujets, euh, ça oblige à faire beaucoup de pédagogie, à proposer des solutions Nord-Sud aussi et à aussi se rendre compte que cette planète, finalement, elle n’est pas si vaste. Et les problèmes que nous avons ici en France sont partagés partout dans le monde. La seule différence, je dirais, si on résume vraiment à l’extrême, ce sont les capacités de réagir.
Les trois formats de l’émission
– Simon Icard : Problème, un problème global, des solutions aussi locales. On comprend qu’avec, si on parle du réchauffement climatique et de ses conséquences sur les populations locales, tout le monde ne peut pas réagir de la même manière, voire même c’est pas recommandé. Alors comment vous faites le tri? Vous avez plusieurs mises en perspective. On imagine entre un sujet européen, un sujet africain comme tu le disais, ou aux Amériques?
– Anne-Cécile Bras : Déjà C’est pas du vent, c’est donc trois fois par semaine. Ce sont trois formats différents exprès pour essayer de couvrir au maximum et le plus pédagogiquement ces enjeux. Donc le mercredi, c’est une émission qui s’appelle Le club de C’est pas du vent où là ce sont les journalistes de RFI et d’autres médias. On refait le match en gros sur l’actualité environnementale. Donc là, on prend vraiment l’actualité de la Semaine internationale évidemment, et nous la décryptons, nous échangeons entre nous sur cette actualité. Le jeudi, c’est un sujet sur lequel nous passons du temps avec des experts, deux, trois experts. Alors ça peut être l’eau, la biodiversité, le climat, mais aussi l’accélération, les difficultés de créer des synergies face au capitalisme de plus en plus offensif qui quand même est à la base de la destruction. C’est, ça peut être aussi des thématiques très simples comme la voiture ou Voilà. Et le vendredi, c’est un reportage de vingt cinq minutes que nous avons 400 correspondants à l’étranger. RFI Qui sont fournis essentiellement justement par ces correspondants. Et ce reportage est toujours mis en perspective par un expert.
Actualité internationale et sujets
– Alors, ces trois formats témoignent justement de cette articulation éditoriale pour pour couvrir tous les besoins, j’allais dire, pour ces sept millions d’auditeurs de l’émission, soixante millions pour RFI, pardon, tout à l’heure, pour cette petite coquille. Alors, si on passe en revue rapidement l’actualité du moment, du moment, de notre conversation, c’est-à-dire tout début janvier deux mille vingt six, on perçoit qu’elle est très dense et que l’environnement peut s’y déceler facilement un peu partout. Alors fin deux mille vingt cinq, le monde se penchait, tu le disais, sur les dix ans de l’Accord de Paris sur le climat. Les États-Unis et Donald Trump, qui avaient capturé le président du Venezuela début deux mille vingt six, l’un des pays les plus riches en pétrole sur la planète. Les États-Unis toujours, qui ont ordonné de toute une série de retrait d’organisations internationales, y compris du GIEC. Et on parle aussi du Groenland, avec en toile de fond la question des minerais, au delà de la sécurité évoquée par le président des États-Unis. Et puis il se trouve que le jour où nous nous parlons, le jour où on enregistre, le traité entre l’Union européenne et le Mercosur a été signé. Alors, l’environnement se décèle partout. Dans tout ce que j’ai dit, qu’est ce qui fait un bon sujet pour C’est pas du vent? Parce qu’évidemment, là, c’est la coulisse journalistique. Tous ces sujets peuvent se traiter de différentes manières, mais vous allez chercher avec ton équipe justement la dimension écologique dans l’actualité, dans ces exemples-là.
