Transcription intégrale de l’épisode de Soluble(s) « 42 Marseille : coder gratuitement, sans prof ni diplôme, pour rebondir », avec Chloé Berrettoni, directrice de 42 Marseille. Entretien mené par Simon Icard.
📄 Résumé
Une école gratuite pour apprendre à coder, sans prof ni diplôme
Simon Icard : Bonjour, je m’appelle Simon Icard, vous êtes les bienvenu(e)s dans Soluble(s). Aujourd’hui je m’intéresse à une école gratuite sans profs et sans cours. Elle est ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Des personnes y apprennent à coder, vous allez l’entendre, c’est aussi un tremplin vers une nouvelle vie professionnelle. Bonjour Chloé Berrettoni !
Chloé Berrettoni : Bonjour Simon !
Simon Icard : Tu diriges 42 Marseille depuis le printemps deux mille vingt-six. 42, c’est un réseau mondial d’écoles d’informatique. Cinquante-six campus à travers le monde, plus de 25 000 étudiants formés. Alors, c’est basé sur un principe simple : pas de cours magistraux, pas d’enseignants. On apprend projet par projet, c’est une nouvelle forme d’apprentissage sur le terrain. On va parler de cette approche et de qui peut en bénéficier. Tu nous éclaireras sur la méthode et la philosophie de cette formation, désormais disponible à Marseille depuis deux mille vingt-cinq, à deux pas du Vieux-Port où tu es installée. On veut tout savoir des opportunités de reconversion et de réinsertion que les étudiants peuvent saisir au terme de leur cursus. Mais d’abord, je m’intéresse toujours au parcours de mon invité(e) en début d’émission. Est-ce que tu peux nous parler un peu de toi ? Tu faisais quoi avant d’atterrir à Marseille pour diriger l’école 42 ?
De Google à 42 Marseille : le parcours de Chloé Berrettoni
Chloé Berrettoni : Moi j’ai un parcours un peu, on va dire traditionnel, mais qui ne me prédestinait pas à devenir directrice d’une école d’informatique. J’ai fait une école de commerce et j’ai été assez rapidement intéressée par le secteur de la tech, parce que c’était un milieu très innovant, qui évoluait très vite et qui offrait beaucoup d’opportunités.
J’ai eu la chance de commencer ma carrière chez Google à Paris, où j’ai notamment piloté des programmes de formation aux compétences numériques pour tout un ensemble de publics. Des gérants de TPE-PME qui voulaient avoir une visibilité sur Google Maps, des étudiants qui voulaient ajouter des cordes à leur arc en se formant en marketing digital, des personnes en reconversion, des publics éloignés de l’emploi.
Ça m’a énormément passionnée, parce que c’était à la croisée de la tech et de la formation, et que c’était créateur d’opportunités, de changement de carrière, de développement de business pour les personnes qui bénéficiaient de ces formations. Ensuite, j’ai pivoté, toujours chez Google, en relations publiques.
Mon travail consistait à faire savoir que Google faisait tout ça au service de la société et de l’économie française. Ensuite, j’ai continué dans la tech puisque je suis partie chez Meta pour également faire des relations publiques. Et puis j’ai changé un peu de structure. Je suis allée chez Welcome to the Jungle, qui est une plateforme de recrutement pour les jeunes et qui offre tout un ensemble de solutions RH.
Le fil rouge de l’histoire, c’est qu’après avoir travaillé sur des sujets de formation, j’ai travaillé sur des sujets d’insertion professionnelle des jeunes. Et donc petit à petit, entre la formation, l’insertion professionnelle et mon intérêt personnel pour le secteur de l’éducation, j’ai eu l’opportunité de rejoindre 42 Marseille il y a quelques mois.
