Fake news :
les armes pour ne plus se faire avoir
Complotisme, désinformation, surcharge informationnelle, fact-checking, IA anti-fake news, sentinelles numériques de crise… Six épisodes de Soluble(s) pour comprendre comment la désinformation se propage — et comment des chercheurs, journalistes et ingénieurs construisent les contre-feux.
Sélection éditoriale par Simon Icard↗, journaliste & créateur de Soluble(s). Voir aussi simonicard.fr↗.
Chiffres clés
À l'ère des algorithmes et des réseaux sociaux peu régulés, la désinformation se propage plus vite que jamais. Comment développer son esprit critique, reconnaître un contenu complotiste, et s'appuyer sur les outils — humains et technologiques — qui permettent de distinguer le vrai du faux ?
Désinformation • Les solutions, épisode par épisode
7 épisodes, les armes du fact-checking
De Conspiracy Watch à une IA qui analyse en 3 secondes, d'un camion itinérant dans les lycées à 150 bénévoles qui traquent les rumeurs en temps de crise, jusqu'au dialogue citoyen comme antidote à la polarisation : sept rencontres avec ceux qui refusent que la désinformation ait le dernier mot.
Comment repérer un discours et des contenus complotistes
VISOV : les sentinelles numériques des crises
Vera, l'IA française qui combat les fake news en 3 secondes chrono
NewsTruck : Lumières sur l'info engage les jeunes contre la désinformation
Comment TF1 et LCI luttent contre les fake news
Surinformé.e ? Ce kit de survie pourrait vous intéresser !
Faut qu'on parle — l'alliance de médias contre la polarisation
Désinformation • Décryptages
Les épisodes en détail
Comment repérer un discours et des contenus complotistes
Rudy Reichstadt consacre sa vie professionnelle depuis 2007 à étudier et dénoncer les théories complotistes. Son constat de départ est implacable : selon une enquête de la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, 79 % des Français adhèrent à au moins une théorie du complot. Mais attention à ne pas confondre complot et complotisme. Des complots existent — ils sont vérifiés, documentés, soumis à la contradiction. Les théories complotistes, elles, sont des récits abusifs qui stigmatisent des responsables imaginaires et fabriquent un bouc émissaire pour expliquer des événements complexes en s'éloignant du réel.
Ce qui a tout changé, c'est le numérique. Les réseaux sociaux peu régulés permettent aux émetteurs de contenus conspirationnistes d'exercer un "négationnisme en temps réel" — remettre en cause les faits au moment même où ils se produisent, avant que la vérité puisse s'imposer. La "complosphère" est un écosystème très structuré, avec ses propres figures, ses propres canaux, ses propres codes. Rudy Reichstadt décrypte les signaux d'alerte : désignation d'un bouc émissaire, exploitation des peurs, rejet systématique des sources officielles, logique du "tout s'explique". Il rappelle aussi que les théories du complot sont libres de s'exprimer dans les limites de la loi — et qu'on est tout aussi libre de les dénoncer et d'expliquer leur dangerosité.
- Conspiracy Watch : site de veille et de décryptage des théories complotistes depuis 2007
- Développer son esprit critique : apprendre à identifier les signaux d'alerte (bouc émissaire, logique du "tout s'explique", rejet des sources)
- Régulation juridique des plateformes numériques : le DSA européen comme levier contre la désinformation à grande échelle
- Cartographie interactive du web conspirationniste francophone (outil Conspiracy Watch)
- Podcast "Complorama" (France Info, avec Tristan Mendès France et Pauline Pennanec'h) pour l'éducation aux médias
- Revendiquer le droit de dénoncer les discours complotistes dans l'espace public et d'expliquer leur dangerosité
VISOV : les sentinelles numériques des crises
VISOV est née d'un constat citoyen : lors des grandes crises, l'information utile circule en temps réel sur les réseaux sociaux — mais noyée dans les rumeurs, les images choquantes et les appels à l'aide impossibles à trier. L'association s'est constituée en 2014 après avoir démontré son utilité au ministère de l'Intérieur lors de l'accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge. Ses 150 bénévoles — dont 80 % ont un lien avec la gestion de crise ou la sécurité civile — assurent une veille permanente pour traquer les fake news, collecter des témoignages, dimensionner l'événement et relayer les consignes officielles. En septembre 2025, une convention tripartite a formalisé cette collaboration avec le SDIS de Saône-et-Loire.
