Des entreprises transforment leurs espaces de travail en lieux d’accueil solidaires. Pour Soluble(s), Kinda Garman, directrice générale des Bureaux du Cœur, explique comment cette solution concrète redonne de la dignité et accélère le retour à l’autonomie.
📄 Résumé
Transcription (Automatisée)

Photo : DR.
Introduction : Transformer des bureaux vides en refuges
Simon Icard :
Bienvenue dans un nouvel épisode de Soluble(s). Aujourd’hui, je m’intéresse à une solution qui transforme des bureaux vides en refuges pour des personnes qui dorment dehors. Ça commence par un toit et ça peut déboucher sur un véritable retour à l’autonomie. Bonjour Kinda Garman.
Kinda Garman :
Bonjour Simon.
Simon Icard :
Tu es la directrice générale des Bureaux du Cœur. C’est une association qui organise l’hébergement de personnes en grande précarité dans des bureaux d’entreprises, le soir, la nuit et le week-end. On va explorer ce modèle original avec toi, comprendre comment ça marche concrètement, qui peut en bénéficier ? Pourquoi mobiliser le monde de l’entreprise peut changer la donne. Un sujet essentiel quand on sait qu’en France, trois cent trente mille personnes sont sans domicile selon la Fondation pour le logement et que neuf cent douze personnes sans abri sont décédées en deux mille vingt quatre, selon un décompte du collectif Les Morts de la rue, qui recense surtout des décès de jeunes hommes, mais aussi de plus en plus de femmes et d’enfants. On parlera aussi des solutions face à ce volume de places d’hébergement d’urgence qui apparaît régulièrement insuffisant, souvent saturé. Mais d’abord, les auditrices, les auditeurs de ce podcast le savent on aime toujours mieux connaître notre invitée en début d’émission.
Le parcours de Kinda Garman : de l’école de commerce à l’engagement social
Simon Icard :
Parle nous un petit peu de toi, de ton parcours. Kinda, comment tu en es venue à diriger une association comme Les Bureaux du Cœur ? Qu’est-ce qui t’a amenée à cet engagement ?
Kinda Garman :
Alors, je n’ai pas forcément un engagement lisible, on va dire, sur le début de mon parcours, parce que moi j’ai fait une école de commerce, donc j’étais quand même assez loin du milieu associatif. Mais j’ai toujours eu, je pense, par mon éducation et par peut-être même avant cela, mes racines, la volonté d’avoir une action positive sur la société. Pour la petite histoire, je suis issue de deux parents syriens, d’où mon prénom Kinda. Et voilà, on a eu un peu le goût de l’engagement plus jeune pour mon frère, ma sœur et moi. Donc on est tous les trois très engagés et moi, ça a été la façon avec laquelle j’ai voulu vraiment concrétiser cet engagement, c’est-à-dire à l’issue de mon école de commerce, où, pour tout te dire, je n’ai jamais trouvé de satisfaction dans les différents stages, alternance que je faisais.
Voilà, j’ai commencé à m’intéresser vraiment à au début à l’écosystème de l’ESS, donc l’écosystème qui s’approchait notamment des, de l’impact positif sur la société. J’ai eu différentes expériences qui m’ont vraiment allumé, alimenté cette flamme. Et puis un jour, je me suis intéressé d’un peu plus près du milieu associatif. Et là j’ai vraiment compris que, en tous cas, c’est là que ma flamme se trouvait. Et voilà, j’ai tout fait pour le rejoindre. C’était pas ultra simple au début, parce que quand on n’a pas un parcours du milieu associatif ne serait-ce que décoder les différentes, le vocabulaire, les acronymes. Enfin voilà, ça reste un milieu qui a ses propres codes et j’ai eu la chance de rencontrer le fondateur des Bureaux du cœur, qui m’a vraiment ouvert la porte, a ouvert la voie et c’est grâce à lui que petit à petit, j’ai réussi à faire mon trou et à devenir directrice des Bureaux du cœur.
La genèse des Bureaux du Cœur : l’histoire de Pierre-Yves Loaëc à Nantes
Simon Icard :
Une rencontre, du sens, de l’action. Tu diriges l’association depuis quelques temps maintenant, mais l’histoire de l’association elle même commence en deux mille dix sept, je crois, à Nantes, dans l’ouest de la France, avec un entrepreneur engagé dont tu commençais à parler. Justement, avant qu’on évoque ce que vous faites aujourd’hui, j’aimerais qu’on revienne sur sur le départ. l’Origine de cette association, c’est une histoire humaine qui est au début de tout ? Comme souvent.