Science, constats et journalisme de solutions
– Alors, je ne vais pas reprendre tous les exemples que tu as pris, parce qu’en effet, l’environnement est partout, et en tout cas, cela montre bien, si on les additionne, que les temps sont durs pour l’environnement. C’est vrai qu’il y a. On parle même de backlash écologique, de retour en arrière. Enfin, il y a un effet Trump qui est très puissant. Donc, pour parler d’environnement dans ce contexte hostile, j’ai envie de dire, je pense que la meilleure solution, c’est de ne pas tergiverser sur les constats scientifiques. Nous donnons beaucoup dans C’est pas du vent la parole à la science, parce que la science n’est pas une opinion. Et il y a des scientifiques formidables sur tous les continents qui font un travail vraiment de de balises. J’ai envie de dire, sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour avoir un état réel du monde. Ensuite, évidemment qu’on aurait tendance, avec une photo un peu globale, à se dire le monde va mal, on va dans le mur. Enfin voilà. Et c’est vrai que c’est difficile d’être optimiste en ce moment, on est sur une forme de fin de civilisation. Enfin, je ne vais pas rentrer parce que là ça prendrait des heures, mais dans un discours philosophique, etc. Mais justement, on essaye aussi dans cette émission d’aborder avec des philosophes, avec des sociologues, avec enfin aussi pas que les sciences dures aussi, les sciences humaines, euh, la façon dont les sociétés réagissent à ces soubresauts liés à la dégradation de l’environnement liée à ces replis identitaires, à ces sursauts, j’ai envie de dire aussi tellement vingtième siècle d’un libéralisme qui fait tout pour perdurer au maximum en se débridant et en enlevant tous les masques finalement qui le rendaient acceptable peut être jusque là.
Et pour cela, nous faisons des reportages où nous donnons la parole à des gens qui agissent autrement ou aux alternatives. Parce que je crois beaucoup dans ce contexte difficile que la société est en avance, comme toujours, sur les décideurs politiques et que c’est ensemble que nous pouvons faire sens. Et que mettre en avant des initiatives, que ce soit dans le domaine de l’agriculture, de l’énergie, du vivre ensemble, de la préservation de la biodiversité, c’est inspirer les autres, donner envie de faire. Et en fait, je sais qu’il y a une vie après l’émission parce que quand on met par exemple en avant une association qui va faire par exemple tous les enjeux de reforestation, voilà, on peut planter un arbre, c’est formidable, mais ça ne suffit pas, On peut le faire très, très mal, on peut planter un arbre, une espèce pas adaptée, pas le protéger pour qu’il dure, etc. Donc nous, on met en avant, par exemple des associations qui vont replanter des arbres, je pense à l’association Nébéday au Sénégal qui est une association formidable qui non seulement plante des arbres, mais met en place des foyers améliorés pour que les gens consomment moins, moins de bois énergie, accompagne les femmes dans la réalisation de charbon écologique à partir de résidus recueillis dans les forêts et de résidus agricoles. Donc c’est pas juste planter des arbres, c’est un écosystème total.
Et quand en fait, on va faire un reportage sur Nébéday par exemple, on va mettre le lien sur la page de l’émission et je sais, on sait pas tout, mais parfois on a des belles histoires où on nous dit ben parce qu’on a entendu. dans C’est pas du vent cette initiative. On est allé sur la page de votre émission, on a suivi le lien, on a appelé les gens de l’association, nous sommes allés les voir, nous avons vu comment ils travaillaient et nous sommes allés. Nous sommes rentrés dans notre pays, nous nous sommes mis à faire la même chose. Et on a des exemples comme ça sur la lutte contre le plastique, sur l’Agroécologie, sur l’eau, la préservation de l’eau. Je le disais sur la reforestation. Et donc moi, c’est ça, face à toutes ces nouvelles catastrophiques que tu évoquais, qui me porte et qui porte toute l’équipe de C’est pas du vent, c’est ce qui nous donne du sens. C’est cette dimension internationale qui met en avant, à une grande échelle, des initiatives qui, à petite échelle, changent tout, mais qui, mises bout à bout, peuvent vraiment aussi changer la donne.
Histoires humaines et écosystèmes
– De l’impact. Alors, traiter d’écologie dans un média, c’est bien sûr parler aussi de nature, de la planète. Mais tu me le dis à l’instant, l’humain n’est jamais loin. Il y a beaucoup d’histoires humaines dans ton émission C’est pas du vent, c’est au cœur du projet, avec ces reportages, notamment les histoires ?
