Cet été, la France a connu beaucoup d’incendies. Pour se protéger, on pense souvent qu’il faut plus d’avions et plus de pompiers. Une géographe propose une autre idée : réapprendre à vivre avec le feu.
Pourquoi on en parle ?
En 2026, près de 98 000 hectares de végétation ont brûlé en France, selon l’Office national des forêts (ONF). C’est cinq fois plus que la moyenne des vingt dernières années. Il y a eu 21 000 départs de feu.
Avant, la saison des feux allait de fin juin à mi-septembre. Aujourd’hui, elle dure de mai à octobre. Et elle remonte vers le nord : cet été, il y a même eu des feux en forêt de Fontainebleau, près de Paris.
Quel est le problème ?
Plus de neuf feux sur dix sont allumés par des humains. Le plus souvent, c’est un accident ou une imprudence qui fait une étincelle.
Le réchauffement climatique n’allume pas le feu. Mais il rend la végétation très sèche, donc elle brûle plus facilement.
En France, on éteint presque tous les feux dès qu’ils démarrent. C’est efficace : 97 % des feux sont éteints avant de dépasser 10 hectares. Mais il y a un effet inattendu. Comme les petits feux ne brûlent plus rien, les herbes, les branches et les buissons s’accumulent près des maisons. Le jour où un grand feu part, il trouve énormément de combustible.
C’est ce qui s’est passé en Gironde cet été. Le feu parti de Saumos a brûlé 42 000 hectares et détruit 183 maisons au Porge.
Quelle est la solution ?
Plutôt que de seulement combattre le feu, on peut organiser les territoires pour qu’il soit moins dangereux.
Pauline Vilain-Carlotti le dit simplement : « Le feu en soi n’est pas un problème ». Il devient un problème quand il menace des maisons ou des personnes.
Ses pistes : construire moins de maisons collées aux forêts, entretenir la végétation tous ensemble, faire revenir les troupeaux qui mangent les broussailles, et utiliser parfois un feu maîtrisé par des spécialistes, loin des habitations.
Un rapport des députés, publié en septembre 2026, explique qu’un euro dépensé pour prévenir les feux peut éviter jusqu’à 29 euros dépensés pour les combattre.
Qui agit ?
Pauline Vilain-Carlotti est géographe. Enfant, elle passait ses étés en Corse, chez ses grands-parents, en regardant passer les avions bombardiers d’eau. Aujourd’hui, elle étudie le feu depuis plus de quinze ans, de la Corse à la Californie. Elle travaille chez Warucène, un bureau d’étude qui aide à prévenir les feux de forêt. Elle a écrit un livre : L’Épreuve du feu (Flammarion).
En pratique
Autrefois, autour de la Méditerranée, les villages étaient organisés en cercles. Au centre, les maisons. Autour, les champs et les jardins. Puis les pâturages des troupeaux. Et tout au bout, la forêt. Plus on s’approchait des maisons, plus la végétation était entretenue. Le feu avait du mal à arriver jusqu’aux habitations.
Le jardin du grand-père de Pauline, près d’Ajaccio, suivait ce modèle : des fleurs près de la maison, puis le potager, puis le verger, avec les arbres tenus à distance.
Aujourd’hui, la loi oblige certains propriétaires à débroussailler autour de leur maison. Mais selon Pauline Vilain-Carlotti, cette règle est respectée au mieux dans 30 % des cas. C’est cher, c’est fatigant, et certaines maisons sont vides une partie de l’année.
Sa solution : débroussailler ensemble, à l’échelle de toute la commune, avec l’aide d’associations ou grâce à une taxe spéciale. Car le feu ne s’arrête pas aux limites des jardins.
Le savais-tu ?
Un feu n’est pas toujours mauvais pour la nature ! Après un petit feu qui reste rare, la biodiversité est la plus riche trois à cinq ans plus tard. Le feu a ouvert le milieu et laissé de la place à de nouvelles plantes et à de nouveaux animaux. Ce qui abîme les sols, ce sont les feux trop fréquents.
⚠️ Attention : pour toi, tout feu est dangereux. Un feu maîtrisé, c’est un travail de spécialistes. On ne joue jamais avec le feu.
Ce que tu peux faire
- Si tu vois de la fumée ou un départ de feu, éloigne-toi tout de suite et préviens un adulte. Appelle le 18 (les pompiers) ou le 112 (le numéro d’urgence européen).
- Retenir que la plupart des feux partent d’un geste humain, et en parler avec ta famille avant une sortie en forêt l’été.
- Si ta famille vit près d’une forêt, aider un adulte à entretenir le jardin avant l’été.
- Regarder avec tes parents, sur georisques.gouv.fr, si votre commune est exposée au risque de feu de forêt.
- Proposer à ta classe de parler du risque d’incendie. Mais les grandes décisions, comme où construire ou comment débroussailler toute une commune, ce sont les adultes, les élus et l’État qui doivent les prendre.
Quelques mots clés
- Débroussailler : enlever les herbes sèches, les buissons et les branches basses pour que le feu ait moins de quoi brûler.
- Interface habitat-forêt : l’endroit où les maisons touchent la végétation et la forêt.
