Protection de l'enfance,
écrans, égalité des chances :
7 solutions concrètes
documentées par Soluble(s)
Boîtes aux lettres Papillons pour libérer la parole des enfants victimes, méthode de préoccupation partagée contre le harcèlement scolaire, outils pour une parentalité numérique apaisée, IA pour l'orientation post-bac, stages de 3e sans réseau, logements étudiants à prix modéré : sept épisodes, trois axes, des solutions qui existent.
Sélection éditoriale par Simon Icard↗, journaliste & créateur de Soluble(s). Voir aussi simonicard.fr↗.
- 119 — Allô Enfance en Danger (gratuit, 24h/24, 7j/7) · allo119.gouv.fr — pour enfants, ados et jeunes majeurs (-21 ans) victimes de violences, et pour signaler
- 3018 — Numéro national contre le harcèlement (gratuit, anonyme, 7j/7, 9h-23h) · e-enfance.org — harcèlement, cyberharcèlement
- 17 — Police secours · 15 — SAMU · 114 — SMS pour sourds/malentendants · 18 — Pompiers
Chiffres clés
Comment protéger les enfants des violences qui leur sont faites, les prémunir contre les dangers du numérique, et garantir à tous les jeunes — quel que soit leur milieu — un accès égal à l'orientation, à l'emploi et au logement ?
Famille & jeunesse · les solutions, épisode par épisode
7 épisodes, 30+ solutions
Une boîte aux lettres blanche ornée de papillons dans la cour d'école pour que les enfants puissent écrire ce qu'ils ne peuvent pas dire. Une méthode qui implique toute la classe pour briser le cycle du harcèlement. Un contrat familial contre les écrans. Un algorithme qui oriente les lycéens des quartiers prioritaires vers les formations qui leur correspondent vraiment. Des fermes reconverties en logements étudiants à 20-30 % sous le prix du marché. Soluble(s) documente ce qui marche, concrètement.
Les boîtes Papillons libèrent la parole des enfants victimes de violences
Derrière les chiffres du harcèlement scolaire : comprendre et agir
Enfants et adolescents : les protéger des écrans. Oui, mais comment ?
Comment faire la paix avec nos écrans ?
StudiAva : le « Tinder de l'orientation » pour les lycéens
ViensVoirMonTaf : trouver son stage de 3e sans réseau
Campus Vert : des logements étudiants 20-30 % moins chers, à la ferme
Famille & jeunesse · pour aller plus loin
7 épisodes en détail
Les boîtes Papillons : quand l'écrit libère la parole que les enfants ne peuvent pas prononcer
En France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, dont 77 % au sein de la famille (estimations CIIVISE, plan gouvernemental 2023-2027). Un enfant est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle toutes les trois minutes. Un enfant meurt tous les cinq jours des suites de violences infligées par un proche. Plus de la moitié des signalements recueillis par l'association concernent le harcèlement scolaire, qui touche selon le ministère de l'Éducation nationale près d'un million d'élèves par an. Les violences physiques représentent environ 25 % des témoignages, les violences sexuelles entre 13 et 15 %.
Laurent Boyet, capitaine de police et lui-même victime de viols par son frère entre 6 et 9 ans, a fondé l'association Les Papillons à partir d'un constat simple : « Parler, c'est quelque chose qui nous est instinctivement interdit par nos agresseurs. » L'écriture, elle, contourne cette interdiction. Plus de 600 établissements scolaires et périscolaires accueillent des boîtes aux lettres blanches ornées de papillons verts et bleus, à hauteur d'enfant, dans lesquelles les enfants peuvent glisser un mot librement. Avantage décisif sur les numéros d'appel : jusqu'au CM2, la plupart des enfants n'ont pas de téléphone — emprunter celui d'un adulte nécessiterait une explication risquée.
Le fonctionnement est précis : chaque municipalité signe une convention avec l'association et désigne des référents — souvent des policiers municipaux — qui relèvent les messages deux fois par semaine. Les messages sont immédiatement cryptés puis transmis à un pôle d'analyse au siège, où des psychologues prennent le relais. Le personnel qui récupère les mots n'appartient pas à l'école. En cas de danger grave, l'association déclenche une procédure d'alerte directe auprès des services sociaux ou un signalement judiciaire. « Quand il n'y a pas d'intermédiaire entre la parole de l'enfant et la justice, les choses se passent et elles se passent vite et elles se passent bien », résume Laurent Boyet. L'affaire Lily l'a démontré : en juin 2022, une fillette de 10 ans a écrit le mot décrivant les viols de son grand-père ; le procureur a été saisi le vendredi, l'arrestation a eu lieu le mercredi suivant. L'homme a été condamné à douze ans de réclusion en septembre 2024.
