Santé :
des solutions
pour tous, partout
7 millions de Français vivent dans un désert médical, l’endométriose fait errer les patientes 7 ans en moyenne avant un diagnostic, et chaque année 5 000 personnes sont contaminées par le VIH. Mais des médecins itinérants, des ingénieurs, des chercheurs et des militants agissent : camion de santé mobile, test salivaire couplé à l’IA, appli validée par l’OMS, Maison des femmes à l’hôpital, PrEP remboursée à 100 %. Douze épisodes de Soluble(s) pour prendre soin de soi et des autres, maintenant.
Sélection éditoriale par Simon Icard↗, journaliste & créateur de Soluble(s). Voir aussi simonicard.fr↗.
Chiffres clés
Quand 7 millions de Français n’ont plus accès à un médecin, que l’errance diagnostique peut durer des années et que les addictions sont encore trop souvent traitées comme des fautes morales, quelles solutions existent déjà pour que chacun puisse se soigner, se protéger et aller mieux ?
Santé • Les solutions, épisode par épisode
12 épisodes, 50+ solutions
Un camion de santé qui sillonne les territoires oubliés, des médecins en rotations solidaires, un test salivaire qui réduit 7 ans d’errance à 10 jours, une Maison des femmes adossée à un hôpital public, une PrEP remboursée à 100 %, 9,3 millions d’aidants enfin visibles : douze invités de terrain qui prouvent que la santé pour tous n’est pas une utopie — c’est déjà une réalité en construction.
Défi de janvier : pourquoi ça marche vraiment ?
Cocaïne, France, addiction : comment en sortir ?
Comment soutenir 9 millions de proches aidants en France
Les boîtes Papillons libèrent la parole des enfants victimes
Santé mentale : ce que peut (vraiment) la psychiatrie
La Maison des femmes Marseille Provence, un cocon pour se réparer
Endotest : un test salivaire contre l’errance diagnostique
Endométriose : l’éducation thérapeutique pour mieux vivre
La PrEP, le traitement gratuit qui protège du sida
Kwit : la première appli anti-tabac validée par l’OMS est française
Des rotations de médecins solidaires contre les déserts médicaux
Le MarSOINS, le camion de santé qui va vers les citoyens
Santé • Pour aller plus loin
7 épisodes en détail
Le MarSOINS : le camion de santé qui se déplace vers les citoyens
L’association A vos soins a inauguré en 2017 à Saint-Nazaire le premier camion MarSOINS, ancien véhicule de la médecine du travail réaménagé en unité mobile de prévention. Le concept : aller au plus près des habitants — places de marché, pieds d’immeubles, mairies — pour proposer gratuitement et sans rendez-vous des bilans dentaires, visuels, auditifs, des check-up santé et une approche de prévention santé des femmes. L’accueil est inconditionnel.
En 2023, quatre camions sillonnent les territoires de l’Ouest : Saint-Nazaire, Châteaubriant-Derval (Loire-Atlantique), le Finistère et le Pays de Redon (Ille-et-Vilaine). Chaque camion accueille 1 000 personnes par an sur 16 thématiques de prévention. Les opérations sont organisées en concertation avec les municipalités et les agences régionales de santé.
- Consulter le calendrier et les lieux d’intervention sur lemarsoins.fr
- Soutenir l’association A vos soins — bénévolat et dons acceptés
Médecins Solidaires : un peu de temps à beaucoup de médecins
Après un Tour de France des déserts médicaux à bord d’un camping-car, le docteur Martial Jardel, 31 ans, a fondé le collectif des Médecins Solidaires autour d’un principe limpide : « Si on ne peut pas demander beaucoup à peu de médecins, demandons un peu de temps à beaucoup de médecins. » L’idée : des rotations hebdomadaires de généralistes volontaires qui s’engagent chacun une semaine par an dans un centre de santé ouvert en désert médical. Chaque médecin est logé dans la commune et consent un effort sur ses honoraires. L’association gère le planning et les aspects administratifs.
Première expérimentation à Ajain (Creuse), commune dépourvue de cabinet médical depuis le départ en retraite de son généraliste. En 2023, un second centre ouvre à Bellegarde-en-Marche (400 habitants), avec deux médecins, une infirmière et une assistante médicale. Le collectif lance un appel au recrutement pour se développer dans de nouveaux territoires.
