Médias :
informer pour donner envie d'agir
RFI, Ouest-France, Nice-Matin, Le Monde, l'AFP, AirZen, Vert le média, Climax, Marcelle, France Inter, Lumières sur l'info, Reporters d'Espoirs, Vera… vingt épisodes de Soluble(s) à la rencontre des journalistes et entrepreneurs médias qui ont choisi de faire partie de la solution — sans édulcorer les faits, en documentant les réponses.
Sélection éditoriale par Simon Icard↗, journaliste & créateur de Soluble(s). Voir aussi simonicard.fr↗.
Chiffres clés
Dans un contexte où 62 % des Français se méfient des médias et où la désinformation progresse, comment le journalisme peut-il redevenir une force mobilisatrice — en documentant les problèmes autant que les solutions, sans angélisme ni catastrophisme ?
Médias constructifs • Les solutions, épisode par épisode
20 épisodes, 57 solutions
De RFI à une radio 100 % positive, du premier quotidien de France à un fanzine trimestriel, d'un podcast AFP mondial à une IA anti-fake news : quinze invités au cœur des médias qui innovent pour informer autrement — notre sélection n'est pas exhaustive.
C'est pas du vent raconte l'écologie mondiale sur RFI
Faut qu'on parle — l'alliance de médias pour secourir la démocratie
Marcelle : 7 ans de journalisme de solutions depuis Marseille
Climax, le média qui documente la révolution culturelle écologique
Vera : l'IA française qui combat les fake news en 3 secondes
NewsTruck : Lumières sur l'info engage les jeunes contre la désinformation
Les bonnes idées sont dans L'esprit d'initiative sur France Inter
Reporters d'Espoirs : des médias qui donnent envie d'agir
Ouest-France, sa boussole pour informer sur l'écologie
Nice-Matin, Var-Matin, Monaco-Matin : des solutions pour les abonnés
Vert, un média "cool" pour prendre au sérieux le réchauffement
AirZen, la radio nationale qui diffuse 100 % de bonnes ondes
Sur la terre : le podcast AFP qui explore les solutions mondiales
Chaleur humaine : le podcast du Monde qui rafraîchit les idées
17 podcasts à suivre sur la carte subjective du paysage médiatique
Comment TF1 et LCI luttent contre les fake news
Impact Positif : LCI donne de la voix aux solutions
Surinformé.e ? Ce kit de survie pour naviguer dans l'info
2050Now, le média qui vise 14 millions de Français
Basilic : rendre la vie écolo accessible et désirable
Médias constructifs • Les solutions, épisode par épisode
Ce que dit chaque épisode
De RFI à une radio 100 % positive, du premier quotidien de France à un podcast AFP mondial : vingt angles complémentaires sur la même conviction — les médias peuvent et doivent faire partie de la solution. Notre sélection n'est pas exhaustive.
C'est pas du vent raconte l'écologie mondiale sur RFI
Créée en janvier 2009 avant la COP de Copenhague, l'émission C'est pas du vent touche 7 millions d'auditeurs francophones via 127 relais FM. Elle s'appuie sur un réseau de 400 correspondants sur tous les continents, structurés autour de trois formats hebdomadaires : un club d'actualité (mercredi), des grands entretiens d'experts (jeudi) et un reportage de 25 minutes (vendredi). Depuis mars 2024, RFI dispose d'un service environnement de 10 journalistes couvrant cinq langues, et consacre environ 10 % de son antenne à l'environnement — un taux régulièrement en tête du classement QuotaClimat.
Le contexte pèse lourd en 2026 : entre janvier et août 2025, QuotaClimat, Data For Good et Science Feedback ont détecté 529 cas de mésinformation climatique dans les médias audiovisuels français. Ces narratifs ciblent à 90 % les solutions de la transition. Anne-Cécile Bras oppose à ce backlash une ligne éditoriale claire : documenter les problèmes, mais aussi mettre en lumière les réponses concrètes — du charbon vert produit par l'ONG Nébéday au Sénégal à la décarbonation de l'acier via l'hydrogène vert en Norvège, en passant par la reforestation massive au Costa Rica. L'impact se mesure : des auditeurs reproduisent des modèles découverts dans l'émission dans leur propre pays. En septembre 2022, RFI a signé la Charte pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique (13 engagements, dont un journalisme bas-carbone). À la COP30 de Belém en novembre 2025, une douzaine de pays ont signé pour la première fois une déclaration commune contre la désinformation climatique.
