Quand tu entends « c’est l’été le plus chaud jamais enregistré », d’où sort ce chiffre ? Personne ne pose un thermomètre géant sur l’Europe. Derrière chaque record, il y a une machine invisible, des millions de mesures et des scientifiques qui les rassemblent.
Pourquoi on en parle ?
L’été 2026 a battu des records en France. Selon Météo-France, il y a eu 53 jours de vague de chaleur sur les 92 jours de l’été. Le précédent record était de 33 jours. Et cette fois, la chaleur et la sécheresse sont arrivées en même temps, ce qui est rare.
Mais dire « historique », ça veut dire quoi exactement ? Historique par rapport à quoi ? Pour répondre, il faut comparer avec le passé. Et donc avoir gardé une trace de ce passé.
Quel est le problème ?
Des thermomètres, il en existe beaucoup : dans des stations au sol, sur des bouées en mer, accrochés à des ballons qui montent dans le ciel, installés sur des avions, embarqués sur des satellites.
Le souci, c’est qu’aucun de ces appareils ne peut à lui seul donner la température moyenne de tout un continent. Et le réseau d’appareils change tout le temps. Avant la fin des années 1970, par exemple, il n’y avait presque pas de données venant des satellites.
Autre difficulté : certaines choses ne sont mesurées nulle part directement, comme les précipitations partout sur la planète.
Quelle est la solution ?
Elle s’appelle la réanalyse. C’est un mélange entre deux choses : un modèle informatique de météo, et les vraies observations du passé.
Julien Nicolas l’explique ainsi : le principe est de refaire « cette synthèse du modèle et des observations avec des observations du passé ».
Résultat : le climat de la planète est rejoué heure par heure depuis 1940. Ce grand jeu de données porte un nom : ERA5. Il donne les températures, mais aussi les précipitations, l’humidité des sols, l’état des glaciers ou des cours d’eau.
Un détail malin : le modèle informatique utilisé reste toujours le même sur toute la période. C’est une version « gelée » depuis 2016. Comme ça, si une différence apparaît entre 1950 et aujourd’hui, elle vient du climat, pas de l’ordinateur.
Qui agit ?
Julien Nicolas est climatologue et chercheur senior au service Copernicus pour le changement climatique. C’est le service qui surveille le climat pour l’Europe, et qui publie des bilans chaque mois et chaque année.
Son parcours est surprenant. Il a d’abord étudié les sciences politiques, jusqu’en 2001. Cette année-là paraît le troisième rapport du GIEC, le groupe international d’experts sur le climat. Il change alors complètement de direction : il reprend des études de physique, puis part faire une thèse aux États-Unis sur le climat de l’Antarctique. Aujourd’hui, il contribue à ERA5.
En pratique
Copernicus, c’est le programme européen qui observe la Terre. La Commission européenne le pilote, l’Agence spatiale européenne s’occupe des satellites — les fameux Sentinel. Le budget est de 5,4 milliards d’euros pour la période 2021-2027.
Le programme se divise en six services : les terres, les mers, l’atmosphère, les urgences, la sécurité, et le changement climatique. C’est ce dernier qui intéresse Julien Nicolas.
Et Copernicus ne travaille pas tout seul. Il utilise aussi des instruments construits par d’autres pays, ailleurs dans le monde. « Cette collaboration internationale est absolument essentielle et elle repose vraiment sur le partage de ces données », dit le chercheur.
Attention à une confusion fréquente : Copernicus regarde le climat passé et fait des prévisions sur quelques mois. Les projections pour 2050 ou 2100, ce n’est pas lui, ce sont les rapports du GIEC.
Le savais-tu ?
Chaque jour, le nombre de mesures envoyées par les satellites et intégrées dans le modèle « se mesure en dizaines de millions ». Et ce ne sont que les satellites : s’y ajoutent les stations au sol, les bouées en mer, les ballons-sondes et les capteurs des avions. Chaque journée depuis 1940 a été recalculée heure par heure à partir de tout cela.
Ce que tu peux faire
Ces données appartiennent à tout le monde et sont gratuites. Tu peux consulter le site Climate Pulse, qui affiche chaque jour la température du globe et des océans. Demande à un adulte de t’aider pour la première visite, le site est en anglais.
Apprends à faire la différence entre la météo et le climat. La météo, c’est le temps qu’il fait cette semaine. Le climat, c’est la moyenne sur des dizaines d’années. Une journée froide ne prouve rien sur le climat, et une journée chaude non plus.
Quand tu entends un chiffre sur le climat dans les médias, tu peux maintenant te demander : qui l’a produit, et à partir de quoi ?
Et surtout, retiens ceci : la vraie décision ne repose pas sur toi. Ce qui fera baisser la température dépend des gouvernements, des élus et des grandes entreprises, à travers « la diminution et la réduction drastique et rapide des émissions de gaz à effet de serre », comme le rappelle Julien Nicolas. Les scientifiques, eux, fournissent les informations qui permettent de décider. Comme il le dit : « pour s’adapter à un climat qui change, il est important de savoir et d’évaluer les conséquences ».