Kinda Garman :
Tout à fait. C’est une histoire humaine qui concerne donc Pierre-Yves Loaëc, qui est le fondateur des Bureaux du cœur et sa femme pour tout te dire. Qui en effet étaient assez sensibles aux enjeux de précarité. Ils vivaient à Nantes et ils étaient, comme dans toutes les grandes villes, malheureusement, confrontés au sans-abrisme, à la grande précarité. Et la femme de Pierre-Yves, pour tout te dire, insistait pour qu’ils puissent accueillir chez eux, comme le faisait d’ailleurs un couple d’amis, une personne réfugiée pour faire leur part. Ils ont des enfants qui sont relativement en bas-âge. Donc voilà, beaucoup de questions se sont posées à ce moment là. Et un jour Pierre-Yves l’a vu comme une évidence, c’est-à-dire de partir du constat, donc effectivement de cette précarité prégnante en France, mais par ailleurs aussi que ces bureaux, lui, en tant qu’entrepreneur, étaient vides soixante dix pour cent du temps la nuit, le week end certainement aussi pendant une partie des vacances scolaires. Ces bureaux ne servaient à rien ni à personne. Et il s’est dit en fait, c’est peut être justement le rôle que moi, en tant que citoyen, via mon entrepreneuriat, via mon entreprise que je pourrais donc mettre à contribution, de cette lutte contre la précarité.
Le contexte du sans-abrisme en France : un constat alarmant
Simon Icard :
On comprend, on le sait, il y a un vrai besoin sur l’hébergement. L’hébergement d’urgence aussi. On va voir où vous vous situez dans dans les divers maillons de la chaîne. Quand on regarde les chiffres actuels, quatre virgule un millions de personnes sont considérées comme mal-logées. En France, plus d’un million de personnes ne disposent pas d’un vrai logement. Et je le disais tout à l’heure, trois cent trente mille personnes sont sans domicile. Sans compter les personnes qui sont aussi en attente d’un logement social. Donc les chiffres peuvent varier. Mais on comprend ainsi l’ampleur des difficultés qui se posent à de nombreux Français et Françaises. De nombreux habitants. Les filets de sécurité n’ont pas l’air de suffire. C’est un sujet régulièrement présent, je le disais dans le débat public. Mais de là où tu te situes, comment tu qualifierais la situation actuelle vue du terrain ?
Kinda Garman :
Elle est quand même. Alors, je ne veux pas casser l’ambiance, mais elle est vraiment dramatique puisque les chiffres, tu les as énoncés, sont quand même effarants. Et puis, par ailleurs, ce sont des chiffres qui sont en constante constante augmentation. Il me semble même que le dernier chiffre qui est sorti par la Fondation pour le logement est de trois cent cinquante mille personnes en situation de précarité. Et j’ai plus exactement les chiffres en tête. Ce serait intéressant de les creuser, mais il me semble que c’est deux à trois fois plus sur les vingt dernières années. Donc c’est vraiment considérable. Et souvent la réponse que beaucoup apportent, c’est oui, mais c’est le rôle de l’État. Je suis parfaitement d’accord, c’est le rôle de l’État, mais pour autant, il y a des situations d’urgence. L’État aujourd’hui ne fait pas sa part. Et donc sommes-nous prêts à attendre que l’État le fasse ? Ou pouvons-nous agir en tant que citoyens ? Et ça a été justement la réponse qu’a voulu apporter Pierre-Yves Loaëc.
Le principe des Bureaux du Cœur : transformer les bureaux vides en hébergement digne
Simon Icard :
Ne pas ne pas attendre, faire quelque chose, faire sa part, tu disais. J’en viens donc au principe des Bureaux du cœur. Vous partez de ce constat simple, que tu as indiqué, les bureaux des entreprises sont vides le soir, la nuit, le week-end, parfois pendant les vacances scolaires, alors que des personnes dorment dehors, n’ont pas de solution de logement. Le constat est simple et généreux. Mais évidemment, on suppose que dans la pratique, il faut organiser tout cela et cela demande beaucoup d’actions de savoir-faire. On va plonger dans ce sujet, voir comment ça se passe. Explique nous comment vous transformer concrètement un espace de bureau en un lieu digne et qui permet d’y séjourner la nuit. Qu’est-ce qu’il y a dans ces espaces de bureaux aménagés ?