- Écouter C'est pas du vent sur RFI (15h10 en hiver, 16h10 en été) ou en podcast sur rfi.fr
- S'inspirer des initiatives locales documentées : modèle Nébéday (Sénégal), reforestation Costa Rica, acier vert Norvège
- Signer la Charte pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique (pour les professionnels des médias)
- Distinguer les fausses solutions technologiques (géo-ingénierie non mature) des réponses documentées sur le terrain
- Adopter le journalisme bas-carbone : prioriser les déplacements, refuser les sollicitations non essentielles
Faut qu'on parle — l'alliance de médias qui mise sur le dialogue pour secourir la démocratie
En 2024, plus d'un Français sur deux estimait que les différences sont trop importantes pour avancer ensemble (think tank Destin Commun). Le baromètre La Croix 2025 relève 62 % de défiance envers les médias. C'est dans ce contexte que La Croix, Notre Temps, La Voix du Nord et Réel Média — portés par le Fonds Bayard-Agir pour une société du lien — ont lancé « Faut qu'on parle ». Le dispositif est entièrement gratuit et accessible en ligne : les participants répondent à un questionnaire sur neuf sujets clivants et trois questions personnelles. L'algorithme développé par l'ONG My Country Talks associe des personnes volontairement opposées, en veillant à la proximité géographique.
En 2024, 6 400 citoyens ont participé. 95 % se déclarent satisfaits, 75 % ont gardé le contact après la rencontre. Selon une étude Stanford/Harvard citée dans l'épisode, deux heures d'échange réduisent de 77 % la polarisation affective. Pour l'édition 2025 (22 novembre), le chercheur Albin Wagener, spécialiste des discours à l'Université catholique de Lille, analysera les évolutions individuelles et collectives via des outils linguistiques avant et après les rencontres. Les participants se retrouvent librement — parc, café, brasserie, gares SNCF — sans médiateur sur place.
- S'inscrire à l'opération sur fautquonparle.org (gratuit, ouvert à tous)
- Rencontrer en face-à-face une personne aux opinions opposées — deux heures suffisent pour réduire la polarisation
- Suivre la couverture des médias de l'alliance : la-croix.com, notretemps.com, lavoixdunord.fr, reelmedia.fr
- Aiguiser son esprit critique : distinguer faits, opinions et émotions dans le discours médiatique
Marcelle : 7 ans de journalisme de solutions depuis Marseille
Dans une France où 82 % des citoyens se disent fatigués de l'actualité et où la confiance envers la presse plafonne à 32 % (Baromètre La Croix-Verian-La Poste, 2025), Marcelle trace un autre chemin depuis 2018. La règle fondamentale du média : ne traiter un sujet qu'une fois la solution éprouvée. Ni effet d'annonce, ni projets dans les cartons. Les 14 journalistes de l'équipe, répartis entre Marseille et des correspondants en région, rencontrent systématiquement les protagonistes sur le terrain — 80 % des articles sont réalisés en présentiel. Le média assume aussi ses limites avec la rubrique « Ça a tourné court », qui revient sur les initiatives qui n'ont pas fonctionné.
Le modèle économique est hybride et sans publicité : abonnements dès 5 €/mois et parrainage de rubriques par des institutions marseillaises engagées (hôpitaux de Marseille pour la santé, Mucem pour la culture, Tenergie pour l'environnement). En parallèle, Marcelle diffuse ses contenus sur le GAR, une plateforme destinée aux lycéens français, pour développer l'éducation aux médias et à l'information (EMI). En avril 2024, l'équipe a lancé un second média, 22-med, qui couvre les vingt-deux pays du bassin méditerranéen en onze langues.
- S'informer avec Marcelle sur marcelle.media — un modèle de journalisme de solutions sans publicité
- Appliquer le principe "solution éprouvée" avant toute publication pour éviter les effets d'annonce
- Soutenir les médias locaux indépendants par l'abonnement (dès 5 €/mois)
- Intégrer l'éducation aux médias dans les pratiques scolaires via des contenus professionnels adaptés
- Parler aussi des échecs : la rubrique "Ça a tourné court" comme pratique de transparence journalistique
Climax, le média qui documente la révolution culturelle écologique
Climax est né en mai 2021 comme newsletter décryptant le greenwashing avec humour mordant, héritier de TechTrash, une newsletter satirique lancée en 2017. Le média a rapidement évolué vers un magazine trimestriel de 116 pages. Aujourd'hui, Climax revendique 82 000 abonnés sur Instagram, 40 000 abonnés à sa newsletter, 15 000 abonnés sur LinkedIn et 10 000 exemplaires vendus par numéro. Ce succès repose sur une approche résolument décalée : références pop, ton sarcastique, enquêtes construites comme des polars. Le dernier numéro "Ambiance Scandale !" explore les "filous du climat & éco-mafieux" — 30 % des transferts de déchets en Europe seraient illicites, générant 9,5 milliards d'euros annuels.
