Santé des femmes,
violences : 10 solutions
concrètes documentées
par Soluble(s)
Soumission chimique, violences conjugales, errance diagnostique, précarité menstruelle, chimiothérapie, aidantes invisibles : la lutte contre les violences faites aux femmes et la défense de leur santé sont deux axes forts du podcast Soluble(s) depuis sa création. Cette sélection n'est pas exhaustive — elle reflète l'état du catalogue au moment de sa publication.
Sélection éditoriale par Simon Icard↗, journaliste & créateur de Soluble(s). Voir aussi simonicard.fr↗.
- 3919 — Violences Femmes Info (gratuit, 7j/7, 24h/24) · arretonslesviolences.gouv.fr
- 116 006 — France Victimes (gratuit, 7j/7, 24h/24) · france-victimes.fr
- 17 — Police secours · 15 — SAMU · 114 — SMS pour sourds/malentendants
Chiffres clés
Face aux violences — conjugales, sexuelles, chimiques — et aux inégalités de santé qui pèsent sur les femmes, quelles solutions existent déjà, maintenant, pour se protéger, se reconstruire, et agir ?
Femmes • Les solutions, épisode par épisode
10 épisodes, 40+ solutions
Un coffre-fort numérique pour documenter des violences répétées, une application pour ne jamais se retrouver seule face à une agression, des hébergements citoyens d'urgence, des distributeurs de protections menstruelles gratuites, une Maison des femmes adossée à l'hôpital public, des vêtements pensés pour traverser la chimio avec style : Soluble(s) documente les solutions qui existent, à portée de main.
La soumission chimique : un phénomène criminel à combattre
Mémo de vie : le coffre-fort numérique pour les victimes
La Maison des femmes Marseille Provence : se réparer et rebondir
Un abri qui sauve des vies face aux violences conjugales
The Sorority : l'appli pour ne jamais être seule face à une agression
Endotest : 7 ans d'errance diagnostique réduits à 10 jours
Endométriose : l'éducation thérapeutique pour ne plus être seule
Ces distributeurs s'attaquent à la précarité menstruelle
Qi-Bô : de beaux vêtements adaptés à la chimiothérapie
Comment soutenir les aidants qui travaillent ?
Femmes • Pour aller plus loin
9 épisodes en détail
La soumission chimique : reconnaître, prévenir, combattre
Le procès des viols de Mazan, qui se tenait jusqu'en décembre 2024, a mis en lumière une méthode criminelle particulièrement vicieuse : la soumission chimique. 51 personnes, dont Dominique Pélicot, étaient accusées d'avoir utilisé des substances pour endormir puis violer Gisèle Pélicot sur une période de près de 10 ans. Pour Soluble(s), Arnaud Gallais, anthropologue et cofondateur de l'association M'endors pas : stop à la soumission chimique, a détaillé les pistes concrètes pour que ce phénomène ne reste plus sous les radars.
La soumission chimique ne se limite pas au GHB. Les médicaments utilisés incluent somnifères, antidépresseurs et autres substances accessibles en pharmacie. Selon une enquête nationale de l'ANSM, 721 signalements suspects ont été recensés en 2021, dont 82 qualifiés de soumissions vraisemblables — 57 concernant des femmes, 25 des hommes, 22 des mineurs dont 15 de moins de 15 ans. Les victimes peuvent présenter pertes de mémoire, maux de tête ou affections gynécologiques sans comprendre ce qui leur est arrivé.
Les solutions proposées par l'association sont précises : formation des médecins à repérer les signes (ni les généralistes ni les spécialistes n'y sont formés, selon Ghada Hatem-Gantzer, fondatrice de la Maison des Femmes du 93), ordonnances sécurisées pour les médicaments à risque — le Rivotril est désormais prescrit via ordonnance sécurisée —, prévention à l'Éducation nationale dès le plus jeune âge, et évolution législative. La Fondation des Femmes demandait une loi intégrale contre les violences sexuelles, prévoyant notamment la récolte systématique de preuves de soumission chimique.
- Consulter et soutenir l'association M'endors pas sur mendorspas.org
- Signaler des symptômes suspects (pertes de mémoire, maux de tête inexpliqués) à un médecin — et lui demander explicitement d'évoquer la soumission chimique
- En cas de besoin : France Victimes au 116 006 (gratuit, 7j/7, 24h/24) ou Violences Femmes Info au 3919
Mémo de vie : documenter pour se libérer
En 2024, selon les données citées dans l'épisode, plus de la moitié des 450 100 victimes de violences physiques enregistrées par la police et la gendarmerie l'ont été dans un cadre intrafamilial (54 %). 271 000 victimes de violences conjugales ont été dénombrées, dont 85 % de femmes. Pourtant, seulement 14 % des victimes portent plainte — souvent faute de preuves, et parce que « les victimes vivent un quotidien fragmenté, marqué par la peur de parler », explique Fabienne Brégy.