Les cinq éléments d’aménagement d’un bureau
Kinda Garman :
Il y a cinq éléments qu’on retrouve finalement relativement facilement. Donc en effet, peut-être que ça peut paraître compliqué, mais ça l’est vraiment pas quand on se rend compte avec le recul notamment de de de la facilité avec laquelle on peut suivre le parcours des Bureaux du cœur et puis par ailleurs de ce que ça apporte finalement, et on y reviendra, je pense. Donc finalement, voilà, avec un peu de recul, on se rend compte que c’était simple de le mettre en œuvre et donc cinq éléments qui sont assez facilement trouvables j’ai envie de dire. Le premier, c’est évidemment un canapé convertible. Qu’on va mettre dans une salle de réunion, un bureau, c’est évidemment en fonction de la disposition de l’entreprise. Nous, on conseille sur cette partie d’aménagement, puisqu’on vient visiter sur place les espaces pour proposer d’identifier le lieu, etc. Mais on ne casse pas des murs, on vient juste vraiment dire là, vous avez une petite table, est-ce qu’on peut la décaler un petit peu, mettre un canapé ? Donc voilà, ça c’est le premier élément. Le deuxième élément, c’est une armoire à proximité pour que l’invité puisse laisser son linge de lit la journée ainsi que ses affaires. Un petit coin cuisine. Donc en général, c’est déjà là dans l’entreprise avec le minimum un petit frigo, un micro-onde, de quoi pouvoir s’alimenter le soir, des sanitaires facilement trouvables a priori dans les entreprises. Et le dernier élément qui est un élément optionnel, c’est la douche, qui est en effet quand même intéressante et avantageuse pour les invités. Mais ce n’est pas un élément bloquant puisque donc quand c’est pas le cas, on vient aller nous même identifier des partenaires qui pourraient prêter une douche pour nos invités.
Le modèle tripartite : entreprise, invité et association partenaire
Simon Icard :
Tu parlais de sanitaires et même de douches. Alors certaines entreprises en sont équipées. Bien sûr. Sinon ça, ça suggère qu’il y a tout un accompagnement autour et la possibilité de de continuer d’être suivi par des travailleurs sociaux et d’aller dans des hébergements de jour, peut-être pour pour les sanitaires. Je veux parler justement de l’organisation qu’il y a autour de vous, parce que vous êtes au cœur, au centre ou partie, tu me diras, d’une chaîne de solidarité. Les bureaux du cœur ne travaillent pas seuls. Ils sont, ils sont. Avec d’autres intervenants. Vous avez mis en place un modèle avec trois acteurs. L’Entreprise, on l’a dit, la personne bénéficiaire, bien sûr, et aussi une association partenaire. Comment ça fonctionne concrètement ? C’est-à-dire qu’on vous adresse des personnes en situation de difficultés qui ont un besoin urgent de logement ?
Le rôle de chaque acteur dans le dispositif
Kinda Garman :
Tout à fait. Tu es très bien renseigné ! On a en effet une logique tripartite avec évidemment une organisation hôte que sont majoritairement des entreprises, mais ça peut être aussi des collectivités, des organismes publics. Donc on parle d’organisation au sens large. En effet, le bénéficiaire que nous on appelle invité, c’est un terme qu’on aime beaucoup puisque ce sont des personnes qui sont littéralement invitées dans des bureaux à qui on ne demande aucune contrepartie. Donc voilà, ce sont nos invités. Et le dernier, la dernière partie, ce sont en effet des organismes sociaux partenaires des Bureaux du cœur, qui sont des structures nationales, parfois publiques, parfois associatives, qui viennent nous prescrire des invités qu’ils connaissent, qu’ils suivent depuis plusieurs mois, plusieurs années. Donc voilà, il y a vraiment cette capacité de dire je pense que ce profil pourrait correspondre au profil des Bureaux du cœur, puisqu’en effet, les Bureaux du cœur ne peuvent pas, malheuresement, accueillir tout le monde. On a un certain nombre de critères qui permettent d’identifier des invités. Et l’organisme social, son rôle, c’est également de pouvoir faire sortir l’invité. Donc de le suivre pendant toute la durée de l’accueil, puisque nous, on n’a aucunement cette expertise de travail social et de lui permettre de d’identifier une solution de sortie à l’issue de l’accueil qui dure de trois à six mois.
Les profils accueillis : qui sont les invités des Bureaux du Cœur ?
Simon Icard :
C’est-à-dire on comprend oui, sans condition. C’est gratuit, bien sûr, mais on ne tape pas à la porte d’un bureau du cœur. C’est dans un tout, un accompagnement pour ces bénéficiaires, ces invités comme tu le disais. Parle-nous un peu plus en détail de ces personnes invitées, hébergées 828 personnes ai-je pu lire dans vos bilans. Qui peut être accueilli concrètement ? Quels sont les critères s’il y en a ?