Climax fonctionne sans publicité, financé par crowdfunding, abonnements (dès 5 €/mois) et des prestations via le studio "Allez bisous" pour des clients comme France Travail, Veja ou la BNF. L'équipe de cinq permanents collabore avec une quinzaine de freelances. Millie Servant est co-auteure de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique (1 800 journalistes signataires en leur nom, et des dizaines de rédactions dont Vert, Reporterre, Blast, Mediapart, 20 minutes, RFI, France 24). La stratégie : cibler les lecteurs non-écolos via des récits surprenants, et refuser les couvertures "vertes avec des ours sur des icebergs" pour que l'écologie devienne cool.
- S'abonner à la newsletter gratuite de Climax sur climaxfanzine.fr ou commander le magazine en kiosque (17,50 €)
- Utiliser les formats pop culture, satire et enquête-polar pour rendre l'écologie accessible à des publics non-écolos
- Signer la Charte pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique (1 800 journalistes signataires)
- Documenter la "révolution culturelle" en cours plutôt que l'actualité environnementale seule
- Refuser toute publicité pour garantir l'indépendance éditoriale d'un média engagé
Vera : l'IA française qui combat les fake news en 3 secondes chrono
91 % des Français constatent une augmentation des rumeurs et fausses informations sur Internet (Baromètre 2025 Viavoice pour Ouest-France, France Médias Monde, France Télévisions et Radio France), et 77 % estiment que la désinformation impacte significativement le fonctionnement démocratique. Face à cette urgence, l'ONG LaReponse.tech a lancé début 2025 Vera, une IA accessible gratuitement via WhatsApp, Instagram ou par téléphone (09 74 99 12 95), sans installation d'application. En trois secondes, Vera interroge 400 sources fiables, dont plus de 100 sites de fact-checking accrédités et 250 médias reconnus (Les Décodeurs du Monde, CheckNews de Libération, AFP Factuel, France 24 Les Observateurs, 20 Minutes Désintox…).
La discipline de Vera la distingue des IA généralistes : si elle ne trouve pas d'informations fiables, elle assume de ne pas savoir plutôt que de répondre à tout prix. Lancée grâce à un prix de 5 000 € remporté lors d'un hackathon, elle a déjà traité plus de 150 000 questions à 6 centimes par requête. L'ONG reste hors gouvernement et hors business privé — aucune monétisation des données ni publicité. La liste de ses 400 sources est publique et améliorable par les utilisateurs. Pour l'avenir, LaReponse.tech cherche des partenariats avec des fondations pour pérenniser le modèle.
- Utiliser Vera gratuitement via WhatsApp ou en appelant le 09 74 99 12 95 pour vérifier une information
- Consulter le site askvera.org et suivre @askvera_org sur Instagram
- Appliquer le réflexe : une image ou une vidéo ne suffit plus à prouver la vérité — vérifier avant de partager
- Soutenir les ONG de fact-checking indépendantes qui garantissent absence de publicité et transparence des sources
NewsTruck : Lumières sur l'info engage les jeunes contre la désinformation
Fondée en 2017 par Susanna Dörhage, journaliste allemande qui avait constaté la propagation de théories complotistes après les attentats de 2015 en banlieue parisienne, l'association Lumières sur l'info rassemble des journalistes engagés dans l'éducation aux médias (EMI) pour tous les publics. Selon une étude IPSOS, 74 % des Français disent être souvent confrontés à des fausses informations sur les réseaux sociaux, mais environ la moitié d'entre eux partagent des contenus sans vérifier leur source. Le baromètre annuel Kantar-La Croix 2023 révèle par ailleurs que 54 % des Français estiment qu'il faut se méfier de la façon dont les médias traitent les grands sujets d'actualité.
Pour aller à la rencontre directe des jeunes, Lumières sur l'info a lancé le NewsTruck TropMytho, un camion jaune itinérant en Île-de-France et dans l'Oise, à bord duquel des journalistes animent des ateliers de fact-checking et des débats. La chaîne TropMytho sur les réseaux sociaux, animée par deux jeunes présentateurs, démystifie les fausses nouvelles en vidéos accessibles. Un concours invite les adolescents à réaliser eux-mêmes des vidéos ou podcasts de vérification des faits. L'association plaide pour une éducation aux médias tout au long de la vie — pas seulement à l'école.