Mémo de vie, lancé en 2020 suite à une consultation citoyenne Make.org et soutenu par le ministère de la Justice, est la réponse directe à ce manque. Plateforme entièrement gratuite, elle permet de stocker preuves et documents — certificats médicaux, captures d'écran, vidéos, SMS — dans un coffre-fort crypté, hébergé en Europe, accessible sur smartphone, tablette et ordinateur. Un bouton « Vite, je quitte » ferme l'outil instantanément en cas de danger. Les données ne laissent aucune trace dans l'historique du navigateur. Au moment de l'épisode, la plateforme comptait 7 000 comptes actifs et 60 000 témoignages déposés.
Le journal intime intégré permet aussi « l'écriture de soi » — mettre des mots sur ce qu'on vit pour en prendre conscience et commencer à se reconstruire. Les proches peuvent contribuer via un espace dédié. Les données ne sont partageables qu'avec l'accord de la victime.
- Créer un compte gratuitement sur memo-de-vie.org (inscription par e-mail, disponible sur tous supports)
- Partager l'outil autour de soi — aux proches, soignants, travailleurs sociaux, juristes
- Appeler le 116 006 (France Victimes, gratuit, 7j/7, 24h/24) pour un accompagnement humain en complément
Un abri citoyen qui sauve des vies : comment ça marche ?
Les victimes ne devraient pas avoir à quitter leur logement. Mais face à l'urgence, trouver un abri de confiance peut être vital. Née lors du premier confinement en France, l'association Un abri qui sauve des vies répertorie et met en relation des personnes prêtes à héberger (les « abritant·e·s ») et des victimes de violences conjugales et intrafamiliales (majeures et mineures accompagnées). Ces hébergements gratuits chez des particuliers sont proposés pour une courte durée, comme premier pas vers la reconstruction.
En 2022, les mises à l'abri avaient triplé par rapport à 2021. L'association dispose d'une ligne d'écoute ouverte tous les jours 24h/24 — le 09 77 42 59 20. Elle complète le dispositif public : le 115 pour l'hébergement d'urgence, le 3919 pour l'orientation vers les structures spécialisées, et Mémo de vie pour documenter les faits.
- Proposer son logement comme abri ou devenir bénévole sur le site de l'association
- Appeler la ligne de l'association au 09 77 42 59 20 (tous les jours, 24h/24)
- En urgence : 17 (Police), 115 (hébergement d'urgence public), 3919 (Violences Femmes Info)
The Sorority : ne plus jamais être seule face à une agression
Attouchements, harcèlement de rue, violences conjugales, viol : comment trouver une aide bienveillante à proximité immédiate avant qu'il ne soit trop tard ? Priscillia Routier-Trillard a créé The Sorority, application gratuite qui permet d'alerter et de mettre en relation des femmes et des personnes issues des minorités de genre prêtes à s'entraider immédiatement et en personne.
Au moment de l'épisode (mai 2023), la communauté comptait plus de 60 000 membres dont les profils sont vérifiés et certifiés, présents en France, Belgique, Suisse, Algérie et Canada. L'application fonctionne dans le monde entier. Son principe : inverser l'effet de sidération face à l'agression grâce à la géolocalisation, pour que chacune sache qu'elle n'est pas seule.
- Télécharger l'application The Sorority gratuitement — App Store et Google Play
- Rejoindre la communauté sur jointhesorority.com et faire certifier son profil
- Partager l'appli à toutes les femmes de son entourage
La précarité menstruelle : une inégalité de genre qui a des solutions
La précarité menstruelle, c'est la difficulté à se payer régulièrement des protections périodiques. Dans son sillage : absentéisme scolaire, isolement, honte et risque sanitaire pour environ 4 millions de femmes en France. En 2018, Gaële Le Noane a fondé Marguerite & Cie pour que les règles soient mieux vécues, dans le respect de la santé et de la planète. Sa solution : des distributeurs rechargeables de serviettes hygiéniques et tampons bio, financés par les établissements recevant du public ou par les employeurs, accessibles gratuitement et en libre-service — comme le papier toilette.