Les critères d’accueil et les chiffres clés
Kinda Garman :
Oui je suis. Je me rends compte que dans nos bilans, il faut qu’on les mette à jour bien plus régulièrement parce qu’aujourd’hui, on a à peu près 920 personnes accueillies dans le cadre du dispositif. Et je tiens juste à préciser que ça représente. Sur ces neuf cent vingt personnes, cinq cents ont été accueillies uniquement en deux mille vingt cinq. Donc on voit quand même vraiment la montée en puissance de l’association depuis ces dernières. Ces derniers mois, ces dernières années, qui peut être accueilli, Ce sont systématiquement des personnes qui sont. Donc, comme je le mentionnais, redirigées par des organismes sociaux. Ce sont des personnes qui sont seules, a minima en cours de régularisation ou en situation régulière et qui ont un projet d’insertion, quel qu’il soit, un projet de formation, un projet d’emploi et qui n’ont pas d’addiction avérée. Donc ça, c’est différents éléments qui sont attestés par l’organisme social qui nous prescrit.
Les « accidentés de la vie » et autres profils
Kinda Garman :
Et donc très globalement pour vous parler un peu des invités des Bureaux du cœur, ceux qu’on rencontre le plus souvent. Alors, je vais faire des grands traits, mais même si chaque invité a une histoire particulière. Mais nos invités, ce sont souvent ce qu’on appelle, nous, dans notre petit jargon, des accidentés de la vie. Des personnes qui, suite à une séparation, une perte de leur emploi, dégringolent tout simplement, se retrouvent à dormir dans leur voiture. Parfois, leur voiture est retirée et se trouvent à dormir dehors. Donc c’est des situations sur lesquelles justement, en fait, on a quand même la capacité vraiment de, si on intervient au bon moment, d’éviter le bout de cette dégringolade, de cette chute. Donc voilà, c’est là qu’on se rend compte qu’on est ultra-précieux. On a aussi des étudiants qui sont dans des situations précaires, après avoir changé de ville pour poursuivre leurs études et qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Et ça, c’est aussi quelque chose qui est assez marquant, c’est qu’on se rend compte qu’on a de plus en plus d’étudiants et pour nous, ça a été assez effarant de se rendre compte que la précarité étudiante augmente en France. On a aussi des femmes qui subissent des violences conjugales et qui donc certainement et assez rapidement, doivent trouver une solution, souvent du jour au lendemain. Et enfin, on a aussi des publics réfugiés, exilés qui arrivent en France après un long parcours migratoire. Et en effet en situation en cours de régularisation, qui ont besoin de se poser et poser leurs valises pour réussir à s’insérer en France.
Accueil des familles : pourquoi seulement des personnes seules ?
Simon Icard :
Des accidents de la vie. Je rebondis sur les femmes victimes de violences qui deviendraient invitées si elles ont des enfants, est-ce que c’est adapté ou pas ? Cette situation, on peut se poser la question.
Kinda Garman :
Non. On n’accueille que des personnes seules. Ça a été un grand débat au début des Bureaux du coeur Et puis on se rend compte finalement que voilà, on reste vraiment focalisés sur les personnes seules pour deux raisons principales. La première, c’est qu’en effet, il est très difficile, moralement ou éthiquement ou sentimentalement, d’imposer des horaires à un enfant. Or, les bureaux du cœur n’accueillent qu’à partir des horaires qui conviennent à l’entreprise. Donc très souvent c’est dix huit heures dix huit heures trente, parfois jusqu’à dix neuf heures jusqu’au petit matin sept, huit heures. Donc voilà un enfant en sortie d’école de lui dire bon bah tu vas attendre jusqu’à dix huit heures. Voilà, c’était c’était assez dur. Et du coup, dans la même, dans la même lignée, le deuxième élément, c’est aussi que c’est émotionnellement beaucoup plus dur de voir un enfant dormir dans un bureau, c’est beaucoup moins acceptable. Et puis parfois, c’est même dangereux puisque donc les Bureaux du cœur ne font pas que des bureaux du service, du tertiaire. On a parfois des industriels, on a des menuiseries par exemple, qui accueillent. Et c’est vrai que c’est pas des espaces qui conviennent à des enfants. Et donc pour ça, on a décidé que ça ne ferait pas partie du dispositif. Mais on a heureusement des associations cousines qui le font très bien sur dans d’autres dispositifs. Donc voilà, on essaye au maximum de rediriger pour qu’on en fait finalement sur la chaîne. Chacun puisse faire sa part en fonction de ce qu’il est capable d’apporter dignement à nos bénéficiaires.