- Participer aux ateliers itinérants du NewsTruck TropMytho via lumieres.info
- Suivre TropMytho sur YouTube pour apprendre à vérifier les informations de façon ludique
- Distinguer systématiquement faits, opinions et informations vérifiées avant de partager un contenu
- Défendre l'EMI (éducation aux médias et à l'information) tout au long de la vie, pas seulement à l'école
Les bonnes idées sont dans L'esprit d'initiative sur France Inter
Chaque matin du lundi au jeudi à 6h18 sur France Inter, L'esprit d'initiative propose un reportage de terrain à la rencontre des Français qui agissent. Diffusée dans le 5/7 — la pré-matinale de la radio —, cette chronique entend "la France qu'on n'entend pas dans la plupart des médias" : des citoyens, des associations, des collectivités ou des entreprises qui agissent pour le bien commun. Les idées naissent localement, au plus près des problèmes à résoudre. Depuis sa création, L'esprit d'initiative a déjà chroniqué près de 1 900 bonnes idées, constituant un tour de France continu et sonore des initiatives positives.
Parmi les exemples documentés dans l'épisode : un centre social qui organise des covoiturages solidaires vers des centres de santé en zone rurale, un archipel d'initiatives pour "tendre vers l'autonomie alimentaire" à Kemps (Alsace), une association qui rachète des forêts pour les laisser pousser librement, une association varoise créée par des femmes pour favoriser leur intégration sociale dans un quartier populaire de La Seyne-sur-Mer. Ces histoires "dessinent par petites touches le portrait sonore d'une France qui se bouge". L'épisode fait partie d'une série de Soluble(s) dédiée aux médias constructifs.
- Écouter L'esprit d'initiative du lundi au jeudi à 6h18 sur France Inter ou en podcast sur radiofrance.fr
- Suivre Cécile Bidault sur Instagram @ccbidault pour les coulisses des reportages
- S'inspirer des initiatives locales pour les reproduire ailleurs : le journalisme de terrain comme source d'inspiration citoyenne
Reporters d'Espoirs : pour des médias qui donnent envie d'agir
Fondée en 2004, l'association Reporters d'Espoirs a initié en France la pratique du journalisme de solutions, une méthode aujourd'hui diffusée dans le monde entier. La définition est précise : le journalisme de solutions "s'emploie à analyser et à diffuser la connaissance d'initiatives qui apportent des réponses concrètes, reproductibles, à des problèmes de société, économiques, sociaux, écologiques." En vingt ans, l'association a travaillé avec une cinquantaine de médias français — formations, création de rubriques, numéros spéciaux. Son exemple le plus documenté : le "Libé des solutions", numéro spécial de Libération qui se classe au-dessus de la moyenne annuelle des ventes du journal depuis 17 ans consécutifs.
Reporters d'Espoirs gère Le Plus, un portail en ligne référençant 8 000 initiatives et reportages que les journalistes peuvent utiliser comme source de sujets. Depuis 2024, l'association s'est associée au CLEMI (Éducation nationale) pour un programme de formation au journalisme de solutions sur plusieurs années : 2 000 enseignants et 200 000 écoliers, collégiens et lycéens touchés dès 2024. Le principe : mettre les jeunes dans la peau d'apprentis reporters pour qu'ils s'intéressent aux acteurs de solutions dans leur environnement proche.
- Consulter Le Plus, portail de 8 000 initiatives sur reportersdespoirs.org — une source pour journalistes comme pour citoyens
- Soutenir la formation au journalisme de solutions dans les écoles (2 000 enseignants, 200 000 élèves en 2024)
- Appliquer la méthode : traiter les problèmes en documentant les réponses, pour entretenir la confiance et l'envie d'agir
- Commander la revue Reporters d'Espoirs — un financement direct de l'association
Ouest-France, sa boussole pour informer sur l'écologie
Avec 2,7 millions de lecteurs quotidiens, Ouest-France est le premier quotidien de France — et en février 2023, il s'est doté d'une "charte pour un journalisme au niveau de l'enjeu écologique" en 13 points. Édouard Reis Carona en détaille la philosophie : aligner toutes les rédactions du groupe sur le consensus scientifique du GIEC, faire du réchauffement climatique un élément de contexte systématique dans la couverture de tous les sujets, sans créer de service dédié à l'environnement. La charte a été validée par la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte et le climatologue Christophe Cassou.
Ce modèle dit "journalisme de construction" refuse d'être prescripteur mais entend "allumer une petite lumière supplémentaire" pour les lecteurs. Il va de pair avec une décarbonation de l'entreprise elle-même — Ouest-France, acteur industriel de l'édition et de la livraison de périodiques, s'est engagé dans un projet de réduction de son empreinte environnementale.