- Biomasse : toute la matière végétale (herbes, feuilles, branches) qui peut servir de carburant au feu.
- Incendie convectif : un très gros feu si puissant qu’il crée sa propre météo.
- Pastoralisme : l’élevage de troupeaux qui se déplacent pour manger l’herbe et les broussailles.
- Brûlage dirigé : un feu allumé exprès, hors de la saison chaude, pour réduire la végétation qui pourrait brûler.
Feux de forêt : et si on apprenait à vivre avec ?
Avec Pauline Vilain-Carlotti · Géographe, Warucène
Cet été, la France a connu beaucoup d’incendies. Pour se protéger, on pense souvent qu’il faut plus d’avions et plus de pompiers. Une géographe propose une autre idée : réapprendre à vivre avec le feu.
On éteint tout… et ça s’accumule
Plus de neuf feux sur dix sont allumés par des humains, souvent par accident. Le climat rend la végétation très sèche. Et comme on éteint presque tous les petits feux, les herbes et les branches s’accumulent près des maisons. Le jour où un grand feu part, il trouve énormément de combustible.
Organiser le territoire pour vivre avec le feu
Autrefois, les villages étaient organisés en cercles : les maisons, puis les champs et les jardins, puis les pâturages, et enfin la forêt. Le feu avait du mal à arriver jusqu’aux habitations. Pauline Vilain-Carlotti propose de s’en inspirer : construire moins de maisons collées aux forêts, débroussailler tous ensemble à l’échelle de la commune, faire revenir les troupeaux et utiliser parfois un feu maîtrisé par des spécialistes, loin des maisons.
Les bons réflexes 🚒
Le feu peut aider la nature, mais seulement quand des spécialistes s’en occupent. Pour toi, deux règles à retenir.
Feu ou fumée ? Appelle !
Éloigne-toi tout de suite et préviens un adulte. Appelle le 18 (les pompiers) ou le 112 (le numéro d’urgence européen).
Tout feu est dangereux
Un feu maîtrisé, c’est un travail de spécialistes. On ne joue jamais avec le feu.
Agir concrètement ✅
- 🗣️Rappeler à ta famille, avant une sortie en forêt l’été, que la plupart des feux partent d’un geste humain.
- 🌿Si ta famille vit près d’une forêt, aider un adulte à entretenir le jardin avant l’été.
- 🗺️Regarder avec tes parents, sur georisques.gouv.fr, si votre commune est exposée au risque de feu de forêt.
- 🏫Proposer à ta classe de parler du risque d’incendie. Les grandes décisions, ce sont les élus et l’État qui doivent les prendre.
Le feu peut aider la nature 🌱
Après un petit feu qui reste rare, la biodiversité est la plus riche trois à cinq ans plus tard. Le feu a ouvert le milieu et laissé de la place à de nouvelles plantes et à de nouveaux animaux. Ce qui abîme les sols, ce sont les feux trop fréquents.
Pour tout comprendre 📖
« Il ne s’agit pas de tous redevenir éleveurs dans une bergerie. Mais il faut nécessairement commencer à penser systémique. »— Pauline Vilain-Carlotti · Géographe · Warucène
TIMECODES
00:00 — Se trompe-t-on de guerre contre les feux de forêt ?
00:44 — Présentation de Pauline Vilain-Carlotti
01:52 — Le bilan de l’été 2026
03:02 — Des étés corses au rythme des Canadair
06:02 — Le jardin du grand-père, un coupe-feu
08:29 — Ager, saltus, silva : le modèle des villages agropastoraux
11:02 — Cause humaine et changement climatique
13:49 — Une saison des feux de mai à octobre
15:20 — Pourquoi le mot « mégafeu » ne dit rien
18:21 — Le rôle écologique du feu
20:34 — La doctrine d’attaque des feux naissants
23:44 — Les incendies convectifs
24:42 — Ce que révèle une colline méditerranéenne
27:09 — Ce que le feu fait réapparaître
28:32 — Le modèle concentrique transposé aux villes
30:12 — Rafraîchissement urbain et jardins vivriers
31:05 — Le pastoralisme comme outil de prévention
32:35 — La défendabilité des territoires
34:36 — Débroussaillement : 30 % d’application
35:17 — Le coût du débroussaillement pour les ménages
38:30 — De la coercition à la mutualisation
39:53 — Lutte contre prévention : la question budgétaire
41:27 — Des pompiers volontaires à bout de souffle
42:25 — L’éducation au risque à l’école
43:02 — Conclusion
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
L’Épreuve du feu. Habiter autrement la Terre (Flammarion) : https://editions.flammarion.com/lepreuve-du-feu/9782080162731
Pauline Vilain-Carlotti sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/pauline-vilain-carlotti-phd-66b2777/
La stratégie française de lutte contre les feux de forêt (Observatoire de la forêt) : https://observatoire.foret.gouv.fr/themes/la-strategie-francaise-de-lutte-contre-les-feux-de-foret
Rapport de la mission parlementaire (septembre 2026) : https://www.banquedesterritoires.fr/sites/default/files/2026-09/Rapport%20_Feux%20de%20for%C3%AAt%2027092026.pdf
Géorisques, feux de forêt : https://www.georisques.gouv




