Des entreprises transforment leurs espaces de travail en lieux d’accueil solidaires. Pour Soluble(s), Kinda Garman, directrice générale des Bureaux du Cœur, explique comment cette solution concrète redonne de la dignité et accélère le retour à l’autonomie.
📄 Résumé

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Un constat qui interpelle, une réponse qui existe
En France, plus de 350 000 personnes sont sans domicile et 4,1 millions sont mal logées, selon la Fondation pour le Logement.

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Le collectif Les Morts de la Rue a recensé 912 décès de personnes sans-abri en 2024, soit une hausse de 16% par rapport à 2023, avec une présence croissante de femmes et d’enfants parmi les victimes.

Photo : Collectif Les Morts de la Rue.
Face à cette urgence et à la saturation du 115, l’idée des Bureaux du Cœur repose sur un constat simple : les locaux d’entreprises sont inoccupés 70% du temps, notamment le soir, la nuit et les week-ends.


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L’histoire de l’association commence à Nantes avec Pierre-Yves Loaëc, entrepreneur qui a vu un jour une femme dormir sur une grille d’aération devant ses bureaux chauffés mais vides.

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De cette observation est née une intuition : et si l’entreprise pouvait devenir un acteur direct de la lutte contre le sans-abrisme, sans construire de nouveaux murs, simplement en partageant ceux qu’elle possède déjà ?


Photo : Beatrice Preve – Bureaux du coeur
Un modèle simple, tripartite et digne
Le dispositif organise une relation entre trois acteurs : l’entreprise hôte, qui met à disposition un espace ; l’invité·e, terme privilégié pour marquer l’égalité et l’absence de contrepartie ; et un organisme social partenaire (Croix-Rouge, Samu social, etc.), qui suit la personne et prépare sa sortie vers un logement pérenne.

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Kinda Garman insiste : « Ce sont des personnes qui sont littéralement invitées dans des bureaux à qui on ne demande aucune contrepartie. »

L’accueil dure trois mois, renouvelables une fois, pour une moyenne constatée de quatre mois.

Photo : Monsieur Roni.
Concrètement, transformer un bureau en refuge ne demande que cinq éléments facilement accessibles : un canapé convertible, une armoire pour les affaires personnelles, un coin cuisine (souvent déjà présent), des sanitaires et, si possible, une douche. Lorsque ce dernier élément manque, l’association identifie des partenaires extérieurs pour garantir l’accès à l’hygiène. Le coût d’aménagement s’élève à environ 1 000 euros, contre 10 000 euros par an pour une place d’hébergement d’urgence public.

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Une montée en puissance spectaculaire
L’association connaît une accélération historique. Depuis sa création, environ 920 personnes ont été accueillies, et un chiffre frappe : 500 de ces accueils ont eu lieu uniquement en 2025. Cette dynamique témoigne de la pertinence du modèle face à une crise qui s’aggrave.

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Les profils sont variés. Kinda Garman parle d’« accidentés de la vie » : des personnes qui, suite à une séparation ou une perte d’emploi, « dégringolent tout simplement, se retrouvent à dormir dans leur voiture », puis dans la rue lorsque celle-ci est saisie. L’association accueille aussi de plus en plus d’étudiants précaires, des femmes victimes de violences conjugales qui doivent partir du jour au lendemain, ainsi que des personnes réfugiées en cours de régularisation.

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Pour ces invités, le passage en entreprise offre bien plus qu’un toit : une clé, de l’intimité, une douche chaude, et surtout la possibilité de « se poser » pour relancer des démarches administratives ou professionnelles. « L’accueil Bureaux du Cœur va vraiment accélérer cette insertion », explique Kinda Garman, en rappelant que le lien social avec les salariés joue un rôle déterminant.
Quand les salariés deviennent acteurs de l’insertion
L’un des effets les plus marquants du dispositif se joue du côté des salariés. Loin de générer de la méfiance, l’accueil d’un·e invité·e crée souvent un puissant levier d’engagement interne. Kinda Garman observe que « dans le meilleur des cas, c’est des rencontres formidables qui se passent. Dans le pire des cas, ce sont juste pas de rencontres ».
Le matin, un café partagé, un coup de main sur un CV ou un entretien blanc deviennent des gestes simples mais déterminants. Ces interactions recréent du lien social pour des personnes qui en étaient largement coupées et redonnent du sens au travail des salariés. « Les invités après le passage des Bureaux du cœur ne sont plus les mêmes », constate la directrice générale, soulignant la reprise de confiance en soi et la capacité retrouvée à prendre en main son parcours.
Un réseau de 300 bénévoles et 40 délégations
Le déploiement des Bureaux du Cœur repose sur un moteur humain puissant : un réseau de près de 300 bénévoles. Ce sont eux qui font vivre les 40 délégations actuelles, dont 36 en France et plusieurs en Europe (Bruxelles, Barcelone, Lisbonne). En trois ans, l’association est passée d’une dizaine à quarante délégations.