- Charte éditoriale en 13 points alignée sur les rapports du GIEC
- Formation de toutes les équipes aux enjeux climatiques et environnementaux
- Traitement transversal (pas de service dédié) pour traiter l'écologie dans toute l'actualité
- Newsletter "Notre Planète" et verticale éditoriale sur le site
- Décarbonation de l'empreinte environnementale de l'entreprise
Nice-Matin, Var-Matin, Monaco-Matin : des solutions pour les abonnés numériques
Dans le Sud-Est, les titres du groupe Nice-Matin ont adopté le journalisme de solutions comme axe éditorial pour leurs abonnés numériques dès 2016. Sophie Casals détaille une pratique qui articule deux approches complémentaires : le "journalisme de solutions" — mettre en lumière des innovations et politiques publiques dont les résultats sont avérés — et le "journalisme de réponse" — produire des contenus informatifs en répondant directement aux questions des lecteurs.
Ce modèle de presse quotidienne régionale (PQR) table sur la proximité géographique pour rendre les solutions tangibles : des terrains très différents, de la Riviera au monde rural varois, pour des dossiers qui couvrent aussi bien l'environnement local que la vie pratique. Les lecteurs sont régulièrement invités à participer au choix des dossiers, renforçant le lien entre la rédaction et ses audiences dans un contexte de transformation numérique.
- Contenus "solutions" exclusifs réservés aux abonnés numériques
- Journalisme de réponse : productions basées sur les questions des lecteurs
- Newsletter Solutions "C'est déjà demain" (gratuite)
- Suivi dans le temps des solutions locales pour mesurer leur impact réel
- Participation des lecteurs au choix des dossiers éditoriaux
Vert : un média "cool" pour prendre au sérieux le réchauffement climatique
Lancé en 2020 par Loup Espargilière et Juliette Quef, Vert est un média "généraliste… de l'écologie" : une newsletter gratuite livrée chaque jour à midi pile, rédigée par des journalistes professionnels, qui traite toute l'actualité à travers le prisme environnemental. Avec déjà plus de 35 000 abonnés numériques à l'époque de l'enregistrement, le pari d'un ton délibérément "cool" — accroches drôles, formats décalés — pour toucher des personnes éloignées de l'info écologique s'est révélé gagnant.
Vert ne diffuse aucune publicité et revendique son indépendance financière par les dons de ses lecteurs. La publication se définit comme "engagée pour le droit de savoir des citoyens sur les questions écologiques". En pratique : articles d'actualité, décryptages, infographies et solutions. Vert s'est aussi doté d'une présence forte sur Instagram pour toucher un public plus jeune.
- Newsletter quotidienne gratuite au prisme écologique (vert.eco)
- Ton humoristique pour rendre l'écologie accessible au grand public
- Modèle sans publicité, financé par les dons des lecteurs
- Déploiement sur Instagram pour toucher des audiences plus jeunes
- Charte pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique (co-signataire)
AirZen : la radio nationale qui diffuse 100 % de bonnes ondes
Fondée en 2021 par le groupe AMI (Audio Media Impact), AirZen Radio est une station qui détonne dans le paysage audiovisuel français : intégralement positive, elle propose 300 podcasts hebdomadaires et un flux radio diffusé en DAB+ (radio numérique terrestre). Son credo : informer sans stresser, avec des programmes centrés sur le bien-être, le style de vie, la planète, la culture et les personnalités inspirantes. Anne-Marie de Couvreur précise que la radio a volontairement réduit le temps d'antenne consacré à la publicité pour préserver la sérénité de ses auditeurs.
Lancer une radio radicalement optimiste en France — l'un des pays dont les habitants sont souvent décrits comme les plus pessimistes — était un pari audacieux. Il fonctionne. AirZen pratique le journalisme de solutions et refuse les débats d'experts stressants. Le développement du DAB+, la radio numérique terrestre de plus en plus accessible, constitue un levier de croissance majeur pour toucher de nouveaux auditeurs.
- Programmation 100 % positive : bien-être, planète, personnalités inspirantes
- 300 podcasts hebdomadaires disponibles en replay
- Réduction du temps publicitaire pour préserver la sérénité des auditeurs
- Diffusion en DAB+ (radio numérique terrestre, réseau en expansion)
- Application mobile gratuite (iOS et Android)
Sur la terre : le podcast AFP qui explore les solutions aux quatre coins du monde
"Sur la terre" est une série de podcasts produite par l'AFP pour accompagner la transition écologique à l'échelle planétaire. Michaëla Cancela-Kieffer en présente la philosophie : des formats courts d'immersion sonore, depuis le Nord jusqu'aux pays émergents et aux populations autochtones dont les voix sont trop rarement entendues dans le débat climatique occidental. Chaque épisode mensuel est accompagné d'un article rédigé par un chercheur, publié simultanément par The Conversation France pour approfondir les thématiques.
