Un salarié français sur deux présente un signe de détresse psychologique, le niveau le plus élevé depuis la crise sanitaire selon le baromètre Empreinte Humaine-Ipsos BVA de juin 2026. Dans cet épisode de Soluble(s), la docteure Florence Bénichoux, médecin, conseil en prévention santé physique et mentale et créatrice de la méthode Haute Qualité Humaine (HQH), explique pourquoi « ce n’est jamais le travail qui rend malade », mais son organisation – et pourquoi transformer le management, en restaurant le dialogue sur le « travail réel », reste selon elle le levier le plus efficace.
L’essentiel
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.Un salarié sur deux présente aujourd’hui un signe de détresse psychologique. La médecin Florence Bénichoux explique pourquoi le problème vient du management, et comment le transformer pour restaurer le dialogue au travail.
Ce qu’on sait
- 50% des salariés présentent un signe de détresse psychologique, un niveau jamais atteint depuis le lancement du baromètre Empreinte Humaine-Ipsos BVA en mars 2020.
- Depuis 2022, les troubles psychologiques sont devenus en France la première cause des arrêts de travail de longue durée, devant les troubles physiques.
- 43% des arrêts de travail de longue durée sont aujourd’hui liés à des causes psychologiques, en particulier chez les moins de 30 ans.
Ce qu’on peut faire
- Transformer le management en formant les managers à l’écoute active et en instaurant des temps de feedback réguliers.
- Installer un dialogue régulier sur le travail réel pour traiter les irritants concrets avant qu’ils ne s’accumulent.
- Identifier dès les premiers signaux une personne de confiance — collègue, manager, RH ou médecin du travail.
Passages clés
- 08:39 — Le premier signal d’alerte : une fatigue qui résiste au repos.
- 09:03 — Les « quatre i », avec l’isolement comme le plus grave.
- 14:12 — « Ce n’est jamais le travail qui rend malade ».
- 18:12 — L’idée d’un « permis de manager ».
- 33:30 — La loi utile, mais l’argument financier qui pèse vraiment.
Aller plus loin
Plutôt que d’incriminer le travail lui-même, cette approche cible la qualité du management et fait du dialogue sur le travail réel le premier outil de prévention.
Trois vies, un même fil
Florence Bénichoux résume son parcours en trois vies. D’abord médecin hospitalier, elle pratique la cancérologie dans un centre anticancéreux et y voit mourir des patients, encore jeune médecin – elle veut alors faire de la prévention plutôt que soigner en bout de course. La rencontre avec un pionnier de la prévention cardiovasculaire la fait basculer : « on ne change son comportement que si on est personnellement touché », lui dit-il. Sa deuxième vie sera consacrée à la communication santé, sur la prévention du cancer, du diabète ou des maladies cardiovasculaires. Depuis le début des années 2000, sa troisième vie porte sur la prévention de la santé mentale au travail, où il a fallu, dit-elle, inventer les outils.
Un niveau jamais atteint
Le constat ouvre l’épisode : un salarié sur deux présente un signe de détresse psychologique, dépassant le niveau du premier confinement, avec un risque de burn-out sévère doublé depuis avant la crise sanitaire. Depuis 2022, les troubles psychologiques sont devenus la première cause des arrêts de travail de longue durée en France, devant les troubles physiques : 43% de ces arrêts sont liés à des causes psychologiques, surtout chez les moins de 30 ans, nourrissant un absentéisme qui surcharge les équipes restantes et pèse sur l’Assurance maladie.
Le constat
Un niveau de détresse jamais atteint
des salariés français présentent un signe de détresse psychologique — un niveau jamais atteint depuis le lancement du baromètre Empreinte Humaine-Ipsos BVA en mars 2020.
l’année où les troubles psychologiques deviennent la première cause des arrêts de travail de longue durée en France, devant les troubles physiques.
des arrêts de travail de longue durée sont aujourd’hui liés à des causes psychologiques, en particulier chez les moins de 30 ans.
Source : baromètre Empreinte Humaine-Ipsos BVA, juin 2026 — données Apicil/Solidaires sur les arrêts de longue durée.
Les quatre i qui doivent alerter
Pour Florence Bénichoux, le premier signal est une fatigue qui résiste au repos. Viennent ensuite les « quatre i » qu’elle détaille : l’irritabilité, l’indifférence émotionnelle, les insomnies de réveil entre quatre et six heures du matin – elle évoque également l’instabilité émotionnelle – et, le plus grave selon elle, l’isolement, quand on cesse de voir ses collègues pour tenir tout seul dans son coin.