L’engagement des salariés : dépasser les préjugés et créer du lien
Simon Icard :
Je dézoome un peu. Hélas, on sait que la précarité et la pauvreté entraînent des idées reçues, une certaine méfiance et parfois même de la peur. L’engagement solidaire d’une entreprise dans cette voie doit aussi se préparer avec les salariés ? Sûrement. Qu’est ce qui est observé dans la pratique ? L’Accueil de la personne est temporaire. Comment seront accueillies, acceptées, si j’ose le mot, par les salariés, ces personnes invitées ? Parce qu’elles doivent se croiser, même si les horaires sont adaptés.
L’adhésion spontanée des équipes
Kinda Garman :
Bien sûr. Et c’est d’ailleurs l’un des objets de notre association, c’est de faire en sorte que ces populations se croisent, donc que les salariés et leur invité puissent se croiser, peut-être pas quotidiennement, mais a minima lors de temps forts, le matin, au petit déjeuner ou en effet à certains moments conviviaux de l’entreprise. Ça, ça se fait assez naturellement, mine de rien, par les entreprises. Et pour remonter un petit peu dans le parcours d’accompagnement des entreprises, on s’assure aussi que, au moment où on crée un accueil Bureau du cœur, au tout début, avant le premier, que c’est un projet qui est collectif, c’est pas un projet qui doit être porté uniquement par le dirigeant de l’entreprise et qu’il impose aux salariés. De toute façon, je pense qu’il le fera pas naturellement, ça n’est jamais venu à l’idée de personne. Mais voilà, nous on intervient aussi en entreprise pour pouvoir répondre aux éventuelles questions. En effet, peut être casser certains stéréotypes ou dédramatiser certaines peurs que certains salariés pourraient avoir.
Les rencontres qui changent tout
Kinda Garman :
Mais la grande surprise, c’est que finalement, il y en a très peu, très peu de salariés qui se disent réticents. Au contraire, tous et toutes se disent en fait, si on a la possibilité de le faire, ce serait vraiment bête de ne pas le faire. On comprend je pense, en tant que salarié, on constate quand on a par ailleurs tous et toutes eu à des moments, des difficultés pour se loger parce que, en fait, il y a des difficultés à trouver non seulement des logements. Et puis on sait à quel point les loyers peuvent être chers dans certaines, certaines villes. Et donc, en effet, il y a vraiment cette adhésion quand même au projet par les salariés qui se fait en général assez vite, même si il peut y avoir quelques craintes qui subsistent, à savoir ouh là là, mais est ce qu’on n’a pas enfin on va pouvoir, je ne sais pas, on va s’assurer que cette personne va partir le matin, est-ce qu’elle ne va pas risquer de rester là toute la journée, etc. Donc nous, on vient vraiment rassurer. Et ce qui rassure avant toute chose, c’est justement de parler de ces neuf cent trente expériences passées pour lesquelles on a eu extrêmement peu d’histoires négatives, dans le meilleur des cas. C’est des rencontres formidables qui se passent. Dans le pire des cas, ce sont juste pas de rencontres qui s’opèrent parce que on croise pas son invité, parce que l’invité se fait extrêmement discret. Mais on a très très peu d’accidents de parcours dans le cadre d’un accueil. Et ça, ça nous pousse justement à avec confiance, à affirmer que les Bureaux du cœur, ce sont justement un dispositif. C’est un dispositif qui permet d’accompagner dignement des personnes qui sont extrêmement reconnaissantes de l’accueil qui leur est offert et donc qui font tout pour justement être le moins « pénibles », j’ai envie de dire possible pour la vie de l’entreprise.
L’impact sur l’insertion : accélération du retour à l’autonomie
Simon Icard :
Accompagner, j’entendais le mot projet, parcours, retours d’expériences. Parlons des parcours réussis, en tout cas ceux qui sont emblématiques de l’ambition portée. Donc il y a depuis deux mille dix sept plus de neuf cents invités qui sont passés dans le dispositif. Il y a des conventions qui sont signées. Il y a aussi donc un objectif de réinsertion. Est-ce que c’est vous qui le prenez à votre charge ou c’est évidemment à la main de la personne invitée, mais à son initiative avant de vous avoir rencontré ? Comment ça fonctionne ?