Le dispositif bi-média (audio + écrit) illustre une évolution dans la façon dont une grande agence de presse peut aborder les défis climatiques : non pas seulement en couvrant les catastrophes, mais en documentant les alternatives et les solutions qui émergent sur tous les continents. Cet épisode est le premier d'une série Soluble(s) consacrée aux médias constructifs.
- Podcasts d'immersion sonore sur les solutions climatiques dans les pays du Sud
- Dispositif bi-média : audio AFP + article chercheur via The Conversation France
- Donner la parole aux populations autochtones sur leurs solutions d'adaptation
- Format mensuel gratuit sur toutes les plateformes
- Réalisé par l'équipe de "Sur le fil", le podcast d'actualité quotidien de l'AFP
Chaleur humaine : le podcast du Monde qui rafraîchit les idées
Chaque mardi, Nabil Wakim ouvre son micro pour explorer avec un unique spécialiste invité comment faire face au défi climatique. Depuis deux saisons à l'époque de l'enregistrement, ce podcast hebdomadaire du Monde "déplie" méthodiquement des sujets aussi variés que la crise de l'eau, le nucléaire, les voitures électriques, l'avion, la viande ou la démocratie. L'approche est résolument politique : chaque épisode questionne la part respective de l'action individuelle et collective, refusant les réponses simples aux sujets complexes.
À l'aube de sa troisième saison au moment de l'enregistrement, Chaleur humaine s'est enrichi d'une newsletter gratuite et a été décliné en livre publié aux éditions du Seuil. Le Monde s'est par ailleurs doté d'une "charte climat & environnement" en avril 2023 pour encadrer sa couverture écologique. Nabil Wakim insiste sur "l'adaptation", qu'il décrit comme "l'autre jambe" de la réponse climatique trop souvent oubliée face à l'atténuation.
- Format hebdomadaire avec un seul expert pour approfondir sans superficialité
- Newsletter gratuite "Chaleur humaine" complémentaire au podcast
- Charte climat & environnement du Monde (avril 2023)
- Traitement des solutions d'adaptation au changement climatique
- Enquête en série "Adaptation" en 11 chapitres sur le site du Monde
17 podcasts à suivre sur la carte (très) subjective du paysage médiatique français
Anne-Sophie Novel, journaliste spécialisée dans les alternatives écologiques et les médias, a cartographié à la main — avec l'illustratrice Natacha Bigan — le paysage médiatique français. Cette deuxième édition (la première date de 2020) emprunte aux mécanismes du cycle de l'eau pour expliquer la fabrique de l'information : les agences de presse (AFP, Reuters…) au sommet comme des sources, les grands médias nationaux dans la vallée, la presse régionale qui se déploie, les médias thématiques et alternatifs sur les versants. Soluble(s) a l'honneur d'y figurer.
Cette carte constitue un outil pédagogique précieux pour décrypter le paysage médiatique à une époque où la confiance des Français dans leurs médias s'érode et où la multiplication des supports peut désorienter. La liste des podcasts s'est allongée depuis 2020, tout comme celle des médias de fact-checking. Elle est disponible gratuitement sur Internet, conçue pour être imprimée et affichée — et une playlist Spotify rassemble un épisode de chacun des 17 podcasts cités.
- Carte (très) subjective du paysage médiatique français (2e édition 2024, gratuite, imprimable)
- Playlist Spotify de 17 podcasts constructifs pour s'orienter
- Outil pédagogique pour comprendre la circulation de l'information
- Mise en avant des médias alternatifs, thématiques et de fact-checking
- Site "Les médias, le monde et moi" pour approfondir l'éducation aux médias
Comment TF1 et LCI luttent contre les fake news
Depuis 2019, le groupe TF1 dispose d'une équipe de journalistes entièrement consacrée à la vérification des faits. Samira El Gadir, cheffe des "Vérificateurs", décrit une organisation à plusieurs vitesses : une chronique hebdomadaire "Info/Infox" dans le JT de TF1 et sur LCI, du fact-checking quotidien sur TF1info, une vidéo de décryptage chaque semaine sur TikTok et Instagram, et la possibilité pour les téléspectateurs de soumettre directement une demande de vérification. L'équipe intervient aussi régulièrement dans des collèges pour développer l'esprit critique des jeunes publics.