– Ah ben oui, j’avoue qu’en dix sept ans, ce sont des rencontres, beaucoup, beaucoup, beaucoup de rencontres, de gens absolument extraordinaires, motivés, inspirants. Et en effet, même si nous passons notre temps, enfin moi, je répète en permanence que l’humain n’est qu’un vivant parmi les vivants et il n’est pas central. Et il dépend de cet écosystème dans lequel nous vivons. Et nous avons absolument besoin de justement ne pas nous considérer extérieurs. Et c’est pour ça que parfois j’ai dit moi, j’emploie le moins possible le mot Nature. Par exemple, je parle d’écosystème, je ne dis pas nous et les autres, je dis nous sommes au milieu de cette toile qui est l’écosystème du vivant, et il y a des gens qui sont extrêmement inspirants. Je pense par exemple à un monsieur à Madagascar, nous avons fait un reportage à l’ouest de Madagascar qui se battait tout seul, mais vraiment tout seul, sur des hectares et des hectares pour préserver les baobabs de Madagascar et lutter contre la désertification. Parce que là-bas, le climat est quand même très capricieux. Il y a des inondations très fortes, des périodes sèches, très longues et donc le sol est raviné. Quand la pluie tombe, l’eau ne pénètre pas et donc c’est très difficile de cultiver. Et donc ce monsieur, il avait une ONG, il arrivait à trouver des petits financements à droite à gauche et il se battait tout seul. On l’a suivi pendant trois jours. Il était connu de tous les villages. Dès qu’il arrivait, tout le monde avait le sourire. Quand je dis tout le monde, il faut imaginer ce que c’est. C’est à dire, ce sont des villages très pauvres où les gens n’ont strictement rien. Ils sont totalement délaissés par un gouvernement central corrompu depuis des années. Donc c’est vraiment faut se débrouiller par soi-même. Et il a réussi à créer de la sensibilisation dans les écoles, à fédérer les pêcheurs pour qu’il y ait des moments où on arrête de pêcher pour préserver la reproduction des espèces à protéger des arbres. C’est incroyable. Ce monsieur m’a vraiment marqué par sa vitalité et son énergie en disant de toute façon, voilà, moi, c’est mon énergie, je suis né pour faire ça et je ne peux pas faire autre chose. Et quand nous en France, on est là, on hésite à se dire bon, voilà l’écologie. Mais en fait, dans là où nous avons l’essentiel de nos auditeurs, à RFI, les gens dépendent étroitement des ressources naturelles. Nous, il y a toujours des intermédiaires entre nous et les ressources naturelles, ce qui nous permet de faire ce podcast. On a besoin de terres rares, on a besoin de de matériaux, tout cela, voilà, ce sont des ressources naturelles, on en dépend étroitement. Et nous, on a beaucoup d’intermédiaires entre, dans les pays occidentaux, alors que dans les pays du Sud, ils sont vraiment en proie aux ressources naturelles. Donc quand elles sont menacées, quand elles viennent à manquer, on perd des vies…
Adaptation, nord-sud et solutions
– Et nous sommes tous les deux en France au moment où on se parle et pas au même endroit. Je le précise, on enregistre ce podcast à distance. Donc en effet, on est très dépendants de ces technologies, de ces terres rares. Mais ce que tu dis sur l’humain au centre de son écosystème est très éclairant à l’échelle internationale. Tu dis d’ailleurs que nous n’avons qu’une planète, et j’ai envie de dire, si on parle du réchauffement climatique causé par les activités humaines, on sait que le problème est global, mais on comprend aussi que les enjeux, les réponses ne sont pas les mêmes sur tous les continents. Est ce que tu as eu vent? Si je peux le dire grâce à tes reportages de solutions particulièrement inattendues, vues de, vues de France, où nous sommes, en matière de lutte contre les effets du réchauffement climatique dans des pays lointains d’où nous sommes ou d’adaptation peut-être même parce que le temps d’adaptation est là.