Aux origines de 42 : l’idée de Xavier Niel en 2013
Simon Icard : La tech, on va en parler avec ce prisme de la pédagogie, de l’apprentissage, de l’éducation. On va d’abord poser les bases pour les gens qui n’ont jamais entendu parler de l’école 42. À l’origine, c’est une idée de Xavier Niel, l’entrepreneur français fondateur de l’opérateur télécoms Free, du groupe Iliad. La première école a ouvert à Paris. C’était il y a un moment déjà, en deux mille treize. Comment est né tout ça ?
Chloé Berrettoni : Effectivement, c’était en deux mille treize. Le campus de Paris a un peu d’avance sur celui de Marseille. C’est né d’un constat très simple, vrai à l’époque et qui l’est encore aujourd’hui : il y avait énormément de besoins au sein des entreprises, de profils tech notamment, de développeurs, et pas assez de ressources humaines sur le marché. Ça, c’était le premier constat.
Le second, c’est qu’il existait évidemment des écoles d’informatique, mais toutes payantes, en général assez chères, donc pas accessibles à tout le monde. Et la vraie croyance à la base de quarante-deux, c’est que le potentiel est partout, mais les opportunités ne sont pas partout. La mission de quarante-deux, c’est de réussir à réduire cet écart en permettant à plein de gens différents, avec des profils très divers, de se former au code et d’avoir accès à des opportunités professionnelles nombreuses et variées. Il y avait vraiment cette envie de fonder une école gratuite, inclusive mais aussi d’excellence, qui permette — à la base en France, mais maintenant aussi à l’international — de recruter au mérite et au talent.
À quoi ressemble le campus de 42 Marseille
Simon Icard : Le mérite, le talent et la gratuité. Alors aide-nous à nous représenter l’école 42 de Marseille. Elle a ouvert ses portes à l’été deux mille vingt-cinq. C’est le tout début. Concrètement, quand quelqu’un pousse la porte de l’établissement, ça ressemble à quoi ? Puisque ce n’est pas une école comme les autres.
Chloé Berrettoni : Non, ce n’est pas une école comme les autres. À 42 Marseille, on a la chance d’être situés dans le centre-ville de Marseille, dans un immeuble qui s’appelle Grand Central, au sein d’un écosystème bouillonnant : dans cet immeuble, on retrouve également l’incubateur ZEBOX, une autre école et différents médias du groupe CMA Média, je le précise d’emblée.
À Marseille, pour notre école, on a la chance d’avoir comme mécène exclusif le groupe CMA CGM, qui est à l’initiative du lancement du campus de 42 Marseille. Concrètement, à quoi ressemble notre campus ? Il faut imaginer un grand open space qu’on appelle un cluster, avec cent cinquante postes de travail. C’est très ouvert, car la pédagogie de 42 repose vraiment sur l’apprentissage par les pairs, c’est-à-dire en collectif. Forcément, ça implique de pouvoir avoir facilement des échanges.
On a également un grand espace de détente, puisque c’est aussi un lieu de vie. Cette école, le campus, est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Pourquoi ? Pour répondre aux besoins de tous nos étudiants, puisqu’on a une diversité de profils et de publics. On a des personnes qui ont un job à côté, des personnes qui ont une famille, qui ne peuvent pas forcément venir étudier en journée, qui viennent le soir, le week-end, la nuit. Ce qui explique pourquoi ce campus est ouvert en continu.
Ce qu’on apprend à 42 : langages, spécialisations et métiers
Simon Icard : Les écoles 42 se présentent comme des écoles du numérique ouvertes à toutes et tous. On l’a compris, elles sont gratuites, sans condition de diplôme. On va voir dans un instant, en pratique, comment ça se passe et à qui c’est destiné. Mais je me demande concrètement ce que l’on y apprend. Qu’est-ce qui se cache derrière les mots de développeur informatique, de codeurs et codeuses ? Est-ce que tu peux nous dire un petit peu ce que c’est comme métier ? Finalement, tout le monde ne le sait pas.