En 2022, les distributeurs Marguerite & Cie avaient déjà bénéficié à plus d'un million de femmes. Des départements entiers — Dordogne, Essonne — s'étaient engagés dans la démarche. L'Écosse avait voté la gratuité nationale des protections périodiques, ouvrant une voie que d'autres pays observent. Dans le même épisode, est mentionné qu'à partir de 2024, la France devait rembourser les protections réutilisables pour les moins de 25 ans. Le chiffre d'affaires de Marguerite & Cie avait été multiplié par 30 en trois ans au moment de l'enregistrement.
- Proposer l'installation d'un distributeur Marguerite & Cie dans son entreprise, école ou collectivité
- Consulter le site de la marque pour connaître les conditions de mise en place
- Sensibiliser les décideurs masculins — l'épisode décrit précisément les freins culturels à lever
La Maison des femmes Marseille Provence : se réparer et rebondir
Les Maisons des femmes sont adossées à des hôpitaux publics. Pensées comme des cocons pour soigner, écouter et accompagner, elles s'adressent aux femmes victimes de violences — conjugales, sexuelles, mutilations génitales, violences psychologiques, soumission chimique — de tous milieux sociaux, de toutes origines, âgées de 16 à 78 ans (moyenne : 35 ans). En 2022, à l'AP-HM seule, près de 400 femmes ont dû être hospitalisées des suites de violences conjugales, dont près de 80 mineures.
La Maison des femmes Marseille Provence, cofondée par le Dr Sophie Tardieu et adossée à l'hôpital de La Conception, propose un accueil sans rendez-vous, gratuit et inconditionnel. Une équipe pluridisciplinaire — médecins, gynécologues, psychologues, sages-femmes, travailleurs sociaux, avocats, assistantes sociales — prend en charge l'ensemble du parcours : soins des corps, soutien psychologique, accompagnement social et juridique, dépôt de plainte possible sur place. Des groupes de parole et des cours de karaté complètent le dispositif. Des actions de prévention sont menées auprès des jeunes, en entreprise et en Ehpad.
Le modèle est né en 2016 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), fondé par le Dr Ghada Hatem. Un réseau national de 14 structures s'était déployé au moment de l'épisode. Le gouvernement avait annoncé son intention d'ouvrir une Maison des femmes par département dès 2024. Le financement est mixte : personnel soignant et unité de soins pris en charge par le public, complétés par des mécènes privés et des dons citoyens.
- Maison des femmes Marseille Provence — Hôpital La Conception, 147 bd Baille, 13005 Marseille · Sans RDV lun-ven 9h–16h30 · 04.91.38.17.17 · maisondesfemmes@ap-hm.fr
- Trouver la Maison des femmes la plus proche via le 3919 (Violences Femmes Info, gratuit, 7j/7, 24h/24)
- En urgence : 17 (Police) · 15 (SAMU) · 114 (SMS pour sourds/malentendants)
Endotest : 7 ans d'errance diagnostique réduits à 10 jours
L'endométriose touche environ 2 millions de femmes en France et 200 millions dans le monde. C'est la première cause d'infertilité féminine. Handicapante dans 90 % des cas, elle peut débuter dès les premières règles — « parfois dès 10 ou 11 ans », précise Yahya El Mir. Le diagnostic prend en moyenne 7 ans en France — parfois 20 ans pour certaines patientes, qui consultent en moyenne 10 médecins avant d'obtenir une réponse. La raison : la forme superficielle, la plus fréquente, n'est pas visible à l'imagerie. Seule la chirurgie permettait jusqu'ici un diagnostic de certitude.
L'Endotest, développé par la biotech lyonnaise Ziwig, est un test salivaire non invasif qui analyse environ 2 600 biomarqueurs micro-ARN via intelligence artificielle. Sensibilité : 95 %. Spécificité : 94 %. Résultat disponible en 10 jours. Depuis le 11 février 2025, le test est pris en charge par l'Assurance maladie dans le cadre du forfait innovation, pour 25 000 femmes sur trois ans, dans une centaine de centres hospitaliers en France — sans reste à charge pour les patientes. Il est accessible aux femmes de 18 à 43 ans présentant des symptômes évocateurs après des examens d'imagerie non concluants.
Au-delà de l'endométriose, Ziwig travaille sur le cancer de l'ovaire — diagnostiqué tardivement dans la plupart des cas, avec un taux de survie à cinq ans de 45 %. Si le diagnostic intervenait au stade 1, ce taux passerait à plus de 90 %. La France, via sa stratégie nationale de lutte contre l'endométriose lancée en 2022, a investi 30 millions d'euros dans la recherche sur la santé des femmes.