– Oui, le temps d’adaptation est là. Sur l’adaptation, c’est un sujet douloureux parce que, en fait, les pays qui sont les plus vulnérables au changement climatique n’ont pas les moyens de s’adapter. Donc j’ai fait des reportages douloureux sur l’érosion côtière en Afrique de l’Ouest, par exemple, où on est allé. Nous sommes allés aussi en Haïti où on voit très clairement quand on arrive en avion, la différence entre la République dominicaine qui est beaucoup plus riche et qui est très verte, et Haïti où il n’y a plus du tout de forêts. Et tous les tous les arbres ont été consommés pour du bois énergie avec l’érosion et les montagnes qui qui s’écoulent dans les rivières. Donc là, on est plus sur de la dégradation environnementale. On n’est pas sur le le changement climatique, mais évidemment que les conséquences quand il y a plus d’arbres. Ben voilà, ça a des conséquences énormes aussi pour euh, on a on a beaucoup plus chaud, on a plus de pluie, enfin bon, c’est c’est un phénomène en cascade, sans jeux de mots, euh, sur les solutions, en fait, pour lutter contre le changement climatique, elles sont un peu partout les mêmes, il n’y en a pas une où je me suis dit waouh, c’est hyper innovant, et cetera. Euh, c’est la règle numéro un, c’est essayer de se passer des énergies fossiles. Il y a il y a très peu de pays qui y arrivent. Le reportage que j’ai fait où je me suis dit là, quand même, c’est inspirant, c’est le Costa Rica qui est un pays qui est très en pointe quand même, sur la reforestation notamment. Alors, ce n’est pas parfait, c’est pas non plus un pays euh, qui qui est fantastique sur tous les plans, mais sur la reforestation, c’est assez magistral. Après, il y a des reportages qui m’ont marqué. Par exemple, nous sommes allés en Norvège faire un reportage sur la décarbonation de l’acier. Alors ça peut sembler un peu austère, mais l’acier, c’est une grosse source d’émissions de gaz à effet de serre parce qu’il faut beaucoup, beaucoup, beaucoup chauffer le minerai pour parvenir à l’acier. Donc ça consomme beaucoup d’énergie. Et là, on s’est retrouvés vraiment au delà du cercle polaire, dans des mines incroyables pour extraire la matière première et puis après dans les usines de transformation de l’acier. Et en fait, en Norvège, il y a beaucoup d’hydroélectricité. Donc ils sont en train de mettre en place des systèmes pour fabriquer de l’acier à partir d’hydrogène vert, vraiment vert, parce qu’il y a de l’hydrogène qui n’est pas vert, mais qui est fabriqué à partir d’hydroélectricité. Donc, c’était très vertueux. Et là, là, on est vraiment sur des basculements très intéressants parce que on parle de beaucoup, beaucoup de gaz à effet de serre et sur un marché mondial, après, bon, l’acier norvégien est minoritaire par rapport à l’acier chinois qui n’a pas les mêmes vertus. Mais c’était intéressant de montrer qu’il y avait des chemins possibles.
Crise de confiance et désinformation
– Montrer et faire entendre ces chemins, ces solutions. Alors on va aller dans le détail de certains points de ton environnement à toi en tant que journaliste. Informer sur l’environnement, c’est aussi évoluer dans un univers où les médias fiables n’ont plus le monopole de la production et de la diffusion des contenus. Alors, pour le meilleur, parfois, pour le pire souvent. Je veux parler de la montée des phénomènes de mésinformation ou pire, de désinformation. La défiance envers les médias s’installe alors. On le mesure dans nos démocraties, ici en France par exemple, régulièrement dans des baromètres. Parlons de cette crise de confiance. Comment toi tu fais face justement? Tu informes sur des sujets qui suscitent la défiance d’une partie de l’opinion. On parle aussi du climatoscepticisme. chez peut-être. Aors là je parle que des français sur peut-être un tiers de français qui ont des doutes sur l’origine humaine du réchauffement climatique. Est-ce que tu perçois cette défiance, toi qui depuis tout ce temps justement t’attèles à à montrer l’effet évidemment et les effets du réchauffement climatique?
– Ben oui, je ne suis pas hors sol! J’ai beau être dans ma bulle d’information environnementale, j’ai bien conscience qu’il y a encore beaucoup de gens à convaincre. Ça peut sembler surprenant quand même, avec les conséquences du changement climatique qui sont de plus en plus présentes. On a même en France, on a de plus en plus chaud, on voit bien qu’il y a des des régions qui ont des sécheresses. On voit bien la colère des agriculteurs, on voit bien la dermatose nodulaire, là, qui est en train de décimer nos nos troupeaux en France, nos élevages. Bon, ben c’est un phénomène du changement climatique. Avant, c’était une maladie qui existait en Afrique, qui est véhiculée par un moucheron. Et quand elle est arrivée en France en deux mille six, on s’est dit sanitairement ce n’est pas très grave, les moucherons ne survivront pas à l’hiver. Et ben pas de bol. Il s’avère qu’avec le réchauffement climatique, les moucherons ont survécu et donc la maladie s’est propagée et on connait le résultat aujourd’hui. Donc je pense que il y a quand même un déni de la part d’une partie de la population qui, à mon avis, n’est pas, pas informée mais refuse la réalité parce que c’est pratique, parce que ça fait peur et je comprends que ça fasse peur. Moi qui ai chaussé ces lunettes-là depuis deux mille neuf, il y a des gros moments d’angoisse parce que le monde que nous sommes en train de de vivre et celui vers lequel nous allons est complexe et va se complexifier. Nous voyons aujourd’hui, à travers tous les événements que tu as énuméré tout à l’heure, peut être un début d’effondrement. Euh, il y a des modèles qui montrent leurs limites. Maintenant, pour ce qui est d’informer, Moi je garde ma ligne éditoriale, c’est à dire les faits sont les faits. La science, je le disais tout à l’heure, n’est pas une opinion. Les faits nous donnent raison puisque même les médias sceptiques, climato-dénialistes. Moi je dis plutôt parce que c’est même plus pervers que ça, c’est le réchauffement climatique existent, mais c’est pas si grave, On a des solutions, on a des solutions technologiques. Bon ben non, moi je fais des émissions sur la géo-ingénierie et qui démontrent l’absurdité et le fait qu’aucune de ces solutions technologiques ne sont matures aujourd’hui. Donc en attendant, les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter. Donc en fait, il faut débunker ces fausses informations et puis après
– Et aller sur le terrain, rapporter la réalité telle qu’elle est.