- Rejoindre le collectif en tant que médecin volontaire sur medecins-solidaires.fr
- Proposer le modèle à votre municipalité ou communauté de communes
Dry January : ce que la science dit vraiment des 31 jours sans alcool
En France, 22,2 % des adultes dépassent les repères de consommation à moindre risque — maximum 2 verres par jour, pas tous les jours, 10 verres par semaine au plus. L’alcool reste la première cause d’hospitalisation et génère environ 40 000 morts par an. Face à ces chiffres, le Pr Mickael Naassila, directeur du seul laboratoire français dédié à la recherche sur l’addiction à l’alcool (GRAP, INSERM, Université de Picardie Jules Verne), est venu détailler pourquoi le Défi de janvier est la campagne de santé publique la plus efficace sur ce sujet.
En 2024, 4,5 millions de Français ont relevé le défi. Les résultats mesurés par l’enquête scientifique du GRAP sont précis : 72 % des participants réduisent durablement leur consommation après l’expérience, 70 % ressentent une amélioration de leur bien-être psychologique, 60 % constatent une amélioration de leur sommeil. Au niveau physiologique, les prélèvements sanguins révèlent après un mois une baisse de la glycémie, du cholestérol et des marqueurs de souffrance hépatique. 45 % réduisent leurs dépenses liées à l’alcool, 57 % retrouvent une meilleure concentration, 58 % perdent du poids.
Ce qui distingue le dispositif selon le Pr Naassila : il ne culpabilise pas, il crée une expérience vécue qui ancre de nouveaux repères. Un point de vigilance essentiel : les personnes présentant une dépendance modérée à sévère ne doivent pas s’arrêter brutalement sans avis médical — un arrêt brusque peut provoquer des complications chez 10 à 20 % d’entre elles.
- S’inscrire et se faire accompagner sur defi-de-janvier.fr — avec l’appli MyDéfi pour un coaching personnalisé
- Faire le défi à plusieurs : l’effet de groupe est un facteur clé de succès selon les études
- En cas de dépendance, contacter Alcool Info Service au 0 980 980 930 (ouvert 7j/7, appel anonyme) avant tout arrêt
L’Endotest : 7 ans d’errance diagnostique réduits à 10 jours
L’endométriose touche 2 millions de femmes en France et 200 millions dans le monde. Maladie inflammatoire chronique handicapante dans 90 % des cas, elle est aussi la première cause d’infertilité féminine. Son diagnostic est pourtant une épreuve : 7 ans en moyenne en France, jusqu’à 20 ans pour certaines patientes, avec en moyenne 10 médecins consultés avant que le verdict soit posé — pendant que la maladie progresse. Yahya El Mir, fondateur de la biotech lyonnaise Ziwig, a développé une réponse directe à ce délai inacceptable.
L’Endotest est un test salivaire non invasif qui analyse environ 2 600 biomarqueurs — des micro-ARN (objet du prix Nobel de médecine 2024) — grâce à l’intelligence artificielle. Sensibilité : 95 %. Spécificité : 94 %. Résultat disponible en 10 jours. Depuis le 11 février 2025, le test est pris en charge par l’Assurance maladie dans le cadre du forfait innovation, pour 25 000 femmes sur trois ans, dans 100 centres hospitaliers participants. Sans coût pour les patientes.
- Demander l’Endotest auprès d’un des 100 centres hospitaliers participants — liste sur sante.gouv.fr
- Consulter le site Ziwig : ziwig.com/ziwig-endotest/
A.I.M.E contre l’endométriose : l’éducation thérapeutique pour ne plus être seule
Elodie Torrès souffre d’endométriose depuis ses 14 ans, mais son diagnostic n’a été posé qu’à 21 ans — sept ans d’errance, délai moyen en France pour toutes les femmes concernées. De cette expérience est né un engagement : lancer A.I.M.E contre l’endométriose, association qui a développé le programme d’éducation thérapeutique Endo Gâtinais-Montargois (Loiret) en partenariat avec des professionnels de santé libéraux de la région Centre-Val de Loire.
Le programme est entièrement pris en charge par l’Agence Régionale de Santé (ARS) : infirmières, gynécologues, kinésithérapeutes, sages-femmes, diététiciennes et sophrologue se mobilisent autour des patientes lors de consultations et ateliers gratuits. L’objectif : agir sur les douleurs invalidantes, rompre l’isolement et permettre aux femmes de « ne plus se sentir seules ». Des programmes similaires existent à Paris, Marseille, Montpellier, Nîmes et Aix-en-Provence.
- Rejoindre un programme d’éducation thérapeutique en France — liste disponible sur le site de l’Assurance maladie
- Suivre l’association A.I.M.E et ses ressources sur aime-endometriose.fr
Ce que peut (vraiment) la psychiatrie pour nous
13 millions de Français sont touchés par des troubles psychiques. La santé mentale est Grande Cause Nationale 2025. Pourtant, les délais d’attente en CMP (Centre Médico-Psychologique) atteignent plusieurs mois, et la psychiatrie reste l’une des spécialités les moins choisies par les étudiants en médecine. Le Dr David Masson, psychiatre et chef de service en réhabilitation psychosociale au Centre Psychothérapique de Nancy, est venu déminer les représentations et montrer ce que le soin psychiatrique fait concrètement.