- Consulter la liste des 100 centres participants sur sante.gouv.fr pour accéder à l'Endotest sans frais
- Demander à son gynécologue ou médecin traitant une prescription pour l'Endotest si imagerie non concluante
- En savoir plus sur le site de Ziwig : ziwig.com/ziwig-endotest/
A.I.M.E : apprendre à ne plus être seule face à l'endométriose
L'endométriose touche près de 10 % des femmes menstruées, de façon chronique. Elodie Torrès souffre de cette maladie depuis ses 14 ans — son diagnostic n'est arrivé qu'à 21 ans, après 7 ans d'errance. C'est cette expérience qui l'a poussée à fonder A.I.M.E contre l'endométriose et à lancer un programme pluridisciplinaire d'éducation thérapeutique du patient, en partenariat avec une association de professionnels de santé libéraux de la région Centre-Val de Loire.
Le programme est entièrement pris en charge par l'Agence régionale de santé (ARS). Infirmières, gynécologues, kinésithérapeutes, sages-femmes, diététiciennes et sophrologues se mobilisent autour des patientes lors de consultations et ateliers gratuits. L'objectif : rompre l'isolement, améliorer l'accès aux soins et agir sur la douleur au quotidien — notamment via l'alimentation et la prévention de l'inflammation. D'autres programmes similaires existent désormais à Paris, Marseille, Montpellier, Nîmes et Aix-en-Provence.
- Rejoindre un programme d'éducation thérapeutique endométriose gratuit — Paris, Marseille, Montpellier, Nîmes, Aix-en-Provence et autres régions
- Consulter le site d'A.I.M.E et la carte des programmes ETP endométriose disponibles en France
- Lire la page dédiée à l'endométriose sur le site de l'Assurance maladie : ameli.fr
Qi-Bô : traverser la chimio sans perdre son style
La chimiothérapie est suivie chaque année en France par environ 350 000 patients. Les vêtements traditionnels ne sont pas adaptés : lors des soins, les patients doivent souvent se dévêtir entièrement pour permettre l'accès à leur chambre implantable. Hélène Nal-Martin, infirmière libérale depuis 22 ans, a été elle-même touchée par un cancer du sein en 2019. C'est lors de ses soins qu'elle a rencontré Michiko, patiente atteinte d'un cancer métastatique passionnée de couture. Ensemble, elles ont dessiné le premier modèle Qi-Bô.
Le pull phare, le « MICHI », est asymétrique avec une ouverture rabattable permettant l'accès à la chambre implantable sans se dévêtir. Les matières sont douces, légères et chaudes — maille grattée en coton et polyester fabriquée au Portugal, doublure en popeline conçue à Villefranche-sur-Saône. Les modèles portent aussi des messages — « You are perfect », « Fuck cancer » — pour revendiquer la maladie plutôt que de la cacher. « On avait envie d'aller en traitement avec des vêtements très sympas », résume Hélène Nal-Martin. En japonais, ki-bô signifie espoir.
- Découvrir et commander les vêtements Qi-Bô sur le site de la marque
- Offrir un vêtement Qi-Bô à une proche en chimiothérapie
- Partager la marque aux équipes soignantes oncologiques de votre établissement
Ce que disent ces 10 épisodes
3 fils conducteurs
L'invisibilité comme arme — et comme enjeu
Soumission chimique « sous les radars », 14 % seulement de victimes qui portent plainte, aidantes qui « s'ignorent » l'être, précarité menstruelle jamais évoquée devant certains décideurs : ces dix épisodes documentent des violences et des inégalités qui perdurent par le silence. La première solution dans chacun d'eux est la même — nommer, mettre des mots, rendre visible. Mémo de vie, The Sorority, Arnaud Gallais : tous partent du principe que ce qu'on ne documente pas reste impuni.
Les solutions les plus efficaces sont celles créées par des personnes concernées
Hélène Nal-Martin a vécu un cancer du sein avant de cofonder Qi-Bô. Charlyne Péculier a créé son association pendant le confinement, face à l'urgence. Elodie Torrès a attendu 7 ans un diagnostic d'endométriose avant de fonder A.I.M.E. Priscillia Routier-Trillard a conçu The Sorority parce qu'elle savait ce que signifie être seule face à une agression. Ce n'est pas un hasard : la connaissance intime du problème produit les solutions les plus ajustées.
La lutte contre les violences faites aux femmes est un axe fort du podcast — et la sélection n'est pas exhaustive
Cette page regroupe 10 épisodes parmi les plus directement liés à la santé et aux violences faites aux femmes. D'autres épisodes du catalogue Soluble(s) abordent ces questions en filigrane — soins, handicap, addictions, déserts médicaux. La lutte contre les violences n'est pas un sujet parmi d'autres dans ce podcast : c'est une boussole éditoriale.
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