Repérer — Les signaux d’alerte
Les « quatre i » qui doivent alerter
Selon Florence Bénichoux, le premier signal est une fatigue qui résiste au repos. Viennent ensuite ces quatre signes.
-
1
Irritabilité
-
2
Indifférence émotionnelle
-
3
Insomnies de réveil entre 4h et 6h du matin
-
4
Isolement — le plus grave selon elle : cesser de voir ses collègues pour tenir seul dans son coin
Source : épisode Soluble(s) avec Florence Bénichoux, médecin et créatrice de la méthode Haute Qualité Humaine (HQH).
Ce n’est jamais le travail qui rend malade
« Ce n’est jamais le travail qui rend malade », tranche Florence Bénichoux. Ce qui rend malade, ce sont trois éléments précis – les conditions de travail, l’organisation du travail et la qualité du management. Sur ce dernier point, elle cite une étude de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales), publiée en mars 2025, comparant les pratiques managériales françaises à celles de l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie et la Suède : la France y affiche une position jugée « peu flatteuse », avec une autonomie des salariés inférieure de 6,5 points à la moyenne européenne.
Le management, ça s’apprend
Pour elle, ce diagnostic n’est pas une fatalité : c’est avant tout que le management n’est jamais appris. En France, on promeut les meilleurs experts à ce poste sans les former, et par peur de l’échec, ils reproduisent ce qu’ils ont vu – donner des ordres et contrôler – plutôt que d’écouter le travail réel. Le management, pour Florence Bénichoux, est une compétence qui s’apprend comme une autre. Elle défend cette idée depuis plusieurs années, jusqu’à l’avoir écrite dans un de ses livres : on ne devrait pas laisser la conduite des hommes et des femmes à quelqu’un qui n’a pas, dit-elle, son « permis de manager » – avec une formation et des critères à valider, à l’image du permis de conduire.
Sur le terrain, elle recommande d’instaurer des temps de feedback réguliers, plutôt qu’un entretien annuel qu’elle juge frustrant pour tout le monde – et pourquoi pas sous forme de semaine de feedback entière, comme elle l’a déjà mis en place lors d’une intervention en entreprise. Elle propose aussi de créer des communautés de managers pour rompre leur isolement.
Le dialogue, clé d’entrée de la prévention
Le levier central de sa méthode reste la sécurité psychologique : pouvoir parler de ce qui ne va pas dans son travail sans craindre de représailles. Elle distingue trois niveaux – le travail prescrit (ce qu’on demande), le travail réel (ce qu’on met en place pour le réaliser) et le travail perçu (la charge ressentie, amplifiée par un management absent). C’est en parlant du travail réel qu’on lève les irritants avant qu’ils ne s’accumulent.
Une loi utile, un argument financier qui pèse
Le cadre légal s’est déjà étoffé : l’article L.4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » – une obligation qui couvre donc explicitement la santé mentale, à laquelle s’ajoutent la reconnaissance du harcèlement moral et le droit à la déconnexion. La loi reste utile pour faire bouger les lignes, mais l’enjeu est aussi financier : selon l’EU-OSHA (Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail), un euro investi dans la prévention des risques psychosociaux peut générer jusqu’à 13 euros de bénéfice net – de quoi convaincre les directions que l’engagement des salariés pèse autant que les machines.
Écoutez.
Simon Icard (rédigé avec IA)
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
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Lire :
- Et si on travaillait autrement ? La méthode Haute Qualité Humaine en pratique (Ed. Eyrolles)
- Refusons de tomber malades ! Comment la prévention révolutionne notre santé (Ed. Cherche-Midi)
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- France — 31143114
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TIMECODES
00:00 — Introduction : un chiffre qui inquiète, une invitée au parcours singulier
01:48 — Les trois vies de Florence Bénichoux
04:08 — Détresse psychologique au travail : un niveau jamais atteint
06:16 — Stress, usure, épuisement : comprendre la détresse psychologique
08:39 — Les signaux d’alerte : la fatigue qui résiste et les « quatre i »
11:27 — Être bien au travail plutôt que le bien-être cosmétique
14:12 — Ce n’est jamais le travail qui rend malade : les trois vraies causes
17:30 — Un management jamais formé : vers un « permis de manager »
18:53 — Soi ou l’organisation : ne pas rester seul
24:27 — Le dialogue sur le travail réel, clé de la prévention
25:37 — Travail prescrit, travail réel, travail perçu
26:52 — Apprendre l’écoute active et le feedback
31:17 — Le sens au travail, un enjeu collectif
33:30 — La loi est utile, mais l’enjeu est aussi financier
35:11 — Conclusion : mieux vaut soigner sa santé que ses maladies