Le rôle du lien social en entreprise
Kinda Garman :
Ça dépend vraiment des parcours. En effet, l’invité y est, et heureusement, pour beaucoup. Et puis par ailleurs, je dirais que c’est peut être une réussite collective d’une certaine manière, puisque très souvent l’invité est quand même bien enclenché, bien enclenché dans son parcours de rebond et on est vraiment sur. Et nous, on se considère être un peu comme l’étape avant le dernier maillon de la chaîne, avant l’insertion pérenne de nos invités. Mais c’est vrai que. Et on s’est rendu compte de ça, l’accueil Bureaux du Cœur va vraiment accélérer cette insertion puisque d’une part le salarié a la possibilité, reste accompagné par l’association partenaire. Donc ça c’est ultra important. Donc ensemble, ils mettent en place tout un tas d’éléments qui permet d’avancer dans la suite du parcours sans se poser la question déjà de tous les soirs où est ce que je vais dormir ? Et ça c’est extrêmement précieux pour quelqu’un qui est en insertion. Et puis par ailleurs, je parlais d’accélération du parcours de l’insertion, puisque en effet, dans le cadre d’une entreprise, les invités vont croiser des salariés, vont croiser des dirigeants de l’entreprise. Et non seulement il y a un lien social qui se crée et le lien social est un des fondamentaux aussi pour reprendre confiance en soi, pour se sentir appartenir à une communauté. Et puis voilà, réussir à engager cette démarche de manière positive. Et puis par ailleurs, ce lien social peut derrière pousser ensuite à éventuellement poser la question. En fait, moi je cherche dans tel secteur d’activité ou alors j’ai un entretien dans trois jours. Est ce que vous pourriez m’aider à passer un entretien blanc ? Il y a plein de petites choses comme ça qui peuvent être ultra nécessaires pour l’insertion de nos invités. Et on se rend compte que les salariés des entreprises, à l’inverse, sont extrêmement, euh sont sont heureux à leur tour de pouvoir tendre cette main à nos invités et à leurs invités. Et donc c’est vrai que, en fait, on se rend compte que les invités après le passage des Bureaux du cœur ne sont plus les mêmes puisque ce sont des personnes qui vraiment, pendant ces quelques mois de vie à l’abri avec cette population qui de laquelle ils étaient assez éloignés, les salariés d’entreprise, ont repris confiance en eux, ont repris en main leur parcours d’insertion et pérennisent leur situation à l’issue de la sortie de leur accueil.
Bureaux du Cœur vs accueil chez les particuliers : quelle différence ?
Simon Icard :
C’est vrai, en t’écoutant, je me dis que, évidemment, l’entreprise, c’est le lieu par définition, où parmi tous les liens sociaux, celui pour rebondir dans un parcours d’insertion est le plus encadré et le mieux encadré pour pour ça. En effet, c’est intéressant comme approche. Et puis je je me souviens de ce que tu as dit en début d’épisode sur le choix initial du fondateur qui en couple, se posait la question d’un accueil à la maison où finalement ça a débouché sur une autre réflexion sur toute cette opération. C’est un lieu un peu plus neutre quand même, l’entreprise. Comment on se situe justement entre l’accueil qui existe chez les particuliers et l’accueil dans une entreprise ? Comment on l’aborde ? Est-ce que c’est une grande différence ? Est-ce qu’il y a une plus grande distance ?
Kinda Garman :
Je pense oui, certainement. Je pense que accueillir chez soi, bon, déjà c’est dans une chambre d’amis, ce qui n’est pas forcément simple à trouver chez tout le monde. Et puis en fait, ça crée un lien qui est de plus grande proximité puisque c’est quelqu’un avec qui on vit littéralement. Parce que donc, contrairement au bureau où en fait on se croise, et c’est justement ce qui permet à l’un et à l’autre d’avoir son intimité de manière intégrale, quoi. Alors que là, on va partager, partager une habitation. Et je pense que ce sont des projets qui sont extrêmement positifs, évidemment, puisque certainement que cette rencontre est beaucoup plus forte que quand on se croise. Mais je pense que justement, à l’inverse, c’est un cap qui est encore plus difficile à passer. Donc je pense que ce sont des projets qui sont vraiment formidables. Je pense notamment à J’accueille avec qui on travaille beaucoup au sein des Bureaux du Cœur, qui est un ancien projet porté par Singa, qui font de l’accueil de populations réfugiées dans les chambres d’amis, chez les particuliers. En effet, on a énormément de proximité, mais pour autant, on se rend compte que voilà, il y a peut être un parcours. Déjà, on se sensibilise à l’accueil, peut être en accueillant en entreprise, on se rend compte que c’est faisable. Et nous dans l’idée, on aimerait bien ensuite que les salariés d’entreprises se disent qu’ils peuvent le faire chez eux, même si en effet, ça demande quand même de franchir une étape supplémentaire.