Le cyclone Irma en 2017 reste l'exemple le plus frappant. Quand Saint-Martin et Saint-Barthélemy ont été ravagées et les réseaux téléphoniques coupés, VISOV a mis en place un formulaire de recherche de personnes, diffusé via les communautés Facebook qui s'étaient créées spontanément. Ce formulaire a ensuite servi aux autorités pour coordonner les secours. Les bénévoles raccrochaient parfois avec des familles en métropole qui venaient d'apprendre que leurs proches étaient sains et saufs. VISOV ne se substitue pas à l'État — c'est un outil de plus, qui parle de citoyen à citoyen.
- VISOV (visov.org) : 150 bénévoles en veille permanente sur les réseaux sociaux lors des crises majeures
- Veille anticipée via les alertes Météo-France pour organiser des équipes avant même le déclenchement de la crise
- Formulaires de recherche de personnes diffusés sur les réseaux pour reconnecter familles et victimes (modèle Irma)
- Collaboration formalisée avec les SDIS et le ministère de l'Intérieur — convention tripartite signée en 2025
- Règle d'or citoyenne : ne pas partager une information dont on n'est pas certain — ne pas amplifier les rumeurs
- Rejoindre VISOV : ouverts à tous ceux à l'aise avec les réseaux sociaux et intéressés par la sécurité civile
Vera, l'IA française qui combat les fake news en 3 secondes chrono
Trois secondes. C'est le temps que met Vera pour analyser une affirmation et évaluer sa fiabilité. Cette intelligence artificielle française, développée par LaRéponse.Tech, a été conçue pour démocratiser le fact-checking : là où un journaliste de vérification met plusieurs heures à recouper ses sources, Vera agrège en temps réel des milliers de données pour produire une réponse sourcée et argumentée. L'enjeu est massif : la désinformation se propage en quelques secondes sur les réseaux, mais le démenti arrive souvent trop tard pour neutraliser le mal.
Florian Gauthier explique que Vera n'a pas vocation à remplacer le journaliste, mais à le multiplier — et à mettre entre les mains du grand public un outil jusqu'ici réservé aux rédactions. L'IA est entraînée à distinguer le fait de l'opinion, à identifier les sources primaires et à signaler ses propres limites quand l'information est insuffisante. Dans un contexte où les deepfakes et les contenus générés par IA prolifèrent, Vera représente une réponse technologique à une menace technologique.
- Vera (LaRéponse.Tech) : IA française de fact-checking capable d'analyser une affirmation en 3 secondes
- Agrégation de sources primaires en temps réel pour produire un verdict sourcé et argumenté
- Démocratisation du fact-checking : outil accessible au grand public, pas seulement aux rédactions
- Transparence sur les limites : Vera signale quand l'information est insuffisante pour conclure
- Réponse technologique à la propagation à grande vitesse de la désinformation sur les réseaux sociaux
NewsTruck : Lumières sur l'info engage les jeunes contre la désinformation
Comment convaincre un lycéen que l'information ça s'apprend, ça se vérifie, ça se questionne — quand il consomme l'essentiel de son flux d'actualité via TikTok et Instagram ? Damien Fleurot a trouvé une réponse inattendue : le NewsTruck, un camion aménagé en studio mobile qui sillonne les établissements scolaires pour faire de l'éducation aux médias autrement. À bord : des ateliers pratiques, des mises en situation, des outils concrets de vérification. Les jeunes ne sont pas des victimes passives de la désinformation — ils peuvent devenir des acteurs de la vérification.