Chloé Berrettoni : Alors à 42, on va vraiment apprendre les bases de la programmation informatique, c’est-à-dire à développer des programmes et des logiciels. On a une première partie qui consiste en un tronc commun, où les étudiants vont apprendre des langages bas niveau comme le langage C ou le langage Python, le développement web, mais aussi les systèmes d’information, les réseaux, les bases des algorithmes — vraiment les piliers de l’informatique.
Ensuite, ils vont pouvoir se spécialiser vers différentes spécialités : par exemple le développement mobile, pour développer des applications qu’on utilise au quotidien sur nos smartphones, la data, l’IA, la cybersécurité — comment protéger les organisations et les entreprises des menaces cyber, de plus en plus sophistiquées de nos jours —, le gaming, la blockchain.
On a tout un ensemble de spécialisations possibles. Et les métiers auxquels forme 42 sont aussi très nombreux et divers. Le principal, c’est celui de développeur, développeur web : front-end, backend, fullstack, développeur mobile aussi. Tous les métiers liés aux systèmes d’information et aux réseaux, comme responsable IT ou architecte réseau. Mais aussi des métiers plus transverses, de gestion de projet IT, des métiers plus liés aux produits comme responsable produit ou designer. Les métiers liés à la data et au machine learning, les métiers de la cybersécurité, et de plus en plus les métiers liés à l’intelligence artificielle.
Faut-il être geek ? Les profils de la première promotion
Simon Icard : L’école est ouverte à toutes et tous, mais je me demande s’il faut être un geek ou une geekette pour s’intégrer à l’école 42. Est-ce qu’il faut être particulièrement au fait de la technologie, en être passionné ? Quand tu regardes qui entre vraiment chez vous, quels sont les profils des étudiants qui se dessinent ?
Chloé Berrettoni : Alors absolument pas. 42 ne demande aucun pré-requis. Ça demande de la curiosité, de l’investissement, l’envie d’apprendre. Aujourd’hui, par exemple à Marseille, dans notre première promotion, une majorité — donc plus de cinquante pour cent — d’étudiants n’avaient jamais codé avant d’intégrer quarante-deux. Il ne faut pas être geek.
Pour te donner quelques exemples, on a dans nos étudiants de cette première promotion Marie, une ancienne artiste plasticienne, Livan, qui avait son épicerie, Tania, qui faisait avant du marketing et qui n’avait aucune base technique. On a des profils très variés, beaucoup de personnes en reconversion professionnelle, qui viennent justement pour apprendre autre chose et ouvrir leurs horizons professionnels.
Apprendre sans prof : le peer learning et l’apprentissage par projet
Simon Icard : On a compris que c’est une école qui a une approche pédagogique très particulière. Et pour cause : il n’y a pas de profs ni de cours magistraux. On a aussi compris qu’il n’y avait pas de salle de classe, pas d’amphithéâtre. Alors on se demande comment se font les apprentissages, concrètement. Est-ce que tu peux nous donner des exemples pour nous projeter ?
Chloé Berrettoni : Oui, bien sûr. Effectivement, à 42 Marseille, il n’y a pas de profs, pas de cours, pas de classes. Néanmoins, on est là pour apprendre. Les bases de la pédagogie de 42, qu’on retrouve dans absolument tous les campus, c’est l’apprentissage par les pairs — ce qu’on appelle le peer learning — et l’apprentissage par projet. Concrètement, les étudiants vont apprendre ensemble, de manière collective.
Comme il n’y a pas de prérequis, on estime — et c’est ce qu’on voit, c’est là que la magie opère — que chacun a des choses à apporter aux autres. Un étudiant ou une étudiante qui arrive à 42, notamment dans sa Piscine, va se retrouver face à un problème qu’il ne va probablement pas comprendre, et il va se tourner vers sa voisine de gauche, ou vers son voisin de droite.