Quelques mots clés
Climat — La moyenne du temps qu’il fait à un endroit, calculée sur des dizaines d’années. À ne pas confondre avec la météo, qui décrit le temps du jour.
Réanalyse — Une méthode qui combine un modèle informatique et les vraies observations du passé pour reconstituer le climat, heure par heure.
ERA5 — Le nom du grand jeu de données produit par cette réanalyse. Il remonte jusqu’en 1940.
Assimilation — L’opération qui fait entrer les millions d’observations réelles dans le modèle informatique.
Dôme de chaleur — Une situation où un anticyclone reste bloqué au même endroit, et où la chaleur s’accumule sous lui pendant des jours.
GIEC — Le groupe international d’experts qui rassemble les connaissances sur le climat et publie des rapports pour les États.
D’où viennent les chiffres du climat ?
Avec Julien Nicolas · service Copernicus pour le changement climatique
Quand tu entends « c’est l’été le plus chaud jamais enregistré », d’où sort ce chiffre ? Personne ne pose un thermomètre géant sur l’Europe. Derrière chaque record, il y a une machine invisible, des millions de mesures et des scientifiques qui les rassemblent.
« Historique », mais par rapport à quoi ?
Des thermomètres, il en existe partout : stations au sol, bouées en mer, ballons-sondes, capteurs sur les avions, satellites. Mais aucun ne donne à lui seul la température moyenne d’un continent. Et le réseau change tout le temps : avant la fin des années 1970, il n’y avait presque pas de données venant des satellites. Pour dire qu’un climat a changé, il faut des séries longues et complètes.
La réanalyse : rejouer le passé
La solution s’appelle la réanalyse. C’est un mélange entre un modèle informatique de météo et les vraies observations du passé. Julien Nicolas explique qu’il s’agit de refaire « cette synthèse du modèle et des observations avec des observations du passé ». Le résultat porte un nom : ERA5. Astuce maligne : le modèle utilisé reste toujours le même, gelé dans sa version de 2016. Si une différence apparaît entre 1950 et aujourd’hui, elle vient du climat, pas de l’ordinateur.
Ce que Copernicus fait, et ne fait pas
Copernicus est le programme européen qui observe la Terre. Il compte six services ; celui du changement climatique est celui de Julien Nicolas.
Ce qu’il fait
Surveiller le climat passé et récent, publier des bilans chaque mois et chaque année, et faire des prévisions sur quelques mois.
Ce qu’il ne fait pas
Annoncer le climat de 2050 ou 2100. Ces projections viennent des rapports du GIEC, pas du service Copernicus.
Agir concrètement ✅
- 🌡️Faire la différence entre météo et climat : une journée froide ne prouve rien sur le climat, et une journée chaude non plus.
- 🔎Quand tu entends un chiffre sur le climat, te demander qui l’a produit et à partir de quoi.
- 💻Explorer le site Climate Pulse avec un adulte : la température du globe et des océans y est affichée chaque jour. C’est gratuit, mais c’est en anglais.
- 🏛️Retenir que la baisse des émissions de gaz à effet de serre dépend surtout des gouvernements, des élus et des grandes entreprises. Les scientifiques, eux, fournissent les informations pour décider.
Des dizaines de millions de mesures par jour… et pas que des satellites
Chaque jour, le nombre de mesures envoyées par les satellites et intégrées dans le modèle « se mesure en dizaines de millions ». Et ce ne sont que les satellites : s’y ajoutent les stations au sol, les bouées en mer, les ballons-sondes et les capteurs des avions. Chaque journée depuis 1940 a été recalculée heure par heure à partir de tout cela.
Pour tout comprendre 📖
« Cette collaboration internationale est absolument essentielle et elle repose vraiment sur le partage de ces données »— Julien Nicolas · Climatologue, chercheur senior · Copernicus Climate Change Service
POUR ALLER PLUS LOIN
- Service Copernicus pour le changement climatique : https://climate.copernicus.eu
- Climate Data Store : https://cds.climate.copernicus.eu
- Climate Pulse : https://pulse.climate.copernicus.eu
TIMECODES
00:06 — Avant de s’adapter, savoir : les données et l’été 2026
02:59 — Des sciences politiques à la climatologie
05:59 — Copernicus, une équipe au Centre européen et un réseau
08:04 — « Un été extrême, un été exceptionnel »
11:27 — Météo ou climat : le mécanisme du dôme de chaleur
14:14 — El Niño et le record de température des océans
20:03 — Dans les coulisses : qui mesure, avec quels instruments
21:53 — Ce qu’est vraiment une réanalyse
26:57 — L’assimilation, des dizaines de millions d’observations par jour
28:14 — Les satellites ne sont pas que les Sentinel
31:26 — Pourquoi l’Europe se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale
36:20 — Le facteur qui surprend : la pollution de l’air qui recule
43:10 — Ce que Copernicus fait, et ce qu’il ne fait pas
45:18 — 1,5 °C : le seuil acté, la durée en jeu
48:02 — Savoir avant de décider : les données pour l’adaptation
51:10 — Climate Pulse, le thermomètre en accès libre