Aspects pratiques : coûts, assurances et adhésion pour les entreprises
Simon Icard :
Bien sûr, bien sûr. Alors deux questions pratiques. Côté entreprise, on a compris que c’était un engagement qui se prépare, qui se travaille avec votre votre concours préalable. Est-ce qu’il y a des frais, en argent, à sortir pour l’entreprise ?
Kinda Garman :
Alors non. Au-delà de l’accompagnement, donc au niveau de l’aménagement, on demande à ce que les entreprises soient couvertes par leurs assurances. Donc bon, la bonne nouvelle, c’est qu’on a déjà des partenariats avec notamment quatre gros assureurs de l’écosystème français, donc qui ont créé une clause des Bureaux du coeur qui vient assurer sans surcoût les entreprises qui souhaitent juste étendre leur couverture initiale. Donc, ça, c’est a priori plus trop un problème. Ça, c’est vraiment une super nouvelle. On demande aussi aux entreprises qu’elles convainquent leurs bailleurs, enfin, en tout cas qu’elles proposent le projet aux bailleurs qui peut ou non accepter le projet. Et ensuite donc, on demande aux entreprises d’adhérer. Donc oui, il y a un petit coût qui est celui de participer à la vie de l’association, mais c’est une adhésion qui est libre et consciente. Chaque entreprise donne ce qu’elle souhaite, ce qu’elle peut donner au moment, au moment T et et ensuite, ben voilà, on est prêt à démarrer l’aventure ensemble.
Le déploiement territorial : 36 villes en France et à l’international
Simon Icard :
Merci, Merci pour la précision. Alors, au moment du tournage, si les chiffres que j’ai notés correspondent, mais on va voir l’ampleur. Les bureaux du Cœur agissent dans plus de quarante villes en Europe et notamment en France. Mais cette dimension d’essaimage qui m’intéressait. En France, où vous êtes présents dans de nombreuses villes, plutôt des agglomérations si j’ai bien compris, pas des, pas dans la ruralité, tu vas nous dire pourquoi ? Et puis à l’étranger aussi. Parmi les personnes qui nous écoutent et qui qui veulent aller plus loin. Est-ce que vous avez des lieux d’accueil physiques ? Vous agissez dans différentes villes. Comment est-ce qu’on vous trouve ?
Le réseau de délégations et de bénévoles
Kinda Garman :
On est effectivement principalement dans les grandes villes puisque ce sont a priori là où il y a les plus fortes tensions entre les personnes qui sont en situation de précarité et des tensions de logement. Et puis, par ailleurs, puisqu’il y a un enjeu de mobilité qui est quand même assez évident. On a eu des entreprises qui se trouvaient assez éloignées. Il fallait qu’on propose aux invités de prendre des vélos pour les rejoindre. C’est pas ultra simple à organiser non plus pour l’accueil de nos invités. Donc voilà, on favorise quand même des, des des entreprises qui peuvent être accessibles notamment en transport en commun. Et en effet, on est présents dans trente six villes en France. On a une carte sur notre site internet sur lequel vous pouvez trouver les villes dans lesquelles on est, mais les villes dans lesquelles on n’est pas, on est aussi en train de créer des nouvelles délégations. On est passés de de d’une dizaine de délégations à quarante en trois ans. Donc voilà, on est en permanence en train de créer de nouvelles délégations. Une délégation, pour vous dire, c’est un réseau de bénévoles puisque ce sont des bénévoles qui vont suivre les accueils, qui vont rencontrer les entreprises et les accompagner, comme je le mentionnais, et qui vont identifier les organismes sociaux sur des partenaires. Donc, un gros merci à nos bénévoles puisque, en effet, l’activité est quand même ultra intéressante, mais quand même assez importante finalement pour ce bénévolat. Et donc nos délégations, ce sont des réseaux de bénévoles, des réseaux d’entreprises hôtes, d’organismes partenaires et tout ça se met en œuvre de manière assez naturelle. Et puis par ailleurs, en effet, on les accompagne. Donc ça, c’est d’un point de vue salarié pour que tout ça se mette en œuvre facilement.