L’idée, c’est que petit à petit, le savoir se répande grâce au peer learning. On monte en compétences ensemble, on échange. Il y a énormément de bruit sur un open space, un cluster à 42 Marseille, parce que les étudiants apprennent ensemble et s’évaluent aussi les uns les autres, à travers ce qu’on appelle des peer reviews : ton voisin va revoir ton code et t’expliquer ce qui, d’après lui, va ou ne va pas, comment lui l’aurait fait. Le deuxième pilier, c’est l’apprentissage par projet. Plutôt que d’avoir de la théorie, on va avoir des projets appliqués qui permettent aux étudiants de développer des compétences dans les différents domaines. La philosophie au cœur de 42, c’est de se dire que la tech et l’informatique avancent très vite, et notamment de nos jours encore plus vite avec l’IA. Ça ne sert à rien d’apprendre des langages informatiques qui seront très rapidement obsolètes.
Ce qu’on apprend à quarante-deux, c’est à apprendre. On apprend à apprendre. On rejoint finalement la genèse de 42 à Paris : ce qu’on veut, c’est former des gens qui vont rester employables. Savoir travailler en équipe et sur des projets concrets, réels, ça fait des personnes qui vont rapidement et facilement s’intégrer et s’adapter dans le monde de l’entreprise.
L’intelligence artificielle intégrée à la pédagogie
Simon Icard : Quelques mots de l’intelligence artificielle, et notamment l’IA générative, dont les performances en génération de code sont particulièrement impressionnantes. L’IA arrive progressivement dans les entreprises, mais dans le milieu du code informatique, elle est déjà bien présente. Comment vous intégrez ça, en deux mille vingt-six, dans votre pédagogie ?
Chloé Berrettoni : C’est une très bonne question, qu’on nous pose assez souvent, que les candidats à quarante-deux nous posent beaucoup. L’IA à 42, ce n’est pas une matière à part, c’est vraiment intégré by design à la formation. Ce n’est pas un module optionnel. Les étudiants vont d’abord découvrir les fondamentaux de l’informatique, puis progressivement apprendre à construire des systèmes basés sur l’IA. Nous, on ne veut pas former des experts d’un outil précis.
On veut former des professionnels capables de construire et de comprendre les technologies qui arrivent. Aujourd’hui, les étudiants travaillent sur certains projets liés à l’IA : par exemple, ils apprennent comment fonctionne un LLM ou comment construire un agent IA. Mais l’important, c’est que plus l’IA progresse, plus le fait de maîtriser les fondamentaux est important, puisque l’IA va pouvoir seconder, épauler les développeurs sur beaucoup de tâches répétitives. Mais elle ne va pas remplacer la compréhension technique de l’informatique. Pour faire le parallèle, c’est comme quand les calculatrices sont arrivées : elles n’ont pas remplacé les mathématiciens, elles les ont équipées et leur ont permis d’aller encore plus loin dans leur pratique. C’est la même chose avec l’IA.
Employabilité : ce que 42 promet à la sortie
Simon Icard : On parlait d’employabilité, à cent pour cent d’employabilité, dit le site internet national de 42. Qu’en est-il à Marseille ? Est-ce trop tôt pour le dire ? Et déjà, ça veut dire quoi, l’employabilité ?
Chloé Berrettoni : L’employabilité, on mesure très concrètement le retour ou l’accès à une situation d’emploi à l’issue de la formation. Effectivement, pour Marseille, il est encore un peu trop tôt pour le dire, pour la bonne raison qu’on est en première année : nos étudiants ne cherchent pas encore de travail. Néanmoins, ce qu’on voit, c’est un vrai intérêt des acteurs économiques du territoire pour les profils qui sortent de 42. On a régulièrement des entreprises de toutes sortes — aussi bien des grands groupes que des entreprises publiques comme l’AP-HM, ou des start-up — qui nous contactent pour nous demander quand on aura des étudiants sur le marché, prêts à venir travailler.