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Une délégation, c’est un réseau de bénévoles qui suivent les accueils, rencontrent les entreprises, les accompagnent et identifient les organismes sociaux partenaires. Kinda Garman décrit avec émotion l’engagement de ces volontaires qui vivent des moments forts, comme la remise symbolique des clés à l’invité en présence de l’entreprise et de l’organisme social.
Pour celles et ceux qui ne peuvent pas ouvrir leurs bureaux ni donner, le bénévolat reste une voie d’engagement accessible. L’association vise un objectif ambitieux : 60 000 logements d’urgence d’ici 2030.
Une innovation d’usage qui propage l’enthousiasme
Les Bureaux du Cœur illustrent une voie concrète pour mobiliser le monde économique face à la crise du logement : transformer une charge immobilière dormante en ressource solidaire, sans construire de nouveaux murs. Comme le résume Kinda Garman, « c’est un projet extrêmement positif et qui fait propager cet enthousiasme et cette envie de s’investir et de collectivement prendre en main cette lutte contre la précarité ».
Écoutez cet épisode instructif et inspirant.
Simon Icard (rédigé avec IA)
TIMECODES
00:00 — Introduction : Transformer des bureaux vides en refuges
01:39 — Le parcours de Kinda Garman : de l’école de commerce à l’engagement social
03:50 — La genèse de l’idée : le déclic de Pierre-Yves Loaëc à Nantes
05:09 — État des lieux du mal-logement en France (chiffres 2024-2025)
07:11 — Aménager un bureau : 5 éléments clés pour un accueil digne
10:03 — Pourquoi le terme « Invité » ? La philosophie du modèle tripartite
11:48 — Profils : étudiants, accidentés de la vie et femmes victimes de violences
16:03 — La réalité du quotidien : comment salariés et invités se côtoient
19:20 — L’impact sur l’insertion : le bureau comme tremplin vers l’emploi
24:53 — Le réseau de 40 délégations : comment devenir bénévole
28:51 — Merci à Kinda Garman !
29:52 — Fin
POUR ALLER PLUS LOIN
- Site officiel des Bureaux du Cœur : bureauxducoeur.org
- Fondation pour le Logement – Rapport Mal-logement 2025 : fondationpourlelogement.fr
- Collectif Les Morts de la Rue : mortsdelarue.org
CITATIONS
En direct de Kinda Garman, directrice générale des Bureaux du Cœur
– Sur le terme « Invité » :
« Ce sont des personnes qui sont littéralement invitées dans des bureaux à qui on ne demande aucune contrepartie. Donc voilà, ce sont nos invités. »
– Sur les profils accueillis :
« Nos invités, ce sont souvent ce qu’on appelle, nous, dans notre petit jargon, des accidentés de la vie. Des personnes qui, suite à une séparation, une perte de leur emploi, dégringolent tout simplement, se retrouvent à dormir dans leur voiture. »
– Sur l’accélération de l’insertion :
« L’accueil Bureaux du Cœur va vraiment accélérer cette insertion puisque d’une part l’invité reste accompagné par l’association partenaire. […] Et ça c’est extrêmement précieux pour quelqu’un qui est en insertion. »
– Sur les rencontres avec les salariés :
« Dans le meilleur des cas, c’est des rencontres formidables qui se passent. Dans le pire des cas, ce sont juste pas de rencontres qui s’opèrent parce qu’on croise pas son invité. »
– Sur l’engagement collectif :
« C’est un projet extrêmement positif et qui fait propager cet enthousiasme et cette envie de s’investir et de collectivement prendre en main cette lutte contre la précarité. »
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