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Consommer autrement :
réparer, partager,
ne rien gaspiller
10 millions de tonnes de nourriture finissent à la poubelle chaque année en France, les déchets ménagers représentent 4 % de nos émissions et 7 communes sur 10 n’ont plus de café. Mais des Français agissent : guides zéro déchet, e-commerce anti-gaspi, supermarchés coopératifs, bistrots itinérants, pains ultra-locaux, matériel informatique reconditionné, consigne du verre… Huit épisodes de Soluble(s) pour consommer autrement, dès maintenant.
Sélection éditoriale par Simon Icard↗, journaliste & créateur de Soluble(s). Voir aussi simonicard.fr↗.
Chiffres clés
Comment consommer autrement — acheter moins, réparer davantage, partager, ne rien gaspiller — quand le gaspillage alimentaire représente 10 % des émissions mondiales de CO₂ et que la France produit plus de 600 kg de déchets par habitant et par an ?
Consommation responsable • Les solutions, épisode par épisode
8 épisodes, 30+ solutions
Fondateur d’une start-up anti-gaspi, militante zéro déchet marseillaise, cofondateur d’un supermarché coopératif lillois, bistrotier itinérant alsacien, boulanger ultra-local en Occitanie, collecteuse de matériel informatique pour lutter contre la précarité numérique, légumière solidaire normande, collectif de la consigne en Nouvelle-Aquitaine : huit invités de terrain qui prouvent que changer ses habitudes de consommation est déjà possible, concret et souvent moins cher.
E-commerce à impact : anti-crise et contre le gaspillage alimentaire
« Tarpin moins » : Réduire nos déchets sans pression — La méthode marseillaise
Ce supermarché appartient à ses clients
Le bistrot qui se déplace dans les villages
Le pain ultra-local de Combaillaux (34)
LaCollecte.tech en lutte contre la précarité numérique
Les petites l’Ouches, légumerie conserverie solidaire en Normandie
Reverredire remet la consigne au goût du jour
Consommation responsable • Les solutions, épisode par épisode
Ce que dit chaque épisode
E-commerce anti-gaspi à l’échelle nationale, démarche zéro déchet à Marseille, supermarché coopératif à Lille, pain communal en Occitanie, légumerie solidaire en Normandie — cinq angles complémentaires sur ce que consommer autrement peut concrètement signifier.
E-commerce à impact : anti-crise et contre le gaspillage alimentaire, Willy anti-gaspi à la manœuvre
Chaque année en France, selon l’ADEME, 10 millions de tonnes de produits alimentaires finissent à la poubelle. La répartition est précise : 32 % sont gaspillés en phase de production, 21 % en transformation, 14 % en distribution et 33 % au stade de la consommation. À l’échelle mondiale, le gaspillage alimentaire est responsable de 10 % des émissions de CO₂. Ce gaspillage n’est pas une fatalité, et Clément Mery en a fait un modèle économique.
En 2022, il co-fonde avec Jonathan Negrin le premier site d’e-commerce 100 % dédié à l’anti-gaspi alimentaire. Willy anti-gaspi rachète aux marques et aux producteurs des produits qui auraient été détruits : surstocks, produits à date courte, emballages abîmés ou changements de packaging. Ces produits — épicerie salée, boissons, hygiène, bébé, maison — sont revendus partout en France avec des prix bradés de 30 à 50 %. Une distinction à retenir : entre la DLC (Date Limite de Consommation), contraignante pour la sécurité sanitaire, et la DDM (Date de Durabilité Minimale), simple indicateur de qualité gustatif au-delà duquel le produit reste consommable sans risque.
Le profil de la clientèle raconte quelque chose d’important : plus de la moitié des acheteurs vivent dans de petites villes ou à la campagne, loin des épiceries spécialisées qui proposent des rayons anti-gaspi. Les Parisiens ne représentent que 7 % des clients. Willy anti-gaspi s’adresse d’abord à ceux qui n’avaient pas d’alternative physique à portée de main.
- Acheter en ligne des produits anti-gaspi (surstock, date courte, emballage abîmé) à prix réduit
- Distinguer DLC (sécurité) et DDM (qualité) pour ne plus jeter des produits encore consommables
- Soutenir les circuits e-commerce anti-gaspi, alternative nationale accessible sans commerce physique
- Informer son entourage : le gaspillage domestique est la part la plus actionnable (33 % du total)
« Tarpin moins » : Réduire nos déchets sans pression — La méthode marseillaise avec Fiona Cosson
Dans la Métropole Aix-Marseille-Provence, les habitants génèrent entre 600 et 620 kg de déchets ménagers par an — au-dessus de la moyenne nationale de 570 kg. Mais plus révélateur encore : seuls 38 kg d’emballages et papiers sont effectivement triés par habitant, contre 72 kg au niveau national. Avec une progression de 8,1 % du tri en 2024, une prise de conscience s’amorce — mais le potentiel de réduction reste immense. En France, les déchets représentent environ 4 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.