La Maison Papillons, ouverte à la rentrée 2024 à Saint-Estève près de Perpignan, complète le dispositif : psychologues, thérapeutes (hypnose, EMDR), avocats, groupes de parole hebdomadaires, consultations individuelles. L'attention portée aux parents y est centrale. Une convention avec la Direction générale de l'enseignement scolaire est en cours de discussion pour intégrer les sensibilisations dans le temps scolaire et connecter le dispositif avec les référents pHARe.
- Contacter l'association Les Papillons pour installer une boîte dans son école, club sportif ou structure périscolaire
- En cas de signalement urgent : 119 (Allô Enfance en Danger, gratuit, 24h/24) · allo119.gouv.fr
- Lire le livre de Laurent Boyet : Tous les frères font comme ça… (Hugo Doc)
- Consulter ciivise.fr pour les ressources sur les violences sexuelles faites aux enfants
Harcèlement scolaire : l'effet de groupe expliqué, la méthode pour le briser
5 % des écoliers, 6 % des collégiens et 4 % des lycéens sont victimes de harcèlement scolaire en France. Ces chiffres bruts masquent la dynamique centrale que Marie Quartier met au cœur de son analyse : le harcèlement est un phénomène de groupe. La pression sociale au sein d'une classe peut inciter des élèves à se comporter de façon agressive envers un camarade — des comportements subtils au départ, qui s'amplifient. Ils concernent des élèves de tout âge et de tout milieu social. Les adultes, parents et enseignants, doivent savoir repérer les signes le plus tôt possible.
Face à l'ampleur du phénomène, le gouvernement a généralisé le programme pHARe en 2023 : numéro gratuit 3018, formation des personnels éducatifs, équipes ressources dans chaque établissement, « élèves ambassadeurs de la lutte contre le harcèlement ». Marie Quartier a cofondé le Centre ReSIS (Centre de Ressources et d'Études Systémiques contre les Intimidations Scolaires) et développé avec Jean-Pierre Bellon la méthode de la préoccupation partagée : une approche qui implique tous les acteurs de l'établissement — élèves, enseignants, parents — pour briser le cycle de violence en responsabilisant chacun, favorisant le dialogue et recherchant des solutions constructives. L'épisode couvre aussi le cyberharcèlement et le sexting, et donne des conseils pratiques aux parents pour repérer les changements de comportement.
- Appeler le 3018 (gratuit, anonyme, 7j/7, 9h-23h) en cas de harcèlement ou cyberharcèlement · e-enfance.org
- Consulter education.gouv.fr/non-au-harcelement pour les ressources nationales
- Lire : Harcèlement scolaire : le vaincre c'est possible — La méthode de la préoccupation partagée (Bellon, Gardette, Quartier — Ed. ESF)
- Consulter le site du Centre ReSIS pour solliciter une intervention en établissement
Les 4 PAS : la méthode concrète pour protéger ses enfants des écrans
Les enfants français passent en moyenne 3h40 par jour devant un écran. Les 1-6 ans y consacrent 16 heures par semaine, tous supports confondus (Ipsos, 2022). Dans ses consultations, Sabine Duflo reçoit chaque jour des parents qui décrivent des enfants difficiles à concentrer, avec des troubles du sommeil, des problèmes de comportement — et des parents qui disent « j'ai perdu mon enfant ». La fondatrice du CoSE (collectif surexposition écrans) donne un repère simple : quand le temps d'écran occupe plus de la moitié du temps d'éveil, il y a danger de surexposition. Les effets néfastes sur la santé et le développement des enfants sont documentés.
Sa réponse : les 4 PAS, quatre temps sans écran à observer dans la journée pour « mieux grandir ». Le principe n'est pas l'interdiction totale mais la création de plages protégées. Sabine Duflo insiste sur la responsabilité des adultes : les parents doivent questionner leur propre rapport aux écrans — notamment l'interruption du regard sur le bébé lors de la consultation du smartphone. En France au moment de l'épisode, la limite « sans écran » était fixée à 3 ans, les réseaux sociaux interdits aux -13 ans, la pornographie aux -18 ans. En janvier 2024, Emmanuel Macron annonçait la réunion d'un collège d'experts pour déterminer « le bon usage des écrans pour nos enfants ».