– Oui, et nous, nous, nous sommes sur le terrain régulièrement. Alors évidemment, l’une des critiques que nous avons souvent, c’est votre bilan carbone d’avion? Oui, c’est vrai, on travaille sur un média international, on prend l’avion…
Journalisme bas carbone à RFI
– Justement. J’allais alors pas pour la critique mais pour la question. Évidemment, c’est une question qui se pose. RFI fait partie des signataires de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique. Une charte en treize points que je vous mets dans le. Dans la description de l’épisode, en effet il est question. Alors, c’est une charte que vous avez signé volontairement, c’est des objectifs auxquels vous vous êtes astreint vous-même, RFI. Et les autres médias partenaires, Mais il est aussi question de journalisme bas carbone. Alors justement, je me posais la question de qu’est ce que qu’est ce que cela pouvait être, alors qu’il est quand même important. Et on comprend que des journalistes puissent se transporter sur les lieux d’actualité. Alors comment vous jonglez justement avec votre propre impact à vous? Chez RFI.
– Alors, le plus gros impact de RFI, c’est les transports, évidemment. Donc on essaye de réduire. Après c’est difficile parce que qui dit réduire soit, c’est moins de reportages et il y a des reportages. Enfin, moi personnellement, si je suivais toutes les sollicitations que je reçois, je ferais le tour du monde en permanence. Donc je refuse beaucoup de sollicitations. Je priorise. Voilà. Et nous faisons tous ça, nous priorisons. Et puis ensuite, en interne, j’ai envie de dire. RFI Il y a une. On a Sophie Mouline qui est une directrice RSE très, très active au niveau. Pas que de RFI d’ailleurs, de France Médias Monde puisque RFI c’est aussi France vingt quatre et la télévision et MCD Moyen-Orient qui est une radio à destination du monde arabe. Et donc nous avons vraiment introduit les produits bio et le végétarisme à la cantine. Nous travaillons sur l’isolation du bâtiment, sur l’amélioration. C’est des choses toutes bêtes, mais je veux dire de pour l’eau. Voilà, aujourd’hui on a tous des gourdes, enfin on essaye chaque à chaque échelle, même pour le papier. Enfin voilà, il y a toute une une dimension à RFI où on essaye de de cranter au fur et à mesure des résolutions qui vont. On est quand même nombreux, hein, on est plus de mille cinq cents salariés, donc c’est compliqué, mais ça progresse.
– On comprend, On comprend aussi la nécessité de se déplacer encore pour les journalistes, et heureusement, justement, dans ce contexte de défiance, parce qu’il faut aller sur le terrain, se rendre compte pour le public, des faits. Et d’ailleurs, puisqu’on parlait de science, je lisais que le GIEC évoquait le rôle que les médias ont à jouer par leur restitution des faits dans la lutte contre le réchauffement climatique. Donc, on comprend que c’est un arbitrage à à faire parfois.
– Oui et il en a même été question lors de la dernière Convention des Nations unies sur le climat à Belém, la COP30. Pour la première fois, la désinformation climatique était à l’agenda.
Organisation du service environnement à RFI
– Merci de décrypter tous ces sujets. Et puisqu’on parle d’environnement et de RFI, je dézoome un peu depuis ton émission vers l’ensemble des équipes. Comment est organisée RFI, sa rédaction sur le sujet précis de l’environnement? Parle-nous un peu des équipes.