Fiona Cosson a fondé Zero Waste Marseille en 2017 après avoir développé des allergies sévères aux conservateurs cosmétiques et ménagers. Son guide auto-édité, « Tarpin moins », couvre dix thématiques — alimentation, mode, salle de bain, vie professionnelle, animaux — et référence environ 200 adresses marseillaises : vrac, ressourceries, friperies, artisans de la réparation. L’approche qu’elle défend repose sur un principe : le zéro déchet n’est pas un objectif à atteindre, c’est une direction. « Faut pas avoir peur du terme zéro déchet, on ne vise pas le zéro, c’est inatteignable. On le sait et c’est une direction. »
Chaque année, l’association porte le Défi Familles Zéro Déchet avec la Métropole et la région Sud : 100 foyers volontaires sont accompagnés pendant six mois. Le résultat moyen : 30 % de réduction des déchets. Sur la fast fashion, Fiona Cosson rappelle que l’industrie textile produit environ 100 milliards de vêtements par an dans le monde, alors que le stock existant pourrait en habiller des générations entières.
- Faire « l’autopsie » de sa poubelle : identifier les postes de déchets évitables avant d’agir
- Acheter le guide Tarpin Moins (zerowastemarseille.org ou en librairies participantes à Marseille)
- Privilégier les friperies, ressourceries, dépôts-vente plutôt que la fast fashion
- Recourir aux artisans de la réparation : couturières, cordonniers, tapissiers
- Participer au Défi Familles Zéro Déchet (inscription via la Métropole AMP et région Sud)
Ce supermarché appartient à ses clients
SuperQuinquin est un supermarché coopératif et participatif installé à Lille-Fives depuis 2017. Le concept : pour faire ses courses ici, il faut d’abord en devenir copropriétaire. Une part sociale coûte 100 euros — ou 10 euros pour les étudiants et bénéficiaires de minima sociaux. En échange, chaque coopérateur s’engage à 2 h 45 de service bénévole toutes les quatre semaines : mise en rayon, caisse, réception des livraisons. Ce modèle d’autogestion permet de fixer une marge commerciale maximale de 23 % sur tous les produits, contre 30 à 40 % en grande distribution classique.
Les rayons ressemblent à ceux d’un supermarché de quartier — frais, épicerie sèche, vrac, hygiène, entretien — mais la politique d’achat est différente : les produits sont choisis pour « soutenir les filières locales et proposer des produits de qualité à un prix abordable ». Le millier de membres actifs de la coopérative décide collectivement des références, selon le principe un coopérateur = une voix. Résultat : des produits majoritairement bio, locaux ou en vrac, à des prix compétitifs, dans un quartier populaire — pas dans un quartier bobo.
En 2023, SuperQuinquin a lancé une démarche d’essaimage sur la métropole lilloise, avec l’appui de la MEL et de la DRAAF : un deuxième magasin a ouvert à Villeneuve-d’Ascq / Croix / Wasquehal. Le modèle prouve qu’une alternative crédible à la grande distribution est possible, à condition que les clients acceptent de passer du côté des patrons.
- Rejoindre ou créer un supermarché coopératif — le modèle est essaimable sur tout le territoire
- Consacrer 2 h 45 par mois à un commerce de proximité en échange de prix réduits et de pouvoir de décision
- Acheter dans des circuits qui rendent les producteurs locaux visibles et mieux rémunérés
- Soutenir les initiatives d’essaimage (MEL, collectivités) pour multiplier les points d’accès
Le pain ultra-local de Combaillaux (34)
Combaillaux est un village de 1 800 habitants situé à 12 km au nord de Montpellier, dans l’Hérault. Pendant le premier confinement, un constat simple : entre le champ de blé cultivé en bio au cœur de la commune et l’unique boulangerie du village, il y a exactement un kilomètre. Pourquoi ne pas en faire du pain ? En 2021, le maire Daniel Floutard et le boulanger Christophe Adé lancent le « Painbaillaux » : un pain complet issu à 100 % du blé local, farine comprise.