- Télécharger l'affiche des 4 PAS — méthode de prévention de Sabine Duflo (disponible sur le site du CoSE)
- Lire : Il ne décroche pas des écrans ! Comment protéger nos enfants et nos adolescents (Sabine Duflo — Ed. L'échappée)
- Consulter jeprotegemonenfant.gouv.fr pour les outils de contrôle parental pornographie
- Consulter les recommandations de l'Arcom sur l'exposition des enfants à la télévision
Parentalité numérique : la méthode P.L.A.Y. pour un cadre familial partagé
On compte en moyenne 9,4 écrans par foyer en France (baromètre du numérique 2025). Les enfants de 6 à 17 ans passent plus de 4h11 devant les écrans chaque jour hors temps scolaire ; les adultes s'approchent de 4h36. François Saltiel, co-auteur avec Virginie Sassoon (CLEMI) de Faire la paix avec nos écrans (Flammarion), décrit une génération de parents pionniers : « On est la première génération de parents à devoir être confrontés au numérique qui a bouleversé la sphère familiale. Il n'y a pas de mode d'emploi. » Sa notion de technoférence désigne ce moment où le téléphone coupe un lien direct avec son enfant, parfois pour une simple notification.
Sa réponse pratique : la méthode P.L.A.Y. — Partager (dialoguer autour des usages, regarder ensemble), Libérer (moments sans écran, valoriser l'ennui créatif), Accueillir (prendre en compte les émotions suscitées par les écrans), Yes or No (poser des limites claires mais négociables). Le principe fondateur : « Ce n'est pas toi contre les écrans, c'est toi et moi contre les écrans. » Le nouveau carnet de santé entré en vigueur en janvier 2025 encode ces recommandations : pas d'écran avant 3 ans, pas de smartphone connecté avant 13 ans, pas d'accès seul aux réseaux sociaux avant 15 ans. François Saltiel plaide pour le JOMO (Joy Of Missing Out) : retrouver la joie de la déconnexion choisie. « On ne peut plus rien attendre des GAFAM. La solution ne viendra que de nous, et ça ne passe que par l'éducation aux médias. »
- Appliquer la méthode P.L.A.Y. en famille : rédiger ensemble un contrat numérique
- Lire : Faire la paix avec nos écrans (François Saltiel et Virginie Sassoon — Flammarion)
- Consulter le site du CLEMI (Centre pour l'éducation aux médias et à l'information) pour les ressources pédagogiques
- Télécharger le Baromètre du Numérique 2025 (Credoc) pour les chiffres de référence
StudiAva : défricher les 23 000 formations de Parcoursup pour les lycéens sans filet
Parcoursup propose plus de 23 000 formations. Pour un lycéen issu d'un quartier prioritaire ou d'une zone rurale — sans réseau, sans parents passés par l'enseignement supérieur —, s'orienter dans cette offre pléthorique relève du parcours du combattant. Wassim Benouis, grandi à Marseille avant d'intégrer une école d'ingénieurs à Paris, a mesuré l'écart : ses amis d'enfance, malgré leur potentiel, se retrouvaient dans des emplois précaires faute d'information et d'accompagnement. Il cofonde StudiAva en 2023.
La plateforme utilise l'intelligence artificielle pour croiser le profil de l'élève — résultats scolaires, aspirations et soft skills identifiés via des questions détournées (« Que fais-tu le week-end ? », « Es-tu capitaine de ton équipe ? ») — avec une base de formations, pour proposer une dizaine de correspondances pertinentes. Au moment de l'épisode, 4 000 jeunes avaient été accompagnés ; 64 % d'entre eux déclaraient avoir utilisé au moins un vœu proposé par la plateforme sur Parcoursup. StudiAva a reçu le prix Radio France 2024 et le prix Talents des Cités. Elle collabore avec des collectivités locales qui achètent des licences pour les mettre à disposition des jeunes de leur territoire.