Elle livre sa méthode : face à une image ou une information douteuse, la première question est toujours celle de l'émetteur. Qui publie ? Dans quel contexte ? L'épisode aborde aussi la confiance du public dans les médias, qui s'érode — et pourtant, selon le Baromètre Kantar-La Croix 2023, le journal télévisé reste le format dans lequel les Français ont le plus confiance pour s'informer.
- Équipe dédiée au fact-checking dans un grand groupe audiovisuel national (depuis 2019)
- Chronique hebdomadaire "Info/Infox" dans le JT de TF1 et sur LCI
- Décryptages vidéo hebdomadaires sur TikTok et Instagram pour toucher les jeunes
- Dispositif participatif : les téléspectateurs peuvent soumettre une demande de vérification
- Interventions régulières dans les collèges pour former à l'esprit critique
Impact Positif : LCI donne de la voix aux solutions
Sylvia Amicone récuse l'étiquette de "journaliste optimiste" : elle se définit comme une journaliste qui fait son travail et qui a observé sur le terrain l'émergence de solutions crédibles et durables. Depuis 2013 — bien avant que le terme "journalisme de solutions" ne se généralise — elle met en lumière des acteurs du changement à fort impact social et environnemental. Son podcast "Impact Positif", lancé sur LCI en 2018, s'est depuis décliné en émission TV hebdomadaire le samedi sur LCI (canal 26 de la TNT).
Le groupe TF1 a par ailleurs structuré son engagement écologique avec le label "Notre planète", qui identifie sur ses antennes et ses sites les contenus liés à la transition écologique. L'épisode interroge aussi l'évolution de l'entrepreneuriat social et la façon dont les grandes rédactions intègrent progressivement les sujets de solutions dans leurs grilles.
- Podcast "Impact Positif" sur LCI (depuis 2018), décliné en émission TV hebdomadaire
- Label "Notre planète" pour identifier les contenus écologiques sur TF1 et LCI
- Mise en lumière d'entrepreneurs sociaux et environnementaux à impact duplicable
- Journalisme de solutions pratiqué dès 2013 dans les chroniques de LCI
Surinformé.e ? Ce kit de survie pourrait vous intéresser !
77 % des Français limitent leur flux d'informations ou cessent de les consulter — et près d'un Français sur deux souffre de "fatigue informationnelle" (étude Obsco/Fondation Jean Jaurès). Anne-Sophie Novel, journaliste spécialisée dans les alternatives écologiques, répond à ce défi avec un "kit de survie pour y voir plus clair dans le monde de l'information". Autrice de "Mieux s'informer – Je passe à l'acte" (Actes Sud), elle propose un coaching ludique en plusieurs étapes pour reprendre la main sur ce qu'on "se met dans la tête".
Ce kit, co-créé avec l'association "Un bout des médias", comprend trois éléments complémentaires : la carte du paysage médiatique français (pour visualiser autrement le monde de l'info), un guide pratique, et le jeu pédagogique "Médiaventure" (dès 15 ans) pour aiguiser l'esprit critique face aux biais cognitifs et à la désinformation. Cet épisode est le prologue de la série Soluble(s) consacrée aux médias constructifs.
- Kit "Mieux s'informer" : carte du paysage médiatique + guide Actes Sud + jeu Médiaventure
- Jeu pédagogique Médiaventure (dès 15 ans) pour reconnaître désinformation et biais cognitifs
- Bilan personnel de son "régime informationnel" pour identifier ses besoins
- Association "Un bout des médias" et site lesmediaslemondeetmoi.com
- Reprendre la main : choisir ses créneaux d'info et diversifier ses sources
2050Now : le média qui vise 14 millions de Français, la "classe écologique"
Lancé au printemps 2024, 2050Now est un média 100 % numérique qui cible la "classe écologique" — les 14 millions de Français qui ont à cœur de s'engager dans la transition environnementale mais ne savent pas forcément par où commencer. Son format star : la vidéo face caméra, diffusée sur Instagram, TikTok, YouTube et LinkedIn, pensée pour adopter les codes de chaque réseau. Aude Baron, sa rédactrice en chef, décrit un média "dans l'actu" qui regarde le monde "avec les lunettes de l'environnement" — sujets sociétaux, consommation, formation, sports, loisirs et entreprises.
Sans publicité sur les réseaux, le modèle économique repose sur des newsletters (gratuites et payantes) et sur La Maison 2050 (ex-Netexplo), un centre de compétences partenaire de six grandes entreprises (Bouygues, BNP Paribas, Engie, LVMH, SNCF Voyageurs, Veolia). L'ambition : construire une "relation tripartite entre science, entreprise et média" pour partager les solutions et accélérer la transition d'ici 2050.