De manière générale, sur l’ensemble des campus, et plus particulièrement des campus français, ce qu’on observe, c’est qu’un nombre non négligeable d’étudiants ne reviennent pas se spécialiser à l’issue de leur tronc commun, pour la simple raison qu’ils trouvent un CDI très rapidement. C’est très bien pour eux, et on espère observer les mêmes résultats rapidement à Marseille.
Un secteur du numérique en tension à Marseille
Simon Icard : Vous êtes évidemment en contact avec le monde de l’entreprise. Quelle est la situation à Marseille ? Je lisais sur le site de France Travail que votre formation offre, je cite, « des débouchés concrets dans un secteur en tension ». Il y a vraiment une demande importante ? Comment tu l’évalues sur le terrain, la demande des entreprises en profils que vous formez ?
Chloé Berrettoni : Pour l’instant, ce qu’on observe… Je ne peux pas parler au nom de France Travail, qui maîtrise beaucoup mieux que moi la connaissance des besoins et des secteurs en particulier. Ce qu’on sait, c’est que oui, c’est un secteur en tension à l’échelle nationale et à l’échelle locale. Le métier le plus demandé, je crois, c’est celui de technicien informatique au niveau de la métropole de Marseille. Dans les échanges qu’on a avec les entreprises, beaucoup nous demandent si on a des étudiants qui peuvent venir évangéliser au sujet de l’intelligence artificielle.
C’est un vrai besoin qui revient régulièrement, parce que toutes les entreprises ont saisi à quel point c’est stratégique. Elles ont toutes initié le virage, ou envie de le prendre, mais elles n’ont pas forcément les compétences et les profils humains nécessaires. C’est vraiment là-dessus qu’on est beaucoup sollicités, sur des métiers comme architecte IA, change manager — c’est-à-dire accompagner le changement sur l’intelligence artificielle — et développer des agents IA applicatifs pour des besoins métiers très concrets.
On a la chance, notamment grâce au mécénat de CMA CGM, de faire travailler les étudiants sur des problématiques concrètes. Par exemple, au début du mois de juin, une trentaine d’étudiants ont travaillé dans le cadre d’un hackathon — soixante-douze heures d’innovation intense — pour développer des agents IA répondant à des besoins métiers concrets du groupe CMA CGM, notamment en termes de cybersécurité.
Un cursus de trois ans, au rythme de chacun
Simon Icard : On rappelle : CMA CGM, c’est l’un des plus grands armateurs mondiaux, dont le siège social est à Marseille, mais qui a aussi une branche média. Le cursus dure trois ans en moyenne. Mais tu vas nous dire pourquoi il n’y a pas de durée unique pour l’ensemble des étudiants — là aussi, une spécificité. Est-ce que ça change quelque chose pour quelqu’un qui se projette ? Comment s’établit, dans la durée, le parcours d’un étudiant ou d’une étudiante ?
Chloé Berrettoni : Encore une originalité, effectivement. Les étudiants vont commencer par le tronc commun. Comme il n’y a pas de cours, ils avancent à leur propre rythme : c’est très flexible, très autonome, pour s’adapter aux spécificités des uns et des autres. En moyenne, le tronc commun va durer un an et demi, mais il y a énormément de variabilité entre ceux qui sont les plus assidus et ceux qui ont besoin de plus de temps.
On considère que c’est maximum deux ans. Ensuite, on encourage fortement les étudiants à aller faire un stage, une alternance, puis à revenir se spécialiser. Là encore, ça va prendre autant de temps qu’ils le souhaitent, puisqu’ils peuvent faire autant de spécialisations qu’ils le veulent. Un étudiant ou une étudiante de quarante-deux s’auto-alumnise : il ou elle décide de devenir ancien étudiant quand il estime en avoir appris assez. C’est une particularité assez originale, mais qui illustre bien cette notion d’apprendre à apprendre, de curiosité et de motivation personnelle, au cœur de 42.