Lumières sur l'info, l'association qu'il a cofondée, combine plusieurs leviers : des vidéos pédagogiques diffusées sur les plateformes fréquentées par les jeunes, des ateliers en présentiel dans les lycées et collèges, et des formations pour les enseignants. L'enjeu est de taille : les études montrent que les jeunes sont à la fois très exposés à la désinformation et très peu équipés pour l'identifier. Le NewsTruck transforme ce défi en opportunité — aller chercher le public là où il est, avec les codes qu'il comprend.
- NewsTruck : studio mobile itinérant pour l'éducation aux médias dans les lycées et collèges
- Ateliers pratiques de vérification de l'information adaptés aux codes des jeunes
- Vidéos pédagogiques diffusées sur les plateformes (TikTok, Instagram, YouTube) qu'ils utilisent déjà
- Formations pour les enseignants pour démultiplier l'impact hors des passages du truck
- Approche terrain : aller dans les établissements plutôt qu'attendre que les élèves viennent à l'information
Comment TF1 et LCI luttent contre les fake news
Au premier groupe audiovisuel privé français, le fact-checking n'est pas une option éditoriale — c'est un engagement structurel. Samira El Gadir décrit de l'intérieur le fonctionnement de la cellule de vérification de TF1 et LCI : comment une information est traquée jusqu'à sa source originale, comment les images sont géolocalisées et datées, comment les affirmations des responsables politiques sont passées au crible. Un travail d'orfèvre, souvent invisible, qui conditionne pourtant la crédibilité de chaque sujet diffusé.
Ce qui frappe dans cet épisode, c'est la dimension systémique du dispositif : TF1 et LCI n'ont pas simplement embauché des fact-checkers, ils ont intégré la vérification dans les processus de fabrication de l'information. Les outils se professionnalisent — bases de données, intelligence artificielle de détection d'images manipulées, réseaux de partenaires internationaux. La lutte contre les fake news, pour être efficace, ne peut pas rester artisanale. Elle doit s'industrialiser sans perdre la rigueur du journaliste.
- Cellule de fact-checking intégrée dans les processus éditoriaux de TF1 et LCI
- Géolocalisation et datation systématique des images pour détecter les contenus manipulés ou hors contexte
- Vérification des affirmations des responsables politiques en temps réel pendant les campagnes
- Outils d'IA de détection d'images manipulées et de deepfakes
- Réseau de partenaires de vérification internationaux pour les sujets cross-frontières
- Industrialisation du fact-checking sans renoncer à la rigueur journalistique individuelle
Surinformé.e ? Ce kit de survie pourrait vous intéresser !
77 % des Français déclarent vouloir limiter leur consommation d'informations — mais ne savent pas comment. Anne-Sophie Novel, journaliste et chercheuse spécialiste des pratiques informationnelles, propose un kit de survie pratique pour naviguer dans un monde saturé d'informations sans sombrer dans l'infobésité ni le déni. Son diagnostic est précis : le problème n'est pas d'être informé, c'est de ne plus être capable de hiérarchiser, de trier, de prendre du recul. La surinformation rend anxieux, mais elle peut aussi rendre crédule — fatigué de vérifier, on finit par croire ce qui va vite.
Elle présente notamment les travaux de l'association Médiaventure et la notion d'"hygiène informationnelle" : choisir ses sources avec intention plutôt que les subir par algorithme, limiter les notifications, s'accorder des temps sans flux, apprendre à distinguer l'urgence réelle de l'urgence artificielle construite par les réseaux. Un épisode qui traite la désinformation à la racine — non pas en traquant les fake news une par une, mais en renforçant la résistance de chaque individu face à l'infobésité.