Comment soutenir l’association : dons, bénévolat et adhésion
Simon Icard :
Les bénévoles, les associations ont besoin de fonds sans doute pour fonctionner. Est-ce que vous faites appel à la générosité des Français ? Et puis comment aider l’association si on le souhaite, mais qu’on n’est pas en situation d’ouvrir ses bureaux ?
Kinda Garman :
Bien sûr! En effet, on, comme malheureusement beaucoup d’associations et d’autant plus avec la conjoncture actuelle, on a besoin du soutien du public et les dons sont toujours les bienvenus, évidemment. Par ailleurs, nous voilà. Comme je le mentionnais, on fait aussi adhérer les entreprises qui accueillent. Donc, on a aussi une part d’autofinancement qui nous permet quand même d’envisager l’avenir avec plus de sérénité, avec donc une forme de modèle économique assez, enfin plus ou moins pérenne. Et puis par ailleurs, si vous êtes super intéressé par le projet que vous ne pouvez pas accueillir dans vos bureaux et que vous ne pouvez pas non plus financer l’association, ce que je comprends aussi parfaitement, vous pouvez devenir bénévole. Et donc, comme je le mentionnais, on a donc un réseau de bientôt trois cents bénévoles, trois cents bénévoles qui ont des missions ultra professionnalisantes, donc de rencontrer des entreprises, de les accompagner, de suivre des accueils, donc d’être aussi au cœur de ce fonctionnement et puis de de ce dispositif, de vivre des histoires qui sont quand même assez incroyables. On a un groupe collectif, évidemment, avec nos bénévoles, où on célèbre ses réussites, et je sens l’émotion de chaque bénévole qui démarre notamment son premier accueil, de vivre le sourire, de l’inviter à la remise de la clé en compagnie de l’entreprise ou de l’organisme social partenaire. Donc voilà, il y a quand même vraiment, je dirais que Les Bureaux du cœur, c’est un projet extrêmement positif et qui qui qui fait propager cet enthousiasme et cette envie de s’investir et de collectivement prendre en main cette lutte contre la précarité. Donc voilà, je je partagerais ce message. Évidemment, vous pouvez devenir bénévole et tout ça, toutes les informations dont vous auriez besoin vous pourriez trouver sur notre site internet.
Conclusion : mobiliser l’entreprise au service de l’urgence sociale
Simon Icard :
Les bureaux du cœur. Le site c’est bureauxducoeur donc au pluriel point org. Kinda Garman, directrice de l’association. Quand les entreprises ouvrent leurs portes la nuit et plus encore et permettent de retrouver un chemin vers l’autonomie. Retrouvez toutes les informations pratiques dans la description, les ressources, les chiffres et donc le site internet. On vous trouve aussi facilement sur les réseaux sociaux je pense ?
Kinda Garman :
Oui. On est très présents sur LinkedIn puisque c’est un réseau professionnel, mais on est aussi sur Instagram, sur Facebook. Donc en effet. Bureau du cœur.
Simon Icard :
Kinda Merci d’être passée dans Soluble(s).
Kinda Garman :
Merci pour l’invitation Simon.
Simon Icard :
Voilà, c’est la fin de cet épisode. Si vous l’avez aimé, notez-le, partagez-le et parlez-en autour de vous. Vous pouvez aussi nous retrouver sur notre site internet, csoluble.media. À bientôt 😉
TIMECODES
00:00 — Introduction : Transformer des bureaux vides en refuges
01:39 — Le parcours de Kinda Garman : de l’école de commerce à l’engagement social
03:50 — La genèse de l’idée : le déclic de Pierre-Yves Loaëc à Nantes
05:09 — État des lieux du mal-logement en France (chiffres 2024-2025)
07:11 — Aménager un bureau : 5 éléments clés pour un accueil digne
10:03 — Pourquoi le terme « Invité » ? La philosophie du modèle tripartite
11:48 — Profils : étudiants, accidentés de la vie et femmes victimes de violences
16:03 — La réalité du quotidien : comment salariés et invités se côtoient
19:20 — L’impact sur l’insertion : le bureau comme tremplin vers l’emploi
24:53 — Le réseau de 40 délégations : comment devenir bénévole
28:51 — Merci à Kinda Garman !
29:52 — Fin
POUR ALLER PLUS LOIN
- Site officiel des Bureaux du Cœur : bureauxducoeur.org
- Fondation pour le Logement – Rapport Mal-logement 2025 : fondationpourlelogement.fr
- Collectif Les Morts de la Rue : mortsdelarue.org
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