Le titre RNCP et la diversité des profils
Simon Icard : Et donc, quand on s’auto-alumnise, il y a tout de même, non pas un diplôme, mais un certificat officiel à la fin du parcours. Comment ça se passe pour le faire valoir sur le marché du travail ?
Chloé Berrettoni : Quand on entre chez 42, c’est une formation éligible à un titre RNCP. C’est-à-dire que, sous réserve de remplir certains critères — avoir mené à bout un certain nombre de projets pédagogiques au sein du cursus, avoir eu un certain nombre d’expériences professionnelles, que ce soit en stage ou en alternance —, on va pouvoir faire valoir ses compétences auprès du ministère du Travail et obtenir l’équivalent d’un bac plus trois ou d’un bac plus cinq, qu’on appelle des titres RNCP de niveau six et sept. Pourquoi est-ce que ça fonctionne comme ça et pas sous forme de licence ou de master ? Parce qu’il n’y a pas de condition de diplôme pour entrer à 42.
Il n’est pas nécessaire, par exemple, d’avoir le bac. Le seul cas dans lequel c’est nécessaire, c’est si on est mineur. Le seul critère d’entrée, c’est d’avoir dix-huit ans. On peut donc quand même avoir l’équivalent d’un bac plus trois ou d’un master deux. Et je tiens à préciser, pour revenir sur les profils de 42 Marseille, qu’on a vraiment une mixité et une diversité de profils qui font toute la richesse de cette première promotion. Ça va de dix-huit à cinquante-sept ans, avec une moyenne d’âge de trente ans.
On a des personnes qui n’ont pas le bac et d’autres qui ont un doctorat. Et — ça, j’en suis très fière — vingt-deux pour cent d’étudiantes. Parce qu’il y a un vrai sujet, qui est le manque de parité dans le monde de la tech, qu’on observe à tous les niveaux. Vraiment, j’encourage les jeunes filles, les jeunes femmes qui nous écoutent, à ne pas s’autocensurer. 42, c’est vraiment une école qui est ouverte à toutes. Le fait qu’à Marseille, au niveau du staff de l’école, on ait deux tiers de femmes, ça en dit long sur notre volonté de donner ces opportunités aussi aux jeunes femmes et aux jeunes filles. Alors allez-y, foncez, et venez étudier à 42 !
La Piscine, porte d’entrée de 42 Marseille
Simon Icard : Vingt-deux pour cent d’étudiantes dans un univers historiquement très masculin, c’est à souligner. Je suis sûr qu’il y a plein de gens, parmi ceux qui nous écoutent, qui vont se montrer intéressés, ou pour des proches. J’entendais le mot Piscine. Vous n’avez pas de piscine au sens aquatique du terme, mais c’est un élément important. C’est même le point de départ, peut-être, pour vous rencontrer, pour aller vers vous. C’est une campagne de recrutement des étudiants, c’est ainsi que vos promotions se constituent. Est-ce que tu peux nous parler de cette étape de la Piscine ?
Chloé Berrettoni : Oui, absolument. La Piscine, c’est devenu une étape mythique à 42. Concrètement, c’est l’épreuve de sélection pour intégrer l’école. Une Piscine, c’est quelque chose d’engageant, puisque c’est quatre semaines intensives où on va apprendre les bases de la programmation informatique et surtout se frotter à la pédagogie de 42 — l’apprentissage par projet et par les pairs.
Concrètement, si parmi les gens qui nous écoutent quelqu’un souhaite intégrer 42 Marseille, il faut aller sur notre site, 42marseille.com, et cliquer sur « S’inscrire ». Faire quelques jeux en ligne, puis assister à une réunion d’information, qui donne ensuite la possibilité de s’inscrire à une Piscine. Nous avons trois Piscines. La première commence très bientôt, le six juillet.