Le circuit est radical dans sa simplicité : la céréale pousse sur place, est transformée en farine sur place, et cuite à 400 mètres du champ. Aucun intermédiaire. La démarche est née d’une volonté politique autant qu’économique : redonner une identité alimentaire au village, valoriser un agriculteur local et proposer aux habitants un produit dont ils connaissent l’origine exacte. Le résultat est vendu quatre jours par semaine à la boulangerie.
Le Painbaillaux est devenu un symbole local fort — et un modèle reproduisible dans n’importe quelle commune rurale disposant de terres agricoles et d’un boulanger. Il montre qu’un circuit alimentaire quasi-parfait n’est pas une utopie : c’est parfois l’affaire d’un maire, d’un paysan et d’un four à pain.
- Identifier les producteurs agricoles de sa commune et explorer les synergies possibles avec les artisans locaux
- Soutenir les initiatives de circuits ultra-courts — même une commune rurale peut produire son propre pain
- Acheter en priorité des produits dont on peut connaître l’origine exacte : céréale, transformation, vente
- Interpeller les élus locaux sur la valorisation des terres agricoles communales
Les petites l’Ouches, la légumerie conserverie solidaire qui régale et sauve des productions en Normandie
Dans le Pays de Bernay, en Normandie, Delphine Vandermeersch a lancé en septembre 2022 une légumerie-conserverie solidaire : les Petites l’Ouches. Le principe : racheter aux agriculteurs locaux les productions qui ne trouveraient pas preneur — légumes mal calibrés, surplus de saison, invendus —, les transformer en conserves et préparations cuisinées avec des recettes 100 % locales, et les revendre aux cantines collectives du territoire.
La structure emploie des salariés en parcours d’insertion professionnelle, ce qui ancre le projet dans une double logique : lutter contre le gaspillage agricole à la source et créer des emplois accessibles pour des personnes éloignées du marché du travail. Les cantines scolaires et collectives sont les débouchés principaux — ce qui garantit un circuit court et un débouché stable pour les producteurs partenaires.
Le modèle des Petites l’Ouches répond à trois problèmes simultanément : le gaspillage en amont de la production agricole (32 % du total en France selon l’ADEME), le manque de débouchés locaux pour les petits agriculteurs, et la difficulté pour les cantines à s’approvisionner en circuits courts. Trois réponses dans une seule structure.
- Valoriser les invendus agricoles locaux avant qu’ils ne finissent en déchets verts
- Acheter des conserveries et légumeries solidaires locales plutôt que des marques industrielles
- Interpeller les gestionnaires de cantines sur l’approvisionnement en circuits courts locaux
- Soutenir les structures d’insertion qui articulent emploi et économie circulaire alimentaire
Consommation responsable • Ce que disent les acteurs de terrain
Les fils conducteurs
Huit invités, huit secteurs différents. Trois logiques reviennent de façon frappante d’un épisode à l’autre.
La réduction à la source précède toujours le tri.
Fiona Cosson commence par « l’autopsie de sa poubelle », pas par le bac de tri. Clément Mery agit avant même que les produits n’arrivent chez le consommateur. Delphine Vandermeersch transforme ce qui serait resté au champ. Daniel Floutard et Christophe Adé suppriment tout intermédiaire entre la terre et la table. Dans tous les cas, la question n’est pas « comment gérer mes déchets » mais « comment en produire moins dès le départ ».
Consommer autrement, c’est souvent moins cher.
Les produits Willy anti-gaspi sont bradés de 30 à 50 %. Le Défi Familles Zéro Déchet produit des économies visibles sur les budgets mensuels. SuperQuinquin fixe une marge maximale de 23 % contre 30 à 40 % en grande distribution. Les friperies et la réparation coûtent moins que le neuf. La consigne du verre réduit le coût des emballages pour les producteurs. Dans aucun de ces épisodes, consommer autrement n’est présenté comme un sacrifice économique.
Ces modèles fonctionnent déjà, à petite et grande échelle.
Willy anti-gaspi livre des dizaines de milliers de clients dans toute la France. SuperQuinquin compte plus de 1 000 membres actifs et essaime sur la métropole lilloise. Le Painbaillaux est vendu quatre jours par semaine depuis 2021. LaCollecte.tech a reconditionné du matériel pour des milliers de foyers privés d’accès numérique. Ces modèles ont fait leurs preuves — la question est désormais : où les reproduire ?
- Synthèse Chaleur en France : s’adapter sans attendre →↗ — 6 épisodes, 22 solutions
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