- Kit d'hygiène informationnelle : choisir ses sources avec intention plutôt que les subir par algorithme
- Médiaventure : association qui forme au rapport conscient à l'information
- Limiter les notifications et les flux automatiques pour reprendre le contrôle de son attention
- Apprendre à distinguer l'urgence réelle de l'urgence construite par les réseaux sociaux
- S'accorder des temps sans flux d'information pour récupérer sa capacité critique
- "Un bout des médias" : initiative pour une relation plus saine et active à l'information
Faut qu'on parle — l'alliance de médias contre la polarisation
Cet épisode est un bonus — il figure dans la sélection Médias constructifs de Soluble(s), mais il éclaire aussi directement la lutte contre la désinformation sous un angle souvent négligé : la polarisation. Quand des citoyens aux opinions opposées ne partagent plus aucun espace commun, ne lisent plus les mêmes sources, ne se parlent plus — la désinformation prospère. C'est précisément ce que combat "Faut qu'on parle", une initiative portée par La Croix, Notre Temps, La Voix du Nord et Réel Média, avec le soutien du Fonds Bayard-Agir.
Le principe : réunir physiquement des citoyens que tout oppose — convictions politiques, milieux sociaux, territoires — pour qu'ils dialoguent en face à face autour de sujets qui divisent. Béatrice Bouniol explique que la désinformation se nourrit des chambres d'écho : on croit ce que disent "les siens" parce qu'on n'a plus l'occasion d'entendre autre chose. Le dialogue en présence ne convertit pas — il humanise. Il rappelle que derrière l'opinion adverse il y a une personne, pas un ennemi. Et c'est le premier rempart contre les théories qui prospèrent dans l'entre-soi.
- "Faut qu'on parle" : dispositif gratuit et ouvert à tous qui réunit des citoyens aux opinions opposées en face à face
- Alliance de médias (La Croix, Notre Temps, La Voix du Nord, Réel Média) pour dépasser les silos informationnels
- Dialogue structuré autour de sujets clivants comme rempart contre les chambres d'écho et la désinformation
- Humanisation de l'adversaire politique : sortir de la logique ennemi/allié qui alimente la méfiance et les fake news
Désinformation • Ce que ces épisodes ont en commun
3 fils conducteurs
Comprendre avant de contrer
Tous ces épisodes posent le même préalable : pour lutter contre la désinformation, il faut d'abord comprendre pourquoi elle séduit. Rudy Reichstadt l'explique avec rigueur — les théories du complot ne sont pas des erreurs de raisonnement, ce sont des récits émotionnellement efficaces qui répondent à un besoin réel de cohérence et de sécurité. Les solutions qui marchent ne se contentent pas de "démentir" : elles proposent une autre façon de lire le monde.
La réponse doit être aussi rapide que la menace
Vera analyse en 3 secondes. VISOV mobilise en temps réel. TF1 géolocalise une image avant sa diffusion. La désinformation tire sa force de sa vitesse — elle s'impose avant que le doute s'installe. Les dispositifs les plus efficaces ont intégré cette contrainte temporelle : le fact-checking lent et académique ne suffit plus. La vérification doit s'insérer dans le flux, pas arriver après.
L'individu au cœur de la solution
Outils, algorithmes, régulation : les solutions technologiques et juridiques sont nécessaires mais pas suffisantes. Lumières sur l'info va dans les lycées parce que l'esprit critique s'apprend. Anne-Sophie Novel propose un kit d'hygiène informationnelle parce que la résistance à la désinformation est une compétence qui se développe. La lutte contre les fake news, au fond, est un projet d'éducation autant que de technologie.
- Médias Médias constructifs & journalisme de solutions — 20 épisodes Soluble(s) ↗
- Société Chaleur en France : s'adapter, les solutions — Soluble(s) ↗
- Environnement Biodiversité concrète : protéger ce qui nous protège — Soluble(s) ↗
- Santé Santé, addictions, prévention : des solutions concrètes — Soluble(s) ↗
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