La seconde commence le vingt-quatre août, et la troisième le vingt-huit septembre. Une Piscine, comme je le disais, c’est pour cent cinquante candidats et candidates. L’occasion de savoir si la pédagogie de 42 est faite pour eux, et de commencer vraiment à apprendre le langage C, avec ses pairs, en travaillant sur des projets. Ce sont des périodes assez intensives : on a certains candidats qui restent toute la nuit, qui ne dorment pas, parce qu’ils sont passionnés et qu’ils ont envie d’y arriver.
C’est vraiment à l’issue de ces quatre semaines qu’on décide d’intégrer ou non des candidats à la promotion. Il y a quelque chose d’important à préciser : pour participer à une Piscine, une fois de plus, il n’est pas nécessaire d’avoir des bases ou des prérequis en code, en programmation. Il faut vraiment avoir de la motivation, de la persévérance, l’envie d’apprendre et de la curiosité. Ce sont ça, et le collectif, les critères d’intégration les plus importants.
Informations pratiques pour candidater
Simon Icard : L’envie. Pas de diplôme obligatoire, avoir au moins dix-huit ans. Et j’ai entendu : si on est mineur(e), là il faut présenter le bac, c’est pour ceux qui ont peut-être dix-sept ans et quelques.
Chloé Berrettoni : Exactement.
Simon Icard : Chloé Berrettoni était dans Soluble(s), la directrice de 42 Marseille. Tu l’as dit, ton site internet est facile à trouver : 42marseille.com. 42, c’est à taper en chiffres. Je mets aussi le lien du site du réseau, si vous êtes intéressés, car il y a huit écoles à travers la France, dont une à Paris. Si vous n’êtes pas marseillais ou marseillaise, évidemment, ça, c’est bon à savoir. On vous retrouve assez facilement sur les réseaux sociaux ?
Chloé Berrettoni : Absolument, sur LinkedIn, Instagram et TikTok.
Simon Icard : Merci Chloé d’être passée dans Soluble(s) !
Chloé Berrettoni : Merci beaucoup Simon !
Simon Icard : Et c’est déjà la fin de cet épisode. Merci à vous de l’avoir suivi. S’il vous a plu, notez-le, partagez-le et parlez-en autour de vous. Vous pouvez aussi nous suivre sur notre site internet, csoluble.media. À bientôt !
POUR ALLER PLUS LOIN
Voir :
- Le site de 42 Marseille : https://42marseille.com/
- 42 Marseille sur Linkedin : https://www.linkedin.com/school/42-marseille/
L’ensemble du réseau 42 en France et dans le monde : https://www.42network.org/42-schools/
TIMECODES
00:00 — Introduction : une école gratuite, sans prof, ouverte 24h/24
02:30 — Le parcours de Chloé Berrettoni : de Google à 42 Marseille
04:10 — Aux origines : Xavier Niel et la première école 42 à Paris (2013)
05:12 — La mission : « le potentiel est partout, les opportunités non »
06:34 — Le campus marseillais : Grand Central, mécénat CMA CGM, cluster de 150 postes
08:30 — Ce qu’on apprend : langages, spécialisations, métiers
10:30 — Faut-il être geek ? Les profils de la première promotion
12:00 — Apprendre sans prof : pairs, projets, peer reviews
15:30 — L’IA intégrée « by design » à la formation
16:53 — La comparaison avec la calculatrice
17:30 — Employabilité : 100 % au réseau, trop tôt à Marseille
18:49 — Un secteur en tension : ce que demandent les entreprises
20:30 — Le hackathon CMA CGM : 72 h sur des agents IA
21:23 — Trois ans à son rythme : le cursus et l’auto-alumni
23:26 — Le titre RNCP, équivalent bac+3 ou bac+5
24:30 — La mixité des profils : 18-57 ans, 22 % d’étudiantes
26:40 — La Piscine : l’épreuve d’entrée et les sessions 2026
29:15 — Infos pratiques : s’inscrire, réseaux, 8 campus en France