– Alors justement, je suis très fière de dire que RFI est régulièrement citée par QuotaClimat, en tête du pour centage de temps consacré à l’environnement sur son antenne. Nous sommes à peu près à dix pour cent. Et cela, c’est notamment depuis mars deux mille vingt quatre, depuis que nous avons un véritable service environnement à RFI, avec dix journalistes à plein temps qui travaillent sur ce sujet en cinq langues, plus des référents environnement dans chacune des seize langues étrangères de RFI puisque nous émettons en seize langues. Donc à RFI nous avons la chance, contrairement à d’autres médias, d’avoir une vraie dynamique environnementale et on la doit en partie à Jean-Marc Four, qui est le directeur de RFI, qui a vraiment créé une grosse impulsion sur cette thématique en arrivant en janvier deux mille vingt trois à RFI.
Conclusion et informations pratiques
– Alors le temps a filé à toute allure. J’avais encore quelques questions, mais je sais qu’on trouvera la réponse aux questions que je ne t’ai pas posées en écoutant régulièrement C’est pas du vent sur RFI. Alors on va rappeler les créneaux. C’est trois jours par semaine, en fin de semaine, mercredi, jeudi et vendredi. Est ce que tu peux nous rappeler les horaires? Alors RFI Radio France Internationale parle en temps universel.
– Oui. Alors donc c’est en France, c’est quinze heures dix en heure d’hiver et seize heures dix en heure d’été. Parce qu’en effet, nous restons vraiment axés sur le temps universel et c’est quinze heures en temps universel, Mais c’est disponible en podcast aussi sur l’appli, sur l’application RFI Pure Radio et RFI.
– Le rendez-vous est pris donc sur RFI, l’application et rfi. fr et et en direct à la radio. Pour tous ceux qui se connectent et qui ont le plaisir d’écouter encore la FM qui a de beaux jours devant elle et à travers le monde. Anne-Cécile Bras était dans Soluble(s) pour l’émission C’est pas du vent. Merci beaucoup d’avoir parlé avec moi et raconté les coulisses de ton métier et de cette actualité que nous traversons tous ensemble.
– Merci Simon.
– Voilà, c’est la fin de cet épisode. Si vous l’avez aimé, notez le, partagez le et parlez en autour de vous. Vous pouvez aussi nous retrouver sur notre site internet, csoluble.media. À bientôt 😉
POUR ALLER PLUS LOIN
- Écouter C’est pas du vent sur RFI et en podcast : Une émission réalisée par François Porcheron, coordonnée par Caroline Filliette.
Diffusions le mercredi (pour Le Club de C’est pas du vent), le jeudi et le vendredi vers toutes cibles à 14h10 TU et 23h10 TU.
https://www.rfi.fr/fr/podcasts/cest-pas-du-vent/ - Suivre sur Facebook, Instagram, Anne-Cécile Bras sur Linkedin.
Et aussi : Consulter la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique : ICI.
TIMECODES
00:00 — Introduction : « Heureux de vous savoir à l’écoute »
00:30 — Présentation
01:44 — Le parcours d’Anne-Cécile Bras
03:51 — Création de « C’est pas du vent »
06:13 — « On ne peut pas parler de solution franco-française »
06:42 — RFI : 127 relais FM dans le monde
07:44 — Trois formats par semaine : mercredi, jeudi, vendredi
09:13 — Actualité janvier 2026 : 10 ans Accord de Paris, Trump capture président Venezuela, GIEC, Groenland ..
11:07 — « La science n’est pas une opinion »
12:39 — « La société est en avance sur les décideurs politiques »
13:03 — « Inspirer les autres, donner envie de faire »
15:24 — Histoires humaines : rencontres extraordinaires
19:33 — Adaptation : sujet douloureux
20:58 — Costa Rica, Norvège : décarbonation de l’acier
23:51 — Crise de confiance, défiance envers les médias
26:27 — RFI signataire Charte journalisme urgence écologique
28:58 — COP30 Belém : désinformation climatique à l’agenda
29:41 — QuotaClimat : RFI en tête, environ 10% d’antenne environnement
30:42 — Horaires : 15h10 hiver / 16h10 été (heure française)
31:30 — Merci Anne-Cécile Bras !
32:06 — Fin
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