- Utiliser StudiAva gratuitement pour s'orienter — disponible sur le site de la plateforme
- Pour les collectivités et lycées : contacter StudiAva pour acquérir des licences à destination des élèves du territoire
- Consulter le calendrier Parcoursup pour anticiper les étapes clés de l'orientation
ViensVoirMonTaf : 9 000 collégiens en REP ont trouvé leur stage de 3e grâce au réseau des autres
Un stage de 3e, c'est souvent une histoire de réseau. Pour les élèves scolarisés en zones REP et REP+, ce réseau n'existe pas ou peu — ce qui ferme l'accès aux entreprises auxquelles ils n'ont pas facilement accès, et creuse dès le collège l'inégalité des chances. Fondée en 2015, l'association ViensVoirMonTaf y répond avec une plateforme qui met en relation des collégiens en 3e sans réseau et des entreprises proposant des offres de stages de qualité. Plus de 9 000 élèves ont été aidés depuis la création, en Île-de-France et en région lyonnaise. Les entreprises s'investissent dans l'accueil : l'épisode cite l'exemple de Joly, collégienne de Lyon qui rêvait de devenir astronaute, et dont le stage a ouvert des perspectives concrètes. Certains liens entre stagiaires et tuteurs durent au-delà du stage.
- Déposer sa candidature à un stage de 3e sur le site de ViensVoirMonTaf
- Pour les entreprises : proposer une annonce de stage sur la plateforme et accueillir un collégien REP/REP+
Campus Vert : 600 logements étudiants à la ferme, moins chers et éligibles à l'APL
Fondée dans le Nord en 1995, l'association Campus Vert propose une solution gagnant-gagnant à deux problèmes simultanés : la précarité du logement étudiant et la nécessité pour les agriculteurs de diversifier leurs revenus. Le principe : des corps de fermes reconvertis en studios ou T2 indépendants, meublés et équipés, situés en zone rurale à 20 minutes maximum des lieux d'étude, proposés à des étudiants et apprentis à 20 à 30 % moins chers que le prix du marché en ville. Plus de 600 logements sont disponibles — dans le Nord, en Bretagne, dans les Yvelines et en Seine-et-Marne. Les logements sont éligibles à l'APL et il n'est pas requis de travailler à la ferme. Campus Vert accompagne les agriculteurs dans leurs investissements de reconversion et souhaitait se développer pour couvrir tout le Grand Nord de la France.
- Trouver un logement étudiant Campus Vert sur campusvert.com — disponible dans le Nord, Bretagne, Yvelines, Seine-et-Marne
- Pour les agriculteurs : contacter Campus Vert pour reconvertir des bâtiments de ferme en logements étudiants
Famille & jeunesse · ce que disent ces 7 épisodes
3 fils conducteurs
Les enfants les plus vulnérables sont ceux qui ne peuvent pas demander de l'aide
Un enfant victime de violences intrafamiliales ne peut pas téléphoner sans risque depuis le domicile. Un collégien en REP ne peut pas mobiliser un réseau qui n'existe pas. Un lycéen de zone prioritaire ne peut pas s'orienter dans 23 000 formations sans accompagnement. Les boîtes Papillons, ViensVoirMonTaf et StudiAva partent toutes du même diagnostic : le problème n'est pas l'absence de volonté des enfants et des jeunes, c'est l'absence d'un canal accessible adapté à leur situation réelle.
La parentalité numérique est le défi éducatif de la génération actuelle — et il n'a pas de précédent
Sabine Duflo et François Saltiel convergent sur un point : nous sommes la première génération de parents confrontés à ce problème, sans mode d'emploi. 9,4 écrans par foyer, 4h11 par jour pour les enfants de 6 à 17 ans hors temps scolaire. Les deux épisodes proposent des méthodes concrètes — les 4 PAS, la méthode P.L.A.Y. — fondées sur le dialogue et le contrat familial plutôt que sur l'interdit brutal. La question n'est pas de supprimer les écrans, mais de reprendre la main sur leur place dans la vie de la famille.
Les solutions les plus efficaces contournent le système plutôt qu'elles ne l'attendent
Campus Vert ne demande pas à l'État de construire des résidences étudiantes — il reconvertit des fermes existantes. ViensVoirMonTaf ne réforme pas Parcoursup — il crée la plateforme qui compense ses angles morts. Les Papillons ne remplace pas la justice — ils créent le canal qui y mène directement. Ces sept épisodes documentent des initiatives qui n'ont pas attendu une loi pour exister. Elles fonctionnent parce qu'elles sont conçues à partir du problème réel, par des personnes qui l'ont vécu ou observé de près.
- Dossier Femmes : santé, violences et solutions concrètes →
- Dossier Santé, addictions & prévention : des solutions pour tous, partout →
- Dossier Fake news & désinformation : les solutions pour lutter →
- Dossier Consommer autrement : réparer, partager, ne rien gaspiller →
- Dossier Biodiversité concrète : protéger ce qui nous protège →
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