Premier constat factuel : « Plus de 80 % de notre activité est uniquement de la consultation. Beaucoup de patients qu’on voit ne sont jamais hospitalisés. » Quand l’hospitalisation a lieu, elle dure en moyenne 2 à 3 semaines. Côté innovations : la psychoéducation réduit les rechutes de schizophrénie par deux — autant que les médicaments. La pair-aidance, avec des médiateurs de santé-pairs anciens patients diplômés intégrés aux équipes soignantes, transforme l’espoir en réalité tangible. L’EMDR et l’hypnose sont aujourd’hui scientifiquement validés pour le psychotraumatisme et les troubles anxieux.
Sur la prévention du suicide : 8 869 décès en 2023, 200 000 tentatives par an, mais une baisse constante depuis les années 80. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et accessible 24h/24 depuis 2021. Il s’adresse aussi aux proches et aux professionnels. Comme le précise le Dr Masson : « Contrairement à une idée reçue, parler du suicide n’est pas suicidogène. Demander explicitement : ‘As-tu des idées suicidaires ?’ est plutôt une protection. »
- Appeler le 3114 (numéro national prévention du suicide) en cas de crise ou pour orienter un proche — gratuit, 24h/24
- Consulter son médecin généraliste comme première porte d’entrée vers le soin psychiatrique
- Se renseigner sur les CMP de son territoire sur 3114.fr — accès gratuit, sans ordonnance
La Maison des femmes Marseille Provence : soigner, écouter, reconstruire
Adossée à l’AP-HM (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille), la Maison des femmes Marseille Provence est un service pluridisciplinaire dédié aux femmes victimes de violences, directement intégré à l’hôpital public. Inspirée du modèle fondé par le Dr Ghada Hatem à Saint-Denis, elle propose un accompagnement global — médical, psychologique, social et juridique — pour les femmes victimes de violences conjugales, sexuelles, ou de mutilations sexuelles, y compris les femmes enceintes.
Le Dr Sophie Tardieu, praticienne hospitalière en santé publique et cofondatrice, décrit dans l’épisode un accueil gratuit, inconditionnel et sans rendez-vous, ancré dans l’hôpital public pour garantir la continuité des soins. L’équipe pluridisciplinaire (médecins, psychologues, assistantes sociales, juristes, bénévoles) accompagne les patientes de la prise en charge médicale jusqu’au dépôt de plainte si nécessaire.
- Appeler le 3919 (Violences Femmes Info) pour trouver la Maison des femmes ou la structure la plus proche — gratuit, 7j/7
- Retrouver toutes les Maisons des femmes du réseau Re#Start sur leur site national
- En danger immédiat : composer le 17 (Police) ou le 15 (SAMU)
Ce que disent ces 12 épisodes
3 fils conducteurs
Aller vers — plutôt qu’attendre que les patients renoncent
MarSOINS (4 camions dans l’Ouest), Médecins Solidaires (rotations dans la Creuse), Maison des femmes (adossée à l’hôpital, sans rendez-vous) : ces trois initiatives partagent la même conviction. Attendre une politique nationale de résorption des déserts médicaux ou des violences prend trop de temps. La réponse immédiate est de se déplacer, d’aller vers les gens, d’abaisser toutes les barrières d’accès — géographique, administrative, financière, sociale. Ces modèles sont reproductibles, finançables, et prouvés.
La technologie comme réducteur d’inégalité médicale
L’Endotest (95 % de sensibilité, résultat en 10 jours, remboursé SS), Kwit (4 millions de téléchargements, validée OMS), la PrEP (prescriptible par le généraliste, remboursée à 100 % depuis 2016) : ces trois outils ont en commun de supprimer des années de délai, des centaines de kilomètres de déplacement et des barrières financières. Ils ne remplacent pas le médecin — ils éliminent les obstacles qui empêchent d’y arriver.
Le collectif et la pair-aidance comme levier thérapeutique
Dry January en groupe (l’effet de contagion sociale est mesurable), 300 Cafés des Aidants labellisés, médiateurs de santé-pairs en psychiatrie, boîtes Papillons dans 600 écoles, éducation thérapeutique entre patientes : les solutions qui fonctionnent durablement créent toutes des espaces collectifs. La pair-aidance — des personnes concernées qui accompagnent d’autres personnes concernées — est validée scientifiquement (elle réduit les rechutes de schizophrénie autant que les médicaments) et humainement irremplaçable.
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