- Média 100 % numérique sur les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, YouTube, LinkedIn)
- Newsletter gratuite et payante sur www.2050now.com
- La Maison 2050 : observatoire, études, formations et événements pour entreprises
- Modèle sans publicité sur les réseaux sociaux
- Relation tripartite science-entreprise-média pour accélérer la transition
Basilic : un podcast engagé pour rendre la vie écolo accessible et désirable
Depuis 2017, Jeane Clesse consacre son podcast "Basilic – L'écologie à petits pas" à la mise en lumière d'initiatives positives et de personnes engagées dans la transition écologique. Près de 200 épisodes et plus de 2 millions d'écoutes plus tard, le pari est tenu : démontrer qu'il est possible d'être heureux en adoptant un mode de vie écolo. Juriste en droit de l'environnement devenue podcasteuse professionnelle, Jeane Clesse propose "un nouveau récit" et des clés pour agir — des petits gestes au changement systémique, en passant par la finance, les modes de production et la justice sociale.
Généraliste de l'écologie, Basilic aborde consommation éco-responsable, mode, alimentation, habitat, santé et zéro déchet sans opposer "petits pas" et transformation systémique. L'épisode explore aussi la percée de l'écologie dans les médias et le rôle des podcasts indépendants comme remède à l'éco-anxiété — en proposant un récit désirable plutôt que culpabilisant. Basilic figure parmi les 17 podcasts de la carte du paysage médiatique d'Anne-Sophie Novel (ep57).
- Podcast "Basilic – L'écologie à petits pas" : 200 épisodes, 2 millions d'écoutes depuis 2017
- Nouveau récit écologique : rendre désirable la transition plutôt que la rendre anxiogène
- Traiter les sujets systémiques (finance, justice sociale) au même titre que les gestes du quotidien
- Série spéciale "J'ai osé bifurquer" sur le sens et le travail
- Remède à l'éco-anxiété : incarner la transition par des personnes qui agissent
Médias constructifs • Ce que disent les experts
Les fils conducteurs
Vingt invités, vingt médias ou initiatives différentes. Trois logiques traversent tous les épisodes.
Le journalisme de solutions n'est pas de l'optimisme naïf — c'est une méthode.
Gilles Vanderpooten (Reporters d'Espoirs) insiste : "Ce n'est pas une idéologie, c'est une méthode." Nathania Cahen (Marcelle) ne publie une solution qu'une fois éprouvée, et assume la rubrique "Ça a tourné court". Anne-Cécile Bras (RFI) s'appuie sur la rigueur scientifique face au backlash climatique. Dans les trois cas, documenter les réponses ne signifie pas édulcorer les problèmes — c'est exactement l'inverse qui entretient la confiance du public.
La défiance envers les médias est un problème soluble — à condition d'aller sur le terrain.
62 % de défiance envers les médias (Baromètre La Croix 2025), 32 % de confiance envers la presse (même source) : les chiffres sont sévères. Mais les solutions convergent. L'esprit d'initiative sur France Inter fait le tour de la France des initiatives concrètes. Lumières sur l'info sort un camion pour aller à la rencontre des jeunes. Faut qu'on parle organise 6 400 rencontres citoyennes. Dans chaque cas, sortir des rédactions et aller au contact direct restaure la confiance là où les discours échouent.
Les médias indépendants sans publicité inventent de nouveaux modèles économiques viables.
Marcelle (abonnements + parrainage de rubriques), Climax (crowdfunding + abonnements + prestations studio), Vera (ONG financée par fondations) : aucun de ces trois acteurs ne dépend de la publicité pour exister. Ce n'est pas un hasard. L'indépendance éditoriale est le produit du modèle économique autant que de la volonté. La viabilité n'est pas garantie — les modèles indépendants le reconnaissent volontiers — mais elle est possible, et de plus en plus documentée.
- Synthèse Chaleur en France : s'adapter sans attendre↗ — 6 épisodes, 22 solutions
- Synthèse Biodiversité concrète : protéger ce qui nous protège↗ — 7 épisodes, 26 solutions
- Synthèse Santé, addictions, prévention : des solutions concrètes↗
- Synthèse Consommer autrement : réparer, partager, ne rien gaspiller↗
- Synthèse Fake news & désinformation : les solutions↗
- Synthèse Numérique & IA : innover sans perdre le contrôle↗
- Synthèse Alimentation : mieux manger, mieux produire↗
- Synthèse Santé des femmes, violences : 10 solutions concrètes documentées par Soluble(s)↗
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